ASIE
ABftiRIQUS
<if
Ce schéma indique, vers l'occideat et Torient de l'Asie, deux centres de création pour les chênes, desquels les migrations d'espèces ont dû se produire dans le sens des flèches.
En résumé, peut-on dire que les trois vastes régions, Europe, Asie, Amérique, soient caractérisées par quelque groupe spécial de chêne : oui !
L'Europe n'a pas un seul chêne à ovules avortés supères (1). -^
L'Asie seule a des Pasania, des Cyclobalanus, des Chlamydobalanus (où les ovules avortés sont toujours supères). L'Amérique seule a des Lepldobalanm à ovules avortés supères.
M. Alph. de Gandolle qui a fait entrer la considération de la place des ovules avortés dans la classification des chênes, a rencontré là un caractère très-important, et qui nous semble primer toutes les autres. La discussion précédente augmente encore sa valeur.
L'Europe, avec l'Asie-Mineure qui lui appartient par ses rivages méditerranéens, avec la Perse çontiguë encore à l'Europe par les rivages de la mer Caspienne, est dévolue aux chênes à ovules avortés infères. Ils lui sont venus des montagnes du nord de Tlnde, où seuls les chênes offrant ce caractère se mêlent aux Quercus asiatiques Pasania, etc.
L'Asie proprement dite n'a que des chênes à ovules avortés supères, sauf sur les ailes, Népaul et Japon, centres de création, rendez- vous général, où les espèces asiatiques '
(1) L'Afrique n^est qu'une annexe de l'Europe pour les chênes, el, comme elle, n*a que des Lepidobalanus à ovules avortés infères. Elle ne possède pas uu seul des chênes de sections asiatiques Pasania^ etc., ce qui prouve bien que sa population quercienne e&t toute européenne d'origine, ei venue par Gibraltar.
& ôvuleîJ avortés supères coexistent avec les LepidobaUmw à ovules avortés infères.
A ces deux centres de création, il faudrait en ajoutei" un troisième pour les Lepidobalanw à ovules avortés supères. L'Amérique les possède exclusivement ; ils n'ont pu lui venir du Japon qui n'en a pas> ni de l'Europe qui en est totalement dépourvue.
1*» Lepidobalarms à ovules avortés infères ;
2® Lepidobalanus à ovules avortés supères ;
3" Chênes de TAsie méridionale à ovules avortés supères.
Voilà les groupes vraiment naturels des chênes, au point de vue de la distribution géographique des espèces.
Oriffiiié et migration des espèces du genre Querctts. Indications géologiques de leur liabitat actael.
Ce que nous venons de dire plus haut nous permet de parler, avec plus de certitude, de ce problême difficile dé . l'origine des chênes et de leurs migrations.
La comparaison des caractères botaniques, avec la distribution géographique, nous fait entrevoir trois centres d'origine : 1* le massif montagneux placé dans l'est de la mer Caspienne ; 2° le Japon ; 3*» l'Amérique septentrionale. Rigoureusement ces trois centres pourraient se réduire à deux : 1" plateau et montagnes de l'Asie centrale du Népaul au Japon ; 2^ Amérique.
Les chênes d'Europe nous viennent évidemment des hautes montagnes de l'Asie cent!rale, où ils existaient avec ceux d0 l'Asie méridionale. Comme pour la grande migrai-
tîén hiïtftaiiie, flèux oouràiits èor(t pàtttté dèf ce centre; rtiti s'est dirigé vers roccident , l'autre xeH l'otieiit ; è'étaîent lés Lépidobdàntis à ovule^ àtoHés rafères, (Jiii oui peuple l'Europe et l'Amérique. Un troisième courant deséendît vers le sud dé l'A^e, il étâît formé des chênes dùÈ ^atre dernières sections.
Les choses ont dû se passer ainsi : lés L'epidobalattus à ovaire infère n'ont pu venir d'Amérique par le continent supposé par Edouard Forbes, l'Atlantide. Par là, en effet, seraient venus aussi en Europe lès Lepidobulanus à ovules avortés supères qui caractérisent l'Amérique, et noua n'avons aucun chêne de cette catégorie, maigre la similitude des climats.
D'une autre part, les Lepidobalanus à ovules avortés îrlféres ne sont pas allés, par l'Atlantide, d'Europe en Amérique. Les îles Madère, Canaries, du Gap- Vert, Âçores, vestiges dé PAtlantidé, s'il a existé, ne contiennent au- Èune espèce quercienne. Lorsque lés chênes sont arrivés gjur les bords de l'océan Atlantique, la communication était doué rompue entre l'Europe et rAmérique.
C'est donc du Japon en Californie qiié les f^idobalaniMS à ovules avortés infères ont dû passer pour arriver eu Amérique. LeÈ flores de ces régions, malgré Ténorme ÊhàSse d'eau qui les âépàre aujourd'hui, ont, suivant la remarque de M. Oliver, les plus grandes analogies.
Quelle que soit l'opinion que l'on se forme dé lafa^on dont* s'est opérée la dissémination des chénés, célle-çi ne peut être coniprise âans une continuité parfaite dès cbntîûeflts. C'est id suirtotil que l'histoire du chêûé se lie à la géoîojglé , et vient fournir à cette âôiéhce leà iildica;tioûS les plus précieuses et les pluib' précises.
M. Al^ih^. de' Gandôïle inéistô sur ce fait, qtf oïl n'a pâî ttloé &6ùle fois^ constaté la natUraUi^tibn s|ioiit!aûé6 d'utie
espèce phanérogame au delà d'un bras de mer, les vents, les courants ou les oiseaux aidant. Cette naturalisation serait encore plus difficile pour le chêne dont les semences sont tellement altérables que c'est avec les plus grandes difficultés que nous pouvons introduire chez nous les chênes du Japon ; notons bien que nous ne voulons pas parler ici du transport accidentel d'un individu qui périra peut-être avant de s'être reproduit.
Que les chênes soient descendus du continent dans les îles de la Sonde, ou qu'ils aient suivi une marche inverse, ce passage Indique que le détroit de Malacca n'a pas toujours existé, et qu'il est postérieur à l'arrivée des chênes sur ses bords. Il faut en conclure encore qu'il y a eu continuité entre Sumatra, Java, Bornéo, les Philippines, la Chine et le Japon. Sur toutes ces terres, les montagnes sont orientées de la même façon, de manière à former une chaîne qui a dû être continuée avant l'établissement des détroits ; si l'on ne peut comprendre le passage des chênes au delà d'un bras de mer, à plus forte raison une solution de continuité dans une montagne arrêterait leur migration. Un gland peut bien être entraîné par les eaux jusqu'au pied des hauteurs où l'arbre qui le portait habitait ; mais ce gland ne saurait remonter sur la montagne voisine ; s'il germe dans la plaine, le jeune plant y trouvera des conditions d'existence qui ne sont pas les siennes : il périra.
En Amérique, les Antilles étaient séparées du continent avant l'arrivée des chênes, car ceux-ci n'ont pu passer ni à Cuba, ni à Saint-Domingue, etc. Il se pourrait cependant que l'absence de chêne des Antilles fût plutôt due à quelque dépression ou solution de continuité des montagnes, car, d'après M. Eugène Pournier, la flore des Antilles a 136 espèces mexicaines. Ces espèces sont venues
aux Antilles pendant que la communication existait avec le continent, et si les éhênes ne les ont pas suivies, c'est que sous ces latitudes ils ne peuvent cheminer que par les montagnes continues ; ce qui prouve d'ailleurs qu'il , n'y a rien aux Antilles de contraire à l'existence et au développement du chêne, c'est que le Quercus robwr pedunculata est représenté par deux beaux arbres de cette espèce au Macouba, sur les montagnes de la Guadeloupe. L'existence du Qiiercus robur en Europe est antérieure à la séparation de l'Islande et de la Grande-Bretagne, et à la formation du Pas-de-Calais. Quand cette espèce arriva dans nos contrées , la Corse , la Sardaigne et la Sicile tenaient encore à l'Europe continentale ; mais l'Algérie et l'île de Chypre en étaient déjà séparées.
M. Alph. de Candolle pense que le Qu&rcus robur est venu d'Asie, à l'époque où le soulèvement de la région Caucasienne, vers la fin de l'époque tertiaire, fit communiquer l'Asie et l'Europe, jusque-là séparées par une mer. Si le 0' robur ne s'étend maintenant que jusqu'en Perse, il y a en Asie, plus loin, des formes très-analogues aux siennes, et que l'on n'en distinguerait peut-être pas avec de bonnes observations. Tels sont les Q. macranthera, Q. TnongoUca, Q, mac-cormikii. Les mêmes ressemblances existent avec quelques chênes du nord de l'Amérique : Q, Douglasiiy Q. lobata , Q. Drummondii; notre Q. robur n'est-il qu'un descendant de ces espèces américaines? Vient-il enfin de la Scandinavie , dont le climat , avant l'époque glaciaire, était le même que celui de l'Europe moyenne? Ce sont là des questions posées , mais non ^ résolues.
Le Q. ilex, et ses variétés, est très-ancien dans la région méditerranéenne. On trouve ses feuilles ou leurs empreintes dans les tufs de Lipari. Le Qr Uicoïdes, signalé par
HeOT dans upp Jm^ie^pe cpijGliet xniojcèpQ de Is^ SvUs^p ^ ^eç^emble beaucoup à Vilex agnfdiçb actuel. JjB cjiêne vert jpxist^it ayant la séparation des Baléares de l'Afrique, ayant celle de l'île de Chypre de la côte voisinp. On peijt faire ?ur l'origipe du Q. ikœ les mêmes suppositions que pour IjB Qi^ercus robnr^ cg^r, comme celui-ci, il a des sosies asiatique^, les. Q. bahot de T Affghanistan , le Q. phyllireoïdes du Japon ; et des sosies américains, les Q, virms, Q. ehry- ^oUpiSf Q- IVftescens.
Toutes les espèc^§ africaines sont antérieures dans cette région à la séparation d'avec l'Europe : tous les QuexcVfS çmt ps^é de, ceUe-pi en AfriQue; le Q, m\rbeckii, qui lui semble spécial, ne saurait être distingué, d'aprps ^Iph. de CandoUe, du Q. Lusitanicç, mirheckii d'Espagne.
Le savant que nous venons de citer résume ainsi les indications géologiques fournies par la distribution des chênes :
% Pendant l'époque tertiaire, le$ chênes appartenaient à, desj espèces^ trè^- voisines (^es espèces actuelles du Mexique • et du midi des États-Unis, et aussi du midi de TEupppe, et çie l'Asie occidentale , sans qu'on ait pu prouver ^identité d'aucune forme , peut-être parce que le^ fruits pe se rencoptrent pas dans les fossiles. Cela est a^sé à constater en jetant up coup-d'oBil sur les planches de la fîorÇ' terti^a HeivoUcâ^. de M. Heer. A l'époque du tpr^iaire mipcèpe, l'Andalousie topchait à l'Afrique, ^\ un bya§ de p:^er étroit là^ séparait du centre de l'Espace ;; la Cpifse et la Sardaigne, réunies, tppchaient aux deux contjjçients s^jCtuels d'Europe et (l'Afrique ; la Sicile^ touchait ^ l'Italie, et il y avait peut-être d'autres communications terrestres qui ont disp€|,ru dans les parties larges ou profondes de la Méditerranée actuelle^. Vers la fin de l'époque tertiaire, pendant un t,epips. plus ou ^moinç iQpg, la végétçition,
caractérisée parades formes plutôt américaiaes, qui régnait dans la région méditerranéenne, et (ju'une température plus élevée faisait avancer jusque vers le centre de TEurope, a été troublée par le soulèvement des Alpes et du Caucase, par l'exhaussement de l'Anatolie orientale , à la place de la mer qui séparait à cet endroit l'Europe de l'Asie, et par l'abaissement probable d'un continent qui se prolongeait de l'Europe dans l'Atlantique. Beaucoup d'espèces ont dû s'étendre. II serait resté çà et là , d*un côté et de l'autre de la mer Méditerranée et dans ses îles, les espèces les plus répandues et les plus robustes , par exemple, les Q. lusiêandoa, humilis, suber, Heœ, coccifera, avec d'autres probablement qui ont cessé d'exister. L'invasion des glaciers autour des Alpes et en Italie, vers le milieu de l'époque subséquente, effet et cause d'un abaissement de température, a pu faire périr quelques espèces du côté septentrional de la mer Méditerranée ; mais il semble qu'elle aurait eu plutôt pour effet de les refouler sur le littoral ou de les parquer dans quelques localités exceptionnelles, comme Nice, Sarzane, etc.
t Le 0. robibr, le 0. cerris seraient arrivés dans le midi de l'Europe lorsque la mer séparait déjà l'Afrique de Gibraltar, et les îles de Sardaigne et de Sicile , toutefois avant la séparation de ces îles d'avec le continent européen. Us seraient im cas particulier du grand phénomène conçu par M. Heer, d'une substitution aux formes tertiaires Européo-Américaines de formes asiatiques, lorsque la communication terrestre fut détruite du côté de l'Amérique, puis ouverte du côté oriental de l'Europe, et que la température s'abaissa par l'efFet^ soit de causes locales, soit de oaiises générales, qu'il a très-bien analysées. »