‹ Histoire du chêne dans l'antiquité & dans la natureChapitre 49 sur 129 · V. Hugo (Voix intérieures, avril · texte numérisé non relu

V. Hugo (Voix intérieures, avril

Nous trouvons dans la Géographie botanique de M. Alph. de Candolle, quelques considérations fort ingénieuses sur la longévité du chêne, au point de vue de la rénovation fréquente des formes végétales à la surface du globe ; cette durée semblerait en effet peu d'accord avec les théories darwiniennes.

L'examen de plantes retrouvées dans les tombeaux de l'Egypte, ou celui de végétaux sortis de graines ayant cette origine, permet d'affirmer que les plantes anni^elles se sont perpétuées sans modifications pendant trois mille générations. 11 serait difficile de refuser le même privilège aux espèces ligneuses, infiniment moins influençables par les agents extérieurs , que les espèces herbacées. Que chaque génération de chêne, par exemple, ait une durée moyenuB de cent ans (c'est accorder bien peu), on peut alors reconnaître que depuis trois cent mille ans le chêne n'a pas changé, et que telle est l'ancienneté de cet arbre sous ses formes actuelles.

Au milieu d'antiques tourbières de l'Irlande, et de l'île de Man, les géologues ont retrouvé des ossements du cervus fdbernicus, qui a cessé d'exister bien avant l'époque dite historique. Avec ces débris, on a rencontré des troncs d'arbres que l'on a toujours pensé avoir appartenu à des espèces identiques à celles qui peuplent encore la terre ; les chênes de ces tourbières, par exemple, ne diffèrent pas de ceux qui croissent dans le voisinage. Sir Charles Lyell a compté sur un de ces chênes plus de 800 couches an-

nuelles; en supposant encore trois mille générations d'êtres ayant cette durée, l'ancienneté du chêne avec ses formes actuelles serait donc de deux millions quatre cent mille ans!

Les débris de chêne retrouvés dans les forêts sousmarines sont encore identiques pour la structure , les caractères botaniques,] aux espèces actuelles : ces forêts, de la disparition desquelles aucune tradition historique ne fait mention, ont donc une date très-reculée ; date depuis laquelle les chênes n'ont pas varié.

Nous aimons à devoir au chêne, dont le culte chez nos pères fut associé à la croyance à l'immortalité de l'âme , une preuve de plus de la permanence des espèces, et de la dignité de la nôtre.

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