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cabinet des glaces ; la reine de Pologne est venue recevoir le Roi au milieu de ce passage. S. M. l’a saluée et baisée d’un côté. La conversation s’est faite debout dans ledit cabinet pendant environ un quart d’heure, et en sortant la reine de Pologne à reconduit le Roi jusqu’à l'endroit où elle était venue le recevoir : il lui a fait la révérence sans la baiser. Le roi de Pologne a reconduit le Roi jusqu'au milieu de la salle ci-dessus dite, où S. M. l’a salué et baisé comme en entrant. »
La cour de Pologne partie, les deux châteaux de Meudon sont démeublés (19),
La reine de Pologne reviendra à Meudon, en 1744. Une lettre du contrôleur de Meudon, datée du 3 août (20) est relative à ce séjour royal ; elle nous fournit quelques détails sur le délabrement du château et nous renseigne incidemment sur l'appartement qu'occupait le jeune Louis XV en 1723 ; il habitait les pièces autrefois affectées par Monseigneur au duc à la duchesse de Bourgogne au Château Vieux dans l’ancien corps de bâtiment à gauche du vestibule : « jay fait. mettre en Estat lappartement des marronniers pour la reine Pologne qui désiroit y loger. elle y est descendüe samedy pour le voir et a ensuitte esté voir lappartement du Roy qui est de rez de ‘chaussée au parterre. et précisément sous celuy quelle occupe elle la trouvé plus sein et plus comode, comptant quelle sy portera mieux estant moins Eslevé ; en conséquence elle a fait avertir M. de fontanieu pour le prier de le luy meubler ; et elle m’ordonna de le luy faire mettre en estat : ce qui sera pour aujourd’hui, ne consistant qu'a faire nétoyer les vittres et a faire bien aller les portes et les fenestres. il y a deux pièces de cet appartement dont le parquet est fort mauvais, mais je nay fait que rasseurer le plus nécessoire, car si lon le relevoit, tout sen iroit en pourriture, mais il passera encore pour cette fois. la Reine de France vient presque tous les jours, et y a dîné vendredy, et y dîne encore aujourd'huy, quoique la reine de
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Pologne ait esté incomodée hier, elle avoit eu un peu de fièvre la nuit ; elle entendit la messe dans sa chambre. Elle se porte mieux aujourd’huy voilà Monseigneur les nouvelles de nostre Cour. »
Après le départ de Sa Majesté polonaise, l'aile des Marronniers sera occupée par lenouveau gouverneur de Meudon, Jean-Louis Quentin de Richebourg, marquis des Marets et de Champcenetz. Dès lors, l’ancienne Aile des Marronniers s’intitulera l’Aïle du Gouvernement ; de même, l’ancien hôtel Courtin se nommera la Surintendance (1723), l’ancien hôtel de Belon, l'Inspection des Bâtiments (21), la Maison Bastide, le Baillage (22). L'hôtel du Gouvernement continuera à être la construction qui, au xvii° siècle, a été aménagée pour le gouverneur de Meudon dans le village.
A l’avenir, le dauphin et mesdames de France auront leurs appartements réservés à Meudon; ils y viendront assez fréquemment e:, de préférence, au printemps. Les autres logements seront attribués, selon leur importance, à des courtisans qui en obtiendront brevet, à des retraités, à des fournisseurs même, tel Vigier, parfumeur de Mme de Pompadour(23). Ces appartements procureront à divers grands seigneurs des retraites honorables; de plus fortunés y trouveront l'agrément d’un pied-à-terre à la campagne. Parmi les habitants du Chàäteau Vieux se rencontreront : la duchesse de Châtillon, qui occupera, en 1737, l’ancien appartement du duc de Bourgogne (24); la princesse des Bergues (1753. 24), le vicomte de Chabot (1753. 24), le comte de Lautrec (1753. 27), la duchesse de Mirepoix(1754. 24), la présidente Talon (1754. 24), la princesse de Soubise (1757. 25), Mademoiselle de Melun (1757. 25), la maréchale de Duras (1759. 26), la duchesse de Luynes (1759. 27), chez laquelle la reine ira parfois diner, et où Mesdames viendront souvent se rafraîchir : la princesse de Talmont (1761-1763. 28) et le comte de Noaïlles (1765. 29). Dans le Château Vieux logeront encore, à la fin du règne, la
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baronne de Neukirchen (1773. 30) et Mme de Rochechouart qui occupera un des anciens appartements de Louis XIV, garni de six pièces de la tenture de Diane (31). Au Château Neuf habiteront le marquis de Souvré, petit-fils de Louvois (1751.32), le comte de Rohan-Chabot (1751. 32), le comte de Forcalquier (1751. 33), le comte de Montesson (1751-1752. 34), la duchesse d’Ayen (1765. 35) et la comtesse de Brionne, qui passera du rez-de-chaussée du Château Neuf au grand appartement du Château Vieux (1765. 36).
Les seigneurs et les dames qui ont appartement dans les châteaux reçoivent souvent l'autorisation royale de loger leurs chevaux dans une partie des écuries de Meudon: c'est là une source de conflits qui réclament parfois l'intervention du roi même (37).
À moins de circonstances exceptionnelles (38), tous les courtisans sonttenus de solder les réparations faites à leurs logements, Les travaux qu'ils désirent accomplir doivent être approuvés par le contrôleur des bâtiments et exécutés par les entrepreneurs et les ouvriers du département. Le système ne donne pas de mauvais résultats, mais il prête à d’incessantes réclamations de la part des occupants. Ceux-ci se plaignent au directeur des bâtiments: le contrôleur les empêche de moderniser leurs appartements, de les adapter à leurs convenances en augmentant ou en diminuant le nombre des cloisons : il leur interdit d'établir des alcôves (dans tout le Chäteau Vieux, il ne s'en trouvait qu’une à la mort du Grand Dauphin), d'ajouter des cheminées en pierre de liais, de peindre en couleurs unies et pâles des lambris dorés ou décorés les uns à l'imitation de marbre, les autres en trompel'œil (39).
Rares sont les courtisans qui veulent bien entretenir leurs appartements dans l'état ancien. Il en est pourtant qui goûtent le charme de ces splendeurs passées. « Je suis, écrit la princesse de Talmont (40), en possession dune petite pièce
qui n’a pas six pieds dans toute sa longueur et sa largeur, à meudon qui étoitautrefois la plus jolie chose du monde, peinte, dorée, mais qui n’est plus qun triste souvenir de ce qu’elle étoit, Le chassis tombe en poussiere je voudrois le réparer, ames despens, cet adire en faire faire un neuf. si monsieur le marquis de marigni, veut bien le permettre et Lordonner, il ia six mauvais carraux, de vitre je voudrois Les rémétre en glaces, cest ames depens ie ne suis pas asses peu réfléchissante pour demender a présent rien aux fraisdes bâtimens.… »
Une seule fois, en 1751, dans l'appartement du comte de Rohan-Chabot, situé au Château Neuf, le contrôleur des bâtiments autorise l’addition d'éléments décoratifs nouveaux : une chambre à alcôve est enrichie de « divers ornemens, rocailles, palmettes, enroulemens, et c.» commandés à l’atelier de sculpture sur bois de la veuve Chevalier (41).
La décoration intérieure des deux châteaux de Meudon ne change guère sous Louis XV. L’inventaire des peintures de 1733 et l’ « Etat des Tableaux à rétablir » de 1749 ne révèlent l’apport d’aucune toile nouvelle. Mais, entre 1733 et 1775, date d’un autre inventaire, il a été posé dans l’Antichambre du Salon des Marronniers, c’est-à-dire dans le salon de gauche de cet appartement, un panneau nouveau. Celui-ci représente | « Le siège de Mons *, le roy monté sur un cheval blanc, M. frère du roy monté sur un cheval rouge, monseigneur sur un cheval Ysabelle, et toute La suitte, recevant les otages de la ville de Mons. » Cette copie, faite par Martin en 1696, d’un
tableau de Le Comte posé à Marly, complète très heureuse-
ment la suite des sièges que Van der Meulen a peinte pour Louvois ; il est donc tout naturel qu’elle ait été placée à Meudon.
La collection des sculptures subit, elle aussi, quelques modifications insignifiantes. On retire du château un buste qui
*, Peinture exposée au Musée de Versailles sous le ne 2079.
se voyait « dans la galerie sur une table de marbre autour de la chapelle » et représentait une « Minerve ayant vn casque en testeetvn sphinx en cime monté sur vn pied d’ouche quarré de marbre » (42). Cette tête a été identifiée comme un bronze antique fort précieux; envoyée à Coypel en avril 1750, elle figurera désormais dans le Cabinet du Roi au Luxembourg (43). D'autre part, entre 1733 et 1775, on a placé dans le Salon des Albanes « 6. Satires En marbre », dont nous ne savons rien par ailleurs.
Deux inventaires du mobilier de Meudon, datés l’un de 1757, l’autre de 1776, nous montrent ce qu'était l’ameublement des deux châteaux dans la seconde partie du règne de Louis XV (Louis XVI, à son avènement, ne devait guère s’occuper de Meudon et ce qui s'y trouvait en 1776 y étaiten 1774). Les constations qui en résultent ne sont pas dépourvues d’intérel.
Démeublé en théorie, une fois sur ordre exprès de Louis XIV, l’autre fois sur celui du cardinal de Fleury, Meudon a conservé pendant tout le xvi° siècle une partieimportante du mobilier du Grand Dauphin: la tenture de Diane, de fabrique bruxelloise, célébrée par l'abbé Boutard, plusieurs très beaux lits, le « Meuble de Cabinet » de Monseigneur, des tabourets en tapis de la Savonnerie « fond jaune, le milieu fond bleu orné d’une rose et aux coins de Dauphins et oyseaux », des gaines et des tables en marquetterie de Boule et en mosaïque italienne, les deux grandes consoles léguées par Mile de Montpensier, des miroirs, les beaux bronzes de la collection du dauphin, enfin les précieuses niches des chiens de Louis XIV. Aucun de ces meubles très riches n’a été expédié en Espagne; pourtant, si plusieurs d’entre eux avaient été créés en vue de grands ensembles, il n’en était pas qui fissent partie intégrante du décor de Meudon. Par contre, on a arraché de son cadre la tenture des mois grotesques d'Audran tissée en panneaux iségaux précisément pour former au Château Neuf avec les
boiséries de la chambre de Monseigneur un tout indivisible. Cette tenture se retrouve au château de Choisy sous Louis XVI (44). Meudon n’en est pas moins jugé digne de posséder des tapisseries tissées d’or. La tenture de Constantin en laine et soie, que l’on voyait au temps du Grand Dauphin,est remplacée par ure tenture exécutée sur les mêmes cartons, mais rehaussée d’or. Des tapisseries des Gobelins, parmi lesquelles les séries des Eléments, de Constantin, des Portières de la Renommée, des Termes, des Métamorphoses d’Ovide, deux tentures bruxelloises de Diane, de Renaud et Armide, enfin les histoires de Samson et de David, des verdures, formant un lot de quatre-vingt-douze pièces, se voient à Meudon en 1776. A la fin du siècle, douze pièces des Chasses de Maximilien et onze de la tenture d'Alexandre viendront s'ajouter à cette collection.
Les tapisseries d’indiennes, bergames en point de Hongrie, bergames à bandes, bergames à fleurs et oiseaux et bergames communes figurent en nombre important dans lesinventaires ; elles complètent avec plusieurs savonneries le décor de Meudon et apportent de la gaieté dans la vieille résidence.
Délaissé du souverain, Meudon conserve ainsi une apparence somptueuse. Tel quel, on l’admire encore, et, en juin 1753, Blondel annonce, dans son grand ouvrage sur l’architecture française, qu'il donnera une étude du Château Neuf (45); celle-ci, par malheur, n’a jamais été imprimée. Les appartements sont mieux entretenus que les murs: en 1765, on confie au sculpteur Rousseau la réparation des marbres (46) ; mais, dès 1758, il a fallu étayer la loggia Renaissance voisine de la galerie (47), et les crédits manquent pour la reprendre en sous-œuvre. Il se produit des infiltrations dans l’Appartement des Marronniers et surtout dans la Galerie du Pont qui relie ce dernier au château (48).
En 1750, le dauphin vient quelques jours à Meudon (49) ; en 1751, le prince et sa femme s’y installent pour y passer la
fin de l'été. Le surlendemain de leur arrivée, le duc de Croy va les saluer : « Le 28 août, j’allai, écrit-il, à Meudon, voir et faire ma cour à M.le Dauphin:il y avoit pris des eaux, ce qui, joint à la difficulté ordinaire qu’il y avoit à le voir, fit que j'attendis longtemps, ainsi que bien d’autres. En général, il témoignoit avoir de l'esprit, du savoir, mille bonnes qualités, mais point du tout celles de la représentation, dandinant toujours, n'étant pas exact sur les heures, de sorte qu'il étoit le double plus difficile à servir que le Roi, et que l’on ne savoit jamais comment le prendre. Il étoit souvent enfermé avec Mme la Dauphine, le reste du temps avec ses médecins, qui s’en étoient emparés, ét, pour tout le reste, n’étoit d’un accès ni fort aisé, ni fort agréable. |
« Je dînai chez le duc de Gesvres, qui étoit un des seuls qui vécussent grandement et librement à la Cour et qui m'étoit fort de ressource. Messieurs les gentilhommes de la chambre se relayoient pour le service. Il y avoit un détachement de toutes les Maisons du Roy. J'appris qu'il devoit rester jusqu'au 17 septembre, qu’il devoit aller à Fontainebleau. J'examinai ce beau séjour de Meudon, un des plus agréables que le Roi ait, surtout pour les vues. Le soir, je descendis chez M. le prince de Grimberghen, dans sa jolie petite maison audessous » (50).
L'année suivante, vers la même époque, le dauphin, à peine remis de la petite vérole, la dauphine et le petit duc de Bourgogne (+ 1761) s'installent au Château-Vieux (51). La Gazette de France nous donne la relation détaillée de ce séjour (52) et de celui que les petits-fils de Louis XV font au Château-Vieux quatre ans plus tard, du milieu de mai à la fin de septembre 1756 (53). Le 28 septembre, au lendemain de leur départ, le
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