CHAPITRE PREMIER
Le cheval ai\»bii iiiotierne. — Divisiou ôquestre de. l'Arabie. — Géiiéabjries. ADecdotfîs — MM. de Lamartine et de Chalciubriand. — Milicvoie et Vkkiewîez.
De toutes les questions qui oot divisé et qui divisent encore ks éorivsins hippiques il n en est point de plus conlro-
versée que celle du cheval arabe.
Pour les uns, la dénomination de cheval arabe doit s'étendre k tous les chevaoi orientaux; pour d'autres, an.
cheval ué seulement dans les limites de la [»ëini)sule arabique.
On a dit aussi qne le cheval arabe n'existait pas ; que c'était un mythe, une liclion; qu'ignoré des peuples anciens, c'était une création nouvelle, sans importance hoi^ le sable du désert.
Enfin, contrairement h celte dernière opinion, quelques pemonnes ont avancé qu'en et tei le cheval arabe exista jadis ; T, n. 1
mm que le type en e(&cë : ^piecen'esipliis qu'un souvenir, une ruine, comme eelle de Palmyre.
Or, ii nous semble résulter des recherches auxqueiies nous noua asinwnes livié» que la rtfc« des obevaux arabes, origioaîre d^Àrabie, est aussi ancienne que Te monde ; que celle race, meDtioûDée depuis Job par tous les historiens, répandue par tout Tunivers à la suite de migrations infinies, s'est conservée dans son pays natal avec son cachet piimitif; et qu'on peut ajouter foi au double fait de son existence et de sa conservation, attesté par les preuves coo- cordantes tirées de la notodétéy dea qualités et de la conformation comparées.
La notoriété a sa base dans la bonne loi instinctive, sauvegardée par rintérét, depuis la hutte du sauvage jusqu'au palais én civilisé. Or, F Arabe, dont le chevul est Tami, lé compagaou, le gague-paui, le sauveur, a intérêt à conserver pure la race de ses chevaux, comme le berger a intérêt à conserver pure la race des brebis dont la laine fait la fortune. Les Arabes uacent i égulièrement les généalogies de leur» chevaux; dans certaines tribus, des témoin» attestent la naissance des poulains ei le» dîvaraes phases de leur vie» On s'est demandé si i on pouvait accoi Jei luie entière confiance à ces généalogies. Le savant Lawrence, dont nous aûnona h eiler ref^iniaiiik avoue que les Tnm N^i. ura les John S..., des bords de TEuphrate, sont tout aussi capables de tromperies que s ils étaient né6 sui* les. bords de la Tamise; nous pounMMift^îottiér svK cent de quelque fiewi diiétieaque ce soit Gependuil il ptue fiie l'en peu t géoé* ralement se fier à des certificats authentique^, et il ajoute* en pariant d'une généalogie que nous citerons plus loin :
père et la
« mèreMmtfiooiMU» etrépi»i^ d« race pwre; c*esX oommii c nous disiaDS par eiemple : Par Sêrurer Élé^nore. Il est
« clair que, si le cheval mis m vente est porteur <le ce pe- « digree, cela peut être vériiié daas le pays où le cheval est fcné, oà rélève cheval est roccupatioo principale de la « iialioij, où Taulhenticité des généalogies de la race uatio- « jiaie est ua objet de la plus haute importance. »
Lm qualités sodI la pluaadmirable véfificaUoa delà géoé»logie. Qu'est-ce, en effet, qu'une généalof^ sans épreuves? Combieo d'erreurs peuvent se glisser daus la filiation la mieux attestée^ et d'ailleurs combien de fils indignes de leurs pères! Que de'canses» en modifiant le tempérament ou la conformation de 1 individu, le font dégénérer de sa race et le rendent impropre à perpétuer des qualités dont le germe s*est éteint chez lui !
Aussi les Arabes, et les Anglais a l iinii ation des Arabes, oat^ls admis des épreuves de vitesse et de lond pour der^» nière attestation du sang. Les Ârabea n'estiment les pouli» niclc^ (jue par leur vitesse, leur énergie et les services qu'eilei^ ieur reudeut. ies étalons sont également choisis parmi les cbevaun qui ont brillé dans la poursuite ou la conduite des caravanes, dans la chasse de Tautruche ou les glands pèlerinages. ' '
La conformation enfin ddt être une des bases du juge*: Dàent k porter sur le cheval arabe, parce que la beauté n'est pîis une chose idéale et cbiinérique. mais un sc^au divin réellement imprimé par . le Créateur à toute œuvre de sa main^ une perreGti<ui h hMfuellë ae lient toutes les antres perfecliuiis. Les Arabes cependant y tiennent peu ; ils no oonsidôrûnt généralement que ces deux caractères : le sang et les qmiMée; mais c'est que» par une propriété merveil-
terne én sol et én dhnat, l'Arabie donne ou restîttie au cheval un type nécessaire que les circonstances ne peuvent qoê pa^agèremem altérer. Semblable à i'bamine créé paN fiitt dans l'ÉdeD, le cheval arabe semble n'avoir pas mangé le fruit fatal qui, dans les autres contrées du globe, soumet la race équestre k la loi de la dégéoération progressive de tous les êtres. La conformation, point secondairement intéressant pour les Arabes, est essentiellement inipoitanle pour les autres peuples.
Les Arabes distinguent trois sortes de chevanic : ceux de la race pure et ancienne, remontant, par les jumeuls du prophète et les haras de Salomon, aux temps reculés au delk des limites du souvenir humain ; celle de la race mélangée, et celle des chevaux communs. Cette classification est ralionnelle et évidemment raisonnable dans tout pa)s où le cheval est Tobjet de soins attentifs. £lle correspond à notre dislinctiôh entre le pur sang, le demi-sang, et le sang indigène. Mais ce qui prêle un vaste sujet a la controverse, €*est la iiUalion de cette race sublime de coursiers* si souvent célébrée par les poètes et les historiens. Chaque tribu s'enorgueillit de la posséder, chaque voyageur de l'avoir découverte* et chaque acheteur d'en ramener chez lui le type précieux. Cette race est d'ailleurs diversement nommée par les auteurs. Ydici les appellations qu'elle reçoit le plus communément ; kahel, kahejUy kaiUiun, koiiedan, et enlin kodUatd* Quoi qu'il en soit du nom, il est certain qu'il existe en Arabie une race supérieure, subdivisée en une foule de familles, mais particulièrement en cinq grandes sous-races, qui remontent, dit-on, aux juments de l'Égyre. S^ùQA dirons donc, avec divers auteufs qui ont traité ce sujet, qu'il y a en Arabie ime race puie, conservée sanS'
meiauge par tous les priucipes qui gouvernent le pays, par ramour du cheval, par le besoin de conserver dea eapèees énergiques, par la religion, par lefenaUsme si Ton veiil;
nous (lirons que, malgré les li audes, le charlatanisme et le maquignonnage qui existent aussi bien sous la tente de l'Arabe que sous le toit du marchand d'Europe, l'Arabie pos» sède encore la fleur des coursiers du désert, la lace de chevaux des kalits et de Job.
Ainsi» pour nous, un cheval ne sera pas de pure race arabe, parce que nous l'aurons trouvé sous la tente d'un scheik de rOman> de l'Yéiiien ou du Nedjd ; car ceux qui vietment d*hraël ne sont pas tam Israélites* Mais nops donnerons le noble titre de cheval arabe au généreux coursier qui reaiiira les conditions de généalogie, de conformation et de performances que nous avons décrites, soit qu'il vienne de rirack, de l'Yémen ou de Maseat, Qu'a-tnm, an reste, besoin de lanl de formalités pour reconnaître le pur sang d'Orient? Est-il bien certain que les Arabes fassent enregistrer aathentiquement la naissance de leurs poulains?Ontr ils un stud'bookj un hudjé en règle? Le cheval dont le sang est le plus pur n'a-t-il pas, k la dixième génération, une tache dans sa filiation? £h ! que nous importent les livres, les [)archemins, les sachets' pendus au cou du coursier? Que nous luiporieul tous les témoignages plus ou moins sûrs des acheteurs et des vendeurs? Qui ne xeconnaitrait pas le vrai cheval arabe à la première vue, au frémissement de ses ardentes narines, k la soie ondoyante de sa crinière, à Tongle aristocratique de son pied d'enJOant? Vous êtes peintre, poète, écuyer^ et vous ne verriez pas tout d'abord, entre cent, entre mille, le descendant de Mesroor et d'Elborack? Ce pied si délicatement façonné, cette jambe large et
narveiiè» eû tmtfÊ giadaaicttM amndf» cette eroope
paissante et terminée cdirément par on mouva&t panache, cetle encolure sortant avec noblesse d'un garrot haut et trancfaiiit» celte tète où semblent rayonner TînteUigenee et la pensée, cet m\ de lion, si ealme ^ ai profond, cette ehe> Telure déliée qui se joue dans l'air comme un ondoyant éventail, cette peau si fine qui semble laisser apmevoir le jeu des muscles et les voyages réguliers du sang : tout cela n'est que l'esquisse du cheval arabe; mais ces caractties lui sont si particuliers, que quand, après ravoir aperçu et aspiré dans nos rêves, nous venons enfin à le rencontrer une seule fois, nous le reconnaissons aussitôt, ei nous nous écrions : Le voilà I
Ceittî qni a vu un eheval arabe une seule fois en sa vie ne l'oublie plus; celui qui a monté un cheval arabe une seule Ibis en sa vie croit toujoui*s sentir les molles ondulations de son rein si souple et 81 liant; il semble que Ton soit assis sur le dos de quelques^ins de ces drains mystérieux qui tantôt marchaient sur la terre et tantôt s'élevaient par bonds dans les airs.
Nous avons dit que tontes les contrées de rAnibie ne donnaieui pas le même cachet aux chevaux qu elles produisaient. Il en est de même de tous les pays et sous toutes les latitudes : la mmndre diflérence dans l'air, dans fat noupri turc, dans les soins, se fait sentir chez l'individu, et à la longue chez l'espèce même, parmi les races les plus anciennes et les plus pures.
Il fhnt ainsi distinguer en Arabie, principalonent, les diverses tamilies dont nous allons parler.
Nous y trouvons en première ligne les chevaux de TIndt. Llnck esl cette contrée située entre Bagdad et Bas-
iwt, mt Itt mes ét YEufkoÈ^ Blfe m jhiftAwte ^
pâturages exquis, jiche par la fécondité de son sol et les habitude» commercialea de «eâ kUiuiaaU. L'Iiack, dès les lenps les plw aneim, cmm mou ïmm f«* était gardé comme la patrie des ph» beaux cfaei^nx de l*Arabie. C'est \k surtout que i on retrouve la race des kodikui dans ton Éeroeau |MBftif» Ce ^ tetiqpn pmeipalMMBl les die^mrx piif sang ét rfrtck,-e*est It Mie eipitsaiiMi leur téte, leurs yenx grands et saillauta, leur cliâiifireiii lé(px imettt eslalaeé ^ donne à leors narioes tm ^lywssioa fière et sopertiê, km fironila^^e et Mraeil» sàgse ée ofiHa liitellîgence si merveiliensement dévelu^|iée cliex tous les ■wuibres de cette admuaiile iMaiile.
Le ehewt de finck eal pins grand et ^rine tel i|iie le cheval du Nedjd; il est aussi plus robuste et plus dur que lui a la ialigoe. S'il a'a pas tout k fait sa suj^éme élégance» il le soffoan-oonMne pfiMkietewr,€hflskBpiii|iies dni^^eid, en ce qu'il a pins d^anpienr etpinade propension à se plie» à Tallure du trot. On trouve cette race priucipaWmeot dans lesnnvirens do Bsfdad» d'OiÉt elde âMonsninis il âiot snMheleflesdesMéantsà réintde jennes ponkins t esr ils sont si esUinés, qu'ils sont enlevés de bonne heure par tontes les tobus arabes* par la Pens« par la Inr^is et par les Anglais de rbidn.
Les chevaux du N( djd sont ceux de ce pays qui repré sente à peu prè&i'ancieuoe Arabie d^i^te, cl Ibrme le centre de r Arabie, contrée aontagnooao et sonpdo do déaeris 4t sur un sol sec et pkrrenx» lotheval s'neeontnmo aux prlvâtioiis, aux comses longues et riapides. Les chevaux dflfJMifHMnl oinsii^iieponM^ km vitoeio et iem dnsty <^ fioMO mas *#s ehewaw des poitmira» ils sont
itnn impénniettt see el nervenst el d'une glanés éUnanee.
Ils sont» CD général, de petite taille; mais leurs muscles sont biea sortis; il& ont le firont haut, et le diaiiireia légè> rement bufiqué. Gomme, dans un pays stérile et dépourvu de ressources, ils ne rencouirent pas toujours kur nourritnre naturelle, la nécessité leur a fait prendre des halntttdes omniforee : le lait de dianielle» les dattes et le jus <|ai en déooale, la viande séchée, rédiôte en pondre, et même, diton» la viande cuite, aussi bien que les bouillons de viande, viennent remplaeer pour eux Toife et les lierbes SnlMtan^ tidks des vallées desséehées par les vents du Midi.
On donne quelquefois abusivement le nom de nedjdi à une race de cbevaux répandue dans toute T Arabie» et que l'on suppose venir originairement dn Nedjd; car ce pays serait, d'après quelques légendes aiatjcs, la patrie primitive du cheval. Cette prétendue race du .Nedjd n'est qu'une variété de la race kooMani. On ne doit aeoepler»oonHoae cheval du Nt djd, que celui qui provient de ce pays et qui peut appartenir à des fainiiies plus ou nK>ins pures*. . ' Les ehevanx de l'Yémmi sont ceux qui naisseiit dans ce divin pays, l^iioe des pins beHes eonirées de Pandenne Arabie heureuse, empire de cette reine de Saba, qui envoyait il Salomon les beaux chevaux de ses haras. Ce pays est encore aujourd'hui renommé par les belles races qu'il possède. Tous les chevaux de l'Yémen sont bons el courageux, ils eot de la taille et du genre; mais c'est surtout ani environs de Djof que se trouvent les plus beaux et les meilleurs. Ceux-ci oui beaiicnii|) de rapport avec les chevaux de l'Irack, dont il est même dijâîcile de les distinguer. Us ne le cèdent d'ailleurs ni en viteeee ni en ëlégtnoe aux chevaux du Nedjd. Ces chevaux sont d'un ^land prix etiecbercbés.
comme moDtnre, par tous les sciieiks et pachas d'une grande jMirtie de i'Ârabie.
Les cheyaux de FOman soiil eeax de cette eontrée riche et fertile, située a Texlrémité est, de l'Arabie, qui a pour capitale la ville de Maseat. Ces chevaux sont généralement grands et forte ptivr des cketanx arabes. Ils reasenUent à des petits chevaux de pur sang occidental, bien doublés. Us possèdent des' qualités précieuses; mais ils n'ont pas le cachet prononcé qui distingue les antres races de rArafaie* ■
Les bords de la mer Rouge, depvis Snex jusqu'à la Mecque, vers le Iledjaz, nourrissent d'excellentes races de chevaux dont plusieurs reaKmteat au sang le plus pcécieBX* Ces chevaux ont plus de laitte que ceux de rintérienr de TAraliio; il s"( ii lait un grand commerce avec i'Lgjpte, et leur prix esl lort élevé.
Le pays de Barhein, célèbre par les perles qu'il pèche dans le golfe Persique, possède aussi d'excellents chevaux; mais c'est surtout ille de ce nom qui ejst iaïueuse sous ce rapport. Des voyageurs rapportent avoir trouvé dans eetie lie une famille de juments de la pins gran(!e beauté, et tellement recherchée dans le pays, qu elle a été cause d'une guerre acharnée entre deux tribus de cetU; contrée qui dure détlMllkr><ièttiiMnééle. !
' Leî» Aiabes sont cucoïc uomades comme au temps des |{Mi¥là(rehcfS; ils vivent sous des tentes qu'ils ifansportcnt ^'MI lÉ^^SOifamt saisons Jes Cidres des scbeiks et les iu'( essit/'S de lai^uerre, r4ha<fne Arabe, même les plus pauvres, possède au moins un cheval, queiqueibis plusieurs. IkM àiite4duveliit'un«lieval d'un f haut prix, et surtout une jument de race précieuse, af)partfennent k plusieurs propriétairesv Mv le prince Puckleiv^uscau cite une cavale qui
appartenait k six malti^es; <)uatre d'entre eux possédaient chacun une jambe; le cinquième était propriétaire de la qMe, et li téU^ «i^ttiiait tu siuôme.
Les Âmbe» iBtntê»t presque toujours des jumeiits; ils pensent qu'elles résistent mieux aux fatigues cl aux pnvalioDs; qv'ollcs sont plus douées et iieirnsent moins firé^ qaeamioDt. IVud tntre eôté, ils en tirent plus de profit k cause du grand commerce de chevaux qu'ils font avec toutes les Dstions.
Lorsqu'un pouhm naît h bb Irsbe» il fait constater avec
soin sa naissance et sa descendance. Des témoins sont a|)pelés; (e poulain est inscrit sur le liudjé, ou tables généalogifnes. Le certifim constituil kt MUatioB du poulain est placé dans un petit sac de cuir recouvert d'une toile cirée et suspendu au cou du cheval. Malgré Texagération propre au caractère arabe qui se montve dona eesœrtifieats, ils sont en général véridiques, et les Arabes prennent entre eux des précautions extraordinaires pour prévenir les fraudes qui j^rraient s'y introduire.
Voici diverses formules de certilicats :
« Âu nom de Dieu très-miséricordieux» seigneur de toutes les créatures, que la paix et les prières sofeut avee notre saigneui' Mahomet, et sa famille, et ses tUsciples» jusqu'au jour du jugomant, et la paii sali afuc tous ceux qui liront cet écrit et en oMfpraadiP&nt l'objet :
a Le présent acte est relatif au poulain Obeoian de la vraie Mae mM&mh hnm grÉiAtia» avee las quatre pieds blancs et «ne «arque blanehe sur la tiroal, é(M la peaa est aussi brillante et aussi pure que le miel, et i^ssemblant a ces
chevaux dont le prophète a dit ; De vraies lichesses sont une noble et courageuse race de chevaux; et dont Dieu a dit : Les chevaux de guerre, ceux qui se préclintent sur l'ennemi avec des naseaux soufflant fortementy ceux qui de grand matin se plongent dans les combats. El Dieu a dit la vérité dans son livre incomparable. Ce poulain sakiawi a été acheté par Cosrein,fï\s (ÏEmeit, de la tribu de Zebara, arabe anezé. Le père de ce poulain est rexcellent cheval bai nommé Merdjay de la race koheilan ; sa mère, la fameuse jument sakiawi, connue sous le nom de Djeroua. D'après ce que nous avons vu, nous attestons ici sur notre espérance de la félicité et sur nos ceintures, ô sclieiks de sagesse cl possesseurs de chevaux, que ce poulain gris, désigné précédemment, est plus noble que son père et sa mère, et c'est ce que nous attestons, d'après notre connaissance la plus exacte, par cet acte valide el complet. • I ^
« Que des actions de grâces soient rendues a Dieu, seigneur de toutes les créatures 1
/ « Écrit le 16 de safar de Tan 1223. » i n-in
« Au nom de Dieu miséricordieux, c'est de lui que nous attendons assistance et protection. Le prophète a dit : Que mon peuple ne s'assemble jamais pour commettre des actions illégitimes! ' • ' *
« "Voici l'objet de ce document authentique : Nous soussignés déclarons devant VEtre suprême, attestons, aflirmons et jurons, par la destinée et par nos ceintures, que
la jument M. N..., âgée de.l'i'.'I' ans et marquée de ,
descend, au troisième degré el en ligne directe, d'ancêtres nobles et illustres, attendu que sa mère est de la race N. N.
et le père de la race N. M., et qu'elle-même réunit en elle toutes les qualités de ces nobles créatures dont le prophète a dit : Leur sein est un coffre d'or et leurs cuisses sont un trône d'honneur. En vertu du témoignage de nos prédécesseurs, nous assurons encore une fois que la jument en question est aussi pure d'origine et sans mélange que le lait ; et nous attestons par serment qu'elle est célèbre par la rapidité de sa course, et son habitude à supporter les fatigues, la faim et la soif. C'est d'après ce que nous savons et avons appris que nous avons délivré le présent témoignage : Dieu, d'ailleurs, est le meilleur de tous les témoins. »
« Au nom de Dieu clément et miséricordieux du seigneur Mahomet, j)roi)hète de Dieu et des compagnons de Mahomet, hommage a Dieu le créalenr tout-puissant. Ce cheval esl de pure race; sa denl de lail est dans un sac suspendu h son cou, avec sa généalogie, comme témoignage irrécusable auquel ancun fidèle ne peut refuser de croire. Son pènî esl Rabbamy et sa mère Lahahdadah, égaux tous deux en mérite, et appartenant k la tribu de Zazahalali. Sa conformation est des plus gracieuses; il court comme l'Autruche, et sa robe est douce à caresser. Parmi ses honorables ancêtres, il compte Zalicah, père de Mahat, père de Kellac, et le célèbre Alket, père de Manasseli, père de Alsheh, souche de la race dont est sorti le fameux cheval père de Lahalala. Il eut toujours en abondance l'herbe, l'avoine et l'eau limpide qui donnent la vie, comme récompense de la tribu de Zazahalah pour l'éclat de sa robe. Et puissent mille branches défendre son corps contre les attaques de la hyène amie des tombes, contre le loup hurlant
dans les déserts 1 Qne la tribu de Zazahalah le présente en un jour de féte dans sou enceinte de murailles, et que là, assemblé» par milliers, au lei^er d« soleil, en troupes légères, la tribu le place sous une tente ornée de signes célestes, et lui mette sur le dos une selle où brillera le nom de famille de sod possesseur; qn'alm ils frappent des mains a grand bruit et sans relâche, et qu'ils prient Dien d'accorder ses faveurs à la tribu de Zoab, la tribu in-spîrée. » '
La naissance d un poulain est un jour de féte pour l'Arabe. Les Arabes, dit un auteur, ont coutume de &e livrer à de grandes réjowssaooes dans trois occasions solennelles :• quand la jument poalinièfe* donne un poulain de grande espérance ; quand il leur naît un fils, et quand il parait un poète. Quoi de plus complet et de plus juste qne cette trilogie qui bat an fond du cœur de tous les hommes : la ^oire» le bonheur, le plaisir! Le Bédouin, que n'a pas encore corrompu le souille aride des civilisations, met sa gloire à pos« séder un rapide coursier, son bonheur k posséder un ûls en qui il se Toit renaître, sa joie a écouter les rêves de poésie, cet avant-goût des cieu\ .
Le cheval de TArabe fait partie de la Êimille : la jument et le poulain vivent dans la tente avec la femme et les enfants, caressés par leurs mains, soignes comme des amis, heureux des mêmes fêtes, sôufTraait des mêmes douleurs. Quand Torge ou les dattes abondent, quand la saison permet l'entrée des gras pâturages, tout est en joie, tout bondit d'aise; le lait de chamelle coule à longs flots, et le poulain 8*abreuTe de ce dmix aliment, qu'il dispute, en se jouant,' aux jeunes iils de 1 Arabe, et tous, bien repus, s'endorment
pèle-méto, tes jimbea dciM le» }mh%» et las èhswéliiies
mêlées aux douces crinières; mais, (juaiul la campagne est msiivsis6« qiiimd la guérie a ravagé les Iribos, qêSMd uugii le sâmotiiif quand le désert eat sans eau» quand la fentaine
de Toasib est sèche, alors les mêmes besoins se font coin- ]Arendre au^ mêmes c^ms&t se foiU seatk aux mêmes lèvres : la tente est sans hennisa^aftents et aans jeux ; le ebeval, qui a maniic le dernier aliiin^ul cl bu la dernière goutte ii^eau, n'a rien à demander; il se résigne et jelte un Irisla riegard sur la triste famille dont il est encore la consolation et rorgueîl.
Le poulain est devenu cheval ; il compte deux ans passés ; c'est k cet âge qu'il va commencer sa dure et sobre vie. Nnl embarras pour le monler : son des^ sa croupe* son encolure, ne sont-ils pas accoutumés à la main de l'homme? NVvil pas prêté son flanc docile à tous les entants de son nudtre? On lui met un pesant harnais, en lui passe dans la bouche un mors d'une etfravanic durcie : TArabe le monte, et, si ses pieds ne sont pas pourvus des éperons de TEuropéen, il se sert, pour animer son eoumer» du coin de son étrier de fer, arme cent fois plus dure et cent fois plus cruelle. Ohl par quelle fatalité faut-il, pauvre gazelle, toi si douce, si sage, si rapide, si aimante et même si aimée, ponvqtoi faut-il que ces instruments de torture soient ton partage, taudis que le ruban du iront des suitaocs suttiiail pour te conduire, que la toison des chèvres d'Angora feraK ta selle, ^ qu'un mot suffirait pour te faire voler dans les batailles, sans qu'il soit besoin de cet étrier meurlrissaiil tjui déchire tes hancs? Mais, nous Tavons déjà dit, tout cet attirail est venu du Nord s c'estnous qui tfavons porté ces tortures^ on reconnaît l'Europe à ses dons.
sei vé le simple harnais de leurs pères : un bridon léger, un licou garni de une simple sangle, de& conies pouiv élrier, foUà l'équipage de plus d'une belic esvek à Tceil diamant. Les chefs seuls, qui. pour la plupart, sont tous d'origine turque, emploient ces inâtruffleuu iiariiares qui font ^émir le ecu» des vient Àrabes; ear ce mon terriMe h la gourmette ovalaîre, que nous avons contume d'appeler mors arabdy ils i appellent mors ixirc, et en rejettent Tin- Tentkui à leuia donioaleiirs.
Yoici vmir le joor de Tépreave; oar nous t^avons dit : en vain le jeune cheval descend d'une lioLle race ; il fant^ oeflime les aneieua chevaliera» qu'il gagne aea éperoM* Après on eatraiMaieBt de quelques jo«r8« TAradw nraate son coursier; il le |)oiisse îi travers les rochers et les plaines de «ahle; il presse ses flancs de son lacge étrier ; sans lepos, aam trêve* il lui f»t Irancfahr itt espacé, de chh quante a soixante kilomètres; pois, ruisselant de soeur, fnuianl, palpitant, il le précipite dans une eau assee ptolonde poar le foreer à se mettre à la nage; attvsîl descend» hii présente le sae d'orge, et, si le brave cheval mange bien et avidement, il est reconnu comme digns de sa raoe, et sa réputation est laite dans Ia tribu*
Le jour, le cbevil est altaehé \ la porte de la leiier tout sellé et bridé; il attend sou maître et le garde; souvent son hennissement annonce l'arrivée de Tennemi) son re* gard épie le ahnkal et la hyène; Son oieitîe écont» le moindre bruit venant de la montagne; sentinelle auentive U anncmce Tami par un jojeujL appel et reonemi par un cri belliqueux. Las Arabes attadmnt etémaifOMit léiim chevaux par un pied ; les trois antres resISnt Hbnls. L'îen»
tnm 68t ixée à ub piquet piaulé m Wre. Cm» ^ ènt i« «n Europe de vrais fibenm mSsm du disert savant
couinieiit ces gracieux animaux vieuuent courber leur tête aoua les caresaea en avançaot le plus poasiUe vm la maio qui 1m iatte, mais en laissant toujours un piêd ooniaie
attaché an Sdl; souvenir louchant de leur enfance, ils se croieul encore près de la tente prêts à bondir sur l'océan de aafale.
Les Arabes sont peu empressés de montrer leurs chevaux aux étrangers, de crainte du mauvais o^i; ils invoquent le grand Maoha-Akah pour les en pr^mc. Ils pensent aussi que certaines marques portent malheur aux chevaux ou aux cavaliers qui les montent; que d'autres, au contraire, sont liOnieusM, et ils ne se déftmt pour 'aucun prix de «eux qui portent eellea^î.
: Les Arabes donnent toutes sortes de nourriture à leurs elMvaux, mais les principales sont l'herbe panant où il s'en trouve, la paille d'oi^ etsurtowt Vot^ en grain, qui fome dans toutes les contrées méridioiiales le premier et h meilleur alimait du cheval. Le lait de chamelle est donné aux poalains en supplément du lait de leur mère, et même aux chevaux faits: ce breuvage, dont ils sont très-friands, forme une nourriture substantielle et restaurante. Entin ils leur donneut auaai des dattes, et même quelqueim» comme nous l'avons- dit, des viandes aéehëes et réduites en poudre ; on dit même que, vers l'Hadramant, les pauvres Bédouins de la monlàgne' donnent aux leurs du poisson séché, péché dans la mer d'Oman.
Un auteur anglais a donn<^ le récit suivant de ia chasiie de Tautrudie, amusement favori des Arabes :
La chasse de rautnidKr est un ramMBoment privilégié
4m& im quart du globe. Arabes de l'Afrique eatraineoi leur» cbevaox pom chiner cet meao, comme nos sports*
men pour chasser le lièvre. Ces divertissemeDts ont lieu dans leurs vastes déserts. Aussitôt que Ton voit l'autruche, la course commence : le cheval n'est d'abord qa'aa pelil galop seulement, pour ne pas perdre Tautruche de vue, el ne pas la forcer, en l'effrayant, k quitter la plaine pour la montagne. De tous les anîmanx eonnos qui se servent de leurs patles ponr courir, on dit que rantruche est le plus rapide. Dans cette chasse, cependant, lorsque cet oiseau se voit poursuivi k quelque distance, il ne court pas d'abord très-vite, soit ignorance du danger ou confiance dans sa vi* tesse. iJaiis cette situation, il ressemble k peu près à un homme courant à toute vitesse. Ses ailes, semblables à deux bras, s'agitent par un mouvement correspondant k celui de ses jambes. Bientôt sa vitesse s'accroît et le dérobe k la vue des cliasseurs ; mais, comme le lièvre, au lieu de courir en ligne droite, il prend sa course en cercle, tandis que les chasseurs abrègent la distance, et, se relavant Win l autre, trouvent des dtiours inattendus. Bientôt brisée de fatigue, et voyant qu il lui est désormais impossible d'échapper, l'autruche s'efforce de se dérober aux ennemis qu'elle ne peut éviter en cachant sa tête dans le sable ou dans le premier buisson qu'elle rencontre. Uu^^tiefois, cependant, elle attend en face les chasseurs, et, quoiqu'on général ce soit l'animal le plus doux de la nature, lorsqu'elle est poussée au désespoir, elle se défend avec le bec, les ailes et les pieds. Telle est l'énergie de ses mouvements, qu'uu homme serait tout k fait incapable de lui résister dans le combat. Des voyageurs ont dit que les autruches «. u. S
étaient beaucoup plus vîtes que le eheval , et qm , lorsque
les Arabes chassent cet oiseau, ils ne pouvaient s'en rendrè laaitres qu'eu se relevant l'un l'autre» comme nous Tavons dit; mais la chose est loin d'être prouvée. Quoiqu'il eu soil< la poursuite de Tant niche eét une des épreuves qui donueut le plus de prix à un cheval du désert.
On sait que les Arabes aiment le merveilleui en toutes eboses, aussi les glorieux fails d'armes de nos ancêtres sontils restés dans leur mémoire, comme ces épopées mysté* lieuses que toutes les nations attribuent k leur berceau. Parmi les noms des héros francs restés populaires en Sy« rie, on rapporte que celui de Richard Cœur-de^Lion est encore un des plus vivants ; aussi , quand un cheval , «ans cause connue, frémit ou s*arréte, quand une de ces peurs étranges que tous les cavaliers ont pu remarquer chez les chevaux les plus dociles s'empare de lui : Marche , lui dit TArabe , crois-tu donc que ce soit le roi Richard) On dil aussi que les follali d'Egypte ont accoutumé leurs chevaux à hennir au nom de Bonaparte , le sultan du feu.
Nous avons déjà eu roccasion plusieurs fois de montrer l'alliance intime qui se trouve entre la poésie et la science du cheval , nous en trouvons une nouvelle preuve dans les belles peintures du chèval oriental que M. de Lamartine nous a données dans son Vùyagê en Palestine, Nous ne pouvons donner une plus haute idée du cheval arabe qu'en empruntant quelques pages au grand poète dont la France s*bonore et qui est pour nous le dernier historien du cheval arahe comme Job en fut le premier.
« Les liédouins aiment beaucoup à entendre des histoires « après souper. Su voici une que Témir nous raconta , elle « peint bien l'attachement extrême qu'ils ont pour lem^s
« ohauuE et ramoiif»propre qu'ito moaifeiit pour leurs
« Un homme de sa tribu , nommé Giabal, avait une ju- « meut très-reoomiaée* Uafisad-Pâcka, alors vizir 4e Duniius» « lui eo fit faire à plusieurs reprises Kmtes les offres ims-^ « ginables, mais inutilement, cai un Bédouin aime aulaiU f son cheval que sa femme. Le pacha lit des maoïaces qui « n'eurent pas plus de succès* Alors un autre Bëdouùif « nommé Giafar, étant venu le trouver, lui dtiiianda ce a qu'il lui donnerait s'il lui amenait la jument de Giabal. i( — « Je remplirai d'or ton sac à orge, » répondit Hasisd « qui regardait comme un affront de n'avoir pss réussi ; la € chose ayant fait du bruit , Giabal attachait sa jument la < nuit par le pied avec un anneau de fer dont la cbaine pas^ « sait dans sa tente, étant arrêtée par un piquet fiché en « terre, sous le feutre qui servait de lit à lui et k sa femme. « A minuit, Gia&r pénètre dans la tente en rampant, et, sa « glissaat entre Giabal et sa femme, il pousse doucement,
« lanlôL l'iui , tantôt l'autre; le nian se cruyait poussé par % sa ièinme, la femme par le mari, et chacun faisait place. « — Alors GiafiM*^ avec un couteau bien affîié, fait un trou « an feutre, retire le piquet> détache la jument, monte des- « sus, et, prenant la lance de Giabal, l'eu piq[ue légèrement « en disant : ^ « C'est moi, Giafar, qui ai pris ta belle « jument , je t'avertis à temps. » Et il part. — Giabal s'é- « lance hors de sa tente, appelle des cavaliers, prend la ju- « ment de son foère, et ils poursuivent Giafar pendant quatre « beures. La jument du frère de Giabal était du même sang « que la sienne, quoique moins bonne. — DevauçaiU tous « les autres cavaliers, il étaii au momeni d'atteindre Giaiar, « lorsqu'il hii crie : -«^ « Pince4tti roieille droite et dfmne
c un coup d'étrier. » Giafor obéit et part comme h foadre.
« La poursuite devient alors inutile ; trop de distance les a sépare. Les autres Bédouins reprochent aGiabal d'être lui- €1 même la cause de la perte de sa jument. — « J'aime mieux, « Tépondit<il, la perdre que de ternir sa réputation. Voulez^ « vous que je laisse dire dans la tribu de Would-Ali qu'une « autre jument a pu dépasser la mienne? Il me reste du « moins la satisfaction de dire qu'aucune autre n*a pu Tat- « teindre. »
« li revint chez lui avec celte consolation » et Giafar re« c çut le prix de son adresse* Un autre nous raconta que, a dans la tribu de Neggde, il y avait une jument aussi ré- « puiée que celle de GiabaU et qu'un Bédouin d'une autre « tribu» nommé Daher, était devenu comme fou du désir « de ravoir. Ayant offert en vain pour elle ses chameaux et « toutes ses richesses, il s'imagine de se teindre la figure avec « du jus d'herbe ) de se véiir de haillons, de se lier le cou « et les jambes comme un mendiant estropié, et d'aller ainsi « atteindre Nabee, le maître de la jument, dans un dtemin « où il sait qu'il doit passer. Quand il est proche, il lui dit « d'une voix éteinte : — € Je suis un pauvre étranger ; de- « puis trois jours je n'ai pu bouger d'ici pour aller chercher a de la nourriture. Je vais mourir, secourez-moi. Dieu vous « récompensera. »
« Le Bédouin lui propose de le prendre sur son cheval « et de le conduire chez lui ; mais le fourbe répond : — « Je ft ne puis me lever, je n'en ai pas la force. » L'autre, plein « de compassion, descend, approche sa jument et le place « dessus à giaiid' peine. Sitôt qu'il se sent en selle, Daher « donne un coup d'étrier et part en disant : — « C'est moi, « Daher, qui Tai prise et qui remmène. »
« Le mailiv de la jument lui me d'écouter; sûr (le ne f pouvoir être poursuivi , il se retourne et s'arrête un peu « au loin, car Nabeis était armé de sa lance. Gehii-ci lui dit : « — « Tu as pris ma jument. Puisqu'il plait à Dieu , je le f( souhaite prospérité ; mais je te conjure de ne dire à per- « sonne comnaenl ta l'as obtenue. — Ëtil pourquoi ? ré- « pondit Daber. ^ Parce qu'un autre pourrait être réelle- « meut malade el rester saus secours. Tu serais cause que « peisonne ne ferait plus un seul acte de charité, dans la « crainte d'être dupé comme moi. »
« Frappé de ces mots, Daher réfléchit un moment, des- « cend du cheval et le rend à son propriétaire en l'embras^ < sant. Celui-ci le conduisit diez lui. Us restèrent ensemble « trois jours e! se jurèrent fraternilé. »
Voici maintenant le récit de la visite de M. de Lamartine chez l'émir Beschir.
« Noos allâmes, avec un des écuyers de l'émir, visiter « les cours et les écuries où ses magniûques étalons arabes « étaient enchaînés. Il faut avoir visité les écuries de Da- « mas ou celles de l'émir Beschir pour avoir une idée du « cheval arabe. Ce su[)eibe et gracieux animal perd de sa « beauté et de sa forme pittoresque quand on le transplante « de son pays natal et de ses habitudes familières dans nos « climats froids et dans rombre et la solitude de nos écu- « ries. Il faut le voir k la porte de la tente des Arabes du « désert, la tête entre les jambes, secouant sa longue cri- « nière noire , comme un parasol mobile , balayant ses c fUncs, polis comme du cuivre ou comme de l'argent , « avec le fouet tournant de sa queue dont Teitrémité est « toujours feinte en pourpre avec le henné; il faut le voir « vétu de ses housses éclatantes, relevées d*or et de brode-
a ries de perles, la tête couverte d'un réseau de soie bleue ou « roQge, tissé d'or oa d'argent avec des aiguillettes sonores « et flottantes qui tombent de son front sur ses naseaux « et dont il voile ou dévoile tour à tour^ à ebaque ondulation « de son cou, le globe enflammé immense» intellig^t, doux « et fier de son œil k fleur de féte ; il faut le voir surtout en « masse, comme il était là, de deux à trois cents cbevaux; « les uns ooucbés 4ans la poussière de la cour» les autres « entravés par des anneaux de fer et attachés k de longues c( cordes qui Iraversaient ces cours ; d'antres, échappés sur « le sable et franchissant d'un bond les ûles de chameaux « qui s'opposaient k leur course; eeux<i, tenus à la main « par de jeunes esclaves noirs, vêtus de vestes écarlates, et ce reposant leurs têtes caressantes sur Tépaule de ces en- « fonts; eenx-& jouant ensemble, libres et sans laisses, ce comme des poulains dans une prairie, se dressant Tua « contre l'autre , ou se frottant le front contre le front, on CE se léchant mutuellement leur beau poil luisant et argenté ; « tous nous regardant avec une attention inquiète et eu* ce rieuse à cause de nos costumes européens et de notre a langue étrangère, mais se familiarisant bientôt, en venant « gtacieusement tendre leur cou aux caresses et au Imiit « flatteur de notre main. C'est une chose incroyable que la « mobilité et la transparence de la physionomie deces cfae- « vaux quand on n'en a pas été témoin.
oc Toutes leurs pensées se peignent dans leurs yeux et « dans le mouvement convulsif de leurs joues , de leurs «lèvres et de leurs naseaux, avee autant d'évidente» « avee autant de caractère et de mobilité que les im« a pressions de Fâme sur le visai^c d Un enfant. Quand « nous approchions d'eua^ pour la première ibis, ils M*
« saieot des moues et des grimaces dd répngiiaiiee el de « mnosiié toat à fiit semblafales à celle qu'un homme îm»
« pressionnable aurait ]m faire a Taspect d'nn objet im- « prévu et iuquiétaai. xNotre langue surtout les frappait el « les étonnait vivement, et le mouvement de leurs oreilles* « dressées et renversées en arrière ou tendues en avaut, téa moignait de leur surprise et de leur inquiétude.
« J'admirais surtout plusieurs juments sans prix réser* f vées pour Témir lui-même. Je fis proposer par mon drog- « man h l'écuyer jusqu'à 10,000 piastres d'une des pius « jolies, mais à aucun prix on ne déeide un Arabe à se dé» « faire d'une jument de premier sang ; et je ne pus rien
« acheter cette luis. »
Dans une autre circonstance^ M, de Lamartine raconte un marché qu il fit svee deux agas auxquels il ftisaît une visite pendant son séjour a h
Il Les deux agas chez lesquels je suis entré iii'out reçu « avee k politesse la plus exquise. J'ai témoigné à l'un « d'eux le désir de voir ses plus beaux chevaux et d'en 9 acheter» s'il consentait à m'en veudre. Aussitôt il m a fait « condukOt par son fils et par son écuyer, dans une -vaste « écurie où il nourrit trente ou quarante des plus admira» « bles animaux du désert de Palmyre, Rien de si beau ne « s'était jamais offert à mes yeux : c'étaient en général des « elievaux'de très-haute taille, de poil gris sombre ou gris* « Lia ne . à crinière comme de la soie noire, avec des yeux « à lieur de tête, les jambes couleur marron foncé, d'une M force et d'une sécheresse admirables, des épaules larges « et plates, des encolures do cygne, Anssilôl que ces che- « vaux m'ont vu entrer et parler une langue élran^re, ils s ont tourné la téta de mon cM, ils ont (rémi/ils ont henni ,
« lis ont exprimé leur étonnement et leur effirdi par les re- « gards obliques et effrayés de leors yeux et par un pUsse-
« ment de leurs naseaux qui donnaient à leurs belles têtes « la physionomie la plus iotelligeote et la plus extraordi* « naire.
« J'avais déjà ou l'occasion de remarquer combien I cs- « prit des animaux en Syrie est plus prorapl et plus déve- « loppé qa*en Europe. Uoe assemblée de ero3^ts, surpris «t dans ta mosquée par un chrétien , n'aurait pas mieux ce exprime, dans ses attitudes et dans son visage^ 1 indignait tlon et Teffroi que ces chevaux ne le firent en Yoyant un € visage étranger, én entendant parler une langue ineon* € nue. J'en caressai quelques-uns, je les étudiai tous Je « les lis sortir dans la cour : je ne savais sur lequel arrêter « mon choix, tant ils étaient presque tous remarquables par « leur perfection. Enfm je me décidai pour un jeune étalon « blanc de trois ans qui me parut la perle de tous les che* « vaux du désert. Le prix fut débattu entre M. Baudin et « Faya et fixé h 6,000 piastres et un magnifique manteau « de soie et d'or. L'animal, comme tous les chevaux arabes, « portait an cou sa généalogie suspendue dans un sachet en « poil, et plusieurs amukttea pour le préserver du mauvais « œil. »
Phis tard, M. de Lamartine achète encore d'autres chevaux arabes et s'exprime ainsi «ir l'un d'eux : «c J'achète
« un second étalon arabe ; il est de plus petite taille que « celui que j'ai acheté de Taga , mais plus fort et d'un poil « plus rare ; sa robe est flenr de pé«^er. Cet animal est « d'une race dont le nom signifie roi du jarret. On me le « cède pour 4,000 piastres ; je le monte pour ressayer. Il « est moins doux que mes autres chevaux arabes. Il a un
m eanelèie sauvage et iadompté • mais panii ÎD&tigtible* « Je ferai conduire Tedmor, c'est le nom arabe de Fairoyre
« que j'ai donné au cheval arheté à l'aga, par un de mes c sais k {ùed ; je monterai Scham pendant la route, Scham € est le nom arabe de Damas* je l'ai donné au dernier cbec Tal que je y\ens d*acbeter. »
M. de LamartïDe assistait au départ de Scherif-Bey, pendant son fl^our à Bamaa. « Les eoun, dit-il» sont remplies € d'esdaves tenant en main les plus beanx chevaux de la « ville richement caparaçonnés.
« Les chevaux de Scherif-Bey étaient là ; ce sont les plus c beaux animaux que j'aie encore vus k Damas ; ils sont « tuiconians, d*ime race infiniment pins giaiide et plus « forte que les chevaux arabes; iU ressemblent à de grands c chevaux normands, avec les membres plus fins et plus « musclés, la îôle pins légère et l'œil large, ardent, fier et « doux du cheval d Urieot ; ils sont tous bais-bruns et a c longue crinière, véritables chevaux hmnériques. »
Yoici encore une histoire touchante que raconte M. de Lamartine avec le cbai iiie qu il sait mettre en toutes choses.
« Un Arabe et sa tribu avaient attaqué dans le désert la « caravane de Damas . la victoire arait été complète et les « Arabes élait iU déjà occupés a charger leur riche butin, « quand les cavaliers du pacba d'Acre, qui venaient à la c rencontre de cette caravane, fondirent k rimprovkte sur «t les Arabes victorieux, en tuèrent un grand nombre, liiciU « les autres prisonniers, et, les ayant attachés avec des corm des, les emmenèrent k Acre pour en fkire présent au pa* « cha. Abou-el-Masch, c'est le nom de TArabedoot il nous « parlait, avait reçu une balle dans ie bras pendant le cornc bat; comme sa blessure n'était pas mortelle, les Turcs
« Tavaient atUcbé sur un chameau, et, s'étant emparés du « cheval, cmmeiiaîent le eheval et. son cmlior. Le soir d« « |oar où ils devaient entrer à Acre ils campèrent avec leurs
« prisonniers dans les montagnes de Saphadt ; l'Arabe blessé « avait les jambea liées ensemble par une courroie de cuir « et était étendu près de la tente où condutient les Tnres. « Pendant la nuit, tenu éveillé par la douleur de sa bles- % sure, ii entendit benuir son cheval parmi les autres che*- « vaux entravés autour des tentes, selon fosage des Orien* ff taux; il reconmit sa voix, et, ne pouvant résister au désir « d'aller parler encore une fois au compagnon de sa vie , < il se traîna pàiililement sur la terre à Taida de «es mains
« et de ses genoux, et parvint jusqn'^ son coursier : « Pau<*
« vre ami, lui dit-il, qne feras-tu parmi les Turcs? Tu seras f emprisonné sous les voûtes d'un kan avec les dievaux c d'un aga on d'un paeha ; les femmes et les enfknts ne •f t apporteront plus le lait de chameau, l'orge ou le doura « dans ie creux de la main ; tu ne courras plus libre dans « le désert comme le vent d'J^jpte; tu ne fendras plus du « poitrail l'eau du Jourdain qui rafraîchissait ton poil aussi « blanc que ton écume. Qu'au moins, si je suis esclave, tu « restes libre ! Tiens; va^ retourne à la tente qne tn connais, « va dire h ma femme qu'Àbon^UMarsch ne reviendra plos» « et passe la téte entre les rideaux de la tente pour lécber f la main do mes petits enfants.
m En parlant ainsi TArabe avait rongé, avee ses dents, la « corde de poil de chèvre qui sert d'enii avcs aux chevaui « arabes, et l'ai^mal était libre; mais, voyant son maitre « Uessé et enchaîné k ses pieds, le fidèle et intelligent cour» « sier comprit avec son instinct ce (|u aucune langue ne « pouvait lui expliquer; il baissa la iéta , Ikira &m maître.
« et, le saisissant avec les deots par la nîinUue de cuir qu'il « avait autour du corps, il partit au galop et l'emiioi la vers « l€8 tentes. Ën y arrivant» et jetant son maître sur le sable « aux pieds de sa femme et de ses enfants, le cheval expira « die iatigue. Toute la tribu l'a pleuré : les poètes Tout chanté* ff et son nom est constanmient dans la bouche des Arabes c de Jërieho. »
« Nous n'avuus nous-mêmes, a^ule M. de Lamartine, « aucune idée du degré d'intelligence et d'attachement aux- « quels l'habitude de YÎrre avec la (àmiUe, d'être caressé « par les enfants, nourri parles femmes, réprimande ou
encouragé par la voix, du maitre, peuvent élever Tinsliact
< du cheval arabe. L'animal est, par sa nature mémct plus « intelligeai et plus apprivoisé que les races de nos cli-
< mats ; il en est de même de tou;» les animaux en Arabie. « La nature on le ciel leur ont donné plus d'instinct» plus € de fraternité pour l'homme que chez nous ; ils se soute viennent mieux des jours d'Éden où ils s'étaient encore « soumis volontairement h la domination du roi de la na- « ture. Chez les Arabes , le cheval du maître est toujours « là, couvert de sou harnais magnilique, et prêt à être « monté ; il Dût complètement partie de la famille et semble «t prendre intérêt h tout ce qui se fait, à tout ce qui se dit « autour do lui : sa physionomie s anime comme celle d'nn ce visage hiimain. Q^and un étranger survient et lui parie, «c il dresse ses oreilles, H relève ses lèvres, ride ses naseaux^ « tend la icte au vent, flaire l'incomm qui le ilalte, ses yeux « doax, mais profonds et pensifs, hrilleul comme deux char« «( bons sous la belle et longue crinière de son front. Le ch^ « val du scheik de Jéricho, que j'achetai et que je montai, « me coanaiMit a^i i^oul de peu de Jours pour son mailre;
« i) ne voulait plus se laisser mouler par uu autre, et frau> « chissaîl tOQte la caravane poiir venir à ma voix, bien que «r ma langue lui fût une langue étrangère. Doux et cares- « saut pour moi et accoutumé aux soins de mes Arabes , il « marchait paisible et sage à son rang daos la caravane tant « que nous ne rencontrions que âes Turcs, des Arabes vé* a tus à la turque ou des Syriens; mais s il venait, même « un an après, à apercevoir on Bédouin monté snr un cfae- « val du désert, il devenait font & coup un autre animal ; son « œil s'allnmail, son cou se goiitlait, sa queue s'élevait et « battait ses Oaucs comme un ibuet ; il se dressait sur ses <i jarrets et marchait ainsi longtemps sous le poids de sa « selle et de son cavalier; il ne hennissait pas, mais il jetci tait un cri belliqueux comme celui d'une trompette d'ai- « rain, un cri tel qne tous les chevaux en étaient effrayés « et s'arrêtaient en dressant les oreilles pour récouter. »
iM. de Lamartine raconte encore un marche conclu avec un Arabe. « L'Arabe, qui montait un beau chevaU que j'au- «t rais désiré emmener, avait pam admirer lui-même le « cheval Uircomaii (|uc je aïontais. La conversa lio a amenée c< hahilement sur nos chevaux mutuels, il fait Téloge de « plusieurs des miens. Je lui propose de changer le sien « contre le cheval turcoman. Nous débattons toute la soi- <c rée sur le surplus k donner par moi; rien ne se décida ic encore. A chaque fois que j'arrive à son prix, il témoi- « gne une si grande douleur de se détacher de sou cheval, « que nous allons nous coucher sans rien conclure. Le « lendemain, au moment du départ, tous les chevaux déjà (!c bridés et montés, je lui fis encore quelques avances. Il se « détermine enfin h monter lui-même mon cheval turco- « man : il le galope à travers la plaine ; séduit par les belles
<< qualités de TanimaU ii m eovoie le sien par sou lils. Je «c iui remets 900 piastres» je monte le cheval et je pars. « Toute la tribu semblait le voir partir à regret : les en* «fents lui parlaient, les femmes le montraieot du doigt : a leur scbeik revenait sans cessfi le regarder et lui faisait « certains signes cabalistiques que les Arabes ont tou- « jours la précaiJiioii de fane au cheval qu'ils vendent tt et qu'ils achètent. L'auimal lui-même semblait cornac prendre la séparation, il baissait tristement sa téte om- « bragée d'une superbe crinière, en regardant à droite et « k gauche le désert d'un œil inquiet. L'œil des chevaux « arabes est une langue tout entière ; par leur bel œil, dont ^ « la prunelle de feu se détadie du blanc large et marbré de tt sang de Torhiie, ils disent et compreaaeut tout. J'avais « cessé, depuis quelques Jours, de monter celui de mes « chevaux que je préférais h tous les autres. Par suite des « innonibrahles superstitions arabes, il y a soixante-dix sia gnes, bons ou mauvais, pour Thoroscope d*un cheval, et tt c'est une science que possèdent presque tous les hommes « (lu desei L Le cheval dont je parle, et que j'avais appelé tt Liban, parce que je l'avais acheté dans ces campagnes, tt était un jeune et superbe étalon, grand, fort, courageux, a infiui^aljK' et sage, et à qui je n'ai jamais reconnu Fomtt bre d un vice, pendant quinze mois que je l'ai monté, « mais il avait sur le poitrail, dans la position accidentelle « de son beau poil gris-cendré, un de ces épis que les Aratt bes ont mis au nombre des signes funestes. J'en avais été tt prévenu en l'achetant, mais je Tavais acquis par ce raitt sonnement bien simple et h leur portée, qu'un signe futt neste pour un mahométan était un signe favorable pour tt un chrétien ; ils n'avaient trouvé rien à répondre, et je
a montais Liban toutes les fois que j'avais à faire des joura nées de route plus longues ou plus mauvaises que les au- « 1res, Lorsque nous approchions d'une ville ou d'une a tribu, et que l'on venait au-devant de la caravane» les i< Arabes ou les Turcs, firappës de la beauté et de la vigueuf « de Liban, commençaient par me faire compliment et par <c Tadmirer avec l'œil de Tenvie ; mais, après quelques moa ments d'admiration» le signe fatal, qui était cependant un c< peu couvert par le collier de soie et la musette suspendue a au cou que tout cheval portait toujours, venant k se déa couvrir, les Arabes, s'approchant de moi, changeaient ce de figure, prenaient l'air grave et aflligés et me disaient a signe de ne plus monter ce cheval. Cela était peu importe tant en Syrie, mais, dans la Judée et dans les tribus du a désert, je craignis que cela ne portât atteinte k ma consia dération, et ne détruisît le respect et le prestige d'obéisc( sance qui nous entouraient. Je cessai donc de monter « Liban et le menai en main à ma suite. Je ne doute pas « que nous n'ayons dû une grande partie de la déférence a et de la crainte dont nous étions environnés k la beauté « de douze on quinze chevaux qui nous suivaient. Un che*. « val en Arabie, c'est la fortune d'un homme. Cela sup- K pose tout, cela tient lieu de tout. Ils prenaient une haute a idée d'un Franc qui possédait tant de chevaux aussi beaux « que ceux de leur scbeik et que les chevaux du pacha. »
Vitinéraire de Jérusalem nous permet aussi d'embellir notre ouvrage de quelques lignes de M. de Chateaubriand. La gloire du cheval serait incomplète si ce nom, qui est mêlé a toutes les gloires, ne se trouvait pas pour quelque chose dans l'histoire qui lui est consacrée.
« Les juments, selon la noblesse de leur race, sont tiai«
« tëcs avec plus ou moins d'honneurs, mais toujours avec c( une eiiUémô rigui^iir. On ne met point les chevâux k « rwibre» oti les laltie éxposés k tonte Tardeur du soleil, « attachés éii terre k des piquets par les quatre pieds/ de ft manière à les rendre immobiles ; on ne leur ôte jamais
la adle; aoaveot ik ne bomat qu'ime senle fois et ne « mangent qu'un peu d'orge en tingt - quatre heures. Un ft Uailement si rude, loin de les faire dépérir, leur donne « la sobriété, la patience et la vitesse. J'ai souvent admiré «un cheval arabe amai enchaîné dana le sable brûlant, les « crins épais descendant épars, la tête baissée entre les « jambes pour trouver un peu d'ombre et laissant tomber « de son œil sauvage, «o regard oblique sur son maître. « Avez-vous dégagé les pieds des entraves* vous êtes-Tous «élancé sur son dos, il écume ^ il frémit, il dévore la € terre; la trompette smme^ il dil . allons l et vous recônt naisseï le cheval de Job. »
Plus loin il raconte l'anecdote suivante : « L'histoire a d'une jument fait souvent l'entretien du pojs. On facon- « tait, pendantque j^étais à Jérusalem» les prouessés d'une « (ic ces ciivaîes merveilleuses. Le Bédouin qui la montait, a poursuivi par les sbires du gouverneur, s'était précipité « aveu elle du sommet des montagnes qui dominent Jéri- ,a cho. La jument était descendue au grand galop, presque « perpendiculairement, sans broncher, laissant les soldats « dans l'admiratiofi et répouyante de cette fuite. Mais la « pauvre gabelle erevft c entrant k Jéricho, et le Bédouin, « qui ne voulut poijit Tabandonner, fut pris pleurant sur le « corps do sa compagne» Cette jument a un frère dans le dé« < sert. Il est si fameux, que les Arabes savent toujours où a il passé» oit il est, ce qu'il fait, comment il se porte.
« Ali Aga m'a religieiisement montré, dans les montagnes, « près de Jéricho» la marque des pas de la jument morte en « voulaot sauver son maître ; imMacédoDieo n'aurait pàs re- « gardé avec plus de respect la irace des pas de Bucéphale. »
Voici maintenant quelques anecdotes sur Tamour des Arabes envers leurs chevaux, dlées par divers auteurs. Quoique fort connues, elles ne seront pas déplacées ici» tant à cause de Topportunité, qu'à cause de riutérèt qu'elles offrent.
Tout ravoir d'un Arabe du désert consistait en une ju*
ment, le coiisul de France lui offrit de Tacheter, dans le dessein de l'envoyer à son scHiverain Louis XIY. L'Arabe eiit voulu pouvoir rejeter avec mépris cette propositiout mais il était si pauvre qu'il ne pouvait se procurer les premières nécessités de la vie. Il hésitait cependant encore. Il n'avait que de méchants baillons pour se couvrir» et sa femme et ses enfants n'avaient rien k manger. La somme (ju'on lui offrait était coiisidérable, il pouvait se procurer, à lui ei à sa famille» du pain pour leur vie entière. £nlin, après avoir bien hésité» il conduit sa jument ches le consul. 11 met pied à terre, il se penche vers elle, il regarde tantôt For et tantôt sa pauvre cavale^ il soupire, il pleure : « Quoi donc?8'écria«t-il» je vais t'abandonner à jamais, te céder aux Francs qui te chargeront de liens, qui te rendront misérable ; non reviens avec moi» mon amour, mon trésor, viens faire renaître la joie an cœur de mes enfants. » Gela dit» il s'élance sur son dos et disparait comme l'éclair.
L'anecdote suivante n'est pas moins touchante et n'est pas aussi connue. Un Arabe nommé Ibrahim» pieuvre, mais distingué par sa naissance, ne pouvant pas payer une somme d'argent qu'il devait, fut forcé d'emprunter ce qu'il
loi fallait à un marchand de Rama, en laissant [mir gage «ûçjumeût d'ua grand prix. Lorsque le terme lut arrivé, il ne |>ot!pas rendre Targont el It jument fut vendoe. Sa généalogie remontait, du côté du père et de la mère, a plus de cinq cents ans:, le prix était de 500 livres, somme énorme pour ce pa^fB. Ibrakim aliaic sovrant à Bonne ponr s'informer de sa jument. Il l'embrassait îl lui essayait lea yeux avec son mouchoir, il la trottait avec la manche de sa chemise et lui donnait mille bénédictions, durant tout le temps quil restait avec elle. « Mes yenx, lui dîsaitHl» mon àme, mon cœur, suis-je donc assez infortuné pour l'avoir vendue à un autre maître et n'avoir pu te garder l Je suis pauvre, ma gaielle» je t'ai âevée dans une tente comme mon enfant 1 je ne t'ai jamais hallue iii grondée! je l'ai tot^ours caressée de la façon la plus aftectueuse; Dieu te ^naerve» ma bien-^imée» tu es belle» tu es douce, tu es aimable. Dieu te défende contre Fcetl de TenvieuX'. 9
Sir. John Malcoiw rapporte deux anecdotes sur le même siyet, d'une nature plus amusante.
Lorsque l'ambassadeor, retournant de sa première mis** sion, était campé près Bagdad, un Arabe monté sur une jument bai clair, d'une taille et d'une beauté remarquable, vint rôder autour de sa tente, jusqu'à ce qu'il eât attiré son attention. On lui demanda s'il voulait la vendre. « Combien m'en oifi^vous? lui répondit-il. — Gela dépend de son âge ; je suppose qu'eUe.a plus de cinq ans; — Suppdaez de nouveau. — Quatre. — Regardez la bouche », dit l'Arabe en souriant. Eu elTet, après l'avoir examinée, il fut reconnu qu'elle arrivait à trois ans, ce qui, à cause de sa taille et de< sa conformation, rehaussait beaucoup sa valeur. « Eh bleo I. dit l'ambassadeur, je donnerai 50 tomans (le toman est hn. 3
fm pth d'une Uvn aterUfig). ^ Un ^tt plus, tové pMt, répoadit ta tsoMm Arake. QatM^vingli) Mot. »
Il secoua la tête en riant. Enlin Toffre s'életa à deux 6ttiti UNBaji& 1 • G'aat assez, dit l'Arabe» n'essayez pas daTan^ lige de me tenler» teve n'y réussiriez pas. Vous êtes «if riche seigneur, vous avei de beaux ciMrvant cl ém millei. Or m'a dit que vous aviez des mooeeaut d'argedt et d'or. Maie, a|eiita«t4l, il voue niaaqvem toejottre m Jument, f^iis ne r«iffiez pas pour tmi ee c|ue tw» poesédez. • Cék dit, il punit au galop.
Ua ëimiijk» ea ehef arabe» ipà demeursût k eiaquanle mîUes de Baaaorâ avait one tact de ehevatt:! du iMgle plus précieux. Il perdit une de ses méilleuros cavales et fut longtemps sans découvrir si on la lui avait volée ou si eHe a^étail dganto. Qoekiee leiit|M apièi un Jeene ïiùmm
d'une tribu diflérente, qui, depuis longtemps, déflirail épouser sa iiile, mais qui avait toujours été refusé par le aheiok, efaliat le eonaenteneiil de la jemie ftUe M e'eafoit avec elle. Le sheiek et ses gène se itàtenî I \mt tiettrsii}ti, mais l'amant Qt la maîtresse, montés sur le même cheval, Snmi m ebaniD incroyable et lewr éebappèt«at< U vien obd jnra ^n'ils éiiiéiti mmiê sur lé êbm
Qtt sur la jument favorite qu'il avait perdue. A son retour, il trouva que la dernière supposition était la véritable, que FatnanI était le velenr de sa inment aussi bien «pie de sa
Elle, et qu'il s'élait emparé de l'une pour pouvoir enlever rautre* Le vieil Arabe fut encbanté de voir qu'il n'avait pas été balin périme envale d*mMi antre racei et Se léeeneilia très-facilement avec le jeune homme fiàn de potlf^f ità^ trer en possession de sa jument, qui paraissait être d'titl bien pki pand pm» à sea ymtt^ qne ai ptnpie Ittle.
Us vieil Arabe avait une cavale sans parëlle qui Tavait fmi paodaBt qaiait ana dam» maint È^tià eombal»
dariB maints voyages longs et përillettx. Enfin, chargé tnlméma du poida des ans et des fatigues, il la donna à son ftaaliié aieeun ciaetene qu'il tenait de mi p^e. «Moli
iils, lui dit-il, je te donne les deux objets qui me sont les ^iaa précieux sur la terre ; mais je t'adjure, au nom du Sien eUment et miaéricordieak, de de jamtia le Hvref aù repos de h nah, quelle qu'ait été la flitîfue du jour, qu'après les avoir rendus l'un et Fautie polis et luisants comme la «ur&ed d'en wmtok. x» Le jemie Arabe ât le serment qo'^i» 0ait atti |)èreiflMia il fôt tnédaoeta pramiète âffiiife eA R fut engagé, et Tennemi s'cmpaiâ de la belle cavale. A cette nouvelle» le vieillard s'écria : « La vie m'est odieuse désormais, cstf j'ai perde h la fois mon fila et ma eavale, et la perte de l'un me navre comme celle de l'autre.» Cela dit» il pencba la tête et mourut.
Nous terminons par une anecdote d'mie date peu éloii^ée :
« En 4815, une lioupe de Druses bien naonlés attaqua « une troupe de Bédouins dans le Hauran, et les repoussa « jusque dans leur eamp ; là, entourés de tentes parts» as- « saillis [jar des forces supérieures, ils furent tous tués, k « Texception d'un seul, qui» rassemi^lant sa jument et pasc aant k travera les lignes ennemies, prit la fuite poursuivi « par les cavaliers les mieux montés de la troupe vicio- « rieuse. Rochers, plaines, collines, tout était franchi avec « la rapidité du tourbillon, et la poursuite eontinuait tou- < jours. Car les Druses étaient Implacables et avaient juré a la mort du dernier de leurs ennemis. Enfin, après plu- « sieurs heures d'une course infernale» vainoua dans leur « colère par leur aAmiittion pour la Jument qot entraînait
m son maître ioin d'eux, ils lui promimil la via^ le cod* c jurèreil de s'arrêter, afin qa'û» posseot seiileneiit btiscr « le front de cet excellent coursier. L'Arabe y consentit, et « les Druses ea le (|uiitaiu lui répëlèreot cette phrase pro»- « mbiale cbes eux : Va laver les pieds de ta monture et « bois Teau ensuite. »
Voici Boaintenant trois chants dont le cheval arabe est le sujet : le premier est mie tradiietion d'un chant arabe qu se ressent de la foogfuense imaginatâi» de FOrient; le deuxième est la cliarmaute ballade de Millevoie, intitulée le. Tombeau du Ccursier, qui inspira. le beau tableau de Mosès ; le troisièaie est traduit de la magnifique ballade d« ^oble exilé Mickiewic^, intitulée le Farts.
OHAIT 01 L'ARABE 0NA6A A %M 6MEVAL
Itoble coursier prt'paré pour la guerre. Ta blanche robe est un rayon des eisux ; Les flof^i pressés de ta moUe crinière De la hoaii aoni les noufinls cheveux; Tes crins soyeux, ondulés par la brise. Sont le nuage envolé dans les airs ; Ton dos luisani est la roche qu'aiguise L'eaa du torrent qui va se perdre aux mers ; Ta queue agUe est la robe li'^rrc Qui flotte aux pieds de l'épouse du roi ; Tes flancs brûlants sont ceux de la panthère Qui vit rampant dan^ le sentier étroit; Ton enoolure est le palmier qui laisse Sur le paasant tomber un vuilo ami ; Ton iront mobile est la cuirasse épaisse Que Fouvrier de sa main a poli ; Tes naseaux sont l«f antres des hyènes. Tes yeax de feu sont des astres mouvants, Ten pas rapide est, aux vertes fontaines, îs pw léger des ch«Tfei|il8 hondi^Niiti j
Ton fier galop «st h voU îles ong»
Dint le niUon pbmgeiiiit te» roatements» * El ton port est odui qu'tmc OMiécagM 1a tautcrelle ëèft aa gr& def venta.
Viena, eber conraier, délieea de ma vie, Boiie avec mol le dons lait du diamean; Viena paiire, ami, l'herbe de la prairie» Vienet ai je meora, partager mon tomliean ;
Tbtt Ime, au loin d'un mmide périssable. Avec la mienne aux espaces du ciel Ira, jouant, sur les plaines de sable, Le ubie d'or des chemins du soleil.