MEUDON SOUS LOUIS XVI
Sous Louis XV apparaissent à Meudon les conséquences de la détresse financière du règne précédent : les bâtiments dont l'entretien a été négligé, demandent des réparations urgentes. La constante solicitude de la Direction Générale les Sauvera dans leur ensemble. I1n’en sera pas ainsi des jardins: la passion du nouveau roi pour la chasse et le dédain que montrent ses sujets envers les parcs à la française hâteront leur ruine. Celle-ci se fût probablement consommée, même sans la Révolution. Contrairement à Louis XIV et Louis XV, Louis XVI n’était pas un roi bâtisseur : non seulement il n’acheva pas les travaux entrepris par son aïeul, comme la réfection de la cour de Versailles, mais il songea à raser plusieurs châteaux royaux et convertir certains autres en casernes. Fâcheuses économies à réaliser dans cette France où le développement des Beaux-Arts a toujours été une source de gloire et de prospérité.
C'est, naturellement, la face ouest du Château Vieux, exposée aux pluies, qui a le plus souffert des intempéries ; déjà, sous le règne de Louis XV, on signale le mauvais état de Ja Galerie du Petit Pont. Du dehors, les fissures qui lézardent ses trois arches rendent dangereux l'accès de la chapelle. Le contrôleur de Meudon écrit aucomte d’Angiviller qu’il redoute de les voir s'effondrer un jour sur le carrosse de Mesdames de France, quand, de Bellevue, elles viennent faireleurs dévotions
à Meudon (1). La restauration de cette galerie suspendue est jugée trop coûteuse : on la condamne. A la fin du mois de juillet 1775, les peintures qui décorent ce passage en sont retirées (2). La démolition de la galerie est achevée le 11 septembre (3), mais les arches de pierre qui la supportaient sont conservées. .
Le chevet de la chapelle adossé à la terrasse supérieure du parc inspire aussi des inquiétudes. Une dés occupantes du
Châteaux Vieux écrit le 17 mai 1775 au premier maréchal des
logis du comte d'Artois (4) : « Madame La Baronne de Neü-
kirchen prie Monsieur de Neuilly de vouloir bien Lui obtenir de Mr Le directeur général des Bâtiments, La démolition de La terrasse tenant à La chapelle de Meüdon, demandée, et obtenue sous Le feu Roi, pour la Sûreté des habitants qui vont à La messe, ou Bien un échafaudage pareil à Celui qu'on a fait devant La porte de la Chapelle, afin que Madame La Baronne puisse entrer dans son appartement sans courir le Risque d’être écrasée » .
Entre-temps, un gros orage a endommagé la chapelle, dont les dégats seront réparés avec une économie mesquine. La correspondance qui s'engage à ce propos entre le contrôleur de Meudon et le directeur général des Bâtiments mérite une citation : le comte d’Angivillers ne cache ni son mépris envers l'art du début du xvine siècle ni sa sympathie vis-à-vis des chefs d'œuvre gothiques. D'ailleurs, n'est-ce pas à cette date qu’il commande pour l'Etat une Mort de Du Guesclin et un Siège de Calais ? Voici la lettre que lui adresse le contrôleur de Meudon (4) :
| «à Meudon Le 18. 7ère 1775 « Monsieur
« J'ai eu l'honneur de vous instruire dans le tems des dégâts
que la grêle (du 28 juillet) à fait aux vitres et aux couvertures de mon département et dont on suit les réparations neces-
(Sépia de Maréchal).
F1G. 33. — Les jardins de Meudon en 1785.