‹ Histoire du Château de Versailles: Versailles au XVIII e siècleChapitre 7 sur 61 · LE I I JANVIER · texte numérisé non relu

LE I I JANVIER

Dessin de Cochin Collection Wilbrod Chabrol)

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l'appartement de Madame du Barry. Il a porté, outre le nom d'escalier intérieur ou de petit escalier du Roi, celui plus familier d'« escalier des Chiens ». Cette désignation fut employée jusqu'à la fin, puisqu'elle figure dans une anecdote de la disgrâce du Garde des sceaux, en septembre 1788 : « Le jour de sa retraite, M. de Lamoignon, n'osant traverser la Galerie, passa par le petit escalier nommé escalier des Chiens; cette fuite et le passage qui l'a favorisée ont donné lieu à plusieurs plaisanteries »3°.

La transformation du Cabinet du Roi ou du Conseil date de l'année 1755. C'est le plus important des changements accomplis dans l'appartement intérieur sous Louis XV. Par son double caractère, en effet, ce salon placé entre les deux chambres à coucher, celle de parade et la véritable, tient un rôle continuel dans la vie du Château. La plupart des actes publics du Roi s'y passent, et beaucoup d'étiquettes privées y sont établies. On comprend mieux l'importance des travaux exécutés au Cabinet du Roi et l'intérêt qu'ils présentent, par les textes sur le cérémonial de Versailles, qui apprennent à quels usages cette pièce est destinée.

C'est là que Louis XV travaille avec les ministres, chacun d'eux ayant son jour auprès de lui, et qu'il tient le Conseil d'Etat, le Conseil des dépêches, le Conseil des finances3'. C'est là qu'il donne audience particulière aux princes régnants, aux ambassadeurs à leur première visite, aux envoyés extraordinaires 3\ C'est là qu'ont lieu la cérémonie de la remise de la calotte aux nouveaux cardinaux, leurs remerciements après la remise de la barrette faite à la Chapelle33, les fiançailles des princes du sang34, la signature du Roi aux contrats de mariage35, le serment des maréchaux de France, des grands officiers de la Couronne et des charges de la Cour36. C'est là que sont reçues les remontrances du Parlement37, celles de la Cour des Comptes et de la Cour des aides 38, et que sont accordées aux « gens du Roi » leurs audiences particulières. Celles du premier président, au moment des querelles du Parlement avec la couronne, sont toujours vivement commentées39. Celles de l'archevêque de Paris n'ont pas moins d'importance, lors des conflits de la bulle Unigenitus et des refus de sacrements, et c'est encore dans le Cabinet que le Roi reçoit le prélat, ainsi que les députations du Clergé40; il s'agit presque toujours d'audiences particulières, car les audiences publiques, qui comportent harangues, ont lieu, aussi bien pour le Clergé que pour les Cours supérieures, la Ville, l'Université, dans la « Chambre du lit » qui précède le Cabinet4'.

La vie delà Gourde France semble tourner tout entière autour du Cabinet du Roi. On y tient les chapitres de l'Ordre, les réceptions et la réunion du premier janvier, qui précède la mise en marche de la procession des « Cordons bleus » se rendant à la Chapelle par l'Escalier des Ambassadeurs. La Cour y défile, les femmes après les hommes, pour présenter au Roi les félicitations d'usage, lors des événements heureux de la famille royale, les condoléances, lors des deuils42; ces « révérences » sont continuées ensuite chez-la Reine et chez le Dauphin, la Dauphine et Mes James. C'est enfin au Cabinet du Roi, et non ailleurs, que se font les présentations à Sa Majesté des femmes de condition, qui seront ensuite présentées à la Reine43.

Si l'on s'en tient aux habitudes quotidiennes du Roi, on comprend mieux encore l'importance du Cabinet. Sans parler du travail qui l'oblige à y demeurer une partie de sa journée, on voit qu'il s'y habille après le lever, qui a lieu dans la grande Chambre, et, au moment où il y passe, les entrées de la Chambre ne sont pas autorisées à l'accompagner, cette faveur étant réservée aux entrées du Cabinet. C'est là qu'à lieu le « débotter », au moment duquel le Roi appelle aux soupers des Cabinets44. C'est là qu'il donne l'ordre du Cabinet aux capitaines des gardes et des Cent-Suisses, au premier maître d'hôtel, et, d'une façon générale, tous ses ordres particuliers, même aux personnes qui n'ont pas d'entrées45. Ajoutons qu'au début du règne Louis XV y joue quelquefois en petit comité46.

Un grand nombre d'anecdotes du dix-huitième siècle se placent dans le Cabinet. Le Roi, par exemple, y fait venir le maréchal de Belle-Isle, quelques heures après son retour de la campagne de Bohème; il y reçoit, ainsi que le Dauphin, la Toison d'Or des mains de l'ambassadeur d'Espagne; on y assiste à des scènes attendrissantes à 1 instant du départ de Madame Elisabeth pour l'Espagne, où elle va épouser l'infant Don Philippe47; Louis XV y entend la messe, avec la Reine, le Dauphin et Mesdames, au moment où vient d'expirer la Dauphine ; la famille royale s'y réunit encore à la mort de Madame Henriette, les dames de la Reine attendant dans la Chambre du Roi, et le reste de la Cour dans l'Œil-de-Bceuf4s. Quant aux présentations, il en est que l'histoire enregistre. Dans l'ancien Cabinet de Louis XIV furent présentées Madame de la Tournelle, comme duchesse de Chàteauroux, et Madame de Pompadour; dans le Cabinet, tel qu'il est aujourd'hui, fut présentée

une du Barry ". Au temps de Louis XVI, outre tant de mariages et de céré-

monies mentionnées dans la Galette de France, on peut rappeler un épisode important de la réunion des Etats-Généraux. Le 2 mai 1789, les députés furent admis à défiler devant le Roi, dans la Chambre de parade ; ils arrivaient de la Galerie, entraient par le Cabinet du Roi et ressortaient par l'Œil-de Bœuf50.

Le Cabinet du Roi ou du Conseil, où depuis 1701 l'on se rendait par la Chambre, prenait jour par deux fenêtres sur la cour de Marbre. La décoration qu'il présentait durant la première partie du règne de Louis XV est rappelée par le nom de « Cabinet de glaces », qui est souvent employé52. Elle fut refaite entièrement pendant l'été et l'automne de 1748. L'année suivante, selon l'habitude des Bâtiments du Roi, on dora les boiseries, et cette mise à neuf d'une pièce aussi importante excita la curiosité de la Cour52. Toutefois sa disposition générale n'était point changée. Elle communiquait, comme l'indiquent les plans de Demortain, de Dubois, de Blondel, avec le Cabinet du billard, élargi en 1708 sur la cour des Cerfs et devenu alors la nouvelle chambre à coucher; elle communiquait également avec le Cabinet des perruques, qui s'éclairait sur la cour des Cerfs et avait une sortie, qu'on nommait « porte de glaces », au point même où aujourd'hui encore une porte de glaces s'ouvre sur la Grande Galerie53. Le Cabinet des perruques avait une porte sur le billard et un quatrième dégagement sur la garde-robe du Roi. Cette garde-robe formait un passage, conservé le long du mur de la Galerie et aboutissant au Salon d'Apollon, où se trouvait le Trône et qu'on appelait « Chambre du Dais » ou « Salle à estrade ». Le dimanche, le Roi se rendant à la Chapelle pour la messe passait par la porte de glaces et la Galerie ; mais, quand il y allait pour le salut, il passait par la garde-robe, puis par une jolie pièce dite « Cabinet doré », et gagnait les appartements par la salle du Trône 54. Nous connaissons par La Martinière la décoration du Cabinet du Roi, telle qu'elle exista jusqu'en 1748 ;

Après cette chambre, on va dans un cabinet où le Roi tient ses conseils. Il a 28 pieds de long sur 26 ; il est éclairé par deux croisées sur la cour de Marbre, fermées en arrière voussures dedans ; il y a une troisième croisée feinte, remplie de glaces pour figurer avec les autres. Il y a quatre portes, Tune pour venir de la Chambre, l'autre vis-à-vis, à côté de la cheminée; la troisième, qui est de l'autre côté de la cheminée, est feinte et sert d'armoire; la quatrième symétrise avec celle de l'entrée, et s'ouvre dans la ruelle du lit du Roi pour que Sa Majesté puisse entendre la messe qui se dit dans le Cabinet, sur un autel postiche, les jours que le Roi garde sa chambre. Le fond opposé aux croisées est décoré de deux grands panneaux dans les angles : ils sont taillés dans toute la hauteur d'ornements ara-

besques; ces panneaux sont coupés par une grande bordure, cintrée en anse de panier par le haut; elle contient des glaces qui remplissent tout cet espace. La cheminée est de marbre de gruyotte, avec des consoles aux angles et un travers cintré orné de bronze doré au feu; il v a un grand trémeau de glaces dessus, et dans le côté opposé on en voit un autre qui lait la symétrie : tout le reste du pourtour, hors les quatre portes et les croisées, est aussi rempli glaces. La corniche sous le cintre est richement ornée de consoles et de métopes, et le cintre qui s*élève au-dessus de la corniche a un grand cadre ovale dans son milieu, en forme de cordon taillé de rieurs et d'autres ornements convenables, qui renferme une calotte. Il y a quatre tableaux qui servent de dessus de porte, dont trois du Poussin et un du Lanlranc. La porte à côti de la cheminée conduit à une petite pièce [Cabinet des perruques] qui tire son jour de la petite cour. Lorsque le Roi va à la messe, il passe par cette pièce pour en sortir par une porte qui le mène droit dans la Galerie. Cette petite pièce communique encore à de petits cabinets particuliers et commodes, par où on va à une des pièces du Grand Appartement sur le jardin. Elle est décorée avec de riches lambris qui renferment six trumeaux de glaces. Il y a des tableaux du Bassan sur trois portes.

Le Cabinet des perruques était réputé appartement particulier du Roi et les entrées du Cabinet elles-mêmes n'y avaient point accès. Le gouverneur du Château, M. de Noailles, n'était admis à le traverser que par une tolérance, sur laquelle nous renseigne un passage de Luynes intéressant à divers titres :

6 janvier ij 41 . Il a été décidé que M. le comte de Noailles n'aurait pas les entrées de la Chambre, mais qu'il garderait le passe-partout55, dont cependant il ne pourrait se servir que pour traverser d'un côté le Cabinet des perruques et le Cabinet des glaces, lorsqu'il viendrait par la porte qui donne dans la Galerie ; et de l'autre [côté de l'escalier particulier du Roil, la première antichambre [pièce des Chiens], le Cabinet ovale, la chambre à coucher du Roi et le Cabinet des glaces, mais sans pouvoir s'y arrêter. Cet arrangement est constaté par un bon du Roi. M. le maréchal de Noailles avait ce passe-partout, mais par tolérance ; et même, quoiqu'il entre dans le Cabinet des perruques, le Roi y étant (droit que ne donnent point les entrées de la Chambre, ni même celles des Quatorze, qui sont à proprement parler les entrées du Cabinet), il est toujours convenu que c'était sans droit. Par cet arrangement-ci, M. de la Trémoille, à ce que l'on m'a dit, prétend avoir gagné son procès à cause de la réduction aux entrées de la Chambre ; mais un passe-partout ci-devant toléré, et présentement confirmé par un bon, paraît une prérogative bien grande, d'autant plus qu'en passant si près du lieu où le Roi est (Sa Majesté se tenant presque toujours dans le cabinet qui est au bout du Cabinet ovale), il est aisé d'être souvent arrêté par le Roi même, comme cela est déjà arrivé depuis. Lorsque le Roi est dans ce cabinet [salle 1^0], les premiers gentilshommes de la Chambre, à ce qu'on m'a assuré, n'y entrent point ; mais pour avertir Sa Majesté, ils appellent le premier valet de chambre, lorsqu'il y a quelque occasion.

Il est indispensable, pour reconstituer la vie de Versailles, d'avoir des précisions sur ces « entrées », déjà mentionnées sans cesse dans Saint-Simon. L'étiquette des

entrées chez le Roi avait subi, sous Louis XV, quelques légères modifications56. Les extraits suivants du journal de Luynes en font connaître le fonctionnement, tout en ajoutant divers détails à nos observations topographiques :

Compiègne, 2g juillet 1740. J'ai appris ces jours-ci que ce qui fut décidé l'année passée par rapport à M. de Gramont [le duc, colonel du régiment des gardes françaises] a été confirmé cette année 57, Le Roi se poudre ici, comme je l'ai marqué déjà, dans le cabinet qui est après sa chambre, au lieu qu'à Versailles il se poudre dans ce qu'on appelle le Cabinet des perruques ; mais ici le déboîter se fait dans la Chambre, au lieu qu'à Versailles c'est dans le Cabinet de glaces. M. de Gramont, qui a l'entrée des Quatorze, entre dans le Cabinet de glaces et n'entre pas dans le Cabinet des perruques ; de même ici il entre dans la Chambre et n'entre point à la poudre du Roi, qui est dans le cabinet après la Chambre. Cependant, quand ce n'est point le moment où le Roi se poudre, l'entrée des Quatorze entre dans ce cabinet comme dans le Cabinet de glaces de Versailles. Mais, dans le fond, tout cela revient au même; le Roi faisant ici son débotter dans la chambre, les courtisans qui n'ont pas d'entrées restent dans l'antichambre, au lieu qu'à Versailles ils restent dans la Chambre ; et lorsque le Roi est dans son Cabinet et que les entrées des Quatorze y entrent, les courtisans restent dans la Chambre ici comme à Versailles.

Versailles, 21 janvier ij45- H y eut avant-hier unchangement par rapport aux entrées chez le Roi. Il y a cinq espèces d'entrées chez le Roi: les entrées familières, celles des Premiers gentilshommes de la Chambre, les première-* entrées, les entrées de la Chambre, qu'on appelle celles des Quatorze et qui sont proprement celles du Cabinet, et les entrées de la Chambre. Celles -ci, après le lever, entrent dans le Cabinet de glaces ou Cabinet du Conseil, et, comme le Roi passe de là par le Cabinet des perruques, ensuite par la porte de glaces, pour aller à la messe, les entrées de la Chambre suivent sa Mafesté par le même chemin. Au retour de la messe, le Roi rentre par la porte de glaces, et les entrées de la Chambre y rentraient aussi. Avant-hier, il leur fut dit qu'ils ne rentreraient plus par cette porte au retour de la messe et qu'il fallait faire le tour par la Chambre du Roi. Cet arrangement est fondé vraisemblablement sur ce que les entrées de la Chambre, même celles du Cabinet, n'ont point droit d'entrer dans le Cabinet des perruques, et que le Roi en allant à la messe est sûrement sorti de son appartement ; au lieu qu'en rentrant, il pourrait arriver qu'il restât dans le Cabinet des perruques. A l'égard de l'heure du salut. .., le Roi passe par une porte qui donne dans la pièce du Trône ; il n'est suivi que par son capitaine des gardes et par les grandes entrées. Les entrées de la Chambre et du Cabinet faisaient le tour par la Galerie pour rentrer par la porte de glaces ; apparemment qu'aujourd'hui elles feront le grand tour pour rentrer par l'Œil-de-Bœuf.

5 avril ij54. Les entrées de la Chambre ne font aucune différence au coucher. Au lever, elles entrent un moment avant les courtisans, quand on appelle la Chambre, lorsque le Roi son de son prie- Dieu pour entrer dans son Cabinet de glaces. Les entrées de la Chambre entrent dans ce cabinet ; elles suivent le Roi par la porte de glaces lorsqu'il va à la messe, et rentrent aussi par cette même porte, mais seulement à sa suite. Le même droit d'entrées par la porte de glaces à la suite du Roi subsiste pour l'heure du sermon et des vêpres ; mais, pour

les salins, le Roi passe par su garde-robe et ses cabinets, et, sortant et rentrant par la petiie porte qui est dans la pièce du Trône, non seulement elles ne suivent pas le Roi par cette petite porte, mais même elles ne rentrent point alors par la porte de glaces; elles ne rentrent dans le Cabinet qu'en faisant le tour par l'CEil-de-Bœaf et la Chambre. Elles entrent aussi au déboîter, mais non pas à l'heure de Tordre le soir; c'est alors une entrée particulière, entrée de charges, charges qu'ont le grand aumônier, le premier aumônier, las quatre c ipitaines des gardes, le capitaine des Cp,nt-5uisses, les deux commandants des gendarmes et chevau-léi^crs, legrand écuyer et le premier écuyer. Il y en a peut-être encore quelques autres que j'oublie, mais peu de gens ont ces entrées 58.

Le prince de Croy, qui obtient les « entrées de la Chambre » en 1763, ajoute quelques traits vifs et une précision intéressante. Le duc de Duras ouvre la porte du Cabinet et le pousse à l'intérieur, en disant à l'huissier du Cabinet: « Le Roi accorde les entrées de la Chambre à M. le prince de Croy. » « Et ce fut là toute la cérémonie. Le Roi n'y était pas; nous restâmes longtemps à l'attendre. On s'asseoit, chose commode, puisqu'on ne s'asseoit pas dans la Chambre de devant. Il n'y avait presque que des princes du sang ou des ministres, ce qui rend cela très agréable et très commode pour faire ses affaires, d'autant qu'il n'y avait que cinq ou six personnes dans le royaume qui eussent cette grâce sans l'avoir par charge ; de sorte que je n'é;ais jamais flatté de sortir de la foule du public qui attend dans la Chambre, car, quoique cela s'appelle les entrées de la Chambre, c'est celles du Cabinet, et bien supérieures aux simples entrées de la Chambre, qui ne consistent qu'à faire entrer un peu plus tôt au lever public... Le Roi étant passé pour la messe, je rentrai au Cabinet avec lui, où je le vis jouer ou causer avec tous ses enfants, où il est charmant, étant le meilleur papa du monde... Je causai un peu avec les maréchaux d'Estrées et de Soubise et, voyant qu'on allait appeler pour le Conseil, je sortis fort aise, sans me laisser emporter d'avoir joui de cette agréable grâce 59 ». La faveur était donc de celles par où se laissait « emporter » la vanité de courtisans moins raisonnables que M. de Croy.

La porte de glaces donnant sur la Galerie, et qui était considérée comme l'accès des appartements intérieurs du Roi 6°, paraît dans beaucoup de récits du temps de Louis XV. En voici deux de caractère différent :

2 janvier 1741. Aujourd'hui il y a eu, suivant l'usage, la messe de Requiem pour les chevaliers morts dans le courant de l'année. Le Roi, pour ces cérémonies, met une perruque naturelle. Une heure et demie après, le Roi étant déjà hors de table, Madame de Mailly et

LES CABINETS DE LOUIS XV ?l

Madame de Vintimille ont passé dans la Galerie, venant de chez elles avec trois ou quatre hommes qui les suivaient; Madame de Mailly s'est arrêtée à la porte de glaces, qui donne chez le Roi, et s'y est assise. Quelqu'un qui était présent a cru qu'elle se trouvait mal ; elle lui a dit que non, mais qu'elle était au désespoir, qu'elle craignait d'être arrivée trop tard, que le Roi lui avait donné rendez-vous pour qu'elle pût le voir en perruque. Sur ce, un des hommes a fait le tour et a averti M. le duc de Rochechouart, [premier gentilhomme de la Chambre], lequel est venu aussitôt à la porte de glaces et a dit à Madame de Mailly qu'il était bien tard, mais qu'il allait le dire au Roi. Madame de Mailly a attendu encore un moment ; le Roi est venu à la porte de glaces, mais avec ses cheveux, sans perruque ; après avoir paru et parlé un moment, il est rentré disant qu'il allait revenir ; il avait donné ordre que sa perruque fût toute prête, car dans l'instant même il est ressorti avec sa perruque sur la tête.

22 février ij4g. Les harengères sont dans l'usage de venir haranguer le Roi dans les occasions importantes; elles vinrent donc hier dans plusieurs carrosses de louage ; elles étaient vingt-quatre. Celle qui portait la parole est une Madame Renard. Elles furent présentées par M. le duc de Gesvres, comme gouverneur de la ville de Paris. Le Roi s'avança à la portede son Cabinet, du côté de la Galerie ; on ouvrit les deux battants de la porte de glaces- Madame Renard demeura dans la Galerie contre la porte, et ce fut là qu'elle harangua le Roi... La Reine en sortant de table aperçut dans son grand cabinet une multitude de femmes, qu'elle fut étonnée de voir entrer, car elle ne savait pas ce que c'était. . .6I.

La plus grande partie de la journée de Louis XV à Versailles s'écoulait dans son Cabinet. Dufort de Cheverny a donné la liste des personnes qui s'y trouvaient admises au temps de Madame de Pompadour, et qui formaient « l'intérieur du Cabinet ». Il a raconté aussi les scènes familières qui s'y passaient, en la présence du Roi ou en son absence. Une des plus singulières est l'aventure du chat, dont le récit commence ainsi : « Le Cabinet n'était composé presque que de jeunes gens, tous fort gais, ce qui plaisait au Roi, qui causait avec eux de préférence. Nous attendions tous le coucher du Roi, occasion pour ceux qui le pouvaient de se montrer assidûmment. Le Roi avait un chat matou angora blanc, d'une grosseur prodigieuse, très doux et très familier; il couchait dans le Cabinet du Conseil, sur un coussin de damas cramoisi, au milieu de la cheminée. Le Roi rentrait toujours à minuit et demi des Petits Appartements... » 62. Quantité d'anecdotes sur le Cabinet confirment, par des exemples variés, son rôle de pièce essentielle dans la vie du Roi. Le travail avec les ministres l'y retient longtemps. On trouve des journées fort occupées, comme celle que note Luynes, le 3 mars 1755 : « Hier dimanche, le Roi travailla avec M. de Mirepoix, deux ou trois fois avec M. le prince de Conty, tint Conseil d'État, travailla avec M. de Séchelles et

7a VERSAILLES AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE

outre cela avec M. le garde des Sceaux »63. Quelques années auparavant, ses longues présences dans son Cabinet laissaient place à des médisances de cour, dont il faut admettre l'exactitude, puisqu'on les trouve sous la plume d'un aussi sérieux témoin : « Le travail des ministres avec le Roi se fait dans le Cabinet de Sa Majesté; quelquefois, après le travail, le Roi passe dans sa garde-robe, et monte tout de suite, par un escalier dérobé, chez Madame de la Tournclle. Après y avoir demeuré quelque temps, il redescend par le même escalier, rentre dans son Cabinet, où le ministre l'attend ; et comme le Roi sort du Cabinet suivi du ministre, on croit souvent que c'est la fin du travail »64. Plus tard Louis XV pourra monter de même chez Madame de Pompadour ou chez Madame du Barry par le même passage de la garde-robe; il se rendra aussi dans sa bibliothèque, située au-dessus du Cabinet du Conseil6", et de là, par un autre passage direct et secret, dans la chambre à coucher de l'appartement situé au-dessus du sien.

C'est pendant le Conseil et dans son Cabinet que la mort du cardinal de Fleury est annoncée à Louis XV : « On croyait depuis deux ou trois jours que M. le Cardinal mourait à tout moment ; cependant il n'est mort qu'aujourd'hui. Le Roi était au Conseil des finances, auquel les ministres n'assistent point. L'usage est que, lorsque le Roi travaille seul avec quelques ministres, le premier valet de chambre reste dans la Chambre; lorsqu'il y a Conseil, personne n'y reste. Le Conseil était près de finir; M. de Maurepas et M. Amelot ont demandé à entrer dans la Chambre; le conseil étant fini, le Roi a été lui-même, sur-le-champ, ouvrir la porte du Cabinet. Ordinairement c'est quelqu'un de ceux du Conseil qui va ouvrir; mais le Roi avait entendu la voix de M. de Maurepas et les avait vu passer tous deux dans la cour. Les deux ministres ont rendu compte à Sa Majesté de la mort de M. le Cardinal. Ceux qui étaient au Conseil se sont approchés

Roi un moment après-, après quoi, Sa Majesté est entrée dans sa garde-robe et a fermé la porte sur lui avec force » bl\

Animons encore le Cabinet du Roi et la partie du Château où il est placé par d'autres souvenirs empruntés au duc de Luynes. Voici le chapitre du Saintit, où le duc fut reçu chevalier de l'Ordre :

'rier 1-J48. Hier ce fut la céré nonie des chevaliers de l'Ordre. Nous ne tûmes

:inq... Les cinq nouveaux chevaliers se rendirent à dix heures et demie dans la

iare du Roi, en habit de novices. Dès que le Roi fut habillé, on fit entrer dans le

Cabinet les anciens chevaliers qui n'ont point d'entrées et les officiers de l'Ordre. Nous restâmes pendant ce temps tous cinq dans la Chambre du Roi, mais ce temps fut fort court. M. l'abbé de Pomponne y rît son rapport, mais apparemment qu'il le fit en peu de mots, car, après tout au plus cinq minutes, l'huissier de l'Ordre m'appela !e premier. Le Roi était debout, vers le milieu de la table du Conseil, entre cette table et la porte ; je me mis à genoux, le Roi tira son épée, dont il me donna suivant l'usage sur les deux épaules, ensuite l'accolade; c'est la cérémonie usitée pour les chevaliers de Saint-Michel. Comme le Roi est debout, on est à genoux sans carreau. La même cérémonie se fit ensuite pour M. de Maubourg. M. de Ségur, M. de Bulkley et M. de Puisieux, l'un après l'autre. Ces quatre messieurs ne mirent qu'un genou en terre ; moi, je m'étais mis à deux genoux. Immédiatement après, le héraut de l'Ordre fit l'appel de tous les chevaliers à portée de se trouver à la cérémonie; il y en avait quelques-uns absents. On nomma entie autre M. le duc de Châtillon : il n'a pas la permission de venir à la Cour. L'appel fait, on se mit en marche 67.

Les premières « révérences » dont on va lire le récit sont celles qui suivirent la mort de Madame Henriette (Madame), survenue le 17 février 1752 ; les secondes eurent lieu pour la naissance du duc de Berry, plus tard dauphin et roi (Louis XVI) :

27 février ij52. Le 22, mardi, furent les révérences. L'heure était donnée pour les hommes après la messe du Roi, et pour les femmes, à cinq heures. La porte qui donne de l'antichambre du Roi dans l'Œil-de-Bceuf, que l'on ouvre toujours quand le lever est fait, est restée fermée, parce que c'est dans l'Œil-de-Bceuf que les hommes en manteaux se sont assemblés. Il y avait un monde prodigieux, hommes titrés et non titrés, des conseillers d'Etat, des maîtres des requêtes, tous en manteau et point en robes. Mesdames, qui étaient chez le Roi, sont sorties pour aller chez la Reine. M. le Dauphin était déjà entré chez le Roi, accompagné de presque tous ses menins ; il était suivi par tous les princes du sang, excepté M. le comte de Charolais, qui est incommodé et a fait prier le Roi de vouloir bien recevoir ses excuses. Les princes du sang avaient été prendre M. le Dauphin chez lui. M. le duc d'Orléans était suivi de toute sa maison, qu'il a présentée aujourd'hui. Tout le monde était en pleureuses et en manteau long; quelques-uns avaient des rabats et d'autres des cravates, gants noirs, crêpe pendant, etc. ; beaucoup de gens avaient des écuyers ou valets de chambre pour porter leur manteau; ceux qui les portaient et qui n'étaient point gens de livrée avaient des habits noirs. M. de Saint-Aignan, M. de Beauvilliers et quelques autres avaient un homme en manteau. Le Roi était debout dans le Cabinet de glace. On avait ôté la table du Conseil. Immédiatement après les princes du sang, tout le monde est entré sans distinction. Les quatre premiers qui sont entrés chez le Roi étaient quatre ducs. . . Après avoir passé devant le Roi, on est entré dans le Cabinet des perruques et de là dans la Galerie. Là, tout le monde a attendu que M. le Dauphin, suivi des princes du sang, se rendît chez la Reine. La Reine était dans son fauteuil, dans son grand cabinet [salle 116], comme aux grandes audiences ; Madame de Luynes et les dames du Palais étaient en mantes. M. le Dauphin et les princes du sang sont restés chez la Reine pendant tout le temps des révérences. On a passé par le salon de la Reine [Salon de la Paix | ; on a traversé

sa chambre et, après avoir fait la révérence à Sa Majesté, on a été tout de suite attendre M. le Dauphin chez lui. . .

25 août 1754. Hier, le Roi reçut des révérences, mais seulement des dames ; les gens de la Cour se présentèrent devant lui, mais ne passèrent point l'un après l'autre comme les dames; il y en eut cependant qui firent des révérences chez M. le duc de Bourgogne, entrant par une porte et sortant par l'autre. Pour les dames, elles allèrent chez le Roi, chez la Reine et chez toute la famille royale 68. Les dames de Mesdames avaient fait leur cour le matin, dans le Cabinet, au retour de la messe, à la suite de Mesdames ; elles étaient obligées de se trouver chez Mesdames pour attendre le moment des révérences; ainsi il n'y en eut que deux qui allèrent chez le Roi. Ce fut à une heure après-midi que se firent les révérences ; c'était dans le Cabinet du Conseil, on avait ôté la table. Les dames entraient de la Chambre dans le Cabinet et ressortaient dans la Galerie. Le Roi était debout. Msr le Dauphin ni Mesdames n'étaient point avec lui. Comme le Roi attendait, ce fut Madame de Brancas, Madame de Lauraguais, la gran.le Madame de Brancas, qui passèrent les trois premières, suivies des dames de Madame la Dauphine; ensuite Mesdames de Luynes, de Villars et de Chevreuse, qui avaient été obligées de rester chez la Reine pour l'audience dont je parlerai, arrivèrent suivies des dîmes de la Reine, et après elles toutes les dames qui se trouvèrent ici, les princesses de Rohan douairière, de Turenne et de Brionne, précédées et suivies de plusieurs autres. J'étais dans le Cabinet du Roi, je comptais les dames qui passaient; il n'y en eut que soixante-sept69.

Les « présentations » fourniraient matière à des citations nombreuses : « Cela se faisait au souper, du temps du feu Roi; présentement, c'est dans le Cabinet du Roi, ordinairement sur les cinq ou six heures de l'après-midi ». Il en était de même lors d'une prise de tabouret chez la Reine. Voici, par exemple, le détail de la cérémonie qui a lieu dans le Cabinet du Roi, puis dans la Chambre de la Reine, au moment où Madame de la Tournelle devient duchesse de Châteauroux, le S2 octobre 1743 : « La présentation a été faite. Il y avait huit dames, cinq assises, savoir : Mesdames de Lauraguais, de Châteauroux, Madame la maréchale de Duras, Mesdames les duchesses d'Aiguillon et d'Agénois, et trois debout, Mesdames de Flavacourt, de Maurepas et de Rubempré. La présentation s'est faite une demi-heure après le débotter. Le Roi a fait attendre ces dames environ un demi-quart d'heure ; elles se sont assises dans la Chambre du Roi; ensuite M. de Gesvres les a averties. Madame de Lauraguais est entrée la première dans le Cabinet; au bout d'un temps fort court, le Roi s'est levé70. Elles ont été de là chez la Reine; là, il n'a point été question de présentation, ni de baiser la robe, mais seulement de prendre le tabouret. La Reine s'est d'abord approchée de Madame de la Tournelle et lui a dit : « Madame, je vous fais compliment sur la

grâce que le Roi vous a accorde'e » ; ensuite elle s'est assise. Madame de Lauraguais et Madame de Châteauroux se sont assises à la gauche de la Reine, Madame de Luynes à la droite, ensuite Madame de Duras, Mesdames d'Aiguillon et d'Agénois. Les trois dames debout sont entrées. Il n'y avait pas une seule dame du palais de la Reine ; c'était un quart d'heure avant la comédie. La Reine s'est levée au bout de fort peu de temps, et elles sont allées chez M. le Dauphin et chez Mesdames. » On connaît le récit de la présentation de Madame de Pompadour : « Il y avait un monde prodigieux dans l'Antichambre et la Chambre du Roi, mais assez peu dans le Cabinet; la conversation fut fort courte et l'embarras très grand de part et d'autre...»71. Voici enfin le cérémonial d'une audience de députation du Parlement, pour présenter des remontrances, et le récit de l'audience particulière où le premier président fut appelé d'urgence par le Roi, pendant l'exil de la Grand'Chambre à Soissons :

2/ mars 1748. Le premier président vint hier après dîner avec MM. les présidents Mole et de Rosambo. Le Roi manda le Conseil des dépêches ; on fit entrer les trois présidents dans le Cabinet où se tenait le Conseil ; ils y furent un quart d'heure, d'où ils repassèrent dans l'Œil-de-Bœuf pour y attendre la fin du Conseil, pendant lequel M. de Maurepas sortit deux fois pour leur parler ; et lorsque le Conseil fut levé, on les fit encore entrer dans le Cabinet; il y fut remis à M. le premier président une lettre écrite, sur la table même du Conseil, de la main de M. le chancelier. Les trois présidents étant sortis du Cabinet, ils attendirent quelque temps dans la Chambre du Roi, et demandèrent à parler à M. de Maurepas, qui sortit exprès du Cabinet.

6 juin 1754. Immédiatement après M. Rouillé [secrétaire d'État de la Marine], Sa Majesté donna une audience de cinq quarts d'heure tête à tête à M. le premier président du Parlement de Paris. Personne n'avait ici la moindre idée de l'arrivée de M. le premier

président Il arriva [de Soissons] entre sept et huit heures du soir; il n'alla point

descendre chez M. le chancelier, qui était sorti de chez le Roi une heure auparavant ; il vint tout droit chez le Roi. Il y avait ordre de le faire entrer dans le cabinet du premier valet de chambre, qui donne dans l'Œil-de-Bceuf 72; le Roi avait donné ordre qu'on l'avertît. Il est vraisemblable que le travail de M. Rouillé fut un peu abrégé; ce qui est certain, c'est que M. le premier président entra dans le Cabinet du Roi à huit heures un quart, qu'il y resta plus d'une heure seul avec Sa Majesté, et on remarqua qu'il sortit du Cabinet les larmes aux yeux. Le Roi demeura seul un petit quart d'heure environ, après que le premier président fût sorti. Mgr le Dauphin entra ensuite dans le Cabinet du Roi, et il était environ dix heures quand le Roi se mit à table au Grand Couvert73.

Toutes ces scènes se placent dans l'ancien Cabinet du Roi. En 1755, le décor va changer et le nouveau cabinet 'élargira de tout l'emplacement du Cabinet des perru-

ques. Luynes en fournit la date certaine, en écrivant du château de Dampierrer le 3 juin i-jbb : « Dès le lendemain que le Roi fut parti pour Marly, on commença à démeubler le Cabinet du Conseil, et on a travaillé aussitôt à exécuter le projet de joindre ce cabinet avec celui qu'on appelle des perruques, parce que c'était là que le Roi avait coutume de se poudrer. (Les entrées de la Chambre n'entraient point dans ce dernier cabinet.) La cheminée placée dans le mur de refend qui séparait ces deux cabinets va être portée dans le gros mur qui sépare de la Grande Galerie ; elle sera vis-à-vis les fenêtres qui donnent sur la cour de Marbre, et la grande glace qui était dans cette place, du côté de la Grande Galerie, sera portée dans le Cabinet des perruques et se trouvera en face du mur qui sépare le Cabinet du Conseil d'avec la chambre à balustre ». Louis XV suit ces travaux avec intérêt et quitte Compiègne pour venir les voir. Le duc de Luynes note à Versailles, le 4 août : « Le Roi est arrivé ici à midi et demi, comme il l'avait dit ; il a entré aussitôt chez Madame la.

Dauphine, où toute la famille royale était rassemblée Ensuite il a traversé la

cour, pouraller voir ses bâtiments. Le Cabinet du Conseil est fait pour ce qui regarde la maçonnerie ; il sera tapissé pour le retour et servira de passage. Le Roi, après avoir tout vu, a entré dans sa garde-robe, où il a resté près d'une demi-heure. Mgr le Dauphin et tout ce qui s'est trouvé dans Versailles l'a attendu dans le cabinet où il couche. M. Rouillé y était ; le Roi, en rentrant dans ce cabinet, lui a donné des lettres ; n'y ayant ici aucun bureau, M. Rouillé a dit qu'il les allait envoyer à Compiègne. Aussitôt le Roi a descendu et a monté dans son carrosse, et Mgr le Dauphin a été se mettre à table. »

Enfin, le 24 août, la Cour étant revenue à Versailles, l'achèvement des gros travaux est constatée, et nous apprenons en même temps d'autres détails : « L'ancien mur du Cabinet du Conseil, du côté de la cour des Cerfs, est démoli et reporté huit ou neuf pieds plus avant vers cette cour. La cheminée qui était dans ce mur a été portée dans le mur mitoyen avec la Galerie-, et dans la place où était cette cheminée ona fait une grande porte-fenêtre, qui entre sur une terrasse donnant sur cette petite cour des Cerfs. Ce changement met dans la nécessité de refaire toutes les dorures de ce cabinet; mais, cet ouvrage ne pouvant être terminé dans ce moment, on s'est contenté de fermer l'ouverture de la nouvelle fenêtre et de mettre des tapisseries dans le Cabinet du Conseil et dans la pièce d'après, qui faisait la nouvelle chambre à coucher du Roi. Ces deux pièces ne servent plus que de passage. C'est là que l'on-

attend le moment d'entrer dans le Cabinet ovale qui est réputé Cabinet du Conseil, quoique le Roi y couche [salle 127] ; mais le Conseil ne se tient point dans ce Cabinet ovale ; il se tient dans le cabinet qui est au delà [salle 1 3o ] »7+.

Le nouveau salon ainsi créé, et dont les larges proportions indiquent l'importance, resta pendant quelque temps inachevé. Blondel, qui rédige précisément à la fin de l'année sa description de Versailles, le constate en ces termes : « Les lambris et la sculpture qui ornent cette pièce ne sont pas encore dorés, ni les tableaux qu'on y voyait anciennement, posés en place. On y remarque seulement une assez belle cheminée de marbre sanguin enrichie de bronze doré d'or moulu, de grandes glaces, des meubles de goût, etc » 75. La plus grande partie de la menuiserie avait été posée dès le mois de septembre. On ne la dora que l'année suivante, pendant le séjour à Fontainebleau. Nous savons, par les rapports du contrôleur de Versailles à M. de Marigny, que ces travaux, conduits en même temps que d'autres dans la chambre à coucher, furent terminés le 14 novembre 1756 : « Au moyen de quinze doreurs d'augmentation qui sont venus, dont j'ai eu l'honneur de vous informer, Monsieur, nous sommes parvenus à finir entièrement les dorures du Cabinet du Conseil et de la chambre à coucher du Roi, ce que le sieur Pollevert [peintre] regardait comme impossible. Actuellement, on pose les glaces et les bronzes de ces deux pièces, et je compte pouvoir les remettre demain après-midi à messieurs du Garde-Meuble ». Le nouveau Cabinet du Roi a donc pu servira partir de l'hiver de 1756.

Peu de morceaux de Versailles auront désormais, on le voit, une histoire aussi certaine. Les Comptes des Bâtiments la complètent encore : le Roi a fixé, en février 1755, la dépense à 120.000 livres, auxquelles il ajoute 20.000 livres de supplément, sur l'exercice suivant76. Le Cabinet est mentionné à presque tous les chapitres : maçonnerie, menuiserie, vitrerie, serrurerie, peinture et dorure, marbrerie. Gamain l'aîné ne touche pas moins de 5.900 livres « pour ouvrages de serrurerie qu'il a faits au Cabinet du Conseil •; Pollevert, peintre et doreur, reçoit en quatre paiements, dont le dernier est de 1758, 23.400 livres « pour ouvrages de grosse peinture et dorure qu'il a faits au Cabinet du Conseil ». Les fondeurs et doreurs, qui ont fourni pour la même pièce [des « ouvrages de bronze doré et d'or moulu », sont Le Blanc, payé 1.800 livres, et Gobert, payé 4.200 livres. La grande cheminée de marbre sanguin, n'est point de ce moment;

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on a simplement transporté la cheminée de l'ancien cabinet commandée par M. de Tournehcm, en 174877. Le nom des sculpteurs de ce salon est attesté par les Comptes : alors que, pour ses ouvrages, un seul paiement de 1.000 livres est fait à Verberckt, on verse « au sieur Rousseau, autre sculpteur », en huit paiements échelonnés du 4 mai 1755 au ier avril 1758, une somme de 21.000 livres ra. Le Cabinet du Roi est donc l'œuvre d'un sculpteur nouveau, préféré cette fois à Verberckt, qui occupait jusqu'alors à Versailles une place tout à fait prépondérante. Cet artiste est Jules-Antoine Rousseau, né à Versailles en 17 10 d'Alexandre Rousseau, de Corbeil, sculpteur employé au Château vers la fin du règne de Louis XIV ; il aura lui-même des fils, qui lui succéderont dans ses travaux. On peut juger du talent de ce maître injustement oublié par la merveille du Cabinet du Roi.

L'éclat conservé des dorures et leur extrême richesse apprennent au visiteur qu'il entre dans une des importantes pièces de Versailles, et tout d'abord l'harmonie de la décoration semble parfaite. Quelques parties cependant diffèrent de l'ensemble : l'encadrement des deux grandes glaces rappelle l'art de Verberckt ; les chambranles des portes et fenêtres semblent des morceaux utilisés de la décoration antérieure ; enfin les quatre portes à double battant, qu'on pourrait attribuer à Dugoulon et qui sont d'ailleurs identiques à celles de la Chambre de Louis XIV, paraissent provenir de l'ancien Cabinet. On trouve donc ici un bon exemple de cet usage des Bâtiments de faire servir le plus possible, dans les pièces en remaniement, les parties anciennes qui pouvaient y trouver une place ; mesure d'économie et de sagesse, dont l'art n'avait jamais à se plaindre, grâce à la sûreté de goût d'un Gabriel.

L'ouvrage d'Antoine Rousseau comprend avant tout trois grands panneaux sculptés, dont deux avoisinent la cheminée et dont le troisième, moins large, y fait face. Leur composition s'accorde avec la destination officielle du salon. Des doubles coquilles d'or qui les surmontent, descendent des guirlandes de fleurs et un trophée d'armes à la romaine entouré de lauriers, auquel est suspendu un médaillon encadré de branches d'olivier. L'un des médaillons rappelle le travail du Roi en temps de paix : un génie enfant, nu et debout sous un portique, tient une balance ; un autre retient un chien sous son bras et un troisième porte un livre et un miroir, tandis qu'à leurs pieds se tord un serpent. Il y faut voir sans

doute les symboles de la fidélité et de la sincérité que le souverain doit rencontrer parmi les ministres qui le conseillent. Le second médaillon représente la guerre : sous une tente dressée devant un rempart, un génie debout semble méditer ; deux autres l'accompagnent, l'un assis sur des livres, l'autre sur un affût de canon. Dans le troisième médaillon, soutenu par un trophée, jouent quatre petits génies parmi des attributs marins, tandis qu'un vaisseau à deux mâts passe, les voiles gonflées ; l'importance de la marine dans les conseils du Roi, à la veille de la guerre avec l'Angleterre, est ingénieusement évoquée par cette sculpture. Quatre panneaux moins larges et quatre du même dessin, mais plus étroits encore, présentent dans leur motif central la main de justice et le sceptre fleurdelysé réunis par une couronne ; les trophées guerriers sont formés de drapeaux, de trompettes, de tambours, de canons, de tonnes à boulets. Huit autres petits panneaux enlacent deux tiges d'olivier presque sans feuillage, qui montent en soutenant un globe terrestre, sur lequel s'appuie un soleil dans une lyre. C'est le seul souvenir des arts dans cette ornementation inspirée par de sévères sujets. Le chiffre royal aux L enlacés, y figure sept fois, au-dessus des portes de glaces vraies ou feintes, dans la voussure des fenêtres et à l'entrée de la chambre de Louis XV ; l'écusson de France couronne les trumeaux de glaces entre deux cornes d'abondance ; enfin, la fleur de lys est aux quatre angles de la frise semée de trophées. Le plafond est blanc, ayant au centre un cadre doré rectangulaire, qui semble attendre, ainsi que les retombées de la voûte, des peintures décoratives.

Tout l'ensemble des Cabinets du Roi, à la date des travaux du nouveau Conseil, se trouve mentionné dans une note du duc de Gesvres, qui fait connaître l'organisation provisoire des intérieurs. Une sérieuse perturbation s'y trouvait apportée alors par la séparation de la nouvelle chambre et de l'ancienne, où avaient lieu le lever et le coucher, et par la suppression momentanée d'une pièce aussi importante que le Cabinet. Peu de textes initient avec plus de précision à la « mécanique » de la vie du Roi et à l'ordonnance des services, qui se transportaient de résidence en résidence, prêtant parfois au même local, par une fiction d'étiquette, diverses destinations dont le fonctionnement de la Cour avait besoin :

« Le Roi faisant travailler à son Grand Appartement a couché dans la pièce où est la grande pendule. Après sa chambre à coucher, il y a un carré qu'on appelle le

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cabinet des Chiens [salle 128], qui a tenu lieu d'Œil-de-Bœuf ; j'y ai mis, après que la garde-robe a été entrée dans la Chambre du Roi, un huissier pour le garder, car avant cela les garçons le gardent. Il n'y entre que les grandes entrées et le service de la garde-robe. Quand l'huissier de la Chambre est dans cette pièce, les entrées de la Chambre et le service de la Chambre y entrent, mais les courtisans restent sur l'escalier ou dans la cour de Marbre.

« Après le lever du Roi, les huissiers de la Chambre du Roi vont garder la salle du Trône [Salon d'Apollon], qui devient Chambre du Roi, et l'huissier du Cabinet s'empare de la porte de cette pièce où le Roi couche, et alors cette pièce devient Cabinet du Conseil, où les personnes qui ont des entrées du Cabinet du Conseil entrent. Quand le Roi sort de son arrière-cabinet [salle i3i], alors tout le monde sort de cette pièce, qui devient Cabinet des perruques. Quand le Roi est poudré et accommodé, il entre dans l'intérieur; alors cela redevient Cabinet du Conseil, et ceux qui ont attendu dans la pièce des Chiens restent dans cette pièce où le Roi couche, laquelle change à tout moment de dénomination. Quand le Roi va à la messe le matin, les grandes entrées et tout son service font le tour et vont l'attendre dans le Trône; le Roi passe par un petit corridor intérieur, où il y a une porte qui donne dans la pièce du Trône. Il n'y a que le grand chambellan, le premier gentilhomme de la Chambre et le capitaine des gardes qui ont l'honneur de le suivre, et les princes du sang qui s'y trouvent.

« On présente tous ceux qui veulent être présentés dans la salle du Trône; on ne présente pas dans la chambre où le Roi couche. Quand le Roi soupe dans les Cabinets, il donne l'ordre dans la pièce des Chiens. Quand Sa Majesté soupe au qrand couvert [dans la salle 117, aux appartements de la Reine], il passe par le petit corridor intérieur, il donne l'ordre dans le Trône et va par la Galerie chez la Reine; un huissier de la Chambre marche avec deux flambeaux d'huissier devant le Roi, depuis la chambre où il couche jusque chez la Reine, passant par le corridor et le ramenant de même. Les personnes qui ont l'honneur de suivre le Roi ne passent dans le corridor qu'à sa suite; la porte est toujours fermée à double tour quand le Roi y a passé. Quand la Reine vient le matin chez le Roi, elle passe par cette porte ; aussitôt qu'on l'a averti, le premier valet de chambre va ouvrir la porte. La Reine s'en retourne comme elle est venue, sans personne à sa suite; un premier valet de chambre porte sa queue. Mgr le Dauphin passe par les cours, quand il vient

au lever du Roi. Mesdames ont suivi le Roi un jour en revenant de la messe, ont passé par le corridor à sa suite, leurs dames d'honneur les suivant et rien de plus. Quand le Roi va le soir chez Madame la Dauphine, et qu'il fait beau, il passe par les cours avec son appareil ordinaire. Quand il pleut, il passe par la salle du Trône, traverse les Appartements, descend par le petit escalier accompagné de son capitaine des gardes et de tout ce qui le suit quand il va au grand-couvert » 79.

Ce curieux morceau montre que, pendant les travaux de 1755-56, le Cabinet de la pendule remplit, suivant les heures, l'office de Chambre à coucher du Roi, celui de Cabinet du Conseil et celui de Cabinet des perruques ; ce dernier semblait indispensable, à cause de la place qu'il avait tenu jusque là dans la journée des souverains. Les mêmes locaux apparaissent en divers récits historiques, particulièrement pour l'attentat de Damiens et la maladie de Louis XV, qui s'ensuivit. A cette date, le salon décoré par Rousseau eût un rôle considérable. Voici, par exemple, quelques mots de la narration faite par le cardinal de Bernis, alors ministre, de la dramatique journée du 5 janvier 1757 :

En entrant dans le Cabinet du Roi, j'aperçus l'Extrême-Onction sur la table et des prêtres en surplis ; tel est le premier objet qui frappa ma vue. Les ministres, qui n'avaient pas les grandes entrées étaient rassemblés dans le Cabinet; le maréchal de Belle-Isle et

M. d'Argenson étaient seuls dans la chambre de Sa Majesté avec la famille royale Une

heure après être arrivé dans le Cabinet du Roi, je fus frappé de l'oisiveté dans laquelle on laissait les ministres et de la liberté que chacun avait de voir le scélérat qui avait frappé le Roi d'un coup de canif.... M. le Dauphin sortit et, en m'adressant la parole ainsi qu'à MM. de Moras et de Paulmy, il nous demanda si nous pensions qu'il fût nécessaire d'assembler le Conseil. « Eh I sans doute, monseigneur, répondis-je ; jamais il n'a été plus indispensable de l'appeler. — Mais, continua le Dauphin, les autres ministres ne sont pas ici. — Donnez vos ordres, monseigneur, et ils s'y rendront ». M. le Dauphin rentra dans la chambre du Roi, prit les ordres de Sa Majesté pour assembler les ministres et les donna au maréchal de Richelieu, gentilhomme de la Chambre en exercice. Le Conseil assemblé dans l'arrièrecabinet du Roi, M. le Dauphin exposa l'objet sur lequel le Conseil avait à délibérer80.

Dufort de Cheverny, autre témoin en mesure de bien voir, fournit avec précision sur les même incidents des renseignements qu'on peut contrôler par ceux que donne Bernis ; ils prennent leur intérêt de l'exacte connaissance des lieux:

Je montai dans le Cabinet du Roi ; c'était ma place. J'y trouvai le service personnel comme médecins et chirurgiens. . . C'était une nuée d'habits noirs à n'en plus finir ; toutes les pièces en étaient pleines. Le Roi couché dans sa vraie chambre à coucher, derrière son •Cabinet, enfermé entre ses quatre rideaux, n'ouvrait la bouche que pour demander des

s, VERSAILLES AU DIX-HUITIËME SIECLE

choses indifférentes. . . Le canif à deux lames était encore sur la cheminée du Conseil ; nous le maniâmes tous... Le Dauphin et toute la famille jouaient le rôle qui convenait ; à poste fixe dans le Cabinet, ils donnaient des ordres pour empêcher qu'on ne troublâtla tranquilité du Roi... Le Cabinet, inondé de tous les curieux qui avaient leurs entrées, fût vidé des inutiles... Je vis Caterby [huissier du Cabinet] recevoir l'ordre de M. de Richelieu, auquel M. le Dauphin venait de dire un mot. Il s'avança à l'oreille de Marigny, qui s'éclipsa à l'instant ; comme il était peu aimé, tous en furent ravis...

C'est une grande cérémonie que le bouillon qu'on donne à un roi malade ; toutes les trois heures, il arrive à l'heure dite ; il est déposé sur la table de marbre, gardé par le premier maître d'hôtel, goûté par l'échanson et le médecin. L'huissier annonce le bouillon du Roi ; on ouvre la porte de la Chambre, ceux qui sont dans le .Cabinet le suivent. Le premier médecin, le premier gentilhomme se trouvent dans la Chambre. Nous suivîmes ; le Roi était couché dans ses doubles rideaux, la chambre fort éclairée, le lit fort noir ; nous ne vîmes que son brus qu'il avança ; ii n'ouvrit pas la bouche, et l'huissier de dire: « Messieurs retirez-vous. »

... Cependant le Roi commençait à se lever et paraissait dans son Cabinet, choisissant le temps où il y avait le moins de monde. Le train de l'intérieur de ses pièces recommença ; Mesdames et la Dauphine venaient avec leur suite avant la messe, allaient à la Chapelle et revenaient après faire leur cour, jusqu'à ce que le Roi leur eût fait un signe. Alors chaque personne de la famille royale s'avançait, lui baisait les mains ; il l'embrassait et tous s'en allaient avec leur suite, qui en passant faisait une révérence au Roi. Ces tristes étiquettes durèrent plus de douze jours 8'.

Plus d'un détail encore vaudrait d'être recueilli. Luynes montre une députation des Etats de Bretagne reçue dans la chambre, le 10 janvier ; le Roi répond de son lit, dont les rideaux de pied sont ouverts. Le même jour il voit les ministres étrangers et, le lendemain, les dames, au nombre de cent-soixantetrois : « Le Roi les reçut dans son Cabinet, en robe de chambre, frisé et poudré ; il était assis dans son fauteuil, la jambe droite sur un tabouret. Monseigneur le Dauphin y était [avec la Dauphine et Mesdames]. On entrait par la porte du côté de l'Œil-de-Bœuf, et on sortait par la porte de glaces » Puis, un après-midi, à l'heure du dîner, Louis XV convalescent quitte brusquement son fils et la compagnie et, sans vouloir être suivi, descend pour faire sa première visite à Madame de Pompadour. Au retour, « ce n'était plus le même homme ; il avait le sourire sur les lèvres et causait sans humeur...; une seule conversation... avait guéri son esprit plus malade que tout le reste. »

L'appartement de Louis XV se compléta, à la fin du règne, par de nouvellespièces joignant son arrière-cabinet, qui y apportèrent de notables commodités.

Elles furent d'abord créées pour Madame Adélaïde, lorsque celle-ci vint loger tout auprès de son père dans la partie du Château où venaient d'être démolis l'Escalier des Ambassadeurs et la Petite Galerie. Le seul salon conservé de la princesse a d'importantes boiseries de Verberckt, faites à deux époques différentes, les premières au moment de l'installation de 1753, les autres en 1767, lorsqu'on agrandit la pièce par une sorte d'alcôve82. Les fleurs formaient tout le motif de l'ancien décor. Aux montants des glaces courent des guirlandes d'un caprice charmant; roses, lilas, narcisses, marguerites, anémones s'y enlacent. Huit panneaux étroits se terminent dans le haut par des vases de fleurs, en bas par des guirlandes sortant d'une coupe. Les quatre grands panneaux plus récents sont d'un dessin assez chargé. L'un, avec des poissons pris au filet, groupe les instruments de la pêche ; un autre, ceux du jardinage, l'arrosoir, le râteau, la corbeille, la serpe, le plantoir, et la simplicité de ces objets fait valoir la grâce qui les assemble. De petits médaillons, portant des envolées, montrent des scènes de pêche et de jardinage. Deux panneaux sont dédiés à la musique; on y voit le violon avec son archet, la cornemuse, la mandoline, des flûtes, des clarinettes, des castagnettes et un tambour de basque. Des cahiers de musique accompagnent ces instruments ingénieusement choisis pour rappeler les goûts de Madame Adélaïde. C'est ici, en effet, que la princesse étudiait le chant avec Beaumarchais et que le jeune Mozart, pendant la visite de ses parents à Versailles, en décembre 1763, fut admis à l'honneur de jouer du clavecin devant Mesdames. Le sculpteur, chargé d'indiquer la destination de la pièce, a su mettre d'accord ses travaux des deux époques, pas assez cependant pour qu'on sente qu'à quinze •années de distance il a modifié sa manière. Les grands panneaux du cabinet de musique sont, d'ailleurs, les dernières œuvres de Verberckt qu'on retrouve à Versailles; le vaillant ornemaniste est mort en 1 77 1 .

Louis XV reprit, dès 1769, cette admirable pièce et tout l'appartement de Madame Adélaïde, qu'il envoya rejoindre ses sœurs au rez-de-chaussée ; cet agrandissement lui permit de rétablir au premier étage les soupers des Cabinets, longtemps donnés au second, dans les Petits Appartements. La décision précède de peu la présentation de Madame du Barry, qui devait les occuper. Le plan des ouvrages pour les « nouvelles salles à manger du Roi » a été approuvé par lui le 4 mars 1769, et les travaux ont aussitôt commencé. Le

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cabinet de jeu remplace la chambre à coucher de Madame Adélaïde [salle i33], la salle à manger à l'angle du pavillon [salle 134] s'est agrandie pour servir aux soupers royaux; une « deuxième pièce pour salle à manger » est à l'emplacement de l'ancien Cabinet des Médailles, et il s'établit en cet endroit du Château, par le Salon de Vénus, un accès aux Cabinets du Roi. Louis XV se sert de cette installation dès l'hiver suivant, comme l'atteste un rapport du mois de novembre à M. de Marigny : « Le Roi, en arrivant ici le i5, a été visiter les nouvelles pièces de son appartement, dont il a été très content. Il nous a donné une quinzaine de jours pour achever toutes les parties qui n'ont pu l'être en aussi peu de temps, ce qui nous met à notre aise. Mesdames ne l'ont pas moins été des leurs avec juste raison... Malheureusement que la dépense en est énorme dans un temps bien opposé. » Nous retrouverons ces « salles neuves » utilisées sous Louis XVI.

A cette tardive installation se rattache encore une précieuse œuvre d'art du temps de Louis XV. Ce sont les derniers bains du Roi, qui prennent en 1773 la place d'un arrière-cabinet de Madame Adélaïde. Le travail fut évalué par Gabriel à 12.000 livres, dont 2.000 pour la menuiserie, 3. 000 pour la sculpture, 2.400 pour la dorure83. Le doreur est Brancour, qui paraît avoir essayé, à cette occasion, des effets nouveaux du mélange des ors. Le sculpteur est Antoine Rousseau, alors le plus occupé des entrepreneurs et dont l'atelier, à ce moment même, s'emploie à la fois à la chambre de la Dauphine, aux bains du Dauphin, aux appartements de Mesdames, bientôt après chez Madame du Barry et chez le comte et la comtesse de Provence. Aucun de ces ouvrages, presque tous détruits, n'a pu être plus soigné que le délicieux cabinet qu'une heureuse fortune nous garde intact. Il est boisé de neuf panneaux, qui portent aux angles des dauphins enroulés à des tiges de roseaux et présentent au centre un bas-relief ovale, encadré de roseaux encore et de narcisses. Ce sont d'ingénieuses scènes de bain, de pêche ou de chasse aquatique. Dix-sept petites compositions rectangulaires semblent moins soignées; mais la plus charmante fantaisie s'applique aux sculptures de l'ébrasement et des volets de la fenêtre. Des objets de la toilette masculine y sont curieusement réunis; un bas-relief représente un ciel nocturne parsemé d'étoiles et de nuages et traversé par un vol de chouettes et de chauve-souris, motif qui semble inspiré des laques chinoises. Partout se retrouve le mélange de l'or mat

et de l'or bruni, et les roseaux sont même dorés en or vert. L'histoire de la décoration française doit noter avec soin les singularités du cabinet de bains de Louis XV. Le nom d'Antoine Rousseau appelle aussi une observation nécessaire. Ce maître n'est déjà plus seul à diriger les ouvrages qui lui sont confiés; quatre ans plus tard, apparaîtront dans les comptes des mentions de paiement « aux sieurs Rousseau père et fils » ; avant cette association officielle, il est certain que le père a fait travailler avec lui ses enfants, et cette collaboration a dû être particulièrement étroite dans une œuvre où se révèlent de plusieurs façons le goût et la pratique d'un art nouveau.

Au temps de Louis XV, on appelait, dans le langage de la Cour, « Petits Cabinets » ou « Petits Appartements » la partie des intérieurs du Roi située au-dessus des Cabinets et qui, remaniée à bien des reprises, exhaussée, agrandie sans cesse, formait deux ou trois étages superposés. De ces trois étages, où s'enchevêtraient les passages et les escaliers de toute sorte, il ne reste plus que celui qui est à la hauteur des combles de la cour de Marbre et tout le côté ouest de la cour des Cerfs, le seul de cette cour intérieure qui soit demeuré à peu près intact. Depuis 1722, le Roi avait fait aménager peu à peu ces Petits Cabinets selon des fantaisies successives. Il y eut sa bibliothèque, sa collection de cartes géographiques, ses ateliers pour dessiner et pour tourner, ses cuisines particulières, ses offices, sa distillerie, sa confkurerie, une salle de bains et, sur une des terrasses supérieures, des volières remplies d'oiseaux rares. Ce fut surtout pour lui un domaine d'absolue intimité, et l'on définissait assez bien sa pensée, quand on y découvrait une suite de « réduits délicieux accessibles à ses seuls confidents », qui, « sans être absolument séparés de son palais », n'y avaient cependant de communication « que ce qu'il en fallait nécessairement pour le service ». Ils faisaient partie de ces « nids à rats », dont le marquis d'Argenson reprochait à son maître d'encombrer les maisons royales et qu'il disait coûter « plus cher que les bâtiments de Louis XIV » ; nous savons, par un compte de Gabriel, que la dépense pour ceux de Versailles s'élevait déjà, en 1737, à prés de six cent mille livres 84.

L'art, en un tel siècle, devait s'associer étroitement à ces caprices, et l'on regrette d'en retrouver si peu de traces dans des lieux que trop de causes ont

contribué à défigurer. La décoration, partout fort soignée, s'accommodait des usages nouveaux : « La plus grande partie de ces pièces, écrit La Martinière en 1741, est décorée de lambris de menuiserie, ornés de sculpture d'un goût délicat proportionné au peu de hauteur. Le travail en est exquis; les cheminées, de marbre r;ire, sont de forme singulière avec des glaces au-dessus, ainsi qu'à d'autres

trémeaux Rien n'est doré que les moulures des glaces, les ornements de

dessus les cheminées, ceux des trémeaux et les bordures de plusieurs tableaux; tout le reste des lambris est peint de différentes couleurs tendres appliquées avec un vernis particulier fait exprès, qui se polit et se rend brillant par le mélange de huit ou dix couches les unes sur les autres. » Ce vernis était celui d'Etienne Martin, ces sculptures celles de Vcrberckt. Les tableaux étaient, dans la salle à manger, le Déjeuner d' huîtres de J.-F. De Troy et le Déjeûner de jambon de Lancret, aujourd'hui au Musée Condé; dans la galerie dite « petite galerie d'en haut », se voyait la suite curieuse des chasses exotiques, peintes par De Troy, Boucher, Carie Vanloo, Parrocel, Lancret et Pater. Toute cette peinture, appropriée à merveille à des appartements où le Roi donna assez longtemps ses soupers des jours de chasse, fut enlevée, lorsqu'on les aménagea pour loger la dauphine Marie-Josèphe de Saxe, après la mort du fils de Louis XV. Les vernis colorés des pièces situées sur la cour de Marbre disparurent à leur tour et firent place à la dorure, quand cette partie des Petits Cabinets devint l'appartement de Madame du Barry85.

Toute la vie de Louis XV à Versailles se passe dans les intérieurs qui viennent d'être décrits. On y doit joindre la « chambre du lit » ou « chambre de parade » ; mais l'usage qu'il en fait se réduit au cérémonial du lever et du coucher et d'ordinaire, le reste de la journée, il n'y paraît plus. L'ancienne chambre de Louis XIV demeure l'entrée principale du Cabinet du Roi et sert, à certaines heures, comme de troisième antichambre à l'appartement du souverain. L'étiquette s'y montre rigoureuse et les usages de respect envers le lit et la « nef» royale y sont observés 8û. Le cérémonial des audiences est fixé par les registres des Premiers gentilshommes de la Chambre et le duc de Luynes en rapporte continuellement le détail dans son journal. Voici deux des textes qui pourraient animer ce décor par le souvenir des anciens usages ; le premier raconte l'audience

du nonce Durini, à son arrivé en France ; le second, les harangues prononcées à l'occasion de la paix d'Aix-la-Chapelle :

Le 26 avril 1746, M. le Nonce eut audience du Roi dans sa Chambre et entra dans les balustres. M. le Cardinal de Tencin s'était mis dans les balustres ; n'y devant pas être on le fit sortir. Le premier valet de chambre était appuyé sur le balustre, à gauche en dehors. M. d'Argenson, secrétaire d'Etat des Affaires Etrangères, était à droite appuyé sur le balustre en dehors. M. le Nonce entra dans le balustre ; M. le prince de Guise qui le menait n'y entra pas. Il y avait M. le duc de Bouillon et M. le duc d'Aumont dans le balustre du Roi derrière le fauteuil, et Messieurs les princes du sang à droite et à gauche du fauteuil. Le capitaine des Gardes en dehors du balustre. — M. le Dauphin donna le même jour audience à M. le Nonce dans la ruelle de son lit. Tout s'y passa comme chez le Roi ; il n'y avait point là de capitaine des Gardes81.

Aujourd'hui (21 février 174g), le Roi a reçu les harangues des Cours supérieures : le Parlement, M. le premier président de Maupeou portait la parole ; la Chambre des Comptes, c'est M. de Nicolaï, premier président qui a parlé ; la Cour des Aides, c'est M. de Blancménil, premier président de cette Cour, qui a harangué le Roi ; et la Cour des Monnaies, c'est M. Choppin de Gonzangré qui a porté la parole. Cette après-dînée, le Roi a eu les harangues du Grand Conseil ; c'est M. Poultier qui a parlé ; il préside cette année au Grand Conseil. Ensuite l'Université ; c'est toujours le recteur qui parle ; celui-ci s'appelle Amelin. La dernière de toutes les harangues était celle de l'Académie ; elle a été faite par M. de Richelieu. — L'usage est que le secrétaire d'Etat delà Maison du Roi aille chercher le Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour des Aides et le Grand Conseil jusque dans le lieu où ils s'assemblent ; la Ville, la Cour des Monnaies, l'Université et l'Académie, seulement jusqu'à la porte de la Chambre du Roi. Il les reconduit jusqu'aux mêmes lieux où; ils les a pris. Le Roi reçoit toutes ces visites dans sa chambre; il est assis dans son fauteuil, le dos tourné à la cheminée et son chapeau sur sa tête. Le capitaine des Gardes, le Grand Chambellan derrière le fauteuil ; M. le Chancelier, à la droite du fauteuil. M. le Dauphin a assisté aux harangues ; il était à la droite du Roi, un peu en avant de M. le Chancelier. Après la harangue de l'Académie, M. de Richelieu a nommé au Roi, suivant l'usage, tous les Académiciens qui étaient présents ; on les nomme suivant l'ancienneté de leur réception; il n'est point question d'autre rang. Il y en avait en tout vingt-trois 88.

Les révérences faites au Roi à l'occasion de la naissance de son petit-fils, le comte de Provence, le 17 novembre 1755, ont lieu dans le Cabinet; mais le feu d'artifice de réjouissance est vu par Louis XV et sa famille de la Chambre de parade. Voici une note du duc de Gesvres, applicable sans doute aux cas du même genre : « Le Roi reçut l'après-midi les visites de toutes les princesses et dames de la Cour, qui passèrent par devant Sa Majesté, qui était debout dans son Cabinet du Conseil. J'en avais fait ranger la table. On entrait par l'appartement

du Roi et on en sortait par la Galerie. Les hommes ne passèrent point et ne firent point de révérences. Il y eut, le soir, un bouquet d'artifice ; j'allai chercher la Reine, quand il fut prêt à tirer. Le Roi vit le feu de dedans sa grande chambre. J'avais fait éteindre toutes les bougies. La Reine, Monseigneur le Dauphin et Mesdames étaient dans cette même chambre, et Monseigneur le duc de Bourgogne dans le Cabinet du Conseil. Toutes les dames et les hommes virent le feu de l'appartement du Roi ; il était à l'esplanade [place d'Armes] ».

La décoration de la Chambre datait de Louis XIV; mais les deux cheminées qui s'y trouvent furent ordonnées à Gabriel par M. de Marigny, au mois de mars 1758. Sous Louis XIV, il n'y avait qu'une cheminée à droite, dans le mur du Cabinet du Roi, et c'était la plus belle de Versailles ; Gabriel déclare dans un rapport qu'elle est « d'un marbre ancien qui ne se trouve plus depuis longtemps ». Ce marbre, approchant de la brèche violette, ne put être assorti suffisamment, lorsque le Roi, qui avait eu froid pendant sa toilette, demanda qu'on lui fit une seconde cheminée. On prit le parti d'en établir deux nouvelles pour lesquelles l'entrepreneur Trouard fournit le marbre et Philippe Caffiéri les bronzes. Ces bronzes assez ordinaires s'inspirent d'un motif ancien. L'arrangement ne fut définitif qu'en 1761 *».

Les tableaux placés de chaque côté du lit, et qu'on retirait pendant l'été, n'avaient pas changé depuis Louis XIV. C'est un témoignage du respect avec lequel on conservait la chambre du Grand Roi. Les bordures, d'un poids énorme, étaient retenues sur les tapisseries par des écrous fixés dans le mur ; comme on les déplaçait tous les ans, elles étaient assez fatiguées et les vis manquaient de solidité. En 1739, Portail, garde des tableaux du Roi, fit faire des bordures plus légères avec une sculpture de style nouveau 9°. L'ameublement ne pouvait être conservé comme le décor mural. Celui de la « grande Chambre du Roi en hiver » est ainsi décrit dans l'inventaire du Garde-Meuble de 1776 : «Deux pièces de tapsserie de velours cramoisi, ensemble de seize lez sur douze pieds quatre pouces de haut.... Un riche ameublement de velours cramoisi brodé d'or, consistant en un lit à impérial et à colonnades, complet de ses étoffes avec entour de gros de Tours cramoisi garni de franges... Deux fauteuils, douze pliants, deux écrans, deux carreaux. Un beau lustre en cristal de roche à douze

bobèches... Une pendule à répétition ayant dix-huit pouces de haut, à cadran d'émail et d'argent doré... Quatre portières des Saisons fond or »9'. L'ameublement d'été, moins important que celui d'hiver, était de brocart de Lyon à fond violet et cramoisi.

Louis XV ne mourut pas dans la même chambre que Louis XIV et, pendant sa maladie comme au dernier jour, cette pièce ne fut qu'un passage. Le drame se jouait derrière la porte du Cabinet du Conseil ; mais, dans la Chambre de parade ainsi que dans l'Œil -de- Bœuf, se pressait une foule avide de nouvelles. Le 9 mai, dit le duc de Croy, « à huit heures du soir, les ministres et tout ce qui avait les entrées se rassembla dans la Chambre du grand lit, où régnait un morne silence. Nous vîmes passer un prêtre en surplis, et nous apprîmes que les saintes huiles venaient de passer par l'autre côté. A huit heures trois quarts, on nous fit entrer ; il n'est pas possible de peindre ce terrible spectacle-là... » Ce qu'on voyait du Conseil dans la Chambre du Roi, au milieu d'une quantité de cierges, parmi les prêtres à genoux, c'était le malade, sur son lit de camp au milieu de la pièce, « avec un masque comme de bronze », grossi par les croûtes de son mal, « comme une tête de more, de nègre, cuivrée et enflée ». Un chapelain lui faisait baiser un grand crucifix ; l'évêque de Senlis disait à haute voix les oraisons et donnait les onctions. L'assistance était plus curieuse qu'émue; «en général, plus d'étiquette que de sentiment ». Au moment où le Roi expira, le duc de Bouillon, grand chambellan, fit l'annonce à la porte de l'Œil-de-Bœuf ; l'huissier du Cabinet laissa entrer auprès du corps les assistants qui le demandèrent ; puis tout l'appartement fut évacué et l'Œil-de-Bœuf fermé. Le duc de la Vrillière, le duc d'Aumont, premier gentilhomme, M. de Marchais, premier valet de chambre, avec les intendants du Mobilier et des Menus, se réunirent dans le Cabinet intérieur et placèrent les scellés partout. Tous les volets furent clos et les prières des morts commencèrent. Le lendemain, eut lieu un embaumement sommaire et le cercueil fut « posé sur deux tréteaux, couverts du poêle de la couronne, et sur un carreau la couronne couverte d'un crêpe ». Tout se passa sans cérémonie, « suivant l'usage pratiqué pour les princes qui meurent de la petite vérole » ; il n'y eut ni l'exposition publique, ni les messes dites sur quatre autels autour du corps, ni les chants solennels,

qui avaient entouré pendant huit jours la dépouille du feu Roi dans le Salon de Mercure.

Le 12 mai, à sept heures du soir, le premier aumônier avec M. de Dreux, grand maître des cérémonies, le clergé de la Chapelle et des deux paroisses, les Récollets et les Feuillants entrèrent dans la chambre funéraire pour la levée du corps. « M. le duc d'Aumont, en grand manteau de deuil, était dans le Cabinet du Conseil, ainsi que M. le duc d'Ayen, capitaine des gardes du corps... Après les prières ordinaires.. ., le cercueil a été porté jusqu'à la porte de la salle des gardes par huit valets de chambre du Roi et deux valets tapissiers, qui étaient en grand deuil ; quatorze gardes du corps l'ont porté de leur salle jusqu'au bas du grand escalier, où les valets de pied l'ont mis dans le carrosse. <i La grille de la cour Royale se trouvait tendue de noir dans toute la façade, avec l'écusson de France le long de la tenture. Les gardes françaises et suisses étaient sous les armes et battaient aux champs. Il y avait une garniture de gardes du corps et, le long de la cour de Marbre, un détachement de cinquante gardes du corps à cheval tenant chacun un flambeau... »'-'". Le clergé suivit, jusqu'à la place d'Armes seulement, le convoi partant pour Saint-Denis, très différent de celui qui avait accompagné, soixante ans plus tôt, dans toute la pompe de la monarchie, avec la Maison du Roi et les grands officiers de la Couronne, le cercueil de Louis XIV.

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