‹ Histoire du Château de MeudonChapitre 8 sur 187 · AI · texte numérisé non relu

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château de Meudon, où elle vécut longtemps dans le calme; en l'an 1604, elle fut marraine d’une cloche que l’on peut voir encore dans le clocher de l'église. A la date de 1609, le Père Bouteroue vantant à la « Royne Marguerite, Duchesse de Valloys » son « petit Olympe d’Issy », parle en ces termes du château des Guise, paisible sur sa riante colline :

Meudon d’vne belle apparence Paroist sur les coustaus voysins, Et Sainct Cloud monstre l'abondance Et la beauté de ses raisins :

L'vn porte au dessus de la teste D’vn chasteau les superbes tours, Et l’autre de son pont arreste

De Seine le plus viste cours.

Mais sur tout Meudon se recrée, De voir au plus haut de son front, La grotte jadis consacrée,

Aux Muses d'Henri le Second (2).

Pourtant, si à cette époque, le château de Meudon avait éte réparé par les soins de la duchesse douairière, il n'en était pas de même de cette pauvre grotte, vieille de quatre-vingts ans à peine, mais si délabrée que Jacques du Breul croyait y voir une ruine antique. Il est vrai que l’auteur des Anjiquités de Paris nous signale, auprès de la cure d’Issy, l'existence d’un grand palais égyptien, demeure des pontifes d’Isis! Voici ce qu'il écrit sur la grotte de Meudon : « Au bout de ce jardin y a vu escalier fait en iour, par lequel on entre dans vne petite galerie, qui conduit à des tres-antiques ruines de Thermes, où se voyêt encores partie de vieux cabinets, de petits lieux voutez de pierre, des escaliers, qui fait iuger auoiresté autrefois un lieu de Thermes, ou estuues; au dessus dudit escalier est le bois de fustaye, faict par allees fort ionges et larges, qui va iusques auprès de Villedauray. D. Charles Duc de Guise a esté marié dans ce Chasteau auec Madame la Duchesse, Doüairiere

de Montpensier, laquelle a eu grand soin d’entretenir les bastimens de ce chasteau, & ses iardins ». Cette princesse — qui « entretenait si bien les iardins »et la grotte ruinée dont une gravure deSylvestre nous montre la vétusté croulante — n’était pas la veuve du Balafré, morte en 1633, mais Henriette Catherine, duchesse de Joyeuse, veuve de Henri de Bourbon, duc de Montpensier, épouse en secondes noces -de Charles, duc de Guise. Le duc, rentré en grâce auprès de Henri IV, fut exilé en Italie pour s'être constitué sous Louis XIII le défenseur de Marie de Médicis : c’est là qu’il mourut en 1630. La duchesse lui survécut seize ans et termina sa vie hors de ce domaine de Meudon qu’elle chérissait. .

Leur fils, Henri de Lorraine, devenu en 1640, duc de Guise et seigneur de Meudon, avait d’abord été archevêque de Reims comme son arrière-grand oncle, le cardinal de Lorraine; mais, rentré dans le monde après la mort de son frère aîné, il devait se rendre fameux par ses duels. C’est ainsi qu’en 1643, « l’édit contre les duels ayant été renouvelé depuis peu, il fallut que M: de Guise s’absentast et l’autre aussy » (5}. Ajoutons que cet «autre » dont parle le chroniqueur était un Coiigny et que, d’ailleurs, le duc n’alla pas au-delà de Meudon où il demeura quelque temps.

La même année fut bénie, en la chapelle de Meudon, l'union de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII et de Marguerite de Lorraine, sœur du duc de Lorraine. Leur mariage secret avait déjà eu lieu le 2 janvier 1632, contre le gré du roi : aussi la cérémonie de Meudon fut-elle un événement : « Ce fut en ce temps (le 18 mai 1643) qu’arriva Madame, laquelle séjourna à Meudon, attendant que son équipage de deuil se fist et s’achevast, et qu’elle eust appris l'air et la langue de la cour. Elle étoit partie de Bruxelles sur ce que Monseigneur, comme jé l’'ay dit cy-devant, avoit obtenu du roy qu'il consentoit son mariage, moyennant qu’il fust refait, et avec cette clause ‘en tant que besoin seroit ”, et afin de conserver l'honneur de

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Madame,laquelle avoit silongtempscouché avec Monseigneur,

et afin de valider et affermir le mariage à cause des enfans que lon pourroit chicaner sans cela après sa mort. Quand elle apprit qu'il falloit refaire son mariage (ce fut à Cambray) elle s'arreste, elle tempeste, elle jette feu et flamme et proteste qu'elle entrera plutost en religion que d’entrer en France pour souffrir une telle honte, et l’on a beau luy remontrer de telle conséquence luy est cette cérémonie et à l'Etat, elle demeure ferme et ne veut pas entendre raison... Dès qu’elle fut à Meudon, M. l’Archevesque de Paris l’alla saluer, et y trouvant Moñseigneur, il leur donna la bénédiction nuptiale “en tant que besoin étoit ”, en présence de Madame de Guise, des Messieurs ses enfants et de quelques autres princes de la maison de Lorraine » (26 mai 1643) (5).

Un nouvel orage allait bientôt fondre sur Meudon. En 1649, la Reine-Mère et le Parlement, depuis longtempsen désaccord, rompaient ouvertement : la cour menaçait la ville. « L'on croyoit le siège de Paris une chose de néant et qui finiroit avec le pain dans quatre jours ou pour mieux dire quatre marchés.. si bien qu’on y résolut à disperser partout de la cavalerie, pour empescher la marche de ce pain, et l’on fit un grand quartier à Meudon qui veillerait continuellement tant du costé de Paris que vers Chartres et Palaiseau » (6). Ainsi,tandis que le Parlement s’enfermait dans Paris, le Grand Condé, à la tête de l’armée royale, s'emparait de Charenton, de Saint-Denis, de Saint-Cloud et de Meudon, où les troupes parlementaires avaient voulu se fortifier. Le château de Meudon fut livré au pillage, représailles contre les princes lorrains qui, tous, avaient embrassé le parti de la Fronde.

Le blocus de Paris cessa le 1° avril. Dès lors, les Guise: semblent las de ce domaine saccagé. Le duc de Guise s’en défait le 12 septembre 1654: Meudon était resté cent deux ans la propriété de sa famille.

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