‹ Histoire du chêne dans l'antiquité & dans la nature; ses applications à l'industrie, aux constructions navales aux sciences et aux arts, etcChapitre 120 sur 156 · LA FRANCE PÉRIRA FAUTE DE BOIS · texte numérisé non relu

LA FRANCE PÉRIRA FAUTE DE BOIS

On n'avait pas oublié d’ailleurs ce qui arriva en 1804 pendant la guerre entre la France et PAngleterre. L'Amirauté se trouvant dans la nécessité de prendre des bois

frais pour les constructions, on contracta des marchés à des prix très-élevés ; la hache se mit à l’œuvre, et les chênes qui cette année poussaient dans les forêts, flottaient l’année suivante sur l'Océan : des désastres immenses furent la conséquence de ces armements précipités.

Il était donc évident en 1838 que l’approvisionnement du hois de chêne des arsenaux se faisait difficilement, incomplètement, et que la marine souffrait de la suppression presque totale de ses rapports avec l'administration forestière. En 1840, la marine décida qu'elle ne ferait plus de cession de bois de construction aux services étrangers, puisque le commerce seul , disait-elle , était devenu sa voie d’approvisionnement, et que tout le monde pouvait faire de même.

Les alarmes atténuées du ministre n'étaient que l'écho très-affaibli des craintes que manifestaient alors tous les hommes préoccupés des destinées de notre puissance navale, et dont les documents de cette époque sont remplis.

Il y eut comme une explosion de plaintes sur la suppression du martelage. On rendit également l’administration forestière responsable des embarras de la marine.

Dans un écrit sur les rapzorts de la marine militaire avec la défense du pays, on remarqua beaucoup les lignes suivantes : « On croyait que les prévisions ne pouvaient aller trop loin en fait de bois, puisqu'il faut des siècles pour former un chêne dont la hache dispose en quelques heures. Aujourd’hui la marine, deshéritée de ses priviléges, est sur la même ligne que les particuliers pour ses achats : il n’est pas nécessaire d’une grande perspicacité pour voir où nous allons. »

Quelques mois après, M. Tupinier, directeur des ports, écrivait de son côté : « Pendant qu’on discutait dans les Chambres les articles du Code forestier, la marine à cru

sincèrement que l’approvisionnement serait compromis ; mais cette opinion n’a pas empêché de faire des essais «et de chercher de bonne foi à vérifier si, en effet, la marine pouvait se passer du privilége dont on allait la priver. Les quantités de bois livrées annuellement ont, il est vrai, notablement diminué, mais si l'administration avait pu y consacrer des sommes plus considérables, il eût été facile d'obtenir des livraisons plus étendues (1).

Peut-être cependant les ressources du martelage seraientelles à regretter en temps de guerre. Alors il serait facile d'obtenir des Chambres quelques mesures exceptionnelles, il n’y aurait à leur demander pour cela que la révocation des formalités inextricables dont on a embarrassé la livraison des bois martelés dans les er royales, pour les constructions navales. »

En 1841, dans un livre sur la même question, M. Tupinier rejetait sans réticence sur l’administration forestière toutes les difficultés de l’approvisionnement. A propos de l’opération si importante de la désignation des arbres, « il faudrait, disait-il, que cette opération ne fût jamais entravée par le mauvais vouloir d'agents secondaires qui, sous le vain prétexte des réserves faites dans l'intérêt du repeuplement des bois, excepteraient du martelage les bois les plus propres aux travaux des ports. »

Il demandait aussi la suppression d’intermédiaires dans la cession des bois à la marine, chose facile en faisant passer le prix convenu de l’une des caisses dans l'autre, ce qui faisait bénéficier le Trésor de l'élévation des prix.

Le génie maritime se plaignait surtout :

(4) Grâce au martelage , de 1820 à 1828, la marine avait élevé son approvisionnement en bois de chène de 77,000 stères à 192,000, malgré l'emploi annuel de 49,000 stères pour travaux.

1° D’être obligé de prendre tous les arbres martelés par lui, qu’ils soient ou non reconnus propres au service ;

2° D’enlever et de payer les bois dans les trois mois qui suivaient l’abattage ;

3° En cas de contestation, de se soumettre à la décision d’un tiers expert nommé par le tribunal de commerce.

L'administration forestière, attaquée dans ses errements les plus chers, releva le gant. Au mois d’août 1843, la direction des Annales maritimes, pour montrer la faiblesse des arguments opposés à MM. Bonnard et Tupinier, publia la réponse de l'administration des eaux et forêts à l’accusation formulée par ces derniers.

« Cette accusation, partie d’une plume semi-officielle, est grave : si elle était fondée, l'administration attaquée aurait à rendre un compte terrible, en présence de la force et de la dignité nationale compromises ainsi par elle. » Puis avouant que le Code forestier de 1827 avait apporté de sérieuses entraves aux opérations de la marine, l’auteur ajoutait cependant: « Nous sommes portés à croire que la marine exagère ces entraves, et que pour s’en débarrasser plus sûrement, elle néglige à dessein de faire usage de toutes les ressources qui sont à sa disposition. Aurait-elle pensé qu'en jetant l'alarme dans les esprits elle ferait naître une préoccupation générale, à la faveur de laquelle il lui serait facile de glisser un projet qu'elle nourrit depuis longtemps avec complaisance, nous voulons parler du projet Bonnard. Il a été démontré jusqu’à l'évidence qu'avec les 80.000 hectares de dotation qu'elle réclamait, la marine aurait été moins riche qu’elle ne l’est sous l'empire de la législation actuelle. Nous pensons que même avec la législation présente, la marine pourrait faire des approvisionnements, si elle le voulait sérieusement. »

On rejetait ensuite sur la forme des ventes et marchés tout le mal, et l’on proposait d'en revenir au tarif. « Quant à demander pour la marine le droit de martelage avant le balivage, c'est demander qu’el'e reçoive l’autorisation d'exercer son privilége d'une manière presque absolue : ce serait jeter le trouble dans les opérations forestières, en détruire l’économie. »

L'antagonisme, on le voit, se révele-ici dans toute se passion: qu’en conclure, sinon que la dotation était le seul remède à une situation pareille.

En 1845, M. Estancelin publia un mémoire sur la question des bois de construction. Il signalait lui aussi les difficultés que le nouveau système forestier avait suscitées,; il parlait de l’inexécution fréquente des marchés, en présence de l'impuissance croissante des fournisseurs à trouver des chênes de marine. Il indiquait les inconvénients sérieux résultant de l'ignorance où l’on était de l’âge et de la provenance des chênes : de la nécessité fâcheuse, faute de petits fournisseurs, de centraliser les commandes (1), ce qui, en 1841, avait entraîné l’adjudication de 118,394 stères de chêne, au prix de 15,832,176 francs, et porté la valeur du chêne à 140 francs le stère, valeur qui s'était même élevée à 184 francs!

M. Estancelin concluait en demandant : 1° le rétablissement du martelage comme avant 1827; 2° l’affranchissement de l’action du génie maritime de toutes les formalités dans lesquelles on l'avait immobilisé, et au lieu d'empêchements trop évidents au succès des opérations

(1) Cette centralisation ne semble pas avoir eu les mêmes inconvénients en Angleterre où, pendant 30 ans, une seule maison, celle de MM. Morrice, a eu l’entier monopole des fournitures de chêne de pro- - venance anglaise, loutes les tentatives faites pour réveiller la concurrence ayant échoué.

de la marine, le concours des conservations forestières à ces mêmes opérations. À l'appui de ces demandes, il rappelait que la République de Venise, au temps de sa prospérité commerciale et militaire, avait livré à l'autorité maritime l'administration des bois de la Carniole et de la Dalmatie.

À la même époque, M. Tupinier demanda la gestion et l'exploitation des forêts de la Corse par la marine. Ces forêts étaient tellement riches en beaux chênes, qu'aux environs de Bastia on avait pu compter, en 1811, plus de 3,000 pieds de 0,50 à 0,60 de diamètre.

Le ministre de la marine lui-même exprima son opinion sur cette grave question. Le 20 octobre 1845, M. de Makau disait aux chambres : « Pour assurer l’approvisionnement en bois de chêne, le concours des pouvoirs législatifs ne saurait faire défaut à mon département. Sans élever contre le régime forestier introduit par la loi du 21 mai 1827, des réclamations tardives, sans prétendre faire revivre le privilége du martelage sur les propriétés privées, dont 17 années ont consacré l’abrogation, la marine demande qu’une révision éclairée des articles 123, 126, 127, 129, 135 du Code forestier, permette d'exercer la faculté que la loi de 1827 a laissé subsister à perpétuité de choisir, dans les forêts domaniales et communales, les bois propres aux constructions navales ; faculté que les conditions impraticables d'exploitation imposées par ces articles ont rendu jusqu’à ce jour improductives pour la marine. »

Lors de la discussion du budget de 1846, l'amiral Grivel insista sur les difficultés croissantes de l’approvisionnement en bois de chêne : il démontra l’urgence des mesures à prendre pour les faire cesser, et indiqua le système Bonnard qui lui semblait offrir toute garantie.

Le baron Charles Dupin, un des directeurs les plus au- . torisés du génie maritime, parla dans le même sens.

M. Nozereau, ingénieur de la marine, et membre de la chambre des députés, fit ressortir, avec sa compétence dans la question, les difficultés créées par la suppression du martelage. Avec cette institution, disait-il à la chambre, toute espèce de bois arrivait dans les arsenaux droits et courbants ; depuis, les bois courbaats seuls arrivent encore, les droits sont vendus pour merrains. De là, la nécessité de payer fort cher les bois droits indispensables pour plancons, quilles, étambots.

La diminution des bois de chêne de {1° espèce reçus dans les arsenaux depuis la suppression du martelage, a été bien démontrée par M. Cros, inspecteur du génie maritime, dans les tableaux suivants :

BOIS DE CHÊNE DE l'° ESPÈCE ({) Recus annuellement avant la suppression du martelage.

Années. Quantités.

1821 40 p. 0/0 de la quantité totale reçue dans l’année. 1822 40 Idem.

1823 D LIRE" Idem.

1824 35 Idem.

1825 À TAN Idem.

1826 38 Idem.

1827 30 Idem.

BOIS DE CHÊNE DE l'° ESPÈCE

Recus annuellement depuis la suppression du martelage.

Années, Quantités. .

1835 26 p. 0/0 de la quantité totale reçue dans l’année. 1836 31 Idem.

1837 22 Idem.

(1) Ce sont les pièces du meilleur bois et des plus fortes dimensions,

Années, Quantités,

1833 21 p. 0/0 de la quantité totale reçue dans l'année. 1839 25 Idem.

1840 18 Idem.

1841 26 Idem.

1842 24 Idem.

1843 34 Idem.

1844 33 Idem.

1845 30 Idem.

1846 34 Idem.

De 1820 à 1827, le prix moyen du stère de bois de chêne était de 121 francs ; il s'éleva à 133 francs en 1843, à 135 en 1844, et retomba à 127 francs en 1845, puis revint à 132 en 1846. M. Cros signalait une diminution dans les bois de chêne en Angleterre à la même époque. D’après un marché passé en 1839 pour faire arriver les bois d’'Italie dans les ports anglais, le prix moyen du chêne provenant des États romains était de 12 livres sterling 8 sh., le load (un stère 4). A partir de 1845, ce prix moyen subit une baisse sensible.

En somme, rareté des espèces de choix, élévation des prix, telle était la situation; elle se compliquait d’une facon inquiétante par la décroissance rapide du bois de chêne de nos approvisionnements.

Le baron Portal, ministre de la marine, avait demandé en 1820 un approvisionnement de prévoyance de 168,000 stères de chêne. Grâce au martelage, nos ressources s’élevaient à 192,000 stères en 1828. En 1830, nous n'avions plus que 150,000 stères. En 1833, il en restait seulement 141,000. A la faveur d’un ralentissement dans la consommation, tombée à 30,000 stères, de 1830 à 1837, notre approvisionnement pendant cette dernière année s'était relevé à 163,000 stères; mais la construction d’une flotte de transatlanti-

ques pendant les années 1840, 1842 et 1843, réduisit le stock de nos dépôts à 100,000 stères de bois de chêne.

Pénétré du danger de cette situation, M. de Makau demandait, le 20 décembre 1845, que l’approvisionnement füt porté dans un délai de cinq ans à 180,000 stères : 36,000 stères manquant alors au nécessaire des arsenaux. C'était, au prix officiel de 135 francs l'unité, une dépense de 4,800,000 francs

En 1845, lors de la fameuse discussion au sujet de la demande d’un crédit de 93,000,000 pour constructions navales approvisionnements, la question se représenta devant les Chambres.

« [Il y à dans les approvisionnements, disait le contreamiral Le Ray, il y à quelque chose qui doit nous toucher beaucoup, c’est la grande quantité de bois de chêne que nous sommes obligés d'employer dans les constructions navales. Dans beaucoup de parties de ces constructions on a pu avec avantage remplacer le bois de chêne par la tôle et lefer, mais pour la construction des grands navires, il nous faut du bois de chêne, et du bois de chêne de grandes dimensions, du bois de chêne que la nature met des siécles à produire. Avec de telles exigences, j'avoue que pour ma part je ne suis pas rassuré en voyant la manière dont le bois disparaît tous les jours de notre sol. Le gouvernement a proposé pour le bois de chêne un approvisionnement de 180,000 stères : beaucoup de personnes l'ont confondu avec celui qui est voté tous les ans au budget. Ces 180,000 stères constituent un approvisionnement de prévoyance, auquel il ne doit pas être touché. Puisqu’il faut environ 3,000 stères de chêne pour construire un vaisseau, 2,000 pour une frégate, 180,000 stères donneront 26 vaisseaux et 26 frégates : donc un approvisionnement de

cette importance peut déjà pourvoir à de grands besoins. »

Une des difficultés de ces grands entassements de bois, c'était à cette époque le défaut de moyens de conservation du chêne dans les arsenaux : aussi le commissaire du roi déclara que les dépôts existants ne permettaient pas une augmentation de plus de 10 à 12,000stêres.

M. Thiers et d’autres députés demandèrent que sur les 93,000,000 il en fût prélevé treize pour le bois. « J'imagine, disait le futur président de la République, que ces treize millions seront employés à acheter celle de toutes ces matières qui semble la plus précieuse, celle qui disparaît le plus sensiblement tous les jours : le bois de chêne. »

Le ministre adhéra à cette proposition; ces treize millions représentaient environ 100,000 stères de chêne qui, ajoutés aux approvisionnements courants, réalisèrent dans nos arsenaux une réserve importante. Elle permit de satisfaire aux mouvements considérables de notre matériel flottant pendant les dix années qui suivirent.

En proie à cette préoccupation continuelle de maintenir nos approvisionnements à la hauteur de nos besoins et des éventualités, le département de la marine avait fait rechercher à cette époque de quelles ressources pourraient être pour lui les immenses forêts de nos possessions algériennes. Un officier du génie maritime fut chargé de parcourir notre colonie africaine et d'apprécier l'importance des bois de construction qui pouvaient s’y trouver.

Dans un mémoire publié en 1854, dans les Nouvelles Annales maritimes, M. V. Legrand, ingénieur des constructions navales, rendit compte au ministre d’une mission dont les difficultés et les labeurs avaient demandé une grande expérience des choses forestières, et beaucoup de patience.

M. Legrand estimait que l’Algérie et la Kabylie possédaient 100,000 hectares de forêts en essence de chêne-zan.

D'après ses évaluations, les forêts des diverses provinces de l'Algérie offraient une superficie exploitable de 30,000 hectares dont le rendement, en bois de marine, serait, par an, de 10,000 stères ; pour arriver à ce chiffre, il faudrait aménager ces forêts suivant la méthode des éclaircies périodiques et du réensemencement naturel.

En admettant, sur ces 30,000 hectares, la contenance en chêne de marine de la forêt de l’Edough, on pouvait juger qu'ils renfermaient sur pied 225,400 stères de bois de chênes propres aux Constructions navales. Par des calculs très-précis, M. Legrand établissait que, sans dépasser lPaccroissement annuel et sans engager le produit des coupes futures, ces 225,400 stères pourraient fournir annuellement 6,197 stères de chêne de marine. Estimation très modérée, puisque ces 6,197 stères étant la production de 30,000 hectares, il suffirait de récolter 1 stère par 5 hectares pour les réaliser.

Avec la possibilité de faire arriver facilement dans nos arsenaux ces 6,000 stères, on créait une ressource précieuse pour nos ports de la Méditerranée, en admettant que le chêne-zan füt propre aux constructions navales

Ce point fut résolu en 1846 par une commi:sion réunie -à Toulon, sous la présidence de M. Dumonteil, ingénieur de la marine. Divers échantillons de chênes provenant des forêts de la Calle et de l’'Edough furent examinés, et lon reconnut que le chène-zan est une espèce analogue au farnia de Sardaigne, et par site qu'il est propre aux constructions navales.

Au port d'Alger, le service de l'artillerie fait usage de ce bois depuis bien des années ; il l’applique à tous ses travaux et le considère comme excellent.

M. V. Legrand ajoute que les approvisionnements qu’il a visités dans les magasins, le grand nombre .de pièces

qu'il a examinées en forêt, l'ont conduit à partager l’opinion de la commission, et à reconnaître que le chêne-zan présente toutes les qualités et tous les défauts des bons chênes d'Italie. Il est comme eux fibreux, bien lié et susceptible de se gercer par le desséchement, peut-être même est-il plus lourd, plus résistant et plus dur à travailler.

L’aubier est très-épais chez les jeunes arbres ; il ne dépasse pas chez les gros les proportions ordinaires.

Les qualités de l'essence ne suffisent pas pour assurer un bon emploi dans la construction des vaisseaux, il faut pouvoir trouver chez elle toutes les pièces conformes au tarif pour leurs formes et leurs dimensions.

Les forêts algériennes présentent d’assez grandes différences au point de vue des zans qu’elles renferment.

« Dans l’Edough, dit M. Legrand, les arbres sont bien proportionnés quant au rapport qui doit exister entre Ia hauteur du tronc et le diamètre. Ils se prêtent rarement à la confection des courbes, mais un grand nombre d’entre eux sont cintrés de manière à présenter l’arc des allonges de varangues, et même des genoux. Une recette provisionnelle opérée dans cette forêt a donné 29 courbes, 5,801 pièces courbantes, 1,731 pièces droites, sur un nombre total de 7,20! pièces examinées.

Dans les Beni-Salah, les arbres, beaucoup plus élancés et par suite d’un diamètre plus grêle, sont rigoureusement droits ; ils ne produiront que très-exceptionnellement des bois courbants. Les pièces pourront être conservées très longues parce que les füts étant peu garnis de branches, c’est la diminution du point de diamètre qui en limitera la longueur.

J'ai mesuré à Kalif-Gouléa des arbres de 4 m. 50 de circonférence qui s’élevaient à plus de 30 mètres de hauteur. Ges colosses étaient entourés de plusieurs centaines d’ar-

bres de 2 à 3 mètres de circonférence, admirablement beaux. L'un d'eux, au pied duquel les maraudeurs avaient allumé un grand feu, était abattu pour une circonférence de 3 mètres ; il avait 21 mètres de longueur sous branches.

Les produits de la partie boisée qui s'étend de Bône au Cap-de-Fer figureront principalement comme bois de membrure dans la construction des vaisseaux. Les bois des forêts de l’Ouad-Iroug, des Beni-Salah....... seront particulièrement employés comme quilles, étambots, carlingues, bittes, épontilles, baux, et seront débités en bordages.

Le chêne-zan a, pour se gercer, une tendance qui fera peut-être hésiter à l’employer au bordé extérieur des bâtiments : cette exclusion sera motivée pour les œuvres mortes des vaisseaux ; mais je ne saurais trop recommander de n’y avoir point égard pour les œuvres vives. Un vaisseau en chantier, revêtu d’une partie ou de la totalité de son bordé de carène, ne sera pas d’un aspect agréable à l’œil, si ce bois est gercé; mais cet inconvénient sera compensé par l’avantage d'obtenir un meilleur Catane PEUT. SE Talent autos one OT SE AE

Le chêne-zan est un excellent bois de fente, ce qui per-

mettra d'employer les rognures à fabriquer en forêt des gournables et peut-être même du merrain. »

C'est l'éloignement des forêts de zans des centres de civilisation et le manque de routes qui ont rendu cette richesse improductive. À propos de martelage, l’auteur de cette étude conseille à ceux qui en seront chargés de ne pas oublier qu’en Afrique, les vices qui atteignent les chênes extérieurement sont moins dangereux, moins compromettants pour la pièce, qu’en France ; car ces vices, ces altérations, étant peu plongeants, sont ordinairement faciles à purger.

Il adopte la période de novembre à janvier pour la coupe des zans, et prescrit les plus grands soins pour l'abattage de ces arbres, qui se déchirent et se brisent facilement. Il voudrait qu'en façonnant les pièces de marine conformément au tarif, on conservät le plus de bois possible, l’équarrissage à vive aréte diminuant la résistance des bois, par la section des fibres. des angles. Les chênes de l’'Edough et de l’Ouad-el-Kébir, rendus à Toulon, ressortiraient à un prix inférieur d'environ 25 pour cent à ceux du marché.

Le chêne-liége, mêlé au précédent dans les forêts algériennes, pourrait, d’après M: Legrand, avoir son utilité pour la marine, en raison des nombreuses courbes qu’il présente. Sa dureté augmenterait cependant le prix de la main-d'œuvre.

L'auteur établissait ainsi la contenance, la richesse des principales forêts de l'Algérie, en essence de chêne-zan :

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