‹ Histoire du chêne dans l'antiquité & dans la natureChapitre 46 sur 129 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Les Chênes d'autrefois.

A la vue de cette branche de chêne, nous Tollà replongés dana une histoire qui.précède toQtes les bistoirea.

E. QDian. ixi Création,

Au fond des lacs de la Suisse, on trouve encore les pilotis en bois de chêne, façonnés avec les haches de silex, et sur lesquels les premiers hommes qui habitèrent l'Europe établirent leurs demeures lucustres. Dans les tourbières de l'Irlande on a retrouvé avec leurs feuilles les troncs entiers de grands chênes identiques aux nôtres , et associés aux ossements d'animaux qui semblent avoir été les précurseurs immédiats de l'homme.

Il paraissait difficile de remoîiter plus haut dans le lointain des âges, et de savoir la place que tenaient les chênes aux époques du globe qui ont précédé les derniers cataclysmes dont les traces sont partout gravées, et dont le déluge fut une des phases les plus certaines.

La paléontologie moderne a cependant soulevé ces voiles, et nous savons .aujourd'hui qu'au troisième âge du monde, à Fépoque tertiaire, des forêts de chênes couvraient les parties de la terre alors émergées ou mêlaient leurs nombreuses espèces aux autres plantes de la flore de ces temps.

C'est grâce à quelques empreintes laissées sur les tufs par les feuilles des chênes d'alors, et par les plantes ef les animaux qui vivaient avec eux, que le moade tertiaire a pu être reconstitué, et que nous savons quelle figure y faisaient les chênes.

Nous aurions perdu la prudence et Timpartialité de rhistorien , si nous nous laissions aller sans mesure à l'enthousiasme d'un pareil résultat. La science moderne, et même celle qui se croit la plus positive , est parfois d'une crédulité /rare.

Comment dirons-nous : Baser d'une manière un peu certaine les attributions d'espèces sur des empreintes de feuilles. Pour quelques groupes de végétaux, c'est facile ; on reconnaîtrti toujours une feuille des melastomacées, des laurinées ou des nymphéacées : cela semble plus difficile pour les Qicercus.

N'avons- nous pas vu que la feuille était un des organes susceptibles de plus de modifications de la même espèce quercienne, dans l'yeuse par exemple ? Et Michaux n'a-t-il pas montré combien les chênes d'Amérique variaient au point de vue de la découpure des bords de leurs feuilles? Et d'ailleurs, lorsque cette découpure disparaît elle-même comme dans les chênes saules et le chêne laurier, il semble impossible de distinguer les empreintes de leurs feuilles de celles . des mêmes organes appartenant à des plantes bien différentes.

Aussi quelques savants ont-ils eu de grandes répugnances à prendre au sérieux ces attributions d'empreintes. M. Dalton-Hooker dit à ce sujet : — « Sans mettre en doute le savoir et la bonne foi des auteurs, je ne puis m'empêcher de protester contre une méthode qui consiste à présenter de simples suppositions comme ''des faits scientifiques

=■ tas -

démoQtFéo* Gommeut admettre que de simple^i^ fira(poents de feuilles puissent être rapporte^ à des espèces actuelles ? >

Les géologues qui ont le plus étudié ces empreintes, comme M. G. de Saporta, reconnaissent eux-mêmes ces difficultés ; il faut, d'après eux, tenir un compte très-exact du pétiole , de la forme générale , de la disposition des nervures principales, du réseau veineux , de la dentelure, du mode de terminaison des nervures vers le bord de la feuille, etc.

• Sans doute , dit M. Heer, plusieurs espèces , tenues pour des chênes, appartiennent à d'autres genres; mais pour le plus grand nombre, le caractère de la feuille de chêne est clairement exprimé et confirmé dans plus d'un cas par des fruits appartenant évîdemnîent au genre Qu&rcus. »

M. Alph. de CandoUe, qui connaît si bien les chênes vivants, admet aussi que la nervation du limbe varie peu dans leurs feuilles, et que Ton peut baser sur elle la spécification des individus fossiles.

Poursuivons donc l'étude des chênes d'autrefois, puisque la science la plus autorisée nous assure que nous avons entre les mains des matériaux qui , consultés avec une scrupuleuse attention, ne peuvent nous tromper.

Les géologues reconnaissent trois grandes divisions dans les terrains qui se formèrent pendant la période tertiaire ; ce sont les époques Eoçène, Miocène et Pliocène. Chacune de ces. époques présente en outre plusieurs étages.

Les chéi^e^ ne se montrent pas dans toutes ces formations tertiaires , et le nombre de leurs espèces varie aux différents étages où Us apparaissent.

Ite fa»t Iwr entrée dans le monde à l'époque de l'Éocène

s);pér|ftpr , $e giQjônt 4 1» vpgétat}p^ tePUair^ pepdant t;Qut,Q sa durée, deyienp^Dt rarçs dan? le yiioçèftQ ^1 419^ paraissant a^veQ lui.

Partout où le^ lorrains du pays tertiaire 'op^ été ajeq^iblos aux recherches palépatologiquefii , p^i*tput or s^ retrouvé les vestiges de^ chênes d'autrefois. Certaines wpéQfi^ sont caractéristiques de quelques, étages, et leur pnsepabiQ pst aijLssi caractéristique dp la végétfi^tion tertiaire woyeppe. Unger, en Allemagne ; Oswald Heer,, en Suissp ; le çowtQ Gaston de Saporta, en France ; G^? Gaudin, pn Italie^, pqt étudié les chênes des formations tertiaires de ces contrées, (JétpFmiHÔ et ppmmé ieups pomilpreuses espèces. Ainsi dap$ les pays les plu^ éloignée les uns des autres , les Quercu» attestent ^r présence h Tépoque de la flore tertiaire y et nouif les retrouvons ainsi , non-seulement en Europe, mais on Asie, e^ Amérique : toujours cependant ^ans rhémisphpre Nord.

En Suisse, dont le§ formationa tertiaires ont été fouillées ^.vec tant (l'intelUgence par }l. 0. Heer, les chênes ne se n^ootrent qup daps tes cinq étages suivants :

Miocène supérieur. , . OËningien» , 5

. , ( Helvetien 4

Miocène moyen........ î ,, .

f Mayencien 3

, . ( Aquitanipn Ô

Miocène mténeur. . . .. j Tongr^en 1

La flore tertiaire suisse comptp 41 espèces de CupuUféres, dont 35 chênes, sur 736 phanérogames : c'est 5 1/2 p. O/p de la flore totale. Nulle part aujourd'hui les cupuHfères ne présentent cette proportion, dans la prèdominancp des amentacées, s^ ce n'est en Amérique, du Nord pt aij Mexique.

A chaque étage du pays tertiaire suisse, les Papillonacées l'emportent sur les cupulifères ; au premier et au quatrième, celles-ci viennent de suite après, tandis. qu'au second et au troisième, elles se tiennent à l'arrière-plan.

Au point de vue de la fréquence des individus, sans distinction d'étage, la première place appartient aux lauriers, la seconde aux chênes.

76 p. 0/0 de plantes ligneuses, toujours vertes, existaient alors, tandis qu'aujourd'hui la flore contemporaine compte à peine il p. O/o d'arbres à feuilles caduques.

— • Malgré cette multitude de chênes , dit M. Heer, nous ne retrouvons aucune trace de nos types indigènes ; ces débris appartiennent presque toujours à des chênes à feuilles coriaces, au bord parfois entier, d'autres fois denté en scie ou . épineux , comme il en croît en Amérique et dans la région méditerranéenne. Des vingt chênes que l'on peut comparer à des espèces vivantes, treize peuvent être désignées comme formes américaines, cinq comme méditerranéennes , et deux comme analogues à celles de la Perse. Les types américains sont non-seulement les plus riches en espèces, mais encore les plus répandus. Chose remarquable, aucune espèce n'est commune dans son gisement, et la plupart ont du être indiquées comme très-rares. Il est probable que nos forêts de chênes d'alors étaient éloignées du bord des ruisseaux et des lacs, et que leurs feuilles n'y arrivaient que rarement. •

Le savant auteur de la Fbre tertiaire suisse nous montre ensuite la distribution des espèces les plus remarquables. Les Q. furcinervis, lonchitis et Drymela, très-voisins pour les caractères botaniques, ont une grande importance ; ils sont rares en Suisse, le premier ne s'est rencontré qu'à Rallingen ; quelques feuilles des deux autres ont été

recueillies dans la Molasse inférieure et supérieure. Ces trois chênes, au contraire, se trouvent fréquemment en Italie.

Le Q. furcinervis domine dans le Miocène inférieur, en Piémont. Le Q. lonchUis abonde à la Superga , et le' Q. Drymeia est des plus communs au Val-d'Arno.

L'Autriche, dans les terrains du même âge, nous offre le Q. furcinervis à Altsattel et dans les environs de Haering où il est aussi fréquent qu'en Piémont, Les Q. Drymeia et lonchitis les accompagnent.

Ce dernier existe dans les formations Eocènes supérieures, à Alum-Bay, île de Wight, ainsi qu'en Asie- Mineure, dans la vallée du Taurus. Ce chêne était donc fort répandu ; -le Q. Drymeia avait une aire tout aussi vaste, on en a trouvé les traces dans les steppes des Kir guises.

Les trois espèces querciennes dont nous venons de parler ressemblent surtout aux chênes mexicains actuels ; il en est de même des Elaena, Hamadryadum et Tephrodes, c'est sur les flancs des Sierras du Mexique et parmi les arbres à feuilles coriaces qull faut aller chercher leurs

analogues.

Les Q. neriifolia Heerii, myrtUlbïdes, Uicoïdes Delosii, ont aussi leurs sosies en Amérique, mais plus au nord, dans les provinces de rUnipn,.

Il est surtout intéressant pour nous de savoir de quels chênes la France était peuplée à cette époque. Disons de suite que la flore de ce temps reculé était plus riche en Quercus qu'elle ne l'est aujourd'hui. Comme en Suisse et dans le reste de l'Europe, les chênes manquèrent dans les premières assises tertiaires. On n*en rencontre pas à l'étage éocène représenté en Provence par les lignites inférieurs de Fuveau d'Auriol et de Nans. Les chênes furent précé-

dâs pâ^ tme végètsfctidQ & léuiâelle ies Restidcèék et lés Eriocanlées donnaient beaucoup d'analogie arec cetlé de la Nouvelle-Hollande actuelle.

tin peu plus tard les Qweircué ih montrèrent ; lés plus anciens ont érté i^gnalés dans les calcaires lùariieùx, et les couches siliceuses et bitumineuses supérieures au lignite de Saint- Zacharie (Var). Le Q. Elaena se montre la en èompagnie de plantes qui ne vivent aujourd'hui en comïhunauté avec les chêhes que sous des climats bien différents de celui de la Provence actuelle. Un palmier, le Ftabellarid mycrophUla des Ficus et dçs Prôtéacées vivaient dans cette localité, autour d'un bassin d'eau douce isolé.

Aux environs d'Aîx existent des gypses postérieurs aux formations dô Saint-Zacharie. Des chênes fort remarquables avaient trouvé là Une station privilégiée ; c'étaient : i* le Q. salicina, Sap., qui retrace fidèlement, par la foiPihe' et la' nervation de èes feuilles lancéolées-linéaires, celles du Q. Skineri du Mexique^ et des Q. Spicata Smith, Q. Cuneata Roxb. des Indes ; 2^ le Q. elUptica^ Sap. du type du Qi ^màs de la Floride ; 3* le Q. aculeatày Sap. voisin, et des grandes fc^rmes du Ç. Ilea- dont il diiBFère par les détails 46 sa nervation, et du Q. acutifolia du Mexique, qu'il rappelle ^Bt sa dentelure acérée.

Lés plantée qtai erôlssàieiit paririi ces chênes donnaieût à la flore d'Aix le même cachet aiistro-indieri qu'aux prééédehtfes, quoiqu'un peu moinà accusé. Toùteé ces plantes Se pî^essaient aux environs d'une vaste lagune die» 12 à 15 kilomètres, tantôt calmé, tantôt' gonflée pai^ les ôftux qui atnenaient Ifes âêdimerità et les débriâ organiques, «els que lès feuilles de chênes arrafehées aux forêts profondes" où Cette' essence était mêlée aux Laurinées, aux Acacias et ati3^ Protéacêès;

lé Mdcèké débutef e'n Provéûcef avec lei' ^psè* dé

— Itô^

Gargaâ, avec les assises de la vallée dti Baiiit, dé Sàiiii- Jean-Garguier et des bassins du Carénagel à Marseille.

A Gargas, M. de Saporta a trouvé les empreintes d'ua chêne remarquable, le Q. cuneifolia, très-voisin des Q. cruciata, A. Br., et ilicoïdes Heef, ses contemporains} et du Q. confertifolia H. B. du Mexique. Là encore le chêne mariait son feuillage â celui des FlabeUaria, des Civùnamonum et des Protéacées {!).

A Saint-Jean-Garguier, le Q. elàena, signalé à Saini-^ Zacharie, se réprésente, mais accompagné de nouvelle^ espèces querciennes. C'est d'abord le Q. nerposa aux feuilles coriaces, un peu ondulées sur les bords, et dont la nervation et le contour extérieur rappellent led chêneâ asiatiques actuels, à feuilles entières, coinme les Q, cuneata des Indes, argentata et Uneata des îles de là Sonde.

Le Q. affinis est encore de la mêtoé Icfcalité ; il èôt voisin du Q, goeppert, mais encore plus de tout un groupe, de chênes mexicains, dont les feuilles, caractérisées par là forme obovale élargie au sommet, sont entières^ où le plus souvent garnies de dentelures peu profondes. Les Q. rugosa Née, Tomentœa Liebm., Ambigua H. B. K.^ etc., sont de ce groupe.

Speebaeh, en Alsace, Armissan, dans le bassin de Nar-^ bonne, app^tiennent à la mênie époque géoio^que.' Les 0. lonchitis et VrilobeM peuplaient le premier gite* Le Q. dlama signalé dans^ la plupart des flores antérieures établit, entre Ârmissàn et les localités préoédenteis, une liaison manifeste. Le bassin de TAude s^ea' distingue* cepeddant

(i) K Ronzoo, près du Puy, il existe des calcaires marneux de Tàge des gypses de Gargas (Vauclusc). M. Marion y a signalé le Q. elaena dont rextension géographique est comparable à la longue durée. Là se trouve aussi un nouveau chêne tertiaire^; le Q; velauha^, Uati

par les nombreuses et nouvelles espèces de chênes qui ont laissé là leurs empreintes. M. de Saporta a décrit les suivants :

Q. neriifdia, très rare à Armissan, Test beaucoup moins à Oeningen, en Suisse. M. Heer le compare au Q. imbricaria d'Amérique.

Q, magnoliaeformis, c était un des beaux arbres du pays tertiaire ; tous ses caractères de forme et de nervation le rapprochent encore du Q. imbricaria. M. de Saporta le trouve surtout très- voisin du Q, undulata Benth.

Q, sinuatUoba^ c'était aussi une espèce à facjes américain, et qui semble se placer entre les chênes à feuilles caduques, et ceux à feuilles persistantes. Ses analogies les plus frappantes le posent près du Q, aqua^ica de Michaux. € Il est probable, dit M. de Saporta, que le Q, sinuatiloba d' Armissan constituait une espèce très-voisine de celle qui habite de nos jours les sables humides des bords du Mississipi, dont les feuilles tantôt membraneuses, tantôt fermes et presque coriaces, revêtent un caractère particulier; suivant le climat plus ou moins chaud de la région où elles croissent. »

p. armata, le même auteur rapproche cette espèce des chênes tertiaires Q, buchii, criùciata, cuspiformis, ilicoïdes. Quant à ses analogies avec les chênes vivants, c'est encore parmi les arbres américains qu'il faut les chercher : ce sont les Q. falcata, ilicifolia qui lui ressemblent le plus.

Q. oUgodonta^ presque identique au Q. cuneifolia de Gargas, et voisin de certains chênes de la Louisiane et du Mexique, tels que les Q. 0^iloba, falcata, cinerea, heterophylla de Michaux, etc.

Q. spinulosa, cette dernière espèce d^ Armissan rappelle un beau chêne du Mexique, le Q. acutifolia Nées, grand arbre à feuilles persistantes.

arbre à fôuïïles persistâmes.

En somme» le bassia de. TAude avait enoore ua^ flore tropicale où les chénâB coudoyaieat des palmier9# dids d^HJuxmd^ des laurus et des einnamomîmi.

Le terrain aquîtanîen, dernière formation du miocène inférieur, est représenté en Provence par les lignites de Manosque (Basses-Alpes), et les lits à poissons de Bonnienx (Vaucluse). M. Heer considère ces deux localités comme faisant partie du même étage, et offrant, au point de vue des plantes, un parallélisme représentant les deux termes d'une même époque.'

M. G, de Saporta signale à Manosque le Q. elaena, qui traverse seul, depuis l'éocène, tous les étages du miocène inférieur. D'autres chênes peuplaient avec lui les verdoyantes forêts de cette région tertiaire.

C'étaient : 1® le 0. singulaHs^ tenant à la fois des espèces du Mexique et de celles du Népaul ; S® letor^wn^fc, voisin des chênes de l'Amérique équinoxiale ; 3^ le Q. advmOf , qui reproduit exactement le type de quelques espèces des îles de la Sonde ; 4® le (?. linewisp de la bastide des Joujfdans^ que M. de Saporta rapproche d'un chêne vivant du 6uatema)a, le Q. longifolia Lieb., et d'un fossile de Brognon (Côte-d'Or), le Q. provectifolia^

Ces chênes de Manosque ressemblent à ceui( des contrées chaudes du globe; ils se mêlaient à de nombreux lauriert;.

A Bonnieux, nous retrouvons encore l'antique Q. elaena, déjà vieux de bien des siècles, et qui subsiste â travers toutes les vicissitudes géologiques : il â pour associé "dans ce dernier gite le Ç. pdaeo-coccifera, espèce fort rare qui rappelle le Q, coccifera. Nous renvoyons pour plus de détails sur les chênes tertiaires au Tableau E, qui donne un ensemble de cette partie de l'histoire du Quercus^ et la

résume*

 l'aide de tous ces matériaux , M. Heer refait avec imagination et poésie les perspectives du pays tertiaire du midi de la France , où croissaient les précurseurs des chênes verts et des chênes lièges. — € On. peut maintenant, dit-il, voguer en pensée le long des bords de cette lagune immense, qui s'étendait de Peyruis à Bonnieux sur une longueur de plus de 50 kilomèt., et mesurait une largeur de 20 kilomèt. au moins. En sillonnant les eaux tranquilles, on aurait vu se déployer sur la plage sinueuse un rideau de grandes laurinées aux feuilles d'un vert obscur; des cannelliers au port élégant, au feuillage lustré , s'y ajoutent , et forment des massifs qui prolongent leur ombre jusqu'au sein des ondes. Les endroits marécageux sont peuplés de Glyptostrobus aux rameaux grêles et érigés, et les Séquoia dressent sur d'autres points leur verte pyramide. Au loin , tant que la vue peut s'étendre, l'œil s'égare sur une verte prairie aquatique ; les eaux disparaissent sous une foule immense de Nénuphars, qui viennent étaler à la surface leurs grandes feuilles planes •bordées de fines dentelures. Sur la rive, c'est un autre spectacle ; là se pressent des figuiers aux feuilles entières, de grandes Proteacées aux branches tortues ; des Casses couvertes de fleurs dorées qui brillent au travers de leur feuillage ailé. Au sein de l'onde humide , les Aspidivm , les Lasiraea, les Pteris développent leurs frondes élégantes dont les longues pennes dentelées se détachent chaque année et livrent aux vents leurs débris. Au pied des grands escarpements, la scène change encore : les pins se dressent sur les hauteurs et couronnent la cime des rochers ; une forêt touffue couvre les pentes , ce sont des chênes aux feuilles persistantes. •

Nous avons parie plus haut des analogies des chênes tertiaires avec ceux qui peuplent les forêts actuelles. On distingue trois degrés dans ces ressemblances : les Quercus anciens peuvent être identiques, homologues ou analogues à ceux d'aujourd'hui.

L'identité entre des êtres ayant vécu à ces époques reculées et ceux qui habitent maintenant la terre, est une question de la plus haute importance , car l'identité n'a pu être constatée parmi les animaux tertiaires et les nôtres que chez quelques espèces marines inférieures que ' Ton retrouve dans la molasse Suisse, et qui vivent encore dans nos mers.

Quant aux êtres d'une organisation supérieure , comme les amphibies , les poissons , et toute la faune terrestre d'alors , ils n'ont point survécu aux cataclysmes qui ont fermé l'époque tertiaire , leurs espèces sont irrévocablement éteintes.

La solution de cette question était plus difficile pour les plantes, et particulièrement pour les chênes. Juger sur une empreinte que telle feuille a appartenu à un Quercus^ distinguer ces empreintes les unes des autres , et baser sur elles des espèces , c'est chose difficile , nous l'avons vu : mais déclarer, sans les fruits, l'identité ou la non identité de ces chênes d'autrefois avec ceux qui existent maintenant, cela semble presque impossible. Cependant on y est arrivé. — « Toutes les fois, dit M. Heer, que j'ai pu me procurer les fleurs ou les fruits, une comparaison attentive m'a révélé des différences que d'après les règles actuellement en vigueur on peut considérer comme des caractères spécifiques. Ce fait rend probable l'opinion que, dans tous les cas où nous ne possédons que des organes isolés, ou même de simples fragments de feuilles que l'on ne peut distinguer de ceux des plantes vivantes, il se manifestera

4m àiSér^rm» 3péç^qu^s d46 que npu» sQoronâ parvî^nus Il nm QQnmi»w[^ plus pi^rlait^ <to Ge$ mêic^ végétauj. J^ a'aî pu d^oatr^r Tideutité ooiuplèt^ d'womt/Q a^pêce ôveo telle wfcp© aujQ«3^d'l;uî viyaate. #

Ce fait n'est pas seulement vrai pour la Suisse, la flore entière du pays tertiaire; et avec elle tous les chênes d'alors, est éteinte, hh même où croissent aujourd'hui les Qmrous les plus ressemblants avec'^les chênes tertiaires, il n'y a plu3 identité d'espèces. Ainsi M. Lesquereux a signalé dan^ les formations tertiaires de Tîle de Vancouver, les empreintes du Q. gavdini , l'une des espèces miocènes de l'Europe , et spécialement du val d^Arno, en Italie. Les feuilles de chêne trouvées sur les bords de rOhio, et qui semblent identiques avec celles du Q, ruhra actuel, seraient beaucoup plus jeunes, et peut-être à la limite du monde tertiaire supérieur.

lies recherobes de M. Gœppert ont montré que les Iles de la Sonde étaient a l'époque tertiaire peuplées de chênes comme aujourd'hui ; mais il n'a pu [établir que des analogies, et pas une seule identité.

Les grands chênes qui nous versent leurs ombrages ne aéraient donc pas les descendants des lointains Querctcs du pays tertîaiï'6, de la même foçon qu'ils le sont de ceux mr lesquels, à l'époque Gailo-Romaine, les Druides coupaient le gui saucée. C'est à regret, je Pavoue, que je ve^ Tais nos chênes perdre l'honneur de cette lointaine généalogie, qui fiùsait remonter leurs, quartiers de noblesse laeai aunielà de ^ux de l'espèce humaine.

t L'air de parenté est cependant si fr^yppant, dit % Heer, que Ton peut se demander s'il n'existe pas m lien génétique entre les espèces tertiaires et les n^tr^f, * St plw$

lôhi ! t Qtiaîid: ùû sfôQge) êtix t^pporiê iâtimm cpd frotte* cfaettt lô!$ uûéiS aut autres^ les espèces "viiunte» etted estiàce» éterûtes, oû ûe petit r^poassôi» ViAêe d'tiûe» pâfrôûté^ »

AUcms^itôUs voie renaître, à propos des chênes, la fan&ettse idée des cousins-germains ? Rassurons-nous. Il né S'*agit d'abord de rattacher aux chênes anciens qu^un petit nombre des modernes, ceux que M. Heer nomnâe homologues, et qui seuls, d'itprès lui, descendent en ligne droite des espèce^ tertiafreâ. Ausé;! le 0^. n&riifalia^ dont on a retrouvé les feuilles et le^ fruits, a pour bomoilogiie dans la flore actuelle, le Q. phellos L. Le 0« ilkoïdes pmi eûùcfre être considéré comme homotogue du Q. ilidfolia Wild^

Ce qui est dilïicïle, c'est d'éxpliquef comment les cfhêné* actuels descendent, de leurs homologues tertiaires t (m plutôt comment se sont produites les différences qui dis-, tinguent les fils des pères. Est-ce^ Faction* lente des siècles î ou, comme le soutient M. Heer, les anciens types ont-ils été frappéô à une nouvelle effigie ^ sans retour possible de6 descendants à la forme primitive. « Qu'ion suppose la nouvelle espèce issue d'un type déjà créé , ou ayant pria naissance d'une autre manière, ce sera toujours un mystères impénétrable que de savoir comment pareille espèce peut prendre naissance. »

M. Agassiz, après avoir soridê cette énignïô avec lô profond savoir et l'autorité que personne ne lui ccmteâterst, admet que l'intervention du Créateur peut sôuîe la résoudre. Oswald Heer, fils aussi comme Agaâsi^ delà fëcorndô et libre Helvétie, termine le débat par ces simples itiôts : « A mon sens, des lois supposent un législateur, et, jô le déclare, je partage l'opinion de mon célèbre compatriote. «^

Tous les savants; oti le voit, ne ôont pas' fiàr^rtoîstes^, ^

panni les adversaires nombreux de la célèbre théorie se comptent ni les moins indépendants ni les plus obscurs : avant d'admettre comme article de foi scientifique le transformisme des espèces, ils demandent des preuves. De quel côté est l'esprit de progrès î « Douter des théories humaines, disait M. Dumas dans l'éloge de Faraday, c'est ouvrir la porte aux découvertes; en faire des articles de foi, c'est la fermer. •

Il n'y a plus donc de chênes, identiques aux Querctis tertiaires , et leurs homologues s'y rattachent d'une façon mystérieuse ; nous ajouterons que les simples analogies ne supposent aucune parenté, et que la plupart dés chênes> par conséquent, sont contemporains de l'apparition de l'homme sur la terre.

Les chênes d'autrefois jouaient le même rôle , remplissaient les mêmes fonctions qu'aujourd'hui dans la nature, leurs glands nourrissaient des ruminants, tels que le cermcs lanatus Myr, et lès espèces de la nombreuse tribu des paleœomeryx. Des rongeurs, un titanomys, des lagomys, des théridomys portaient dans leur greniers souterrains les fruits des chênes tertiaires, comme le font encore nos campagnols. Voici la lourde et majestueuse tribu des pachydermes , des mastodontes et des dinotherium, le listriodon splendide/ le tapir helvétique, les microtherium et les chalicotherium ; voici les précurseurs de l'animal encyclopédique de Grimold de la Reynière, la gent fouissante et grognante des anthracotherium, et un peu plus près parent encore, le Stis-WilehsiSy dont les jambons auf aiçnt sans doute fait les délices de gourmets tertiaires.

Alors, comme aujourd'hui, les chênes étaieat habités par de nombreuses tribus d'insectes, qui mangeaient leurs feuilles, ou produisaient sur leurs diverses parties des excroissances analogues] à nos galles. Sur 1332 insectes de la faune tertiaire, on compte 166 espèces d'hyménoptères, et ces derniers étaient assez nombreux pour que les collections du seul gite d'OEningen comptent 598 échantillons ou représentations d'hyménoptères.

Nous relevons d'ailleurs, parmi les espèces tejtiaires, les suivantes dont les analogues vivent aujourd'hui sur les chênes : buprestides, prionides, cérambycides, hylésinides, Lrachydérides, co^sonides, forficulides, scolides, cynipsides, tenthrénidides, bombycides, pyralides, gallicoles, xylophagides. Plus d'une fois la présence d'insectes a dénoncé les plantes qui les nourrissent.

M. Heer indique d'une façon plus précise quelques-uns des habitants des chênes d'autrefois. Le trichius lugubris^ par exemple, homologue avec le trichius variabilfs actuel, qui hante les chênes et les châtaigniers, le pseudophana amatoria homologue du pseudophana europœa, le kbchnus pectorosus homologue du lachnus Querous Z., habitaient sens doute les chênes.

Le formica occuUata, fourmi tertiaire, est homologue de notre fourmi fuligineuse, qui grimpe, aujourd'hui en longues processions sur le tronc des chênes pour s'élever jusqu'aux pucerons et profiter de leur miel ; il est permis de croire que la fourmi tertiaire exploitait aussi sur les chênes de son temps le lachnus pectorosus.

Enfin, pour compléter la ressemblance, de même que les feuilles de nos chênes se couvrent de sphœria punctiformes, les mêmes petits champignons existaient sur les feuilles des chênes tertiaires.

mmm

V^oii& ixialatè&aût ce que les diénes tertiaires vont BOUS dire du climat du beau pays 'qu'ils habitaient. Un }our on a découvert, sur un même morceau de pferre, les empreintes des feuilles du Q, gmelini associées à celles des chatons mâles du scUis^ varions, espèce très- voisine de notre saule fragile. Ailleurs, les fleurs du même saule se trouvent représentées de la même façon près de fleurs de cannelliers ou de platanes.

Voilà des faits gravés sur la pierre, depuis des siècles, et qui nous disent qu'au temps ou les chênes étaieat feuilles, les saules, les cannelliers étaient en fleurs> et. les platanes verdoyants.

Où voyons-nous aujourd'hui ces synchronîsmes de floraisop et de frondaison ? A Madère, dit M. Heet*, les platanes se couvrent de feuilles, lorsque les «aules et les camphriers fleurissent.

Le climat, sous lequel vivaient les chênes tertiaires , avait donc la douceur et la beauté de celui de Madère^.

Sa température moyenne était de 18* -19* centigrades; son ciel était celui de Malaga, de la Sicile méridionale, du sud du Japon et de la Géorgie, ces arbres étaient, comme les Qiuercus du Centre-Amérique, des arbres à fpuilles toujours vertes, auxquels se mêl^ent des palmiers des genres ohamerops, sabal, fiabella/ria, etc.

L'étonnement que ces associations nous causent est moindre quand nous les constatons sous le climat de Tltalie,, de la Grèce et de la Provence ; il augmente quand nous les trouvons autour des lacs de la Suisse et en Allemagne.

Les chênes tertiaires s'élevaient encore plus loin en latitude : à Smaland et sur les bords de la Baltique, ils s'associaient à cette végétation que l'on a nommée flore de l'ambre, parce que, parmi les végétaux qui la four-

nldisentv. quelcjuôs-UQ» laissaient eoutec cett^ maUéd^e prâ-

Noua les retrouvoû$ ea Angleierref et jvsqne sou» leê neiges et les glaces de Tlslanâe. Là^^les chèae» tertiaires à feuille» toujours . vertes, formaient , avec les pins, les bouleaux, et même les platanes, de belles forêts trèsdifférentes de la végétation rabougrie qui couvre aujourd'hui les mêmes lieux, mais très-analogues aux grands bois actuels des Carolines et de la Géorgie.

Plus au nord, la végétation devient anoore plus ohétive,^ et c'est à peine si ron en trouve des. traces sur les plages glacées du Spitzberg, du Groenland^ des. îles MeUeville et de la terre de Banks.

Sh bien!, là eacore la végétatioa tertiaire état» se» merveilles, Sur 156 di^i^tylédons,. L2& étaient ligiiaux, et sur e^ noniUûare, 78 étaient des e£aenca&; forestières^ dont les- Uoms^, changés en lignitoi? ou sôliaifliés,. ont Msad Tempireinte de leurs feuUleSf oa die leurs fmts «r das grés et des schistes ensevelis aujourd'hui sous les neiges.

Les chênes étaient nombreux dans ces forêts du Groenland : les uns étaient toujours verts, tels que les Cf. drymeia, furcinervis, sùeenstrupiana ; les autres perdaient leurs feuilles comme le Q. otafseni, groenlamditay platania.

Les feuilles de quelques-unes de ces magnifiques espèces querciennes, dont les analogues ne se retrouvent aussi gu'ea Amérique, atteignaient 1/2 pied- de longueur; qu'on juge de I*aspect de cea forêt» immenses où les séquoias», les peupliers, les magnolias, les houx, les ostryas se mè*« laîent à des beaux chênes d'autrefois.

Telte éfait la flore qui se développait alors par 70p dé laiîtede^ nord. D'après M. Heer, la température moyenne y éteit at^akigue à celle des bords du lac de* Genève, on même de la Provence, d'après^ M. de Saporta;

Les chênes à feuilles caduques , renfermées dans des bourgeons écailleux, indiquent que Tété devait être chaud, et que les saisons étaient bien marquées et offraient un temps de repos pour la végétation.

Aussi ces empreintes enfouies dans les glaces d'un climat implacable, et sur lesquelles plusieurs milliers de siècles ont passé , éveillent dans notre imagination de féeriques perspectives ; ce n'est pas seulement la notion d'une espèce perdue du genre chêne que nous apporte cette image d'Outre-Monde, à son aide, nous soulevons le linceul funèbre qui recouvre ces Contrées désolées : voici les plaines et les coteaux couverts de forêts ombreuses; l'hiver s'éloigne, le printemps lui succède sans secousse, et les chênes peuvent épanouir, sans crainte, ces fleurs que des feuilles ne protègent pas encore; l'été sera long et chaud, c'est à ces conditions que les fruits des chênes arctiques mûriront et perpétueront l'espèce sur cette terre féconde et luxuriante du Groenland tertiaire.

La flore tertiaire offre des aspects très- variés, suivant les étages. A l'époque Eocène les chênes manquent presque totalement et ne viennent pas se mêler aux types

indo-australiens qui peuplaient la terre à cette époque et dont la flore fossile de Monte-Bolca, en Italie , est un exemple si remarquable.

Au-dessus du terrain Eocène, dans le Miocène inférieur, la flore précédente se modifie et les types américains s'y montrent. Nous pouvons citer les Q, cyri, Ung., Q. Uro^ philla, Ung., à Sotzka, en Hongrie; les (?. gooperti, à Bonn, dans les lignites du Rhin ; le Q. vegronia^ en Italie ; le Q. kochliniy à Speebach, en Alsace, etc., etc. Ces chênes, avec leurs feuillages toujours verts, nous rappellent ceux 4es provinces méridionales des Ëtats-Unis,

A l'époque du Miocène moyen et du mmcène supérieur, les chênes sont encore plus nombreux et donnent aux flores de ces temps un* cachet américain déoisif.

Lorsque l'on compare entre elles la flore miocène et la flore européenne actuelle , au point de vue des chênes particulièrement, on reste frappé des analogies de l'une avec l'Amérique, des ressemblances de l'autre avec l'Asie.

L'uniformité de température sur le globe, à l'époque tertiaire , peut-elle rendre compte de ces analogies entre l'Europe et l'Amérique ? M. Heer ne le pense pas : à l'heure actuelle , beaucoup de régions méditerranéennes possèdent un climat semblable à celui des États dii Sud de l'Union américaine , et n'ont pas les mêmes chênes.

« J'estime donc, dit le savant que nous venons de citer, que cette énigme ne peut-être résolue que par l'admission d'une jonction qui aurait existé à l'époque miocène entre l'Europe et l'Amérique. »

Nous venons de voir plus haut que les régions les plus septentrionales de l'hémisphère nord de l'Islande, le Spitzberg, le Groenland, les îles Melleville, la terre de Banks, les bords du Mackenzie, dans le haut Canada, avaient été habités par des chênes à l'époque tertiaire , et que tous ces Querous avaient le faciès américain. Ainsi, sur une zone complète en longitude, puisque 180^ séparent le Spitzberg du Mackenzie, et du 15« au 65« degré en latitude des terres qui, très-certainement, communiquaient entre elles, ont été peuplées à l'époque tertiaire par des chênes anaéricains.

Cette flore arctique a-t-elle été la mère de la flore tertiaire européenne ? Les chênes qui s'y montraient sont-ils descendus vers la Méditerranée. Cela u'est pas probable,

Une partie des espèces querdennes septenlrioûâles, oontfne les Q. ohfseni grcenUmdica, steensPrupiana, etc., ne se inentrent que dans rextrêma nota ; la marche géûéfale de fct végétation avait certainement la direction nord et S'Ud au début de Tépoque tertiaire ; si le contraire avait eu lieu^ au temps où la température était si uniforme, les végétaux équatoriaux de l'Asie , de l'Amérique , auraient fini par converger vers le Pôle, c^ que rien ne prouve.

Il est donc nécessaire d'admettre que le centre et le midi de l'Europe se sont trouvés d'une autre manière ea communication avec l'Amérique. Ici se présente l'idée que Platon émettait déjà dans le Critias et le Timée , et que Edouard Forbes a rajeunie, l'hypothèse de l'Atlantide* Ua grand continent aurait . existé là ou l'Atlantique roule aujourd'hui ses flots agités.

Des faits nombreux, bien analysés ek sérieusemeoft discuté&i donnent à cette supposition une grande probaMIitè. M. Heer admet cette communication entre tes deux^cxyntinents, et c'est par là que les chênes américains sont venus chez nous. L'Europe, séparée de l'Asie par des mers, était alors , suivant Texpression de Humboldt , une presqu'île américaine.

A la fin de l'époque tertiaire, les flores changent presque subrtement de caractère : les types américains sont remplacés par des types asiatiques ; aussi les chênes de l'Eu- K)pe actuelle ont-îls des affinités profondes avec ceux de la Perse, du nord de la Chine et du Japon.

Pour que les Quercus à type américain aient disparu de PEurope et ne soient pas mêlés aux nouveaux venus, il a fallu un cataclysme détruisant la communication entre l'Europe et FAnaerîque, anéantissant les espèces quereienne^ existantes^ et du même coup établissant une continuité eatie TA^e et roeetdemt de Fancien moiid6.

4u CauGd$6 et 4e l'Arménie, de vf^tea tarres wrgiâsa&t & te plçtçe de la mer iatérieuire qui foiîi^t oommumquer la ipciar Aralo-Poutique et la Méditerranée, tels sont las i>baagBineut& grandioses qui, modifiant la oonfigufation de la surface terrestre , anéantirent les espèoeB tertiaires des ctiénes américains et rendirent leur retour impossible.

L'Europe était devenue ce qu'elle est encore, une presqu'île de l'Asie ; la migration des chênes suivit dès lors la même route que les migrations humaines ; îls trouvèrent vers l'Occident des terres nouvelles à peupler, sous un climat bien différent de celui que connurent leurs prédécesseurs.

C'est grâce à ces empreintes, parfois incomplètes, des chênes d'autrefois, et de quelques autres plantes, que les géologues ont pu remonter le cours des âges , faire luire quelques rayons dans l'obscurité des temps anciens , restaurer les flores , se rendre compte du bouleversement de la croûte du globe et du changement des climats (1).

Il n'y a pas dans l'observation de la nature de fait si mince qui n'ait son importance ou ne puisse en acquérir. Cette empreinte d'un chêne est un livre ouvert où nous lisons les annales d'un monde dont les splendeuxs n'étaient pas destinées par le Créateur au regard de l'homme.

Sa pensée peut cependant y pénétrer et s'avancer de surprises en surprises. Notre raison peut être fière de ces. conquêtes de la science , mais sachons aussi rapporter de ce voyage au pays tertiaire la mesure de notre taille.

Témoins attardés des merveilles de l'univers, nous arrivons à ce grand spectacle quand les astres pâlis, la terre

(1) Le tableau snivant résume ce chapitre.

glacée, la vie amoindrie^ nous apprennent que le dernier acte du grand drame se joue, et que le rideau va tomber sur la dernière scène. Atomes perdus dans le temps et dans l'espace, est-ce donc pour mêler à ces grands débris une poussière qui tiendra moins de place que celle des plus iniSmes rhizopodes, que nous venons en ce monde ? Non : l'humanité , conviée à cette heure avancée , est là pour comprendre l'œuvre et pour acclamer au dernier jour le nom que tous les échos* de la terre ont répété d'un siècle à l'autre, celui du Créateur I

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