MEUDON, PROPRIÉTÉ DU DUC DE BOURGOGNE
Le duc de Berry, « qui, dit Saint-Simon (6), dans tout son apanage n’avoit aucune demeure,désiroit passionément Meudon, et Mme ia duchesse de Berry encore davantage » : Meudon n’en demeura pas moins au dauphin.
Le même Saint-Simon, souvent si malveillant,nous a laissé un portrait enchanteur de l'élève de Fénelon et du duc de Beauvilliers (7) : « Dieu, qui est le maître des cœurs, et dont le divin esprit souffle où il veut, fit de ce prince un ouvrage de sa droite, prince affable, doux, humain, modéré, patient, modeste, pénitent, et, autant et quelquefois au delà de ce que son état pouvoit le comporter, humble et austère pour soi. Tout appliqué à ses devoirs et les comprenant immenses. Son goût pour les sciences abstraites, sa facilité à les pénétrer
lui déroba d’abord un temps qu’il reconnut bientôt devoir à l'instruction des choses de son état, et à la bienséance d’un rang destiné à régner. Il bannit :tout amusement des sciences pour partager son cabinet entre la prière qu’il abrégea, et l'instruction qu'il multiplia : et le dehors entre son assiduité auprès du roi, ses soins pour Mme de Maintenon, la bienséance et son goût pour son épouse et l'attention à tenir une cour, et s’y rendre accessible et aimable. »
Le prince, sur qui on fondait tant d’espérances, ne devait pas survivre une année entière à son père : six jours après la dauphine, il mourait lui-même à Marly, le 18 février 1712.
Rien, dans son domaine de'Meudon, ne marque la possession éphémère du nouveau dauphin, si ce n'est la construction d’une loge de concierge élevée sur son ordre à.a Porte de la Croix de Fleury (8). Cette abstention complète s'explique aisément : à la mort de Monseigneur, le roi lui-même a avoué au ducde Beauvilliers quelle source dechagrins ces «Meudons» avaient été pour lui. Le jeune prince, ayant eu connaissance de ces paroles, a déclaré qu’il n'ira jamais à Meudon ; et ce qu'il a dit, il l’a fait.
Louis XIV a réglé les dépenses de Meudon en 1711 (6) ;il continuera d'agir ainsi les années suivantes. L'entretien des châteaux et du parc monte annuellement à plus de dix-sept mille livres, somme considérable pour l’époque,qui prouve la volonté du roi de ne point laisser péricliter le domaine de son fils. Lourde est la tâche qui incombe au gouverneur Du Mont et à d'Etréchy, contrôleur des bâtiments (10). Les jardiniers cultivent soigneusement les potagers, dont les produits sont destinés à la table royale ; allées, charmilles et parterres sont bien entretenus. Mais ce parc immense, libéralement ouvert à tous, est d’une surveillance difficile : il faut le protéger contre l'insouciance, le sans-gêne et la rapacité du public, comme l'atteste une ordonnance du duc d’Antin, directeur général des bâtiments du roi :
« Sur ce qui à étéremontré que plusieurs particuliers coupoient des bois dans les hauts et bas Jardins de Meudon ; Que les chevaux et bestes de sommes passoient a travers lesdits Jardins ; Et que les Blanchisseuses lavoient du linge dans les bassins et fontaines d’iceux Jardins: A quoi voulantremedier ; Nous par ordre de Sa Majesté, avons fait expresse inhibition, et défense à toutes personnes de couper aucuns bois, de laver ni faire laver du linge dans les bassins ou fontaines desJardins du Château de Meudon, à peine de confiscation du linge et de vingt livres d'amende applicable auDenonciateur (11). »
. Le château et les jardins de Chaville, inutilisés, ont été prêtés. par le roi à son ministre des affaires étrangères, Torcy: cette faveur est tout à fait temporaire (12).
Le dernier acte de Louis XIV relatif au domaine de Monseigneur est la cession, sa vie durant, des château et jardins de Chaville au prince de Talmont, qui en jouira pendant tout un quart de siècle (13). Ce seigneur, quiappartient à la famille de La Trémoille, est cousin germain de Madame (14), «grand et bien fait, mais avec l’air allemand au possible ». Il a épousé malgré la princesse palatine, Mile de Bullion, arrière-petitefille du surintendant des finances.
La mort du roi survient sans influencer les destinées de Meudon, et les premières années de la Régence ne changent rien à l’ordre établi.