‹ Histoire du chêne dans l'antiquité & dans la nature; ses applications à l'industrie, aux constructions navales aux sciences et aux arts, etcChapitre 148 sur 156 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Chêne liége.

Quercus suber. (LINNÉ, Species, 14-13),

Ce chêne appartient au sous-genre Lepidobalanus. Il fait partie du groupe où les ovules avortés sont à la base de la semence etla maturation des fruits annuelle.

Avant d’avoir été bien spécifié, le Q. swber a été confondu avec le Q. iler. On le considérait soit comme une variété sous le nom de @. ilex suberosa, soit comme identique.

Le OQ. latifolium de Clusius doit se rapporter au 0. suber.

Pendant longtemps on à confondu avec le chêne liége le chêne occidental des mêmes régions et qui n’en diffère surtout que par la maturation bisannuelle de ses fruits. Ce fut J. Gay qui appela l'attention des botanistes sur ce fait. Beaucoup d'échantillons d’herbiers, étiquetés 0. suber, sont des Q. occidentalis.

Les caractères du Q. suber sont les suivants :

Ecorce subéreuse, dernières ramifications et face infé-, rieure des feuilles, couverte d’un duvet blanc, cotonneux, étoilé.

Feuilles variables de forme et de dentelure, persistantes.

Feuilles ovales oblongues, à dents aiguës; plus rarement entières, glabres supérieurement.

Fleurs molles accompagnées de bractées, étroites, lancéolées ou ovales, égales au périgone. |

Périgone à six lobes obtus, anthères velues, mutiques.

Fruits, le plus souvent sessiles, pédonculés ou solitaires.

Cupule obovée hémisphérique , obconique à sa base, squammes velues, ovées-lancéolées ou linéaires-lancéolées.

Gland à moitié renfermé dans la cupule.

Les fleurs paraissent vers la fin de mai ou au commencement de juin, suivant l'exposition. Les mêmes conditions hâtent ou retardent la maturité des fruits. Les glands mürissent et tombent depuis le mois de septembre jusqu’en décembre.

Les glands, tantôt doux, tantôt amers, sont en somme d'un goût médiocre ; l'exposition et la nature du sol ont sur ces fruits la même influence que sur ceux de l’yeuse.

Le chêne liége croît spontanément dans les parties méridionales de l’Europe et le nord de l'Afrique. En France on le trouve en grande quantité dans les pays de Condom, de Nérac, les Landes de Bazas jusqu'à Bayonne, et quelques cantons du Languedoc. En Provence, il est très multiplié depuis Hyères jusqu'à Grasse, dans la région des Maures. L'Espagne, la Sardaigne, la Corse, la Sicile, l'Italie maritime et l’Istrie sont également habitées par ce chêne. En Algérie, il est surtout abondant dans les environs de Philippeville.

Le chêne liége ne saurait supporter le climat de Paris; ses jeunes pieds ont besoin d’être abrités; le prétendu chêne liége de Trianon appartient à l’espèce dite Q. occidentalis.

Le chêne liége réussit dans la région des montagnes des pays tempérés, jusqu'à une altitude de 400 mètres, c'est même sur les pentes méridionales abritées que son bois et son écorce acquièrent la plus grande valeur.

Cet arbre préfère les sols feldspathiques. Cependant il pourrait prospérer dans des terres légères d’une autre nature. Dans le Var, il pousse dans le calcaire, ainsi qu’en Catalogne ; il est pourvu d’un pivot qui lui fait rechercher les sols profonds ; cependant on en voit sur les montagnes des Pyrénées-Orientales et du Var, qui, grâce à leurs racines traçantes, se contentent d’un sol peu profond, ou s’implantent solidement dans les fissures des rochers. L'écorce des chênes liéges, dans ces conditions, est trés-fine. Les racines drageonnent beaucoup, ce qui facilite sa propagation en Provence.

Il devient fertile dès l’âge de 15 à 20 ans, et porte fruit presque tous les ans; sa croissance est active, et sa durée de plusieurs siècles. Ses dimensions sont souvent remarquables. M. Lorentz en cite un qui avait 6 mètres de circonférence et qui fournit 55 stères de bois façonné, bien qu'ayant été exploité longtemps. Le terme de l’exploitabilité du liége peut être dans quelques circonstances de 200 ans et fréquemment il est de 150 ans.

Le chêne liége est tortueux et branchu , mais la courbure des branches étant rarement dans le même plan que celle de la tige, on ne saurait en tirer des courbes utiles aux constructions navales.

Les Grecs désignaient le chêne liége sous le nom de peXkoc. D'après Mathiole, Théophraste le nommait peXkod ous: mais ce dernier que Pline appelait Cerro-sugaro, n’est pas le chêne-liége, puisque Théophraste le présentait comme un arbre à feuilles caduques.

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