APPLICATION DES ÉCORCES DE CHÊNE A LA PRÉPARATION DES PEAUX
Le luxe et la médiocrité, l’agriculture et l’industrie consomment des quantités de cuir considérables : le salaire
des ouvriers seuls qui transforment le cuir en chaussures s'élève en France à plus de 300,000,000 de francs par an : que serait-ce, si nous ajoutions à cette somme considérable le salaire des ouvriers carrossiers, selliers et tanneurs.
La préparation et la mise en œuvre des peaux est donc une grande industrie, ses produits sont d’indispensable utilité, elle remue des milliers de bras et des millions de francs.
Que deviendrait cette source de richesse et de travail sans le chêne, sans l'écorce de chêne, ce précieux agent de la conservation des peaux que nous pouvons produire à peu de frais sur toute la surface de notre territoire.
Assurément, il y à d’autres matières tannantes que le tan, on les met parfois en usage ; mais serait-il possible de remplacer par elles l'énorme quantité d’écorces de chêne consacrées annuellement à la confection du cuir ? et leur prix ne deviendrait-il pas alors inabordable.
L'application des propriétés astringentes de l’écorce des chênes, à la conservation des peaux, date de la plus haute antiquité ; mais c’est dans ce siècle que les progrès de cet art ont marché le plus rapidement.
Nous n'entrerons-pas dans les procédés de cette grande industrie, nous terminerons en disant comment les écorces de chêne agissent sur les peaux.
Voici comment, en 1856, M. Payen expliquait l’action de l'écorce de chêne :
« Le tannin se combine avec les parties moins agrégées du derme, et avec les parties les plus résistantes : la saturation arrive longtemps avant le terme assigné à un bon tannage; elle exige, pour chacune de ces deux parties, des quantités de tannin moindres que la gélatine.
» Les parties les moins agrégées du derme forment, avec le
tannin, un composé dissoluble dans l'ammoniaque altéré par cette dissolution et qui éprouve une déperdition considérable d’azote pendant son évaporation à siccité.
« Les effets d’un tannage prolongé déterminent la dissolution des parties faiblement agrégées unies au tannin, et, par suite, l'augmentation relative des quantités de matière fibreuse résistante. Le produit, dans ce cas, doit donc être plus souple et plus tenace. |
« La portion soluble friable, qui reste interposée dans les cuirs tannés est instable. Dans sa dissolution, elle peut entraîner des portions notables de la substance azotée ; c’est ainsi, sans doute, que la portion peu agrégée du derme est enlevée pendant le tannage. »
D’après M. Knapp, les principes astringents de l’écorce des chênes ne se combineraient pas avec le cuir, pour former du tannate de gélatine, car ce tannate ne peut jamais être comparé au cuir. Différentes substances, parmi lesquelles figure le tannin pur, peuvent produire du cuir par leur action sur les peaux, mais ce cuir est bien différent de celui que produit l'écorce de chêne. On peut le ramener par des solutions alcalines à l’état de peau, tandis que celui qui a subi le contact des écorces de chêne peut bien perdre un peu de tannin excédant, mais ne cesse pas d'être cuir ; il conserve une matière tannante spécialè au tan et que rien ne pourrait remplacer.
Un cuir tanné, d’après M. Knapp, est une peau dont les fibres se trouvent simplement enveloppées d’une matière tannante qui empêche le collage des fibres en les maintenant à distance et en permettant ainsi leur glissement l'une sur l’autre, la souplesse des cuirs en résulte. Il n’y a pas, à proprement parler, d'union chimique entre la fibre et la matière tannante.
Le tan, quand il a cédé son principe actif aux cuirs, reste à l’état de tannée ; cette matière, riche en détritus animaux, peut subir une fermentation qui élève sa température. Cette action est utilisée en horticulture pour établir dans les serres des couches qui, par leur chaleur, hâtent la végétation.
Enfin, ‘la tannée, au sortir des fosses, peut, sous la forme de mottes, constituer un combustible dont le bas prix est à la portée des classes déshéritées et dont la fabrication est le travail de beaucoup de femmes et d'enfants.
Les mottes brülent sans flamme, mais associées à du bois, elles peuvent encore illuminer le foyer et répandre, dans les pauvres demeures, un peu de chaleur et de lumière. C’est finir utilement!
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