‹ Histoire du chateau et des sires de TancarvilleChapitre 35 sur 46 · MAISON D'ORLÉ ANS-LONGUE VILLE · texte numérisé non relu

MAISON D'ORLÉ ANS-LONGUE VILLE

« le deuxiesme jour d'octobre lan mil vc soixante « et deux.

« Le duc de Longueville conte de Tancarville.

En conséquence de cet ordre, les officiers du château en ouvrirent les portes au sieur Dumesnil , qui en prit le commandement pour le Roi , au nom du duc de Longueville. Il en fit sortir tous ceux qui s'y étaient réfugiés , amis et ennemis, à l'exception des officiers et des hommes du duc.

Quelques jours après , le duc de Longueville obtint du Roi des lettres de sauve -garde et d'exemption de logement et de fournitures militaires pour les hommes de son château et de ses terres. Elles étaient datées du camp devant Rouen , et conçues en ces termes :

« De par le Roy , « A tous nos lieutenans generaulx gouverneurs « mareschaulx bailliz generaulx prevostz juges « ou leurs lieutenans capitaines chefz et conduc- « teurs de noz gentz de guerre tant de cheval que

<c de pied de quelque langue et nation quilz soient « mareschaulx des logis commissaires commis « et a commetre a faire et establir les logis « et garnison des dictz gentz de guerre et a tous « noz autres justiciers officiers et subiectz ausquelz « ces présentes seront montrées salut et dilection « savoir faisons que nous desirans très bien et « favorablement traicter nostre très cher et très « ame cousin le duc de Longueviile et conserver « ses officiers et subiectz des incommoditez et « dommages quapportent noz guerres et armées « ne voullant permetre qu'ilz soient fouliez et « opprimez en aucune manière nous vous deffen- « dons très expressément que tant es chasteaulx « maisons et fermes quil a au conte de Tancarville « a luy apartenant que en celles de sesdietz officiers « et subiectz et speciallement dit Olivyer Bonten « marchant adjudicataire dune vente de cinquante « acres de boys deppendens dud. conte maistre « Nicolas de Bailleul procureur fiscal et maistre « Charles Graindor receveur en icelluy vous « nayez a loger ny souffrir loger aucuns de nos d, « gentz de guerre quelz quilz soient ne a y prendre «en fourrages, vins, bledz, lards, vollailles, o foings , pailles , avoynes , enlever ou emporter « meubles , ustancilles ne autres choses quelcon- « ques sinon en payant raisonnablement degré a

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« gre aiant pour cet effect prins et mis prenons « et metons ses d. officiers et subiectz en nostre a protection et sauvegarde specialle et de ceux qui « contrevendront au contenu de ces présentes « faictes enfeire telle et si rigoureuse punition « que les autres y prennent exemple leur ayant « permis et permettons de pouvoir mètre en telz « lieux ou endroitz de leurs maisons que bon leur « semblera noz armes et panonceaulx royaulx « en marque et mémoire de nostre dicte présente « sauvegarde. Donné au camp devant Rouen « soubz le scel de nostre secret le dix huictme jour « doctobre mil cinq centz soixante deux.

« De par le Roy Robert.

« Et sellé des armes dud. seigneur en cyre « rouge. »

Voulant pourvoir en même temps à la sûreté du château de Tancarville , Charles IX , aussitôt après être entré dans Rouen , prescrivit à un des capitaines de son armée de s'y rendre. L'ordre était ainsi libellé :

« Au cappitaine S1 Symon.

« S1 Symon jay ordonne que vous vous irez avec « vostre bende au chasteau de Tancarville tant « pour vous employer a la surete de la place que

« pour garder les incursions et pilleries que les « ennemis s'efforceront faire en ces quartiers la « et pour ce ne faudres incontinent la présente « reçue de partir pour vous aller rendre aud. « chasteau de Tancarville avec vostre bende le « plus tost que faire se poura et selon ce que « le sieur de Fontaines vous dira de ma part « plus particulièrement priant Dieu S1 Symon « quil vous ayt en sa garde escript de Rouen le « xxvme jour doctobre mil vc lxii. »

« Charles. »

Et plus bas,

a BOURDIN. »

En vertu de cet ordre , le capitaine Sl-Symon entra dans le château de Tancarville avec sa troupe qui se composait de trois cents hommes. Il y était à peine depuis quelques jours , qu'il reçut Tordre d'en sortir avec sa compagnie , et de se porter sur un autre point où sa présence devenait nécessaire. Ce fut alors que Charles IX écrivit la lettre suivante au sieur Dumesnil :

« Charles par la grâce de Dieu Roy de France « a nostre cher et bien ame Jehan de Jouvyn « dict Le Mesnil salut. Vous avons advisé de faire « mètre dans le chasteau de Tancarville quelque

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« force de gens de pie pour tenir ceste place la « en seuretté et voullant bien vous en bailler la « charge comme nous avons faict de la garde « dicelle place vous avons commis et depputé « commectons et depputons par ces présentes « pour lever jusques a cinquante hommes de a pie harquebuziers en nostre pais de Normandie « des meilleurs soldatz et plus agueriz que vous « pourrez recouvrer pour incontinant les mener « et conduire et faire entrer aud. chasteau de « Tancarville et les exploicter à la garde seuretté « defifence et conservation dicellui selon la fiance « que nous en avons en vous lesquelz harquebu- « siers nous ferons paier en la manière acoustumée a car tel est nostre plaisir. De ce faire vous avons « donné et donnons plain pouvoir puissance a auctorité commission et mandement especial « mandons et commandons à tous noz justiciers « officiers et subieetz que a vous en ce faisant « soit obey. Donné au bois de Vincennes le xxme « jour de novembre lan de grâce mil cinq cens « soixante deux de nostre règne le deuxiesme. »

« Par le Roy en son conseil , « Jourdin. »

Cinquante arbalétriers formaient une garnison bien faible pour se maintenir dans un

château aussi vaste et aussi important que Tétait celui de Tancarville. Aussi le sieur Duinesnil , qui restait chargé du soin de sa défense, tit-il un appel aux vassaux de la terre. Semonce fut faite au principal d'entre eux , à Nicolas Malet , sire de Crasmesnil , qui devait cinquante jours de service au château à raison de ses trois fiefs nobles de Crasmesnil 1 , de Bolleville et de Perchelaye ; savoir , pour le premier , quarante jours de service personnel à ayder à garder la porte de Coquessart* , pour le second , cinq jours d'un homme d'armes à ayder à garder la même porte , et pour le troisième , cinq jours d'un autre homme d'armes à ayder à garder le chasteau. malgré plusieurs semonces réitérées, le sire de Crasmesnil et ses deux hommes d'armes ne parurent point. Nous apprendrons plus loin ce qu'il en advint.

De son côté , le duc de Longueville avait écrit au capitaine de Tancarville pour lui ordonner de bien veiller sur son château et en même

1 Crasmesnil, à deux lieues nord-ouest de Tancarville. Cette terre appartient encore à la famille de Gravide de Crasmesnil. Les flefsde Bolleville et de Perchebayc faisaient partie de la même paroisse.

• Dans une autre pièce émanée du sire de Crasmesnil lui-même , il est dit : « pour ayder à la garde de la tour de Coquesart. »

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