DURÉE DU. BOIS DE CHÊNE
La qualité la plus essentielle du hois de chêne, sa durée, a été attribuée, par beaucoup d'auteurs, à la présence des matières astringentes dans son tissu ligneux; cependant Pécorce, plus riche en tannin que le bois, dure moins que lui, le tissu serré et dense de la matière ligneuse a, nous le croyons, plus d'importance que la composition, chimique.
Constatons d’abord cette durée par des faits : Il ya quelques années, quand on reconstruisait le pont de Londres, on trouva des pilotis de chêne. intacts; depuis 600 cependant ils étaient sous l’eau. Les voütes de la vieille abbaye de Westminster sont en vieux chêne sculpté.
Lorsqu’en l’an 1000, la crainte de la fin du monde eut ranimé la ferveur religieuse, de tous les côtés surgirent ces vieilles églises gothiques, dont Les charpentes monumentales, en bois de chène, sont aussi saines qu’il y à 9 siècles, Sans, doute, quelques-uns des arbres qui les formèrent
avaient vu sous leur ombre les derniers survivants du Druidisme accomplir leurs mystères. Aujourd’hui, sous leurs voûtes séculaires, la prière monte encore, et ces arbres religieux, associés au culte des fils, comme ils l'avaient été à celui, des pères, sont le trait d'union de deux mondes.
On avait souvent attribué ces vieilles charpentes au bois de châtaignier, dont l'aspect, avec l’âge, se confond avec celui du chêne; mais, il y à quelques années, M. Payen prouva aux Sociétés centrales d'horticulture et d’agriculture de France, que ces charpentes étaient, en chêne. Sur un plan perpendiculaire à laxe des fibres ligneuses, on peut distinguer le vieux chêne du vieux châtaignier ; les rayons médullaires du premier sont visibles à l’œil nu, ceux du châtaignier à la loupe seulement (1).
Les chênes taillés de main d'homme nous font encore remonter bien plus loin : voici des pieux grossiers en bois de chène : ni le bronze, ni le fer ne les ont aiguisés ; c’est à laide de haches de silex qu'ils ont été faconnés. On les a retirés des lacs de. Genève, de Bienne et de Constance, où les enfoncèrent les hommes de l'âge de pierre pour soutenir leurs habitations lucustres. Dès cette époque on avait acquis. par expérience la preuve que le chêne était incorruptible ; et c’est ainsi qu’un informe morceau de chêne, trouvé. sous. les eaux: d’un lac, est devenu le plus ancien témoin de l’homme pré-historique.
Aucun de nos bois indigènes n'est susceptible d’une semblable conservation ; mais comparé à certains bois étrangers le chène perd le premier rang.
M. de Lapparent a soumis aux mêmes épreuves des
(4) Telles d’Acosta dit que les araignées ne suspendent pas leurs toiles aux bois des charpentes en châtaigniers, et: qu’elles en couvrent les bois de chênes.
barreaux de chêne et des barreaux de divers bois employés dans les constructions navales. Ces tiges ligneuses ont été placées dans une caisse fermée avec du fumier de cheval humecté ; une autre série semblable a été disposée dans une autre caisse fermée contenant de la terre humide; chaque barreau y était enfoncé d’un peu plus de la moitié de sa longueur. Après un séjour de six mois, dans ces conditions, les barreaux ont été retirés et soumis aux épreuves de résistance à la rupture. Les uns avaient plus perdu dans le fumier que dans la terre, pour d’autres c'était le contraire. On a pris la moyenne des deux pertes et le résultat suivant en est sorti :
BOIS Pertes de force, Chêne de France}: és 2h tot 30 o° Teck: de Moulmein/.2"#. «801 #02 16 1/2 — l'eck tendre Ut: SUR NOT LOTO 25 —— Anpéliquéss! . Au. 41-0800 600.3 5 — Conpiige. sébe. ro ADR REUE 0 — Bois violétrian. .ch. 2991. 20h 2utihx O0 — MWacapouus.24l door 294 00. (0 — Balaïa;sl: oniolilen 6081 HAE 10 — Conrbänlése;rinze. tés ain Rte 12 1/2 — Fapnbrjaune:e. 1290.59 SCIE 31 3/4 — Saïint-Martins {9.69 RHOR/A TAN. 21) 14 3/4 — Chdre!noir:. 920. AMEN, (IE 22 1/22— Hêtre injecté de sulfate de cuivre.... 30 — Peuplier Idem. .... 10 —
En général, la durée des bois étant proportionnelle à leur densité, on comprend que cette qualité varie infiniment, pour les différentes espèces de chêne et pour la même espèce, suivant l’âge du bois, la partie que l’on considère, les conditions culturales, climatériques, etc.
Pour la durée, les espèces de bois de chêne les mieux
connues pourraient être classées ainsi :
Chêne pédonculé.
Chêne sessile.
Chêne zan.
Chêne blanc.
Chêne quercitron.
Chêne verdoyant.
Chêne lancéolé.
Chêne de Xalapa.
Chêne bois de fer.
Chêne réticulé.
Chêne obtus.
Chêne à feuilles lancéolées, etc.
Les différentes qualités des bois de chêne les rendent propres à des emplois variés, que l’on peut établir comme il suit, pour les espèces les plus connues :
Tannage.
CHÈNES Pédonculé.
Sessile.
Blanc.
Quercitron.
Yeuse.
Verdoyant.
Teinture,
-CHÈNES.
Quercitron.
Velani.
À galles.
Kermes.
Marine. CHÈNES FE Sessile.
CHÈNES é ; Pubescent.
Pédonculé. 7 ù an.
Sessile. Pr rin.
Blanc. À De Garr De is A lobes arqués.
Chevelu.
De Catesby.
Verdoyant.
Chevelu.
Zan.
Yeuse.
Liége. Chauffage. Verdoyant.
— Du Mexique.
CHÈNES De Xalapa.
Tauzin. Réticulé.
Pédonculé. Glaucescent.
Merrains. CHÈNES, CHÈNES CHÊNES pare Glabre.
, , elanl. k Pédonculé. Cuspidé.
) Yeuse.
Sessile. ir Blanc. AUoiee Travaux publics.
Glabre. a Pubescent. Cusoidé Quercitron. PR CHÈNES De Xalapa. Pédonculé.
Charronnage. Sessile.
Vannerie. É Blanc.
ASE FER Pubescent.
CHÈNE Pédonculé. De Garry.
Blanc. Sessile, Prin.
Blanc. Zan.
PAR De Can Quercitron.
CHÉNEN | Verdoyant.
Prin AT Blre 2 Lancéolé.
Ta Lé Zan. De Xalapa.
uZIn, , ” d A lobes arques. Bois si fer.
Chênes à glands Verdoyant. LU 4 alimentaires. D one -OUbtus. TER a Fe A fe de sémé.
CHÈNE Bois de fer. A fie Jancéolée.
A glands doux. Réticulé. Acuminé.
Nous rourrions ajouter que là valeur de la sciure de bois de chène.et des feuilles de chêne, comme engrais, a été déterminée :
Sciure. Feuilles d’automne.
Fau phiriCont.….:. dr 2200 MORE « 26 24.99 Azote dans 100 parties de matière sèche. 0.72 1.575 Azote dans 100 parties de mat. non sèche. 0.54 1.175 Équivalent de la matière sèche. ........ 227.70 177.80 Id. non sèche..... 74.00 34.00
Il est toujours facile, avec un peu d'habitude, de reconnaître. le bois de chêne récent. Lorsque plusieurs, siècles
ont passé sur cette matière, nous avons vu que c’est plus difficile. Quand le bois est très-divisé, lorsqu'il est par exemple à l’état de sciure, l'embarras peut être considérable. Il semble que ce soit là une question bien mince, et d’une bien rare opportunité : c’est vrai ; il peut arriver cependant qu’en expertise légale, il puisse être utile de savoir distinguer la sciure de bois de chêne de celle des bois les plus communément employés, comme le hêtre, le sapin, le châtaignier, l’orme, etc. Nous nous sommes livré à cette recherche, et nous consignons ici les résultats principaux auxquels nous sommes arrivé, à titre de renseignements ou de curiosité.
Les réactifs que l’on peut employer pour la distinction de la sciure du chêne de celle des autres essences, sont ceux qui communiquent à ces maliéres des colorations différentes. Les acides étendus, les solutions alcalines, produisent ces résultats. Cependant ces substances ne sauraient parfaitement convenir à la recherche dont nous parlons, parce qu’il est souvent difficile de proportionner la quantité du réactif à la quantité de matière ligneuse, et qu'on peut ainsi arriver à produire des teintes variées avec la même sciure et le même réactif.
L'emploi de réactifs gazeux n'offre pas ces inconvénients ; ils déterminent toujours les mêmes teintes pour le même temps d'action.
Si l’on place, par exemple, sur des plaques de verre, disposées sous une cloche, de petites quantités de sciures de différents bois ; si l’on introduit sous cette cloche un petit verre à expérience ou une capsule contenant le mélange d'acides qui constitue l’eau régale, les vapeurs nitreuses qui se dégagent lentement de ce liquide réagissent lentement aussi sur les matières HEnAUSRE et les colorent diversement,.
Si, au lieu d’eau régale, on introduisait sous la cloche un peu d’iode, les vapeurs de ce corps produiraient aussi sur les bois en poudre des teintes particulières.
Il en serait de même d’un mélange d'acide chlorhydrique et de peroxyde de manganèse, même à froid.
Enfin les vapeurs d’une solution concentrée d’ammoniaque détermineront aussi des réactions spéciales.
Ce sont ces quatre réactifs gazeux que j'ai employés : vapeurs nitreuses, vapeurs ammoniacales, vapeurs d’iode et de chlore.
Ce qu’il y a d’avantageux, c’est que l’on peut non-seulement user de chacun de ces réactifs isolément, mais qu’on peut aussi les faire se succéder les uns aux autres dans des ordres différents , et obtenir ainsi un nombre fort considérable de réactions, dont quelques-unes sont suffisamment caractéristiques.
Rien n’est plus facile que de distinguer la sciure de bois de chêne de celles du frêne, de l’orme, du hêtre, du buis, du pin, du sapin, du gaïac. Sous une cloche en verre, disposez quelques plaques de verre, et sur chacune une pincée de sciure; placez auprès une capsule pleine d’ammoniaque liquide. Le lendemain , la sciure de chène sera devenue d’un brun presque noir ; les autres auront peu changé de teinte, si ce n'est le gaïac qui sera devenu vert. Cette réaction est tellement caractéristique que des mélanges de sciures de chêne, d’orme ou de hêtre, etc., peuvent ainsi être reconnus.
Malheureusement le châtaignier présente identiquement les mêmes réactions : impossible de distinguer l’un de l’autre ces deux bois à l’état de division. Leur analogie, . nous l'avons dit, est déjà très-grande chez les pièces ouvrées et très-anciennes : cette similitude, en présence de
l’action prolongée des agents atmosphériques et des réactifs, tient évidemment à une grande ressemblance dans la composition chimique.
Le chlore, l’iode, les vapeurs acides, agissent de la même façon sur le chêne et le châtaignier divisés.
L'action de l’ammoniaque, succédant à celle des vapeurs acides de l’eau régale, communique cependant au châtaignier une teinte brune un peu rosée ; mais cette distinction est insuffisante.
Il en est de même de la différence des teintes que reprennent à l’air ces deux bois divisés, quand on les a successivement traités par l’ammoniaque et les vapeurs acides.
En résumé, les vapeurs ammoniacales suffisent à distinguer le bois de chêne divisé de tous les autres bois, sauf de celui de châtaignier.
Nous avons dit que la durée du bois de chêne, et son inaltérabilité, étaient les deux qualités qui le faisaient rechercher pour les constructions navales.
Les auteurs qui se sont occupés d'hygiène navale ont établi que le chêne était aussi l'essence ligneuse qui, par ses propriétés hygiéniques, convenait le mieux à l’éditication de ces étroites demeures, où tant d'hommes se trouvent accumulés.
Dès 1832, Forget écrivait : « L’hygiène météorologique d’un navire Commence pour ainsi dire sur le chantier : du
choix du bois de construction dépend souvent la salubrité future du bâtiment. »
Plus tard, M. le professeur Fonssagrives, dans son Traité
d'hygiène navale, a formulé la même pensée en la précisant : « Les qualités nautiques du bois de chêne (nous dirions presque les qualités hygiéniques, tant elles sont intimement confondues), different suivant une foule de circonstances. »
Tant que le chêne se conserve inaltéré , les matières organiques de sa substance ne peuvent avoir d'influence ficheuse sur la santé des hommes : et comme c’est chez lui que les altérations sont les plus tardives et les moins actives quand elles commencent, l'excellence de ses propriétés nautiques peut avoir pour conséquence ses qualités hygiéniques.