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contrôleur de Meudon écrit au marquis de Marigny : « Ma-
(4 damé la Comtesse de Marsan nous à dit en montant en carosse qu’ils reviendront l’année prochaine » (54). Néanmoins, le fait ne se reproduira pas.
dv.
Il est à remarquer que, chaque fois, avant l’arrivée des princes, M. de Fontanieu à fait venir des mobiliers de la réserve du Garde-Meuble (55). Seules ont été commandées pour Meudon cinq paires de bras de lumière ciselés par Gaubert et « très beaux» ; mais le bronzier en demande six cents livres, ce qui semble excessif, et les bras de lumière lui sont renvoyés après le départ du dauphin : «Il se contentera en les reprenant de 50 livres » (56).
Certes, la vue dont on jouit de Meudon est digne de sa grande renommée; mais les perspectives qu’on embrasse soit du couvent des Capucins, créé par le cardinal de Lorraine, soit du Cabinet de Belle-Vue, édifié par le Grand Dauphin audessus de ce monastère, à l'extrémité de la terrasse du parc, sont encore plus belles et plus étendues. Sans doute, Louis XV et Mme de Pompadour ont-ils dû s’y complaire, puisque la demeure élevée pour la favorite, à peu de distance de là, sur la Garenne de Sèvres,emprunte le nom de ce pavillon et jouit d’une perspective analogue. Cette con$truction du château de Bellevue à soulevé bien des commentaires. Nous ne citerons ici qu’une lettre écrite en décembre 1750 parle marquis d’Argenson (57): « On parle de donner à la marquise de Pompadour le domaine de Meudon par échange: ainsi M. le Dauphin perdroit-il l'espérance d’avoir un de ces jours Meudon pour maison de campagne, comme l’a eu le dauphin, fils de Louis XIV. L'on dit que le roi ne nommera point de chancelier qu’il n’ait signé lui-même cet arrêt d'échange. Cela arrivant, Meudon seroit plus souvent occupé par le roi que Versailles, et Bellevue seroit la maison de la favorite. Le roi passeroit à ces deux maisons quatre jours par semaine régulièrement, et trois à Versailles, ce qui iroit, dit-on, à l'épargne. » D’Argenson se trompe : Meudon, aimé par Louis XV dans sa petite jeunesse, semble peu séduisant à l’homme mûr; peutêtre en est-il écarté par la foule importune des courtisans qui y logentr
Les seules écuries de Meudon servent au roi, pour abriter ses équipages et ceux de la favorite, car Bellevue ne comprend pas d’écuries. Louis XV,lui-même, ne voulant pas demeurer au Château-Vieux, non plus qu’au Château-Neuf, s’est fait élever une habitation à proximité de Bellevue : c'est le pavillon de Verrières, « bâti à la romaine, entouré de fossés, avec deux autres pavillons et une maison bâtie à la paysanne ». Gabriel en est l'architecte et le décorateur (58) ; Verberckt, en 1752, en sculpte les boiseries (59). Pour se rendre du pavillon de Verrières — situé auprès de la porte de ce nom — à Bellevue, le roi traverse le parc de Meudon. Du reste, cette annexe de Verrières relève du département à Meudon.
La création de Bellevue entraîne pour Meudon des conséquences bonnes et mauvaises, Grâce à Bellevue, l'avenue de Meudon, qui fait suite à l’avant-cour dans la direction du nord, est prolongée et embellie. Auparavant, un grand rectangle et une grille donnant sur la route de Paris à Versailles terminaient cette avenue : Louis XV la continue jusqu’à Bellevue,où elle aboutit à un rond-point. L’allée neuve est tracée par les Ponts et Chaussées de France sur l'emplacement de vingt-quatre parcelles de vignes let de prés expropriées (60); la partie nouvellede l’avenue est bordée par une seule rangée d'arbres. :
L'accès de Bellevue est aussi facilité par {la création d’une route plus modeste qui part de la nouvelle porte de Bel-Air. Bâtie sur l’ordre du Grand Dauphin, l’imposante porte de pierre qui avoisineles écuries de Meudon existe encore, privée de ses sculptures ; elle ne sert plus de passage depuis le milieu du xvi* siècle. Le 15 décembre 1749, Lenormand de Tournehem, directeur général des Bâtiments du Roi, écrit à son sujet : « il y a à Meudon une Porte que l’onapelle, Je crois la Porte Verte, a l’extrémité du costé du château de l'allée en Terrasse des Capucins. Cette porte est Elevé au pied d’un fer a cheval dont la descente est si précipitée qu'il est presque
Jmpossible d'y descendre en carosse, pour gagner le chemin qui est entre la grande avenüe de la grille audessous de la Terrasse des Capucins et qui conduit au château de Bellevüe, Le Roy alla vendredy aud. château de Bellevüe et m’ordonna d'examiner les Moyens de rendre ce passage pratiquable, nous n’entrouvâmes pas de plus convenables de celuy de longer cette descente entre l’allée en Terrasse et le Jardin du Portier. qu’il faudra entamer en faisant une rampe alongée et par Consequent plus douce, afin qu’elle puisse aller y faire une porte aux depens de la Porte Verte qui sera suprimée, et ne faire cette porte Nouvelle que legere et non Matérielle comme la
premiere, ou Il y a plus de Batisse qu’il n’en faudroit pour
batir une Maison (61) ».. La mode, dès le milieu du règne de Louis XV est toute aux grilles, l'ère est passée, pour fermer les parcs, des admirables portes cochèresen pierre appareillée de l’époque précédente.
En 1750, Gabriel a donné le dessin d’une grille flanquée de deux pavillons mansardés qui doit clore l’autre extrémité de l'allée «par ou leRoy passe Souvent alant de belevüe a verierre ; il n y a eüe qun simple pavillon de batis » (62). En 1760, on veut élever la seconde construction : « J'ai prié M° Gabriel de vouloir bien conduire ce nouveau petit ouvrage », écrit le marquis de Champcenetz (63): le dessin du grand architecte est encore joint à la lettre. Les matériaux de la bâtisse nouvelle sont fournis par la démolition du pavillon de l'Ursine, qui datait du temps du chancelier Le Tellier ; le garde renardier, dont c’était le logement, a été transféré à la Porte Dame- Rose. Un pavillon de suisse estégalement construit à la Porte Royale, en 1761 (64), et une Faisanderie Chinoise érigée en 1766 (65).
Les inconvénients du voisinage de Bellevue apparaissent bientôt : les orangeries et les eaux de Meudon sont mises à
contribution par Mme de Pompadour.
Au mois de mai 1754, la favorite demande à son frère des
orangers de dix ou douze pieds de haut pour décorer Îa terrasse de Bellevue (66), et le marquis de Vandières permet à Lubin, jardinier de Mme de Pompadour, d’aller marquer à Meudon les orangers convenables. Mais, parmi les deux cent vingt-quatre arbustes conservés dans les trois orangeries qu'ontaménagées les princes de Lorraine, Servien et le Grand Dauphin, « Il y en a 122. de 20. à 22. pieds de haut, 28. jnvalides. Il n’en reste par conséquent que 62. de 10. à 12. pi‘. sur lesquels 40. de transportables. » Le marquis de Vandières annote le rapport : «Le Détail de cette Lettrem'engage a suplier ma sœur d’ordonner au Sr. Lubin de se contenter pour cette année de 40. orangers ».
Une atteinte plus grave est portée aux jardins de Meudon : les eaux de l'étang des Fonceaux sont dérivées et alimenteront désormais les jeux d’eau de Bellevue pendant chacun des séjours du roi (67). C'est là une cause nouvelle de décadence pour Meudon ; ses bassins, où l’eau croupit, pourront s’abimer sans intéresser les contrôleurs.
L'exploitation des bois, assurée par la Maîtrise des Eaux et Forêts, tient la plus large part dans l’administration du domaine de Meudon sous Louis XVet dans la correspondance des contrôleurs avec le directeur général des Bâtiments (68). Le roi s’en occupe fréquemment lui-même (69). En 1769, on adjuge en un seul lotun grand-nombre de vieux épicéas, plantés à Meudon par Le Tellier et Louvois, et « les arbres qui couvroient l'Estoile entre les Champs Elisés et le Bois de Boulogne » : les enchères montent à la forte somme de soixante douze mille six cents livres (70).
Les champs du parc de Meudon sont tous affermés, et leurs tenanciers enrichis par la culture se réunissent pour former une société agricole. Celle-ci fait distribuer un très élégant prospectus avec frontispice, qui a été imprimé en juillet 1761 et où se remarque beaucoup d'initiative (71): «Les fermiers des Domaines Royaux de Meudon, Villebon, Chaville,
etc. instruits par une longue expérience des avantages considérables que peut procurer la culture et l'amélioration des Terres en joignant les soins et l'intelligence à des avances que beaucoup de personnes ne sont pas en état de supporter, ont fait un fond de sept cens cinquante mille livres, qu'ils augmenteront à mesure qu'il en sera besoin, pour iournir les Bestiaux, Engrais, et autres accommodemens, utiles et nécessaires à l'amélioration des Terres qui en sont susceptibles, et dont les Propriétaires voudront traiter avec eux...»
Cette société a racheté à la duchesse de Brancas son brevet à vie pour le domaine de Chaville et en assume le fermage; les tenanciers prétendent abattre à leur bénéfice les avenues d’épicéas, d’où un long conflit avecla directions des Bâtiments, qui finit par sauver les vieux arbres (72).
Plus inattendue est la prétention de La Rouvière, «bonnetier ordinaire du roi » (73); il demande «un terrein dans le parc de Meudon, pour y semer la graine de houëtte ou chardon dont il a fait la découverte, et en à fait fabriquer touttes sortes d'Etoffes et ouvrage de Bonneterie, dont il a joint des échantillons au placet, qui sont connus de Monsieur Le Directeur Général et de Madame de Pompadour...» Aucun bon du roi n’apostille cette étrange requête, mais quatre beaux échantillons de tissus souples, brillants et soyeux, d’un blond pâle, sont encore épinglés à la requête et recommandent ce genre de tissus bien oublié.
Le roi, qui s'intéresse surtout à Meudon en tant que domaine de chasse, voudrait remettre les bois du grand parc dans le bel état où ils étaient autrefois. La détresse financière du royaume s’y oppose comme nous le montre le rapport suivant du contrôleur de Meudon, Le Dreux (74) :
« Présenté au Travail du 1% may 1770.
«Il m’a eté demandé de faire ouvrir pour la commodité des chasses de Votre Majesté neuf nouvelles routes de 9. pieds de large dans les bois du parc de Meudon. Je prends en consé-
quence la liberté d'en mettre le plan et la dépense sous les yeux de Votre Majesté. II ne seroit pas moins nécessaire d'en rétablir 16. autres que le deffaut d'entretien continüé depuis nombre d’années a rendues presque impraticables. Ces deux objets exigeroient une somme de 7. à 8.000 livres. Mais je ne puis dissimuler à Votre Majesté que dans les circonstances actuelles, cette somme, qui en d'autres temps seroit une bagatelle, excede de beaucoup les forces de ses Bâtiments ».
«Monsieur Le Directeur Général ma dit que le Roy a la Lecture de ce mémoire avoit dit qu’il n'y a qu’aattendre».
À l'instar de son grand-père et de son bisaïeul, Louis XV ne dédaigne pas d'entrer dans les petits détails de la gestion de son domaine : il s’occupe des distributions de glace (75) et de fleur d’oranger (76), des ressources que fournissent à sa table les légumes et les fruits de Meudon. Les beaux jardins se dégradent, cependant, et les administrateurs du domaine en gémissent (77) : l'épuisement du trésor est la cause de tout le mal, en cette fin de règne. Le 14 juin 1770, le contrôleur Le Dreux écrit à ce sujet (78) : « Je ne vois que pleurs et desespoir : les enfans de Boisselet, Jardinier du parc, les derniers ouvriers qui lui restoit ont quitté leur père et me sont venus demander la permission de se mettre Journaliers dans quelqu'atelier de terrasse; cette séparation dont J'ai été témoin n’a pu se faire sans beaucoup de Larmes de part et d'autres, il ne reste plus pour faire tous les ouvrages du jardin que le père seul, qui sans doute les suivra bientôt et le jardin va devenir une friche.
« Rossignol, jardinier de l’orangerie arôse les orangers du Roi, pied, Jambes et tête nuds avec un habit galonne, n'ayant pas mangé de Viandes ni bû de vin depuis plus de deux ans, ne se nourissant que de pain bis, buveant de l’eau et quelque fois un peu de cidre.
«Camus, fontainier agée de 69 ans acable de la goute, de la
maladie du plomb et d’une nombreuse famille, cache avec grand soin sous un habit galonné les secours de pain qu’il reçoit de la paroisse et des sœurs de Charité. »
En 1771, les jardiniers de Meudon s'adressent à Mme du Barry pour essayer d'obtenir quelques acomptes sur leurs traitements échus (79).
Deux mois plus tard, le contrôleur écrit de nouveau (80): .… &il y a plusieurs orangés dont les caisses sont tombées de pouriture, qu’on a pû sortir cette étée qui vont périr si on ne les encaïisse cette année, d’autres qui sont garôtés avec des cordes qu'on a bien voulu prêter. Le parc est en très mauvais état, surtout lapartie du Jardin appellée de L’ovale qui comprend les bassins de L’ovalle, l’octogone, celui de la Corbeille ; les parterres hauts et bas, toutes les allées en étoille qui en dependent ; toutte cette partie Labourée d'ornières très profondes par les Voitures qui y passoient Journellement les Chevaux et vaches des différents particuliers paissant dans les parterres. Je n’y laisse pas passer et promener en Voiture que les princes et les gens de conditions Logeant au chateau neufseulement par cequ’onn’y peut communiquerautrement. Les barieres étoient si négligées qu’on voyoit se promener dans les plus beaux Jardins de L’europe tous les gens deParis en voitures bourgeoises ou de Louages, Cabriolets chevaux et chaises, ce qui metoit ces Jardins dans les plus grands desordres. J'ai accoutumé les gens de Paris qui vienent enassé grand nombre se promener icy de Laisser leur voitures dehors les barières et de se promener dans l’intérieur apied ».
Les servitudes, qui augmentent d'autant plus que la présence du maître devient plus rare, sont une autre cause de dégradation pour les jardins. Le directeur général autorise Mme de Rosny, châtelaine de Fleury, à passer par le parc de Meudon pour se rendre chez elle (81) ; des permissions similaires sont octroyées au banquier Piscatori etau marquis de Mirabeau, qui occupent successivement la maison de Mr. de La
Bourdonnaye ayant porte et grille d'accès sur le parc (82). La comtesse de Montesquiou se montre plus audacieuse ; elle achète Fleury et se fait louer par le Domaine quelques pièces de terre touchant aux jardins bas de Meudon. En 1774, «elle y fait pratiquer un canal, des tapis et talus de gazon, enfin une espece de jardin anglois » qui se prolonge sur les terres du Domaine bouleversées par elle sans consulter personne. Semoncée par l’abbé Terray, la comtesse résiste et défend sa création : « Je tiens, écrit-elle, à mon jardin et lai arrangé pour En faire un espece de préet de jardin angloisy» 83).