CHAPITRE XI
Physique du Chêne, ou des qualités du hois de chêne.
Le chêne doit sa valeur, comme essence ligneuse , aux excellentes qualités de son bois. Ces qualités , qui sont d'ordre physique et chimique, concourent à réaliser en lui la force et la durée auxquelles il doit son rang très-élevé parmi les matériaux de construction.
La valeur du chêne ressort donc de la comparaison de ses qualités avec celles des autres bois : ce n'est qu'une valeur relative, dont la recherche, comme on va le voir, présente de nombreuses difficultés.
Non-seulement le bois de chêne diffère de celui des autres essences ligneuses, mais il n'est pas homogène dans toutes les parties d'une même pièce. Des pieds de la même espèce du genre Qvsrcus varient beaucoup avec les conditions de leur végétation. Enfln, les bois des différentes espèjces de chêne n'ont souvent que des analogies fort éloignées.
La densité, par exemple, varie dans le bois de chêne, du centre à la circonférence, :: 7 : 5. Le contraire a lieu dans les chênes couronnés, le tissu ligneux central devient plus léger que l'aubier, et la proportion précédente se renverse et devient :: 5 : 7.
Au pied de l'arbre, la densité du bois est à celle du
sommet :: 5 : 4,
La â^nsîté d^s chênes d'un soi sec est à cQlle des bois d^iu sol marécageux : : 7 : 5, et les poids qu'ils peuvent suï)porter :: 5 ; 4.
Nous montrons ^-ussi ailleurs qu'un pied cube de chê?ie blanc de Provence pèse plus que le même volume d'un chêne blanc de Champagne, celui-ci plus que le chêne de Bretagne.
Il est donc difficile que deux expérimentateurs aient pu prendre pour point de départ des bois de chênes parfaitement semblables : de là les nombreuses différences que présentent les résultats auxquels ils sont arrivés.
Les propriétés du bois de chêne étaient peu connues avant les travaux de Galilée , qui , parcourant un arsenal maritime , eut le premier l'idée d'appliquer les science^s mathématiques à la détermination de la force des bois. De nos jours, Barlow, en Angleterre , Charles Dupin, en France, ont continué ces études.
DENSnÉ DU GHÊNB (1).
La pesanteur spécifique du bois de chêne n'est pas facile à déterminer d'une manière absolue , puisqu'elle YS^rie avec l'état de siccité du bois et les circonstances culturales et climatériques de son développement (2).
(i) Le vieux mot français dru (serré, épais) vient-il de Af^^9 chêne dont le bois est serré coioQ pacte ?
(S) Le Bureau des Longitudes a fixé ainsi les densités dea bois, Teau étant 1 ,000 :
Chêne 885
Hêtre 832
Frêne . 845
If. Ç07
Otm^ . . . , 800
Pommier. 733
Sapin 657
Tilleul , . » 604
Cyprès. , • . 598
Un pied cube de chêne de Provence pèse, vert, de 40 à 45'^ Id. Id. sec, de 33 à 38^
Id. de Bretagne pèse, sec, 30*^
Un pied cube de chêne de Bretagne, 7 ans après la coupe, 26 kilog.
En Angleterre , les expériences suivantes ont été faites pour arriver à comparer sûrement différentes espèces de bois de chênes au point de vue de leur densité. Des blocs de un mètre cube ont été pesés mouillés et secs, prêts à être mis en œuvre : la moyenne, entre les deux pesées, a donné les chiffres suivants , qui accusent des variations considérables entre les densités des diverses espèces commerciales de bois de chêne, employées aux constructions :
Chêne d'Afrique 1.033 kilog.
— dltalie 985 —
— d'Angleterre 901 —
— de Belgique 897 —
— de Daatzic 761 —
— du Canada 708 —
Comme terme de comparaison , sans savoir pourtant en quel état de dessication des bois ils ont été pris, nous donnons les poids du mètre cube d'autres essences :
Platane 1.079 kilog.
Châtaignier 1.031 —
Orme 1.021 —
Hêtre , 963 —
Frêne 963
Bouleau 933
Sapin • . . • 875 —
Tilleul. .••»,,, 788 —
Dans la pratique cotnmerciale, le poids d'un mètre cube de bois de chêne est considéré comme étant de 1,000 kil. Ainsi le tarif pour Tévaluation en kilolitres du tonùeau de mer, du poids ou de l'encombrement des effets, munitions et marchandises qui doivent être chargées sur les bâtiments de commerce affrétés pour le service de la marine militaire, porte qu'un mètre cube de bois de chêne doit former un kilolitre. Neuf dixièmes de mètre cube de chêne courbant forment encore un kilolitre , ou tonneau de mer (1). -
Voici maintenant , pour comparaison , les poids spécifiques de différentes espèces de bois :
Plus denses que le chêae.
Batala* (2). 1.070
Coupi* 1.000
Gourbaril* 940
Saint-Martin*. . . . i 930
Buis 919
Sorbier 910
Taoub jaune* 865
Cèdre noir* 800
If , 778
Angélique* 770
Prunier. 761-
Frêne 760
Charme 752
Érable 755
Chêne des forêts de France
(1) Un slère de quartiers de chêne pèse, en moyenne, 366 kilog.
Un stère de rondinage de chêne pèse en moyenne 270 kilog. (Eugène Chevaudier.)
\%) Les bois marqués d'un astérisque sont de la Guyaae«
Moins denses que le chêne»
Pia de Riga. • . , . , 74S
Pommier 735
Platane 728
Merisier 714
Néflier 710
Poirier 705
Bouleau 701
Hêtre 696
Laurier 695
Tilleul 687
Accacia 676
Noyer ' 665
Sapin pesse 660
Châtaignier 652
Tek de Moulmain 650
Aune 608
Marronnî^ 606
Cèdre 603
Tek tendre 590
Peiïplier 588
Orme 553
Mélèze 543
Tremble 626
Saule 421
Sur le tableau précédent, le ehênq n'occupe, on le voit, que le 1 5* rang. Heureusement que la densité n'est pas la seule condition de la durée des bois.
Los variations de la densité sont dues aux inégalités de la porosité ; ce qui le prouve> c'est que, suivant l'observation de M. Eug. Chevandier, les poids spécifiques des bois pulvérisés s'identifient :
(1) L«s pesanteurs spécifiques prises par M. Barlow, pour lies Galcats sur la résistance des bois, diifèrenl peu des précédentes ; cependant il donne au chénQ uiM donaité da. 93ii, «t au fréno 7€û^
Chêne pulvérisé 1 . 510
Bois de fer 1 . 51s
Bourdaine 1 . 520
Peuplier 1.512
Liège 1 .300
L'expositioa à une température prolongée de 100* produirait le même effet , suivant M. Chevandier, et les densités s'uniformiseraient encore, exemples :
Chêne 1 .462
Bois de fer 1 .481
Buis i. 1.458
Coudrier 1 .488
Gaiac 1.490
Aubépine 1 .464 (1).