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NOUVEAUTÉ DU PLAN, DE LA DISTRIBUTION, DE LA DÉCORATION

Dès l'automne de 1705, le dauphin juge insuffisante lPannexe qu’il a précédemment ajoutée à son château. C'est que PAïle des Marronniers, primitivement destinée aux hôtes de Monseigneur, a été envahie par sa domesticité : la suite du prince y occupe tous les logements sauf les grandes pièces de réception et le Petit Appartement Frais. Un document, de date plus tardive, en donne la preuve: c'est une liste des logements attribués par le dauphin à ses invités, à ses officiers et à son personnel durant un séjour assez bref commencé le 24 novembre 1707 (1). Quand les courtisans ne sont qu'une vingtaine, il y a place pour tous ; quand les invités sont plus nombreux, on est forcé de les loger au village et on leur dresse des lits dans l'Hôtel Courtin, qui a fait retour au domaine. A-t-on jugé trop mesquines pour de grands seigneurs les chambrettes des Marronniers, ou leur vue sur des courettes trop triste ? De fait, plusieurs services, qui devaient être transférés dans les bâtiments neufs élevés à l'entrée de l'avant-cour, n’ont pas été changés : tels sont la fourrière, la fruiterie, le Gobelet-Pain, le Gobelet-Vin et le Petit-Commun.

L’Aile des Marronniers ne répond plus à son but premier, et le dauphin pense à transformer sa grotte de Meudon : en 1696, les salons de la grotte sont devenus des chambres à

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Fic. 26. — Le Château Neuf de Meudon et l’ancien parterre de la Grotte.

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(Mariette).

Fic. 27, — Le Château Neuf de Meudon. Façade sur le parc et plan du premier étage.

coucher ; mais cet aménagement nouveau a fourni peu de logements ; d'autre part, la mode n’est plus aux salles décorées de fontaines et de rocailles : à Versailles, depuis plusieurs annés, le roi a supprimée sa Grotte de Thétys, dont la somp. tuosite écrasait l’œuvre du Primatice. Ces raisons condamnent la grotte du cardinal de Lorraine : à ses petits pavillons, vieux d’un siècle et demi, on substituera une annexe nouvelle.

En construisant l’Aile des Marronniers, Mansart était limité à la fois pour la surface et pour la hauteur de l’annexe ; ici, point de servitudes : le bâtiment nouveau aura l'étendue et l'élévation que l’on voudra ; il pourra fournir autant de logements qu'il en est besoin ; les chambres, au lieu de donner sur des courettes, auront une vue charmante sur les parterres de fleurs, sur les jardins bas, sur les collines de Clamart et d’Issy. |

Le Château Neuf de Meudon est la dernière œuvre de Mansart: ce grand architecte en fournira les devis, les plans et les dessins ; il en surveillera la construction, mais la mort le surpendraavantl’achèvement des derniers travaux. Une précieuse indication nous est fournie par Dàangeau à la date du 21 mai 1706 : étant à Marly, «Le roi travailla le matin avec Mansart, qui lui montra les plans des bâtiments que S. M. veut faire à Meudon à l'endroit où est la grotte ». Ainsi, l'initiative des travaux semble revenir au roi, et les plans de l'annexe nouvelle lui sont soumis par le surintendant des bâtiments pour que le souverain, selon son habitude, les approuve ou les corrige. Nous sommes loin de cette-fable inventée par Poncet de la Grave relativement au Château Neuf : « Le tout ensemble est un édifice matériel et sans aucun goût ; et lorsqu'il fut entièrement fini, Louis XIV fut le voir. Ce Monarque, qui mettoit, dans tout ce qui se faisoit sous ses ordres, un caractère de noblesse et de grandeur, et qui n’avoit point été consulté sur celui-ci, dit au premier coup-d’œil, voilà la maison d’un riche Financier, et ne voulut pas mettre le pied dans

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l’intérieur » (2). Ce mot sera répété par tous ceux qui, dans la suite, parleront de Meudon (3).

Dès l’été de 1706, Monseigneur commence à verser régulièrement au trésor des avances prélevées sur sa cassette « po’ Le Batiman à la place de la grotte de Meudon » (4).

Toujours parcimonieux quand il ne s’agit pas de dépenses somptuaires, ce prince redouble d'économie en prévision des grosses sommes qu'il devra payer.

Le 4 septembre, les démolisseurs ont fait disparaître la grotte ; aussitôt commencent les travaux de fondation pour lesquels on emploie les solides moellons provenant du mur de séparation des domaines de Meudon et de Chaville, que l’on est en train de raser.

Le Château Neuf de Meudon recouvre avec exactitude l’emplacement de l’ancienne grotte ; les angles nord-est et sud-est de son quadrilatère étaient jalonnés précédemment par les deux petits pavillons latéraux ; son grand côté suit à l’ouest l'alignement de la petite façade sur le parc du belvédère ancien. La construction neuve, à demi posée sur la terrasse, a vue sur le parc par deux étages de fenêtres et domine de quatre étages l’ancien parterre de la grotte. L’orangerie nouvelle lui sert de piedestal (fig. 26). Cette orangerie remplace le cryptoportique du cardinal de Lorraine. construction d’aspect analogue, mais dont les baies étaient plus étroites. L'extérieur de l’orangerie est tout orné de bossages ; à l’intérieur, ses deux voûtes parallèles en pierre appareïllée contrebutent les fondations de la demeure.

Le Château Neuf est constitué par trois pavillons que relient des corps de logis un peu moins élevés.

La façade qui a vue sur le parc (fig. 27). embellie par les frontons des pavillons posés aux ailes, par le grand fronton du pavillon central et plus encore, par les quatre colonnes engagées, d'ordre colossal, qui le soutiennent, est d'une majesté imposante. Toutes les portes-fenêtres du rez-

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(Mariette).

F1G. 28. — Le Château Neuf de Meudon. Façade sur les jardins.

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PLAN 6. — Plan du rez-de-chaussée et du second étage du Château Neuf.

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de-chaussée ont des clefs sculptées ; celles du pavillon médian sont ornées de mascarons à têtes de femmes, que surmontent des œils-de-bœuf décorés. Le fronton principal est sculpté en haut relief d’attributs guerriers et de deux anges soutenant les armes du dauphin ; les frontons latéraux montrent des trophées militaires. Trois belles grilles, au chiffre de Monseigneur, donnent accès au vestibule central.

L'autre façade (fig. 26) est décorée d’un fronton unique où sont sculptées les armoiries du prince dans une couronne de fleurs et de fruits portée par des anges. Au-dessous se superposent trois rangées de fenêtres arrondies interrompues par les grandes baies rectangulaires de l’étage noble. Des clefs de voûtes nombreuses, sculptées de mascarons charmants, et trois riches balcons de fer forgé, que supportent des séries de consoles à l'effigie d’Hercule et d'Omphale, donnent à cette façade un aspect des plus somptueux. La porte d’entrée est fermée par une grille, et les deux baies voisines abritent de grands piédestaux avec urnes de marbre blanc hautes de cinq pieds et ornées de reliefs (5).

Les deux petits côtés du château sont occupés par un grand balcon posé sur des consoles, et terminés par un fronton où des palmes encadrent le chiffre du dauphin (fig. 29).

Les toitures, fortement inclinées, sont surmontées de platesformes en plomb ; trois grands balcons de fer forgé limitent celles des pavillons. Huit cheminées de pierre, richement ornées de feuilles d’acanthe et de chutes enrubannées terminent avec un lanterneau central (détruit en 1709.7) la grandiose création de Mansart.

Les entrepreneurs du Château Neuf ont été Pierre Le Maistre et Claude Varignon (6), dont l’impeccable façon de construire nous est connue par l’étonnante stéréotomie de la chapelle de Versailles, élevée en même temps que le bâtiment neuf de Meudon.

Toutes les sculptures extérieures ont été confiées à Poultier

Lemoyne, Lepaultre « et consors » (6) ; l’ornementation des plombs à Ossemant (6).

L'extrême souplesse du génie de Mansart s’affirme une dernière fois au Château Neuf de Meudon. Le dauphin a voulu élever une annexe importante qui lui fournira, plutôt que des salles d’apparât, des chambres agréables pour ses invités. La commodité devra donc inspirer toutes les dispositions intérieures. Le plan, soumis au roi par Mansart le 21 mai 1706, est, dans l’œuvre de larchitecte, comme dans l’art français, une quasi innovation : les appartements ont une double épaisseur et toutes les pièces sont desservies par un corridor, disposition appelée à avoir un très grand succès au cours du xvIIe siècle.

Les idées sont rarement neuves : à des époques fort anciennes, certains châteaux possédaient des chambres à dégagement commun, Azay-le-Rideau, par exemple. C'est une adaptation de la vieille formule claustrale du corridor desservant les cellules. De même, le manque d'espace, ou quelque autre raison, incitait de temps en temps, surtout en ville, à adosser à un mur commun deux séries de pièces, d’où pour chacune d'elles, plusieurs sorties et une plus grande commodité d’accès. L’Aile de François [r, à Blois, nous en donne un exemple; mais ces dispositions, restées exceptionnelles, n'avaient point été érigées en modèles. Sous Louis XIV, plus que jamais, le système des chambres en enfilade, avec les deux faces latérales donnant sur l'extérieur, était de mode. A Pinon, grande et belle demeure élevée en Picardie en même temps que le Château Neuf à Meudon, Mansart lui-même maintenait ce plan traditionnel.

Ici, trois corridors se superposent et deux d’entre eux parcourent le bâtiment d'un bout à l’autre en le partageant par le milieu.: Pas une chambre qui n’ait trois dégagements. La conception nouvelle s'affirme de façon catégorique : une chambre doit, tout d’abord, être d'un usage commode, avoir

plusieurs sorties, être accompagnée d’un cabinet et d’une garde-robe, constituer le centre d’un petit appartement privé. Des salles communes, vestibules et salons, deviendront les lieux de rencontre et de réunion de la société, l'intimité de chacun étant désormais respectée.

Patte, en son Tableau du Progrès des Arts et des Sciences sous le Règne de Louis XV,commettait donc une erreur manifeste quand il écrivait (8) : « ce qui caractérise principalement l’accroissement que l'architecture a reçu sous ce règne c’est l'art de ladistribution desbâtimens. Avant ce temps toutesles pièces étoient placées sans dégagement au bout les unes des autres. Toutes ces distributions agréables que l’on admire aujourd’hui dans nos hôtels modernes, qui dégagent les appartements avec tant d'art, n’ont été inventées que de nos jours : ce fut au palais de Bourbon, en 1722, qu’on en fit le premier essai,qui a été imité en tant de manières ». L'écrivain, gêné par la date précoce du Château Neuf de Meudon, qui contrariait la thèse de son ouvrage, l’a délibérément ignoré sans souci des erreurs dont il jetait la semence.

Le Château Neufcomprend, sur les jardins, unrez-de-chaussée qui est un sous-sol par rapport à la terrasse : on y accède par quelques marches ; le « Péristyle Bas », éclairé par deux fenêtres arrondies aux balcons de fer forgé, sert d'entrée ; il est décoré de colonnes et de pilastres doriques. Le grand escalier commence à gauche. Au fond du vestibule règne sur les deux côtés un vaste corridor qui dessert les chambres et les cabinets du rez-de-chaussée. Ces pièces ont vue sur le jardin ; de l’autre côté de ce long passage est un mur plein, qui sépare des caves et des bûchers.

Le grand escalier est orné d’une rampe forgé par Petit et Parent (6) et de deux vases fondus en bronze par Gayot (6); il prend appui sur une console de même métal dont le modèle a été fourni par Desjardins. Son palier supérieur estorné d’un Esculape, bronze de Jean Bologne(5), abrité par une niche.

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Ce palier donne accès à la salle des gardes et au corridor de l'étage noble ; un autre vestibule, le « Vestibule Supérieur, ou Vestibule du Parc », ouvre sur la terrasse par trois hautes baies munies de grilles. Une large ouverture rectangulaire pratiquée dans son plafond prend jour dans une pièce de l'étage supérieur qui correspond aux trois œils-de-bœuf de la façade. Le Vestibule Supérieur est creusésur les côtés de deux niches contenant de grandes statues posées sur des piédestaux en forme d’autels ; il est orné de quatre dessus de portes surmontés de coquilles; reliefs en pierre sculptés par Lepaultre : des jeux d'enfants y symbolisent les saisons. Trois grandes portes, symétriques des grilles, donnent accès, en face de la Salle des gardes, au corridor central : celui-ci dessert tous les appartements.

La salle des gardes a vue sur les parterres par trois fenêtres. Cette magnifique pièce correspond au grand balcon du chäâteau ; elle est revêtue de boiseries moulurées. Sur la cheminée est une belle copie par Houasse du David du Dominiquin (actuellement au château de Versailles,dans le salon de Mars). Des peintures commandées à Desportessurmontent les sorties latérales. Ce sont: «un chien couchant, et un lévrier, sur le devant dans le milieu du gibier repandus a terre canards perdrix beccasses et lièvre, dans le milieu une gibeciere a un arbre » et un «lievre qui-est attachee a un arbre par la patte gauche sur la gauche un chien couchant au pied duquel est quatre perdrix et un faisan, sur le devant de tableau un fusil et son fourniment ».

La disposition des appartements privés est la même qu’à l'étage inférieur ; mais, cette fois, chambres, cabinets et garderobes sont aménagés des deux côtés du corridor central.

Par une bizarrerie dont l'annexe des Marronniers à déjà fourni un exemple typique, Monseigneur veut qu'ici, encore, un appartement luisoit réservé. Avec son Grand Appartement, son Appartement des Entresols et son Grand Appartement

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FiG. 20.— Le Château Neuf de Meudon. Façade latérale et coupe.

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F1G, 30. — Le Château Vieux de Meudon en 1733.

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Frais du château, son Petit Appartement Frais des Marronniers, celui-ci fera son cinquième logement dans Meudon ! L'idée première du dauphin semble avoir été de loger là le roi; le plan de Mariette (fig. 27), gravé avant la fin des travaux, assigne au souverain les plus belles pièces du Château Neuf. Dès 1708, cette attribution estchangée et Monseigneur garde pour lui-même la jouissance du nouvel appartement.

Cet appartement occupe, à l'étage noble, tout le pavillon

nord, et, dans le bâtiment contigu, il comprend trois fenêtres

donnant surles parterres. Il a vue sur la totalité des jardins, sur le grand château situé légèrement en contre-bas, ainsi que son petit pont et sa chapelle ; les collines de Clamart et d’Issy lui font face tandisque Paris, dans la plaine, s'offre aux regards des spectateurs; et la terrasse de la vieille orangerie dissimule le village de Meudon. Sur le parc, l'appartement s'ouvre par des portes vitrées d'où l’on voit, au delà des gazons du Dez, la futaie et les larges percées à travers bois.

L'appartement du dauphin se compose d’une grande antichambre, d’une seconde antichambre, d’une vaste chambre à coucher, d’unegalerie, d’un cabinet, avec une petite pièce pour la chaise et d'un arrière cabinet. Deux petits escaliers mènent, à l'étage supérieur, à un appartement de proportions restreintes, évidemment destiné à Mile Chouin.

La grande antichambre, ou salle à manger, est ornée de deux dessus de portes de Fontenay, «Le premier representant un vase d’or auec deux anses entouréd’une guirlande defruits posé sur une table de porphire qui est garnie de raisins, sur la droite un panier remply de raisins d'italie conconbre, grenades et fleurs, sur la gauche un rideau cramoisy, derrière lequel sont plusieurs bassins d’or dont l’un est entouré d’une guirlande de fleurs», « Le second representant une pyramide de fruits posée sur une table de marbre, sur laquelle est un melon entamé a coté d’une grenade, sur la droite sur la même table un oranger dans un vase de porcelaine, sur la même

table à gauche, un grand vase d'or entouré d’une guirlande de fleurs au pied duquelest unautre vase d'argent renversé un plat d’or dont un coin est caché par un rideau violet ». LE milieu de la pièce sera orné d’« Vne table de mastique fond noir a fleurs et oiseaux au naturel ».

La seconde antichambre montre deux dessus de portes « le premier peint par corneille L’ainé representant acis et galathée sur un char marin tiré par deux dauphins dont l'un jette de l'eau et conduit par deux tritons. L’un des deux tenant une conque, et l’autre des reines, sur la gauche trois nayades et un triton suivant le char, dans le fond sur la droite polipheme assis sur un rocher ». «Le second peint par coypel representant appollon poursuivant daphnée a ses pieds une nayade qui luy tend les bras, un petit amour renversé a gauche un rocher percé d’ou il sort une chute d’eau au pieds le fleuve penée assis et appuyé sur sa urne du bras droit, sur la droite deux nayades couchées dont l’une a le bras gauche a moitié dans L'eau deux amours en lair sur un fond de paysage».

La chambre à coucher du dauphin contient un lit de milieu dans une immense alcôve ; contrairement à toutes les autres pièces de l’appartement, celle-ci n’a point de cheminée : Monseigneur est décidément amateur d'« appartements frais » ! Les deux fenêtres ont vue sur les jardins et l’une d'elles ouvre sur un balcon. Au-dessus des portes, sont deux tableaux de Fontenay : « Le premier representant un vase d'or . sur un piedestal de pierre, remplye de fleurs sur la gauche une colonne entourée d’une guirlande de fleurs, sur la droitte une colonne pareille, avec un rideau jaune du meme coté dans le coin la moitié d’un vase remply de fleurs », et « Le second representant un vase d'or avec ses anses remply de fleurs sur un socque de pierre sur la droite une colomne entourée de feuilles au pied est un tapis violet, sur la gauche un vase sans anses remply de fleurs ». Les longues et hautes parois de la

. Chambre sont tendues de magnifiques tapisseries dont Mon-

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seigneur a commandé les cartons à son décorateur de prédilection, Claude Audran (0) : c’est la série des « Gobelins grotesques en bandes, tapisseries de basse lisse, laine et soie rehaussees d’or et d'argent, fabrique de paris manufacture des gobelins, dessein d’audran ; representant sur douze bandes couleur de jonquille, les diuinitez qui president aux douze mois de l’année, sous des portiques grotesques de differentes formes, accompagnés des attribut de chaque diuinité, grotesques, rainceaux et ornemens, auec le signe du mois : les bandes jonquiiles separées par d’autres bandes plus étroites, a fond pourpre, chargées de mosaiques et des chiffres de monseigneur le dauphin le tout d’argent ; les bordures

haut et bas, pareilles aux bandes étroites auec coquilles et dauphins aussi d’argent. La tenture contenant neuf aunes vn

huit de cours sur trois aunes vn quart de haut, en trois pieces, faite.expres pour la chambre de Monseigneur, dans son apartement du chateau neuf a Meudon ». La tenture des Mois Grotesques (trois pièces, la première de six bandes, les deux autres de trois bandes) a été gravée par Jean Audran. Les dieux de l’Olympe avecieurs attributs distinctifs y apparaissent dans de petits pavillons d’une fantaisie charmante. Chaque composition est surmontée d’un signe du zodiaque ; des arabesques lépères et variées à plaisir complètent l’ensemble. Reliant les panneaux, un encadrement très somptueux est orné de joncs, de roseaux, de coquilles, des lettres initiales entrelacées du nom de Louis et de mosaïques fleuries. Voici tout juste dixhuit ans que Lebrun est mort ; son style, à peine modifié, règne encore à Versailles et à Marly : à Meudon, il est détrôné. Dans la chambre du dauphin, sous une figure d’Apollon, l’harmonie est symbolisée par deux singes jouant du triangle et de la guitare; sous la figure de Vulcain, trois autres singes frappent en cadence l’enclume de Lemnos. Enfin, sous une Cérès, apparaissent, dans des nuages, ces dragons de la Chine et de l'opéra qui, d'ici quelques

années, vont faire une telle fortune dans l’art français.

La « galerie y du dauphin est un salon plus long que large qui occupe toute la façade latérale du pavillon nord ; elle s'éclaire par une porte vitrée communiquant avec le parc et par quatre fenêtres dont une, située en face de la cheminée, ouvre sur un balcon. Les deux portes de la galerie sont surmontées de panneaux commandés à Monnoyer, « le premier représentant un bas d’architecture sur lequel sont des fleurs et au bas du tableau des peches et des prunes, et un chardon..sur la gauche un grand vase d’or. sur la droite en hautun rideau violet avec franges d’or » ; « le second representant un pareil bas d'architecture sur lequel sont posés des fleurs, tout pres des perches raisins, et grenades, a droite un rideau violet avec crepines d’or ».

Des deux côtés de la cheminée, que Van Clève a décorée de bronzes (7), sont encastrées dans les boiseries deux larges peintures de Noël Coypel : l’une figure « un héros monté sur un cheval caparaçonné d’une peau de tigre étant vetu d’une draperie rouge marchant a la tete de ses troupes, a gauche un hôme nû ayant une draperie bleue tenant deux chiens en laîsse, devant luy deux sacrificateurs l’un vetû d’une draperie, et l’autre d’une draperie jaune, ayant derrière eux un hôme agenoux qui semble etre etoné de voir le heros, sur la droitte un autel sur lequel est appuyée un sacrificateur.avec plusieurs autres figures sur un fond de paysage ou seleve deux grands rochers » ; « le second representant un banquet sous une colonnade il paroit sur le devant un hôme assis vetû d’une draperie bleue sur un habita La romaine, un home vetû d'une robe jaune ayant un casque semble le venir avertir derriere luy sur la droite Deux soldats d’ont l’un tient un bouclier et l’autre un faisceau d'armes, du meme coté sur le devant, deux enfant appuyé sur un vase ou ils puisent et boivent, sur la gauche plusieurs fèmes, dont une vetuë de bleue touche une lyre et un autre chantant, derriere elle plusieurs qui

apportent des plats et qui servent au banquet, un grand rideau violet retroussé sur la gauche qui laisse voir un bout de mer d’ou lon decouvre deux vaisseaux ».

En face de ces grands panneaux, sur les trumeaux, sont deux peintures moins larges, commandées au même artiste par Louis XIV, pour la série des « Sujets d'Hercule » destinés primitivement à Trianon (*). Ce sont : « le combat d’acheloüs et d’hercule qui luy dispute la conquete de dejanire le pere et la merede dejanire voyant le combat, placé sur leur throne ayant à droitte leur fille acheloüs terrassé, hercule ayant le genou droit et le bras gauche sur une des cornes et presentant l’autre corne de la main droite au pere de dejanire, sur la droite deux figures de femes étonnées dont l’une a un genou en terre, sur la gauche la fille d’acheloüs appuyée sur son uïne tenant de la main droite une branche de roseau et couroné de meme sur le devant deux petits enfants qui ont fait un pareil combat dont l’un est terrasse, le vainqueur tenant une couronne de laurier sur un fonds d'architecture de L'ordre Dorique » ; « le centaure nessus qui enleve déjanire, il est blessé a mort par hercule dont le sang rejaillit sur une chemise quil tient de la main gauche, sur la gauche hercule quile menace de la main gauche tenant sa massuëé de la droite derrière luy un fleuve et deux nayades dans des roseaux sur la droite deux amours dont l’un tient un bout de chemise ensanglantée etl’autre s’envolant tenant un flambeau de la main gauche, et un autre amour en Fair qu'on voit de face le tout sur un fond de paysage. »

Le cabinet, qui, du côté du parc, fait immédiatement suite à la galerie, est décoré de deux petits dessus de portes de Nicolas Bertin : «le premier representant l’Enlevement d’orithie par le vent borée. sur la droite dans le bas du tableau un amour Le tout sur un ciel remply de nuages » ; « le second

* Actuellement au Musée du Louvre, n° 162 et 163.

representant Zephire et flore sur un nuage ayant au dessous d'eux un amour qui leur presente une corbeille de fleurs » (*) Deux chenets de bronze doré ont été commandés à Sautray pour la petite cheminée de cette pièce (7) : c’est une innovation qui rompt avec la tradition des grosses grilles en fer poli ou des chenets en fer à vases ou à boules de cuivre ornés d’une tête d'amour ou de femme de l’époque précédente.

Toutes les pièces réservées à l'habitation du dauphin sont revêtues de boiseries sculptées par Dugoulon, Taupin, Legoupil, Delalande et Bellan (7) et dorées par Desauziers (7). Claude Audran, aidé par Cirou, décore cet appartement de « Verni » et de « Verni et dorure ». Cette sèche mention des comptes des Bâtiments, que, malheureusement, n'explique aucun autre document, tire son importance du fait des sommes versées. Les cartons des douze mois grotesques, exécutés par l’artiste pour les Gobelins, lui ont été payés 495 livres : ici, le total est de 7.471 (7). Cette décoration supplémentaire n'avait pas été prévue dans le devis de Mansart, qui envisageait seulement le cas où le prince voudrait faire dorer son appartement. Il est possible que nous soyons là devant une décoration d’arabesques peintes au vernis : peut-être Audran aura-t-il transporté sur les boiseries du Chäteau Neuf ces charmantes peintures jusqu'ici réservées à ses plafonds. Watteau travaille dans son atelier, et dit-on, l’aide à créer les cartons des Portières des Dieux (10). Cette innovation, qui sera une des grandes réussites de l'art français au . Xvine siècle, serait-elle apparue à Meudon, sous le patronage du grand dauphin ?

Les plâtres etles corniches intérieurs du Château Neuf sont modelés par Poultier, Lepaultre, Le Moyne et Poirrier (6). Les marbres sont sortis des ateliers de Lisqui et Tarlé (6). Les contrecœurs des cheminées sont de Boivin (6). Pour l’appar-

* Musée de Fontainebleau.

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