‹ Histoire du chêne dans l'antiquité & dans la nature; ses applications à l'industrie, aux constructions navales aux sciences et aux arts, etcChapitre 149 sur 156 · LE LIÉGE · texte numérisé non relu

LE LIÉGE

Parmi les produits que nous devons aux chênes, le liége est l’un des plus importants. Pour les autres services, nous trouverions peut-être d’autres bois de construction,

d’autres essences à merrains, d’autres écorces riches en tannin ; mais nous pouvons affirmer que nulle part ailleurs nous ne trouverions le liége ou quelque substance qui puisse le remplacer.

Légèreté, élasticité, imperméabilité, inaltérabilité, le liége joint ces qualités à beaucoup d’autres; mais lui seul les possède au même degré, lui seul convient à la confection des bouchons.

Je connais beaucoup d'histoires qui n’ont pas l'intérêt de celle d’un bouchon, cet objet vulgaire que nous rejetons quand il a servi. Ingratitude humaine, depuis 20 ans, 40 ans, depuis la comète peut-être, cet humble morceau d’écorce de chène, violemment introduit dans un étroit passage, pressé, comprimé, mal à l'aise, et pourtant incorruptible gardien des plus fugaces trésors, le bouquet d’un \Château-Lafitte ou d’un Pomard, est demeuré là résistant aux séductions du dedans, aux influences du dehors, et ne se laissant arracher à son poste que par la force et le fer.

La production, la récolte, l’utilisation du liége constituent une partie importante de l’étude des chênes, et nous allons montrer combien la France y est intéressée.

Les auteurs ne sont pas d'accord sur l’étymologie du mot Suber. Pour quelques-uns, il viendrait du mot latin sub (dessous), en raison de l’usage que faisaient anciennement les femmes de l'écorce de ce chêne pour garnir le dessous de leurs chaussures. D’après Pline (livre 16, chap. 8), cet emploi était destiné à maintenir la chaleur des pieds, ou suivant d’autres pour élever la taille. Cet usage était tellement général, qu'Aristophane, pour désigner les femmes, les appelait écorces d'arbres. Cette appellation était pour lirrévérencieux comique, synonyme de superficie et légèreté.

Selon Vossius, suber vient du grec cugzg (écorce).

Suivant Furetières et autres, le mot liége vient du latin levis, dont les Italiens ont fait lieve et les Français liége, dans le midi l'arbre est désigné sous le nom de surier, en Portugal, sous celui d’afense, par les Arabes /esnän.

Lemery fait dériver suber de suere (coudre), parce que l’on coud cette écorce sous les souliers, ou bien encore de sue (porc), parce que ces derniers se nourrissent des glands du chêne-liége.

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