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un logement qui, en 1786, sera attribué à la maréchale de Noailles (20). La comtesse de Seymour, née La Martellière, habite, en 1780, un des deux appartements du premier étage contigu au Salon des Maures ; le comte d’Angiviller l’autorise à se servir du grand escalier et à passer par le vestibule du château pour aller dé la cour aux jardins (21). Au Château Neuf loge en 1778, M. de La Borderie, premier médecin du comte d'Artois (22).
Depuis que la nature reconquiert son domaine, les visiteurs semblent se montrer plus sensibles au charme du vieux parc abandonné. Le contrôleur de Meudon écrit, le 30 avril 1775, au comte d’Angiviller (23): « Depuis quelques Semaines, la Reyne, Madame, Madame D'artois et mes dames viennent presque Journellement se promener a pied dans les Jardins hauts de Meudon où ii ya plusieurs allées, qui maintenant sont en friche...» N'est-ce pas un aimable tableau que celui de ces trois jeunes belles-sœurs guidées par leurs vieilles tantes à travers ces avenues qu'envahissent les herbes folles ? Rapprochons de ces lignes la description si fraîche tracée par la future Mme Roland dans une lettre qu'elle écrit à une amie Je3 juin 1775 (24) : «... Je vais rêver à tout, ces fêtes : j'espère m'aller promener au charmant Meudon. Tu le connais, je crois ? C’est un lieu délicieux pour moi: champêtre, solitaire, varié, étendu ; ici, tant soit peu cultivé, agréable et flatteur ; là, sombre, sauvage. De grandes allées de sapins, un terrain mal uni, couvert de mousse ; plus loin, une petite montagne, un bois, une fontaine, des pièces d’eau, des prairies, voilà quels vont être les confidents de mes pensées. Ils sont muets, c'est quelquefois un avantage; mais aussi ils ne répondent pas aux questions. » Et le 31 octobre (25) : «je souris ainsi que lui en contant que nous avions parlé de lui à Meudon, sous un bosquet de chèvrefeuille, la veille de l'évènement ». Plus tard, se rappelant ces agréables souvenirs, quand elle rédige ses mémoires (26), elle ajoute: « Nous allions souvent à
Meudon, c'était ma promenade favorite ; je préférais ses bois sauvages, ses étangs solitaires, ses allées de sapins, ses hautes futaies, aux routes fréquentées, aux taillis uniformes du bois de Boulogne, aux decorations de Belle-Vue, aux allées peignées de Saint-Cloud : — Où irons-nous demain, s’il fait beau ? — disait mon père, les soirs de samedi d'été. Puis il me regardait en souriant. «A Saint-Cloud? Les eaux doivent jouer, il y aura du monde ! — Ah, papa! Si vous vouliez aller à Meudon, je serais bien plus contente ! — A cinq heures du matin, le dimanche, chacun était debout. Un habit léger, frais, très simple, quelques fleurs, un voile de gaze, annonçaient les projets du jour. Les odes de Rousseau, un volume de Corneille ou autre, faisait tout mon bagage. Nous partions tous les trois (elle, son père et sa mère). On allait s’embarquer au pont Royal, que je voyais de mes fenêtres, sur un petit batelet, qui, dans le silence d’une navigation douce et rapide, nous conduisait au rivage de Bellevue, non loin de la verrerie. Là, par les sentiers escarpés, nous gagnions l'avenue de Meudon. Le dîner se faisait chez l’un des suisses du parc... Aimable Meudon ! combien j'ai respiré sous tes ombrages en bénissant l’auteur de mon existence ! Combien j'aimais me reposer sous ces grands arbres, non loin des clairières, où je voyais passer la biche timide et légère ! Je me rappelle ces lieux plus sombres où nous passions les moments de la chaleur : là, tandis que mon père, couché sur l'herbe, et ma mère, doucement appuyée sur un amas de féuilles que j'avais préparé, se livraient au sommeil de l’après-dîner, je contemplais la majesté de tes bois silencieux, j'admirais la nature, j’adorais la Providence dont je sentais les bienfaits. »
Si la jeune Phlipon se plaît à rêver sous les ombrages de Meudon, des gens plus âgés et plus informés y respirent la profonde mélancolie des choses qui finissent. Le 30 juillet 1775, le contrôleur Le Dreux écrit à l’architecte Cuvillier (27) : « Je releve avec le plus de soin qu’il m'est possible un plan des
Jardins hauts de Meudon afin qu’on puisse y avoir recours s'ils subissent la proscription générale dont ils me paroissent menacés.» Et un des pensionnaires du château confie à d’Angivillers (28) : «.. Ce n’est peut estre pas la seulle grace que j'auray a vous demander, je n'ay cependant encore nul objet bien déterminé, mais me promenant il me passe souvent par idées, qu’au millieu de touttes ses dévastations, dont il paroit qu'il y en à encores beaucoup de décidées, vous pourriés peut estre me céder quelque coin, ou en m'enveloppant de quelque pali, je pourrois obsserver dans le sillence les vicissitudes des choses humainnes, et Meudon me servira d'un exemple bien frapant, etje suis bien faché d’en faire état au directeur et protecteur des arts, mais il faut s’en prendre aux moyens que l’on ne nous distribue pas, et en gémir avec nous...»
Les canalisations, mal entretenues depuis une soixantaine d'années, demandent une réfection ; les bassins fuientou sont remplis d’une eau croupissante. L'administration hésite entre des réparations trop coûteuses et une destruction entière ; enfin, elle adopte un moyen terme: les jardins bas sont sacrifiés, mais les bassins des parterres supérieurs, voisins des châteaux, seront restaurés.
Les convoitises augmentent autour de ce domaine qu’on délaisse: la châtelaine de Fleury, Mme de Montesquiou, renouvelle ses prétentions : elle espère accroître son jardin anglais et offre d'acheter certaine annexe du parc située hors les murs, où passait, du temps de Monseigneur, « la Petite Rivière d’Artelon », décharge du canal de ce nom. M. d’Angiviller se fait faire par Mique un rapport sur l'opportunité de cette vente. Enfin, le Conseil d'Etat accorde à Mme de Montesquiou (29) la « concession à perpétuité à titre d'accensement, à charge de payer un cens annuel de soixante Livres, d'un terrein appelé l’écluse ainsique celui ou couloit le ruisseau servant de décharge. en faisant clore de treillage
uniquement ». La ténacité de la châtelaine dans ses projets d'agrandissements se manifeste encore six mois plus tard: elle désire cette fois une partie des jardins bas, un bosquet en étoile contigu au Vertugadin et au canal d’Artelon. Sur une demande de rapport du comte d’Angiviller, Le Dreux lui écrit (30) : « Ce bosquet fait pendant et répétition d’un autre bosquét tout pareil de l’autre côté du Vertugadin, et le tout ensemble forme une des plus belles parties des Jardins qui ait fait a M" Le Nôtre une réputation si méritée. ainsi on nesauroit demembre cette partie d’unsi beau tout sans, en quelque sorte, l’anéantir entièrement ». La chose, ainsi présentée, n’est pas exacte ; à la mort de Le Nôtre, les deux grandes prairies qui flanquaient autrefois le vertugadin n'avaient pas encore été transformées en bosquets. On écouta le contrôleur et la cession de l'étoile fut refusée à Mme de Montesquiou (30).
Les bosquets d’Artelon, chers au Grand Dauphin, touchent au village de Meudon : les paysans souhaitent en obtenir la cession de la faiblesse du roi. D’Angiviller écrit au contrôleur de Meudon le 17 novembre 1782 (31) : « M. le prince de Poix, monsieur, vient de m'adresse la copie ci-jointe d’une délibération des habitans de Meudon, par la quelle ils ont arrete de demander par l'entremise de madame adelaïde, une portion des jardins bas de Meudon, pour, avec un autre terrein dependant du Domaine, leur etre accordé en échange et en indemnité d’une partie de commune enclose dans le nouveau parc de Bellevue. on y avance meme que j'ai témoigné etre dans la disposition de leur faire donner ce terrein. ce qui n'a jamais été, pour me mettre en état de rendre compte au Roi de cette demande, il faut que vous m’envoyiez avec un plan du local et de ses attenances, un mémoire sur l’utilité dont est cette partie du jardin de Meudon, je souhaite etre en état de presenter le tout au roy dimanche prochain». La demande est trop audacieuse : la belle salle de verdure où sommeille l'Ariane de Goix, les bosquets où se dressent tant de groupes modelés
par Hardy,Mazière, Flamen et Raon, où tant de bassins reflètent le ciel etles hautes ramures des vieux arbres, ne seront pas livrés à ladestruction. Mais, si Louis XVIentend sauver les bosquets d’Artelon, il admet par contre l’idée de concéder aux gens de Meudon un terrain pour y faire paître leurs bestiaux. Il situe cette pâture aux abords de l'étang de Chalais et passe outre aux avis du comte d’Angiviller qui tient à « Prévenir sa majesté que l’acte de bonté qu’elle paroïit destiner aux habitants de Meudonexigera unesurveillance active pour empêcher que les bestiaux ne s’introduisent dans les bois ou bosquets » (31). Cette concession aiguillonne la cupidité des paysans de Meudon ; le 26 février 1783, leurs syndics demandent au roi cession de la futaie et des bosquets d’Artelon, des Salles des Marronniers, des bosquets de Guénégaud, en un mot de presque tous les jardins du Bas Meudon. Ils décident, s’ils ont gain de cause, de tout raser et de tout transformer en pâtures. Louis XVI leur donnera satisfaction, mais en leur abandonnant un district moins important au point de vue artistique.
De leur côté, voulant agrandir Bellevue, et non saccager les anciens jardins de Monseigneur, Mesdames de France demandent à leur neveu la Garenne de Sèvres et d’autres parties du parc de Meudon, restées à demiincultes et que des travaux d'art n'ont jamais ennoblies. Mme Adelaide s’occupe avec activité de ces accroissements. En 1778 (32), elle a déjà obtenu la réfection de l'étang des Fonceaux qui, depuis 1773, ne tenait plus l’eau (33) et alimentait imparfaitement les réservoirs de Meudonet de Bellevue, les jeux d'eau et les cascades des princesses. Mme Adelaïde prie le roide tracerlui-même, sur un plan lesnouvelleslimites de Bellevue (34); cette carte, elle la donne à Mique qu'elle charge du soin de dessiner pour elle des jardins anglais, Le 23 juillet 1780, la princesse écrit à M° d’Angiviller (34) : «je prie M. Dangéviller de donner ses ordres afin que l'on travaille tres promptement a la cloture du mur
du nouveau terrein que le roi nous a donné a bellevüe « Marie Adelaïde ». <
Cette clôture, terminée en décembre de la même année (34). est coupé de « hahas» ou sauts-de-loup qui interrompent les murs à l'extrémité des allées et laissent jouir l’un et l’autre parc de perspectives ininterrompues.
Les écuries de Meudon font partie, elles aussi, du domaine de Mesdames : c'est là que se trouvent leurs chevaux et leurs carrosses.
Cependant, à Meudon, on commence à démolir les bassins les plus endommagés. Les moulins qui élèvent les eaux tirées de la plaine de Vélizy ont été abattus en 1780 ainsi que les murs des deux réservoirs du parc (34). Au printemps de 1781 (35), sont supprimés les bassins des Cloîtres et de Bel Air.
Le plan dressé par Le Rouge en 1783 montre la disparition de tous les bassins des jardins bas saufs ceuxde la Demi-Lune (ou la Corbeille), de POvale, des Sept Jetsetle canal de l'Ombre. Le Bassin de M. Courtin subsiste dans l’enclos de la Surintendance. Un gazon incliné conduit de l’Allée des Fonceaux à l'Ovale. Des bosquets bas, une Salle des Marronniers reste seule intacte. Ces destructions lamentables prennent fin en 1783 : à cette date (37), on répare ce qui subsiste des jardins du plateau. 11 est même question de les mettre tous à la mode la plus récente. A trois reprises, d’Angiviller prie Hubert Robert (38), Dessinateur des Jardins du Roi, de diriger les plantations nouvelles de Meudon et «d'y apporter des changements en mieux » (39). La dernière lettre du directeur général résume ses désirs (40) :
«a Vies le 4 aout 1784 :
« Il y a longtemps, monsieur, que je vous ai prevenu des vûües que j'avois pour quelques changemens dans les jardins de meudon, qu'ilestnecessaire de replanterau moment actuel.
comme il y a deja plusieurs années que ce jardin a été coupé je ne veux pas tarder au dela de l'automne prochain a en faire la replantation. mais avant que de la faire je souhaite que vous examiniez le local avec M. l'abbé Nolin, pour me donner conjointement avec lui votre avis sur la meilleure maniere de l’executer ; car quoique ces jardins soyent de Lenôtre, cependant comme l’art de la décoration en ce genre a fait depuis ce temps des progrès considérables, je concois que tant a cet egard que vû la grande variété d'arbres introduits depuis quelques années dans les plantations, il peut y avoir lieu a des changemens avantageux. j'en previens M. l’abbé nolin et M. Labrieres, inspecteur du département, afin que l’un et l’autre concourent avec vous a remplir cet objet. v
Le peintre des ruines, à qui l'on doit le rocher et les bains d’Apollon, s'est-il effectivement occupé des jardins de Meudon ? Nous n’en savons rien ; nous l'y retrouverons bien plus tard et dans des circonstances très différentes.
L'état pitoyable des jardins bas écarte la pensée de les replanter, même à l’anglaise. Un projet non daté, mais appartenant aux dernières années de l’ancien régime, nous est parvenu avec les plans qui l’accompagnaient (41) : nous y voyons les jardins bas convertis en haras ; la Surintendance devenue caserne de gendarmerie ; le bassin de Mr Courtin et le canal de l'Ombre changés en abreuvoirs. Près de ce dernier, s'élève un grand manège couvert. L'ancien parterre de Mr Courtin sert de cour aux écuries : celles-ci, destinées à quatre cents chevaux, sont formées de trois vastes bâtiments, auxquels des portes cintrées, des corniches à largesmoulures, des baies en lunettes et d'énormes toitures confèrent une élégance assez froide. Le devis monte à 125.877 livres. Ce projet, quia l'avantage d'utiliser toutes les constructions existantes et jusqu'aux moindres murs, n’est certes pas faite pour égayer la vue dont jouissent le Château Vieux et surtout le Château
Neuf, situé juste en face desnouvelles constructions. Rien de tout cela ne se réalisera d’ailleurs au xvuie siècle, mais l'idée n'en sera pas perdue.
Louis XVI apprécie surtout à Meudon cette étendue de bois favorable à la chasse à courre. Son jeune frère, le comte d'Artois, est dans les mêmes dispositions ; il s'occupe des élèves de la Faisanderie Chinoise créée par Louis XV (42) et obtient du roi la disposition du Clos de la Perrière pour y remiser
« le fauve et le sanglier 5 (43). Cependant, suivant Louis XVI,
les bois de Meudon ne sont pas assez percés ; ils renferment trop d’étangs et n'offrent pas un nombre suffisant de rendezvous de chasse. Les grands murs, qui enserrent la forêt de Clamart à Versailles et de Viroflay à Bellevue, nuisent au plaisir des débuchés et à la variété des hallalis. Le roi se trace tout un programme d'ouvrages et de changements à réaliser ; il ordonnera malheureusement aussi des destructions irréparables. :
Dès 1776, les anciennes routes sont retracées dans le bois et de nouvelles y sont créées (44) ; l'étang des Fonceaux est traversé par deux chaussées (45).
Un accident de chasse provoque d’autres travaux. Un jour, un chevreuil poursuivi par le roi saute l'appui de la terrasse haute et se jette dans le vide suivi de plusieurs chiens que l’on relève tués ou estropiés (46). Et le long de cette admirable terrasse, dont les balustrades dominent les parterres, des écuries de Meudon à l'aile des Maronniers, de celle-ci au Château Neuf et du Château Neuf au bois de la Tour, Louis XVI fait établir une palissade « afin que la meute du Roy ne soit plus exposée à être détruite en un instant ». Un horrible bâtis de fer est scellé sur le milieu des tablettes d'appui, et tous les six pieds, est placé un support destiné à soutenir un large grillage fabriqué tout exprès à Versailles (47).
En 1779, les réservoirs naturels et artificiels aménagés savamment au xvie siècle pour fournir un débit constant,
sont détruits en majeure partie. C'est ainsi que disparaissent (48) le Vieux Réservoir et le Réservoir Neuf, les étangs de Louvois, de La Porte, de Saint-Denis, du Chenil, de- Vélizy, d'Ursine, du Château, du Curé, des Ecrevisses (49). « Les étangs de Saint-Denys et de La Porte Etoient bordés de tablettes de pierre fort belle, que l'on mênent a verssailles ainsy que Le Moillon, et dont on fait des Murs de Cloture dans Lavenüe a Cotté de La maison de Madame de Guiméné (château actuel du Grand-Montreuil), et Les murs Sont Même couvert en partie, avec Ses Tablettes... » (50). Seuls, les Fonceaux, déversoir des étangs du Loup Pendu et de Villacoublay, sont conservés(51)pouralimenter d’eau Meudon etsurtoutBellevue.
La destruction de la Clôture du parc qui, du magnifique domaine de Meudon, fera une région sans caractère, enlèvera aux superbes constructions leur raison d’être et préparera le morcellement de l'ensemble, n’est point'encore imaginée par Louis XVI en 1777. À cette date, il fait réparer à la limite du parc et de l'avenue de Versailles la massive Porte Royale dont la corniche est tombée. Pour la restaurer, on utilise la pierre de Saint-Leu provenant de la Galerie du Petit Pont précédemment détruite (52). Mais, dès le printemps de 1779, le contrôleur de Meudon écrit au comte d’Angiviller : « Le Bruit court que le domaine de meudon alloit être réunie a Celuy de Verssailles, Et que L'intention Du Roy, étoit de faire abatre une partie des murs du grand par pour donner plus d’étendue et d'agrément a ses chasses, et de faire de nouvelles routes... Le Roy est Venu Se promener deux fois a Meudon a parcourut toute les routtes avec M. Godeffroy Lieutenant des Chasses du parc, il a dit L'intention Du Roy Etoit de faire faire un mur neuf pour Enfermer Le Parc de décoration d'avec Le grand parc » (53).
Le 19 juin 1780 (54), le maçon Doville soumet un devis pour la destruction des vieilles murailles et l'érection de la clôture nouvelle. Les frais seront de 91.480 livres : 17 sols : 2 deniers
mais le prix de vente des matériaux inutilisés est estimé à 26.000 livres : ainsi suffira-t-il de 65,480 livres : 17 sols : 2 deniers pour mener à bien ce grand travail. L'ouvrage, commencé en 1780, est achevé au printemps de 1782 (55). Son détail nous est donné par deux documents (56) : un plan manuscrit et une carte du grand parc de Meudon gravée par Le Rouge en 1780, annotée et complétée par Laseigne, « ingénieur géographe des Bâtiments du Roi ». De l’ancienne muraille on maintient nécessairement la partie qui sépare le bois de Montafilan du Clos des Capucins, longe l’avenue et fait suite, en bordure du village de Meudon aux terrasses du Château Vieux. On respecte aussi les murs qui relient la porte de Clamart à celle de Fleury : «Le Roy a voulu spécialement la conservation de cette partie pour qu'elle servit de deffense contre le fauve aux vignes et cultures du canton et celle de fleury restée porte de la nouvelle cloture. » On laisse encore debout l'enceinte du Clos de la Perrière, qui sert de remise pour les faons ; la partie des murs située entrele Bois du Parc et la Grange Dame Rose et celle qui, de la Porte Royale à l’alignement de Chaville, borde le chemin de Versailles à Paris. Enfin, lon conserve les logements des gardes ou portiers de Clamart, de Châtillon, Trivaux, Verrières, Vélizy, de la Porte Royale, de ia Porte Dauphine, du Pavillon l'Abbé, peu distant de cette porte, et du pavillon du Petit Bellevue.
La clôture nouvelle encerclant les jardins commence à la porte de Fleury, cerne le Vertugadin, longe l'Etang de Chalais, entoure le rond point du Gladiateur et les Cloîtres, marque ensuite un angle rentrant. et, englobant l’étang de Bel Air, vient se souder à l’angle du Clos des Capucins. Ces murs, coupés de grilles et de hahas, subsistent encore à l'heure actuelle sur presque toute leur étendue. Louis XVI, voulant compléter cet ensemble, fait élever des logements de portiers à la grille de Chalais (57) et à celle du chemin de Versailles (58). Cette dernière construction, assez élégante est
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élevée avec les matériaux provenant de la démolition du pavillon de garde de La Grange Dame Rose et du Bassin de l'Etoile. En 1782, le roi ordonne d’élever « dans l’intérieur de la nouvelle cloture un mur qui, prenant naissance à une distance perpendiculaire de l'extrémité inférieure de l'étang de Chalais, se prolonge sur une ligne Diagonale pour venir s'apuier sur la nouvelle Cloture et a environ 200. toises de distance, a la croisee des deux sentiers qui ceignent le canal dit des truites (ancien pont d’eau) » (59). Le seul travail d’art, modeste et même puéril occasionné par l'érection du mur neuf, est relatif à la fontaine d'Elin dans le bois de Clamart ; on y établit un bassin circulaire orné de congélations en plâtre « avec une allée de tilleul au pourtour et des bancs de gazon » (60).
Les plaines, bois et étangs détachés de Meudon relèveront désormais du département de Versailles (61).
Les pavillons de chasse manquent à Meudon, au gré du roi. Il fait donc meubler le pavillon de l'Ursine (62), qui lui servira de rendez-vous de chasse, et construire un nouveau pavillon sur la digue de l’étang dit de Colin-Porcher (63).
Au-dessus de l'étang de Trivaux, en face du Château Vieux se dresse encore un autre pavillon, le Pavillon de Trivaux. Louis-XVI qui, décidément juge les deux châteaux impropres à lui tenir lieu de rendez-vous de chasse, dessine lui-même cet élégant pavillon que l'architecte Heurtier est chargé de bâtir (64). C’est une construction hexagonale, avec un rez-dechaussée et un étage que dessert un escalier à double révolution ; des niches extérieures décorent la façade ; une toiture suraiguë terminée par une girouette est supportée par une belle corniche à modillons (65). Le roi s'intéresse beaucoup à son pavillon : le 2 juin, chassant le chevreuil, il visite les chantiers de construction (66). Le 8 juin, de nouveau, « le Roy est venu chasser le chevreuil dans le parc de meudon et a la fin de la chasse, sa majesté, a passé au pavillon, elle a
paru très satisfaite, devoir, les plafonds faits, et le comble très avancé d’être couvert, et il le sera entièrement demain au Soir, Le Roy pendant la chasse, a parcouru les étangs et a demandé, que l’on mit des bateaux, sur tous ceux qui sont conservés » (67). Le roi fait meubler le Pavillon de Trivaux le 21 novembre (68) et l'inauguration a lieu le 7 décembre (69).
Ce superbe domaine de Meudon, bien déchu de sa splendeur, n'est plus respecté comme autrefois par les propriétaires des terrains voisins situés au-dessous des terrasses. Toute la fin du règne de Louis XVI se passe pour les contrôleurs de Meudon en luttes avec les particuliers qui essaient : d’enfreindre les servitudes de niveau. Ce sont en général des citadins qui veulent bâtir des maisons de campagne d'où ils puissent jouir de la vue de Paris. Sur cejchapitre, l’administration tient bon et obtient gain de cause (70).
D'ailleurs, ce qui subsiste des jardins est assez bien entretenu depuis qu’une trésorerie meilleure en donne les moyens. Sur ces questions de détail, nous avons toutes les précisions possibles : depuis 1775, un marché annuel est passé avec le jardinier Boisselet ; nous voyons ainsi qu’en 1782 la direction est soucieuse de rendre aux bosquets, aux charmilles et aux allées un aspect agréable (36.) Dans la seconde partie du règne, le personnel employé est en nombre suffisant : Meudon occupe neuf gardes-chasses, quatre suisses, quatre frotteurs, sept portiers, un fontainier, un garde-magasin, huit jardiniers sans compter les journaliers,
En dehors du petit nombre de courtisans précedemment nommés, qui jouissent d’un logement soit au Château Neuf soit au Château Vieux, il faut citer quelques hôtes de passage.
Le 13 mai 1777, au cours de cet étrange voyage en France où, sous un dehors de simplicité affectée, 1l étale une fatuité insupportable, Joseph II d'Autriche ne s'arrête guère à considérer le domaine de ses ancêtres. Le contrôleur de ce département écrit au comte d’Angiviller (72) : « J'ay l'honneur de
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vous informer que l'Empereur est venu aujourd’huy a Meudon sur les onze heures, sortant de Bellevuë, Sa majesté a passé seul en chaise de poste avecun Valet de pied, a déssendut au bout de la terrasse en fasse du Chateau, atraversse le parterre et a remonté L’Escalliée qui conduit au parc très promptement sans vouloir voir le Chateau, il ny a Eu que le Sr L'arrivée concierge qui étoit par azard dans La cour du Chateau qui a Eté assé heureux pour voir, l'Empereur, et Le Conduire par Le parc, rejoindre sa chaise qui Latendoit au pavé qui conduit à Verssailles. »
En octobre 1779 (73), on prépare un appartement au Chäteau Neuf pour Mme Elisabeth ; il ne semble pas que l’aimable princesse soit venue s’y installer.
Très inattendus sont les hôtes que Louis XVI veut donner à Meudon en 1785. Le 5 septembre de cette année, Calonne écrit à d’Angiviller (74) : « Le Roi approuve, Monsieur, que les familles indiennes qui vont arriver soient établies provisoirement dans le bâtiment neuf du Château de Meudon, sauf à prendre ensuite les mesures convenables pour les transférer au Château de Madrid. » Il s’agit de la colonie indienne que le bailli de Suffren à ramenée des Indes à Malte et qu’il vient d'envoyer en France. En vain, le directeur des Bâtiments s’oppose-t-il à l'installation de ces indigènes dans le Château Neuf (75), tout en proposant « le chateau de Madrid que son - emplacement isolé, rend le Local peut-être uniquement propre à une population difficile à placer si on ne la tient pas dans l'isolement pour lequelelle est nécessairement faite. », M. de Calonne ne se laisse pas convaincre. Puisque l'installation des indiens au Château Neuf répugne à M. d'Angiviller, Calonne les fera loger au Château Vieux ; il y vient et avise le Grand Appartement Frais de Monseigneur, celui-là même où est mort le fils de Louis XIV (76). «Il a vu les appartemens du rez-de-chaussée de l’aîle gauche du chateau vieux qui lui ont paru plus propres à cet établissement momentané. Si il y avoit
pris cette partie du chateau ; de l’eau de Source ou autre bonne aboire, dont l'usage leur fût particulier. il n’y-en a point, qui ayent cette qualité. celle de la Citerne étant dure, et nullement propre à cuire les légumes : dont ces colons asiatiques font beaucoup d’usage au raportde M. de Montaran.…D'ailleurs ces apartemens fort grands et très hauts ne pourroient être échauffés qu’en y brulant une grande quantité de bois. je ne
doute pas que M. le Contrôleur général d'apres le raport de
M. de Montaran n’abandonne ce projet d'établissement qui auroit gccasionné beaucoup de depense pour la depose des parquets et celle des glaces dont ces apartemens sont ornés. » D’Angiviller propose finalement à Calonne « des maisons acquises sur le terrein du Cloître Saint-Germain Lauxerrois », et, le 11 septembre, le contrôleur des finances se range à cet avis plus raisonnable.
À l'extrême fin de l’ancien régime, Meudon revient à la première destination que lui avait donnée la monarchie : il loge le dauphin de France. Le bel enfant que peignait Mme Vigée- Lebrun est devenu un frêle garçonnet rachitique, à la taille déformée. La reine croit que l'air de Meudon suffira à le rétablir (77) ; elle l’y envoie au début de mars 1788 en compagnie de son gouverneur, le duc d’'Harcourt et de la duchesse. Le pe-
. tit prince loge au Château Neuf dans l’appartement du Grand
Dauphin. En son honneur Meudon revêt une parure de fête : tapisseries et meubles précieux y affluent (78). On y voit les tentures d’Arthémise, des Rois de France, des Fruits de la Guerre, de Pompée, de Gédéon, des Eléments, des Gro-. tesques, des Mois Lucas, les portières de Mars, les entre-fenêtres des Eléments et des Termes ; puis des verdures, des tapis de la Savonnerie, des bronzes d'ameublement nombreux et superbes, des meubles en laque, en marquetterie. Au milieu de ces merveilles, le Journal du Garde-Meuble note d’humbles objets plus spécialement destinés à l'enfant : « jeux de dames djvers doubles, 2 Paires de Cornets de Cuir anglais, 2 balles
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de dez jd, 2 Pavillons dorés, 2 Bredouille, 24 fichets, 2 trictracts dont un avec bronze. » Le 18 mai, au jour de la Fête- Dieu, les plus belles tentures sont sorties et parent l'extérieur du château ; une tapisserie intitulée « des Adorations », des damas, des girandoles, un parement d’autel et un parement de crédence brodés d’or et ornés des armes de France sont demandés au Garde-Meuble pour compléter la décoration.
A la fin de mai, le duc d’Harcourt prie le comte d’Angiviller de faire transporter « pour la satisfaction de M. le dauphin » les orangers de Meudon au pied du Château Neuf. Mais les caisses paraissent en trop mauvais état et les arbustes séculaires sont énormes. La chose n’est pas réalisée par raison d'économie (79).
Le 11 juillet, on ramène de Paris « un Billard de 12. pieds couvert en drap vert avec galon d’or, 2. billes Blanches 1° Jd Rouge, 8 Billes d'ivoire pour la partie des Poules ». L'enfant, qui souffre de l’épine dorsale, joue rarement au billard mais souvent il s’en sert comme de lit de repos.
En octobre, le petit dauphin a regagné Versailles pour la saison d'hiver sans que l'air vif des hauteurs ait amélioré son état de santé. En 1780, il revient à Meudon dès le printemps, Le 17 février, le duc d'Harcourt écrit au comte d’Angiviller : (80) pour demander la restauration des bassins qui avoisinent le Château Neuf « par ce qu’il s'exhale de ces bassins, qui ne tiennent pas l'Eau, des vapeurs qui pourroient être préjudiciables à la Santé du Prince » ; il désire aussi que le billard du dauphin soit placé au-dessus du péristyle du chàteau.
Le printemps paraît glacial au petit malade : le vent du nord frappe directement ses vitres ; on lui apporte des tapis et un vaste paravent en Savonnerie (81) ; sa chambre est toute entière calfeutrée avec de la serge blanche et de la laine. En avril, le prince, souvent immobilisé à l’intérieur du château demande à son premier valet de chambre, M. de Bourcet,
qu'on lui apporte « des petits arbustes en pot, comme Jacinthes, Lilas, etc » (82).
L'enfant dépérit toujours davantage : on ne le voit plus, comme l’année précédente, se promener au bras du duc d'Harcourt en costume de petit matelot, ceint du cordon bleu et de l'ordre de la toison d’or. S'il sort quelquefois, c’est monté à âne. Plus souvent couché sur son billard où l’on étend un matelas, il se fait faire la lecture. La princesse de Lamballe, venue rendre visite au malade, lui demande ce qu'on lui lit: « un moment fort intéressant de notre histoire, le règne de Charles VII ; il y a là bien des héros ». « L'autre jour, écrit la comtesse de Laage, il supplia la Reine de dîner dans sa chambre; hélas ! elle avalait plus de larmes que de pain » (83).
Le 13 mai, le Journal du Garde-Meuble (84) note qu’on garnit à l’usage du dauphin, au Château Neuf, un fauteuil mécanique « de velours d’Ytalie vert Pomme et de Toille Dauphine verte ».
Le jeudi 29 mai, jour de la Fête-Dieu, l’on voit paraître à l’une des portes qui ouvrent sur la terrasse le petit prince, « un enfant de neuf ans dont la figure aussi blanche que sa robe de bazin, tombait affaissée sur sa poitrine... Vous eussiez dit Lazare secouant son linceul à la voix de Jésus- Christ » (85).
Bientôt, le dauphin est au plus mal. Le 4 juin,le roi arrive à Meudon après quatre heures ; le duc d’Harcourt l’a fait supplier de ne pas se rendre auprès du prince. Louis XVI croit qu’on veut lui cacher le décès de son fils, et voyant entrer la reine : « Ah ! ma femme, dit-il, notre cher enfant est mort puisqu'on ne veut pas que je le voie » (86). Mais le petit dauphin est vivant, et la reine, tout en pleurs, essaye de rendre un peu d’espoir à Louis XVI: « Ayons du courage, mon ami, la Providence peut tout ; espérons encore qu’elle nous conservera notre fils bien-aimé. »
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Entre six et sept heures du soir, Paris apprend la fin du prince. Au Théâtre Français, la toile s’abaisse après le premier acte : la représentation est arrêtée.
En l'absence du duc d’Harcourt, quine peut supporter cet horrible spectacle, on ouvre le corps du petit prince.
Le surlendemain, tandis que la famille royale prie dans la chapelle ardente où est exposée la dépouille mortelle, une députation du Tiers insiste pour parler au roi. A trois reprises, sans respect pour l’affliction du souverain, elle réitère sa demande. Louis XVI cède enfin, avec cette exclamation douloureuse : « N'y a-t-il donc pas un de ces hommes qui soit père ! » (85).
Le 6 juin, vers onze heures du matin « Messieurs du Tiers », parmi lesquels Siéyès et Mirabeau, viennent jeter de l'eau bénite sur le corps du petit dauphin. Entrehuit et neuf heures du soir, un corbillard aux armes de France, très simplement drapé de blanc, l'emporte au galop vers sa dernière demeure. Une dizaine de piqueurs et de valets de pied portant des torches allumées, une douzaine de gardes du corps forment toute l’escorte. Evitant Bellevue, où se trouvent Mesdames, filles de Louis XV, le convoi passe par la Porte Dauphine, puis par la Garenne et le village de Sèvres, par le bois de Boulogne et le chemin de la Révolte. Toujours à grande allure, il arrive à Saint-Denis, où l’on attend le corps du prince.
Quelle était, en ces derniers jours de la royauté, l'opinion courante sur Meudon ? On s’en ferait une idée très fausse en s’imaginant que le public avait pour cette vieille résidence, somptueuse mais fort endommagée, l'indifférence de Louis XVI ou le dédain de Calonne : Meudon est très fréquenté de la foule et très admiré de l'élite. Les guides des environs de Paris, qui se multiplient à cette époque, décrivent tous Meudon en grand détail : évidemment, le sujet est de ceux qui plaisent. Mais le style du début du siècle a fait son temps : ce n’est plus le Château Neuf qu'admirent maintenant
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er RES ee | les raffinés, mais le Château Vieux; plus coloré, plus féodal, : # plus romantique, évoquant les souvenirs de François le et de ses amours, des drames des guerres de religion et de l’avène- < ment de Henri IV. La description que donne, en 1789, Poncet - de la Grave (87) est tout à fait typique à ce point de vue. Le Château Neufest « commode, matériel et sans aucun goût » ; ilne mérite pas d'être décrit. Au contraire, l’auteur s'étend longuement sur le Château Vieux en négligeant toutefois la chapelle de Mansart. Ce texte renferme une gravure du Chä- “ teau Vieux devant lequel se promènent des personnages de la fin du xvine siècle dans un décor d’un anachronisme complet : les poivrières des tours ont retrouvé leurs culs-de-lampes du xvr siècle et la chapelle est oubliée par le dessinateur comme elle l’a été par l’auteur. La Galerie du Pont, création du xvin' siècle, détruite sous Louis XV, est restituée ici; mais sa gracieuse silhouette n'est-elle pas proche parente du Pont des Soupirs de Venise? Les Berceaux, intitulés par lui les Cloîtres {Les Cloîtres eux-mêmes sont généralement appelés depuis le milieu du siècle : les Plaisirs) semblent tristes et dépourvus d’ornements à Poncet de la Grave ; mais une
légende vient les embellir: «Ce qui en donna l’idée à Le Nôtre,
c’est que dans le même lieu étoit le Cloître de la Maison des Capucins, avant qu’elle eût été transportée à l’extrémité du parc. » Les idées du Génie du Christianisme germent déjà dans les cerveaux.
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