LAFONTAINE
Cet arbre a trois cents ans, on le dit à la ronde, Alors qu’il s'élevait du sol au temps ancien, Colomb, François premier, Raphaël, Titien,
Se promenaient de par le monde.
AUTRAN (vie rurale).
Lorsque l’on compare entre eux les êtres du règne animal et du règne végétal, les premiers nous semblent plus heureusement doués que les seconds. Aux uns la vie active, la locomotion, la sensation; aux autres la vie passive, l’immobilité et une confuse sensation, qui ne mérite que le nom d’irritabilité. Aux derniers degrés de l’animalité, ces distinctions et ces priviléges s’effacent insensiblement, et pour bien rendre la déchéance de ces êtres inférieurs, on leur donne le nom de zoophytes, animauxplantes.
A certains égards, cependant, les végétaux sont supérieurs aux animaux ; ils ont la grandeur, ils ont la durée et leurs cellules sont des laboratoires où se créent des substances dont les animaux ne sauraient réaliser la
synthèse.
La grandeur et la durée! La durée surtout, quel heureux privilége. Quel homme n’a pas envié la longévité du chêne qu'il venait de planter, et dont le feuillage abritera les enfants de ses enfants ? Quel homme n’a pas senti dans les futaies tomber sur lui l'ironie des vieux chênes livrant aux soufiles d'automne le feuillage jauni de leurs bras séculaires, que d’éternels printemps reverdiront encore.
Tout périt, tout s'éteint, au vent tout s’évapore ; Lui seul ne périt pas, lui seul n’est jamais vieux. Les pieds dans le granit, la tête dans les cieux,
On prétend qu'il grandit encore.