‹ Histoire du Château de MeudonChapitre 60 sur 187 · MEUDON SOUS LE PREMIER EMPIRE · texte numérisé non relu

MEUDON SOUS LE PREMIER EMPIRE

La tradition veut que l’acquiescement du Premier Consul à la démolition du Château Vieux lui ait été arraché par surprise. Des architectes, ennemis de réparations longues, coûteuses, sans gloire, et ambitieux au contraire de créer des décors nouveaux, lui auraient persuadé que la ruine de la demeure était irrémédiable. En réalité, toute une aile du bâtiment principal était à reconstruire et la toiture de la chapelle à refaire. Quant à l’Appartement des Marronniers, il ne restait plus qu’à le raser et à redresser l'alignement de la terrasse supérieure.

A l’avènement de Napoléon [*, la destruction du Château Vieux pouvait encore être évitée. Vers la fin de mai 1804, le concierge de Meudon note que «l'Empereur vient quelques fois s'y promener » (1). En ce même printemps, l’avenue est entièrement replantée (2). Il ne semble pas que les adjudica: taires, liés par le cahier des charges, aient entrepris Ia démolition des murs avant le mois de juillet. C'est en été que, suivant une autre tradition, l'Empereur, alors à Saint-Cloud, entra dans une violente colère en entendant la formidable explosion des mines qui devaient ébranler cette vieille bâtisse, si caduque au dire de l’architecte Raymond (3).

Dès lors, l’ancien château n’est plus qu’un chantier de démolitions. À la fin de juillet, les Préteurs du Sénat Conservateur obtiennent du ministre de l'Intérieur la concession « pour

la restauration de la principale porte d’entrée du Palais Sénatorial de huit colonnes en pierre d’un seul morceau » (4). Ces colonnes, restes du Château Vieux, figurent encore à l'heure présente dans la petite rotonde du Luxembourg qui ouvresur la rue de Tournon. Quelques jours plus tard, la questure demande une nouvelle cession de colonnes en pierre : Chalgrin en désire une dizaine pour décorer l'habitation du prince Joseph au palais du Luxembourg (5). De celles-ci, ne demeure aucun vestige. Les plus belles colonnes en marbre de Languedoc sont destinées à l'arc de triomphe du Carrousel (6) : le fait, certifié par les contemporains, est indubitable, bien qu'aucun document officiel ne paraisse l’attester. D'autres colonnes du même type et du même marbre rose, placées dans les jardin du Luxembourg et à Versailles, dans le jardin du roi, doivent avoir une provenance analogue.

En juin 1805, après toute une année de travail, la destruction du Château Vieux est loin d'être terminée. Une lettre de l'Intendant Général de la Maison de l'Empereur à M. de Montalivet (7) annonce la volonté de Napoléon de racheter aux démolisseurs la chapelle et les caves du château qu'il veut conserver. Etrange idée ! L'on comprend que le classicisme élégant et un peu froid de cette création de Mansart ait plû à l'empereur : mais la pauvre chapelle a été condamnée avec le château lui-même. Que signifierait cette nef isolée, surgissant d’une terrasse vide et nue ? En vain, on la complèterait par une façade neuve, sa structure interne révèlerait toujours, par la prépondérance de la tribune, l'arrachement subi. L’utilité des caves est plus discutable encore : éloignées du Château Neuf, déjà si riche en sous-sols,; leur intérêt pratique est nul.

Au printemps de 1805, le poète des ruines, Hubert Robert, fait une « Belle esquisse terminée de la démolition du château de Meudon » (8). Que de souvenirs ont dû rappeler au maître vieillissant cette somptueuse résidence sur le point de périr, et ce parc où, un quart de siècle auparavant, il venait avec

FiG. 36. — Le château de Meudon sous Louis-Philippe.

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GERS 06: Mer l'abbé Nolin conseiller M. d'Angiviller sur la disposition nouvelle des bosquets ! R

Napoléon abandonne finalement à la pioche des démolisseurs les derniers témoins du Château Vieux ; mais il décide, le 30 août 1805, de racheter toutes les parties aliénées des grand et petit parcs (9). Cette décision n'est exécutée que dans ses lignes principales : une fraction importante des jardins bas, lotie et construite, est laissée à ses acquéreurs. L'empereur, soucieux de rendre à son domaine de Meudon tout l'agrément possible, s'impatiente des lenteurs de Ja démolition : à tout moment, il donne l’ordre d’en hâter l'achèvement. Le 30 juillet 1806, « il ne reste plus que la voûte d'un Souterrain et une faible portion de la Chapelle » : avant dix jours, il faut qu’aient disparu ces décombres, car l’empereur veut voir défiler sur l’esplanade les troupes de sa garde et les régiments cantonnés à Paris (10).

A ces revues, assiste le prince Borghèse, qui est logé au Château Neuf de Meudon. La bâtisse est encore telle que l'a laissée l'Ecole d’Aérostation ; la maison Jacob-Desmalter et Cie l'a meublée de façon très simple pour le prince (11).

Il semble que, dès le début de son règne, Napoléon ait songé à faire de Meudon une de ses résidences ; mais, avant 1807, aucun crédit n’est affecté à la restauration du Château Neuf. Les quelques travaux qui sont faits à Meudon concernent des ouvrages extérieurs ou visent des réparations urgentes.

Au budget de 1805 (12), est inscrite la somme de 89.753 frs pour la réparation des écuries, qui devra être exécutée sous la direction du duc de Vicence. Un camp est prévu à Meudon pour l'année suivante et il faut songer au logement de la cavalerie.

En 1806, les crédits montent à 150.000 francs. Les travaux comprennent la réfection de l'étang de Bel Air. On termine la réparation des écuries, désignées désormais sous le nom

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d'Ecuries Hautes. Certain projet conçu sous Louis XVI et visant à transformer l'hôtel Courtin et les bosquets voisins en haras, se réalise ainsi, mais de façon très modeste: c'est là que seront situées les Ecuries Basses.

En 1807, Napoléon décide de faire du Château Neuf un palais impérial. Et, subitement, cette construction abandonnée reprend un éclat inattendu, comparable à celui dont elle brillait, un siècle plus tôt, au temps du grand dauphin. Les restaurations portent d’abord sur des parties accessoires : on répare la couverture et la plomberie du palais. Avec une partie des moellons provenant du Château Vieux, on finit de combler l’orangerie construite par Mansart en avant du Chäteau Neuf. Le projet de ce travail, datant de Louis XVI, épargnait les arcades de l’orangerie et ne faisait que les aveugler. Raymond, peu sensible aux agréments des bossages, substitue à l’arcature un mur nu (13). Quatre-vingt mille francs sont employés à ces travaux et un crédit de cent mille autres est réservé dans le budget à « l'ameublement à préparer 5» (14).

En 1808, les travaux exécutés dans le petit parc s'élèvent à soixante-douze mille francs. Une gravure de style romantique (fig. 35), où l’on voit un troupeau paissant dans le parc saccagé, reproduit encore une saillie formée par la terrasse à l'endroit où avaient existé l'Appartement des Marronniers et le parterre du Petit-Pont. Cette avancée, d’un effet malheureux, enlève au palais impérial une partie de la vue sur Paris; en conséquence, on décide de la supprimer et de rendre la terrasse supérieure rectiligne depuis la terrasse des Marronniers jusqu’à l’ancien parterre des Berceaux. Ce travail, mené avec lenteur, ne sera pas achevé avant trois années (15).

En 1809, quinze mille francs sont inscrits pour les travaux hydrauliques du parc et cent mille pour la restauration intérieure du palais, travail que conduira Raymond, architecte de Meudon et de Saint-Cloud {x16).

En 1810, le budget porte à trois cent mille francs les crédits

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