‹ Histoire du cheval chez tous les peuples de la terreChapitre 12 sur 24 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

U tht^\ kiï îtalie. — L'dquiUtbia. ^ IM tMMel. >— MlAe ^ Snfi. «m Li Sicile. — L» Ssrdiigae. ^IhafiifMt LtdwvA «s|^ftga«l*^ Le gen^té ^ L'an4«l«ii«,* La diartreiue.— Arai^nei.

Qiliad «a joug tr<^ lourd mi htïèét quaad ios tj^raaa 4Mit fei loiirs palais^ Mtis de tanné* et de aaog, les eaekvaa

lèvent la lète sur ce seuil où ils ne passaient qu'a genoux i Ui eeiieaent de ieurs piedê poudreux lee niosat(|uee de mertire et les lapis soyeux ; ils se pArtageot les jofeuv, et

s'en liaient comme d'oripeaux» Puis ils 6e font desehau>-> mières de porpbyre» des gamelles d'or» des «aroiagnoles Oi p6«rpre« et jouent awL boules aveo les tites de marbre dee dieux et des héros. Tel fut le sort de l'Itatie k Vtvé^êm^ des barbares, après le renversemeot de Tempire du monde* iMlittitioos, lois% cottiufines, jeux» pelais, diviuiiési tout fm Uf ré au pillage de vingt peuples, qui s'en approprièrent les lambeaux Bans en eonuaitre le prix. Eu général, les hommes da Hord prirent les ioiiitiitioiis sôlidesi les lois» les soieiMlee militaires, ils emprantèrent les durs ciments» les vastes ba-

siliques ; tandis que les hommes du Midi en continuèrent les folles joies, les arts légers et les jeux sans but. C'est ainsi que les amasenients équestres et le go&t d'une équîtation frivole survécurent en Italie aux besoins qui les avaient créés ; tandis que nul éleveur ne songeait k perfectionner les baras détruits^ tandis que nul cavalier ne songeait k reporter le nom du Latinm aux confins de la terre. Bientôt ce lut un mélange confus de mœurs, de soins et de besoins divers : avec Tbéodoric, le Dietrich des légendes» apparaissent les coutumes d'Orient. Âlboin, ebef des Lombards, fait gravir les degrés du Capitole au coursier germain. EnÛQ, Cbarlemagne fonde cette souveraineté temporelle des papes, à Tabri de laquelle s*élèva bientôt la puissance commerciale et maritime de l'Italie du moyen âge.

Vers le onzième siécie, les pêcheurs des côtes italiennes s'emparèrent du commerce de la Méditerranée, leurs barques se changèrent en galères marchandes et leurs cabanes en palais. Le cheval ne fut pour rien dans celte régcnérescence sociale : de petites cités s'élevanl péniblement par un petit commerce, des rivalités de municipe h municipe, de familles h familles, la guerre des Guelfes et des Gibelins, des blancs et des noirs« tem|>étes dans un verre d*eau pour le reste du monde, tout cela ne pouvait prêter à Torgani* sation cavalière. Cependant la richesse maritime amène la richesse territoriale, la valeur du marin celle du chevalier, comme si la mer faisait encore naître le cheval aons le trident de Neptune. Les habitudes équestres reflea* rirent en Italie quand les l>uondeimonli, les Donali. les Ubati, les Amédéi, les Médicis» ces marchands devenus rots» eurent fait Tenir de Syrie les pins beaux types de la

race arabe pour régéném les race» chevalines de la Veille Italie.

Laurent de Mcdicis passait pour un des plus habiles écuyers de soq temps ; la jeunesse de Florence et de l'Italie entière se pressait ^ ses carrousels et à ses fêtes, où 11 dé« ployait une pompe royale.

Pendant la durée de la puissance italienne, le cbeval fut en honneur, les habitudes équestres brillèrent d'un vif éclat, et des haras nombreux s'établirent de toutes parts. La Fouille et la Calabre, principalement, avaient des établissements considérables, dont les chevaux étaient distingués par une marque particulière. De tout temps, en Italie, on attacha une haute importance aux marques des haras, ce qui, du reste, est fort rationnel : c'est le principe de la conservation du sang; nous avons vu cette sorte d'iconographie équestre, observée en Grèce, dès les temps les plus anciens ; nous la retrouvons en Italie, en Allemagne, eu Espagne et chez plusieurs autres peuples anciens ou modernes. Les Arabes ont remplacé cet usage par celui des généalogies écrites, ainsi que l'ont fait plus tard les Anglais et les Français, à leur imitation. On voit que, partout et en tout temps, le même principe a présidé k la conservation et à Tamélio* rai ion des races.

Les principaux auteurs qui ont traité des marques des haras italiens sont : H signor Aloîse Morosini, da Pietro-

Franc, et plus récemment Dufourni.

Parmi les races de chevaux longtemps célèbres en Italie, on vante principalement les chevaux napolitains joignant la taille à Télégance, la douceur au liant, ils étaient estimés pour le manège et l'attelage. Avant que les Anglais eussent

acquis le monopole de l'iaduAtrie chevaline» les hommei riches de la Grande-Bretagne faisaient Tenir à grands fiais des chevaux napolilains pour leur service.

On connaît i hi&ioire de ce cheval de bronze, s^ml>ûlô éê la liberté des Mapolitaias» sioguliAre liberté qm^ comne Iss éruptions de leur volcan, ne se répand en laves brûlantas que pour se refroidir ausailùi et s'endormir sous le doux Mmrife de son beau ciel.

On dit que Conrad IT fit mettna an firein k ce cbeval, pav lequel, du reste, le peuple avait une vénération si piofonde» qu'il attribuait k son ombre le pouvoir de guérir les cbevaux naïades. Ces pratiques superatilieuses furent eause qu'an brisa le cheval de bronze ; peut-être aussi voulait-on, comma Conrad, briser le palladium de la liberté de Naples* La tôto seule en est restée ; elle sert maintenant d'ornement h quelque musée napolitain.

Le roi de Naples a établi un haras k Persano, qui donae de grandes espérances. Plusieurs pereonnesi panni ksquelles nous citeiroiis le priaee Pignatelli, Strangoli et la duc de Miranda, s'occupent avec snccès de l'élève des chevaux. Ce dénier se livre spécialoment k l'introduction dans son pays dti oheval de pur sang anglais.

Les chevaux destinés a la cavalerie sont payîs un prix élevé; ils sont achetés aux principales Ibires du royaume, et» apvëa lin certain tem|M» réparti* dans les réfimeaCs* La roi lui-même préside souvent à cette répartition ; hooneaf au souverain qui comprend si bien Fimportance de 1^ quattion ëqae8tre% Le bon exemple vient de beat.

La république de Venise possédait une race préeieilse 4a ahevauXi caais plus spécialement destinés à la guerre et

iB^Hégé. Le berceàu de cette race était la Poimésie» ûtaéé entre TAdige, le Pô et la mer Adriatique.

(jHi èn^re ddns les ridies vallées de t^eseontrées qu'on trouve les meilleurs chevaux d'Italie.

La tëpQtatioo des chetaui des rives de TAdige s'eât ré^ putAnt jasqa'k PidtMe, êoit parée que la eontrée oti Toft élèvè cette race fameuse s'étend jusqu'à cette vîîle, soit parce qu'il s y tient une foire céiébfe de chevaux où se rendaient uuttefeis le* Mrebaiids de tous les eoins de l'Europe. On entrelient dans les environs de Padoue une race de célèbres trotteurs, qui peuvent rivaliser avec les trotteurs amérieuilMOu tûMé t attelés ftuiléKei9^^dii)li,iiiiltSitSiMi du èhat Milîque, Us Mot joumeHemeut tttuttih dans le Cmo. et vendus k de très-hauts prix. La ville de Padoue est Sotts

flnveeàiiMi ét sftikit Antoine* qui partage avee aaint Éloi le p»fmugé én dieval él de Oéux qui en predtiâil aôtâ. On

Connaît le mol de Ce postillon qui, voyant mourir Bon fldète eompagnon, s*écriait avec ferveur : 0 son ÀnUnUù,

La campagne de Rome et quelques contrées de la Calabre possèdent une espèce de chevaux qu'on élève dans un état 4ietti«ttvage* Gee ehftvanx Mdt gaidës ^mme eeox dee steppes, par des picet^m \ cheval arméé de lauees, qtii lèi suivent dans les vastes terrains qu'on leur abandonne. Hê aofU dnergiqnee ei pleins de feu, ei li dépense de km MNiien m presque nulle; mais ihi eont difficiles h

dresser, et n'ont jamais Télégance et les qualités des chevaux élevés avec les soins de la domesticité. C'est ce que eonpiènuienl lee àndens, qui, eomme nous Tavons vu» en*

touraient les chevaux de soins infinis. Semblable au sauvageoâf qui ne denne que des flruiu ankèrs» lé cheval aban^

donné à la nature perd la moitié des qualités dont il est doué.

Ce qui distingue parUculièrement la nation italienne» ce qui lui fait un titre immortel de gloire, c'est le perfectionnement qu elle apporta a Téquitalion. Alborayque, Frédéric Grison, Flaschi César» Alexandre Malœtesta, Pistoiiio et plusieurs autres auteurs, nous ont laissé des traités qui prouvent jusqu'à quel point Tari du iiiaiiége fut porté en Italie ; aussi la plupart des termes de manège viennent-ils de ce pays. Nous citerons principalement : ÀmbU de Ambio, cajn iole de Gapra, foule de Fola, escapade de Scappare, meiuir de Mezza aria, piste de Pista, liste de Lista, etc.

La première académie fut établie k Napies par Frédéric Grisou, qui peut être regardé comme le restaurateur de l'équitalion. Deux élèves ibrmés par ses soi us portèrent en Angleterre l'art du manège, qui s'y répandit rapidement. Après lui vint Pîgnatelli, sous lequel étudièrent Labroue et Pluvinel, les deux maîtres de Téquitation française. Les académies de Padoue et de Borne furent aussi long* temps fameuses; toute l'Europe y envoyait des élèves» et on peut dire que le siècle et le pays qui vireui renaître la peinture» la sculpture» la poésie» la uHisique, tous les arts enfin, furent aussi ceux à qui le monde doit la renaissance de i'équitation. Les auteurs ont cherché une foule de causes à la dégénératioA des chevaux, italiens ; on a dit que les croisements avaient été mal faits ; qu'au lieu de recourir au saijg arabe» on avait eu recours au sang du Nord, qui avait abâtardi les races ; on a attribué cette décadence aux guerres et aux révolutions, mais toutes ces causes ne sont vraies qu'en partie. Le véritable motif de tonte dégénération équestre est dans rabâtardissement et Tanéantissement des

peuples. La richesse et la puissance appellent la corruption,

et la corruption appelle la dissoluiion ; on se souvient de cette voix qui iit trembler le vieux monde : Les dieux s'en vont ! Kh bien, les nations n'ont qu'à trembler quand on peut dire: Les chevaux s'en vont !

Depuis quelques années on s'occupe sérieusement en Italie de ramélioration des races équestres. Dans le royaume de Naples surtout, des efforts, couronnés de succès, ont eu lieu. Puisse cet élan se continuer; puissent les projets agricoles» qui fermentent dans la patrie de Virgile, de Pline, de Golumelle, lui rendre sa fécondité première. Espérons que nous verrons refleurir encore les roses de Pœsluin et d lscliia et renaître ces coursiers k la large hanche, qui font ré- 9onuer la terre sous leurs pas, et y inqtriment fortement leurs traces.

kl duplt^x ag;i{ur per lumbos spina : cavatque TeUurenir ti Miido granter sonat iinguU cornu.

Les Anglais, ces Romains de nos jours, qui promènent par tout l'univers leurs goûts et leurs usages, ont porté leurs courses de chevaux et leurs chasses au renard dans toutes les villes d lialie. Il peut certainement en résulter un grand bien pour Tavenir équestre ; mais nous n'avons pu nous défendre d'un sentiment de tristesse en lisant le récit d'une chasse aux environs de Rome :

Le renard était sorti des Catacombes, il s'était lait battre anr la mie Appierme^ et était allé se faire prendre sur le tom« beau de Cieéron. Ce que c'est que la gloire?

Nous avons dit que les courses de chevaux et les jeux chevaleresques avaient continué en Italie après l'invasion de

ce pays par lea anties peuples de l'Eorppe ; <^ ^/wm et ces jeux n'ayant d'autre bu^ que le plaisir de$ yeux, servaient en riea ramélioratioD, et les iébn& qui «A existent encore, tels qae les courses çhar çt les courses de chevaux libres, en sont une preuve. Les seules couises utiles qui existent en Italie spnt les cour^s^ au tj^Qt, dqnt nous avons parlé, et qui ont lieu k PadouQ dwi qoM* ques autres villes d*ltalie.

Ces courses prireat oai^sauc^ ^ l'époque où les cQursQ^ de char g^lop |ombèreii( ^ désuétude. On fit svbir au véhicule des changements qui le rendirent plus com-^ mode et plus doux. Ou l'attela d'un seul cheval au moyen d'un brancard au lieu du timon^ luais ou çoit^rv^ U forme du joug en faisant porter les deux iK^Uts du hraucai d sur la sellette, au inoven d'un surdos fixé solidement aux deux extrémités. Le siège du conducteur devint le siège principal, et la place du guerrier fut suj^irimée ou remplacée par une simple banquette propre à mettre les paquets, et dont souvent, en Italie, les conducteurs se servit po«r diriger le chenal par Tel M Voiigine dQs gracieux «abriolets qui couvrent maintenant l'Europe et le n^onde, et que l ou iitm\Q emm^ k 1 eiat priiuiiûf dan&

tj^ut^ Vt^lie, sous (ea wm% de laiIjW», o^tri^ 4i Nap^h etc. A meawe que le cbar ae transfoinait

^n voiture, on y altelail de^^ chevaux trotteurs, doutTallure

était plus vive quo le pas» umm daogereusia et mmm B^IP^^ que te galop» el n'avait paa danaee cas osl mmé^

nient de dureté qui la faisait rejeier du service de la selle. Le ^ trot est, coninie on sait. TaUni^i ^omk et préde^ttfté^i i}k 9tt«lé. C^tUi aUurct durMie^eom^e Hniaa tas aNiifs* ^ IW^^l^ 4q «AQdi^Uau ; elle paut sufioui

Uûe giaade viiease par la conl'ormalion du oheval par rbiibilude. ikieotôt done cm iie bc coiUenia pluâ d uoe vit teue ordipam, on en vint à ailaober du prix a« ehoni pût, fatigue, aeeompKr une longue tâebe éaaa le plut eourt e^paoe de temps i oa forma des espèces de chevaux qui itarâttittni au plus tam depé la oonfornalioa néMaiaire an trotteur I enfin, en élablil des luttes dana lesquelles les ehevaux qui ^nnonçaieut le plus de dis|jt)biùoas ^ inpent moDtrer aux yeux des acheteurs leur mérite et leur agiUié. Ces eonrsea, eomnenoas Tavona dît, ont lien, spécialement

à Padouc, sur une place hors de la ville, appelée // Cow; car twtea iea villes de lltalie oui leur corso, eowme le§ vilkis graequea avaient lenr UppodramOt les villea romaines leur cirque^ couime niai^^euaut les villes d'Angleterre mi la tnrf «

CSetti» idaan est dn Ibmn eireulaira, et le eeqtre est

occupé par un grand nombre de petites horpea, antanr des» fneUea il faut taurner une ou deux fciâ» selon les couvenliena. Les prix aani peu élevés ^t aenlenient bnnorifiqnea) le principal hnt est de donnep de la réputation au eheval

vainqueur, qui acquiert par la victoire une valeur triple ou ^natniple de celie qu'il avait anlérieuremeni; sa gloire se idpand dans tout le paya, et lea plus rielies amatonra sn disputent à qui en deviendra l'heureux possesseur. Les eaAettrreats courept deux k deux seulâtueut ; il y aurait de fpavet ineenvénienta k en ifife eourî? un plus grand nom* bre. l es clievaux sont attelés a de légers chars et cendoita a\ ( un caveçou, dont les lènes très-épaisses, cordées de il ^t de laine, servent de earveclien au ebeval s'il veut s'enh porter au galop. Cas eottiaes offrent m speelaele cliar» Biant i les chevaux, plems de ^ et d ardeur, sout retenus

an départ par trois oa quatre hommes. Le seéiolo auquel

ils sont attelés est peint de brillantes couleurs ; un léger harnais laisse presque toul le corps à découvert ; les braneards même» suspendus au haut de la sellette» ne les gênent en rien. Leur énergie» leurs brillantes allures, l'expression orientale de leurs tètes, la vigueur de toul leur ensemble, expliquent suffisamment le nom de aaallo d'un senUmento terribile, que les Italiens donnent au dieval qui se distingue k cet exercice.

Mais les courses les plus fameuses de Titalie sont les courses de chevaux libres qui ont lieu à Rome à Fépoque du carnaval. Nous en donnerons ici deux descriptions : l'une de madame de Staël ; l'autre, plus récente, extraite des notes d'un jeune voyageur. On doit à M. Carie Vernet un bon tableau des courses de Rome ; le peintre s'est représenté lui-même, dans ce tableau» sous Thabii d'un spectateur français.

Les chevaux qui paraissent dans ce divertissement appartiennent en grande partie à cette espèce inculte et demi-sauvage qui bondit dans les marais pontins et la campagne de Rome.

u La course de chevaux, dit madame de Staël, attire singulièrement rattention des Romains. Au moment où le spectacle commence, toute la foule se range des deux cêlés de la rue qui aboutit a la [ilace du Peuple; cIkk un luoiUe sur les amples amphithéâtres qui entourent 1 obélisque, et tous les yeux sont tournés vers la barrière d*où les chevaux doivent s*élancer. Ils arrivent sans bride et sans selle, seulement le dos couvert d'une etolïe brillante, bordée de petites clochettes, et conduits par des paleDreniers très-bien vétuSf qui mettent h leurs succès on intérêt passionné. On

passe les chevaux derrière la barrière, et Fimpatience que montreol ces animaux pour la franchir, dès que les trompettes ont donné le signal, est inexprimable ; ils offrent un spectacle difficile k décrire, tandis que les palefreniers crient : Place, place, en traversant la foule du peuple et sans blesser personne. Les coursiers sont jaloux l'un de Tautre, comme les hommes animés de jalousie et d'un égal amour de la gloire. Le pavé étincelle sous leurs pas ; et leur désir de gagner le prix» ainsi abandonnés à eux-mêmes, est tel» qu'en arrivant au but il en est qui sont morts de la rapidité de leur course. La foule iorii[)t les rangs quand les chevaux sont passés et les suit en tumulte, et les cris ont bientôt annoncé le vainqueur. Souvent le palefrenier qui gagne le prix se jette à genoux devant le vainqueur, et le recomm^de a saint Antoine, patron de ces nobles et généreux amis de Thomme» avec un enthousiasme aussi sérieux eu lui-même que comique pour les spectateurs.

Voici un fragment d'une lettre écrite par uu voyageur sur les courses de chevaux à Rome :

« Je vais te parier du spectacle qui intéresse le plus

toi et les Romains; ce sont les courses de chevaux. En les voyant, je me suis demandé à quelle époque elles remontaient et si leur origine était antique. Ces courses ne res^ semblent ni aux courses du cirque, ni à la voltige des Franconi des anciens temps, et Ton pourrait encore moins y reconnaître ces exercices du bataillon troyen dont Virgile a été loi-même chercher Torigine dans les jeux enfantins du Parvus Julus. On a rattaché Tusage des courses modernes aux humiliations que subirent les juifs captifs à * , RomCt du temps des empereurs, forcés à courir eux-mêmes lenfennes daus des sacs pour le divertissement des maîtres II. 6

4ii mmle. Us oui piiCeiui dqwii» d'itie reo^çés par i»

chevaux dans ces courses, dont ils font encore les frais aujourd'hui. U est certain qu'elles avaient lieu au quinzième &iède> sous le pape Paul 11 ; mais je ne pe&fie pas que h seule tradilion ait doooé des jeux aux nomaÎDS de nos jours, iU ont été trop ionglemps luicrroiupus dans la vilie am sept GoUines pour qu'on puisse voir dans ceux-ci la continuatîon de ceux-là. Les barbares qui ont enlevé les bronzes du Golyscc pour eu iaire des armes, n'étaient pas gens à perpétuer les amusennents des vaincus; et puis, de Thameur dont je sais les modernes Romains , ils sont bien gens a iiivoiiLer des jeux et des spectacles sans les emprunter à personne; quoi qu'il soit, quelques*unes des di^positiims sont les mêmes qu'autrefois; comme aux beaux jouis du cirque, c'est au moyen d'une corde que les cheYaus ^uantur frontibus, 2i\2ifk{ de s'élancer; et, transportée des enseignes des bataillons romain^ sur un champ de gueuleB» kl Êimeuse légende S. P. Q. R. qui se voit en tète du programme des courses, appreud k loua que le sénat et k peuple romain prennent part aux affaires publiques si pea fuertêH, On pourrait dire, cependant, que les conrsesd'aih jourd'bui doivent moius au r.H aclère qui cuuslilua les exercions équestres des premiers liomains qu'à celui qui» poursuivant les extrêmes, imagina de Êûre eombattre ensembitt des animaux, puis des hommes. La, c'élail l'usage de la force aidée de l'adresse; ici l'abus le plus outré. Si^deveQue plus humaine, Rome n'exige plus dans ses jeux la vie des animaux et des hommes, si elle veut bien se couieuier de * voir courir quelques chevaux, il faudra du moius que rien ne . mi ménagé pour exciter leur fougue et qu'ils soient forcés die GMre» h vie i^auvejes plus grands elToris doui leur na-

tore 8oU capnbld. Peu importe au Romun que h» ûmm»

destinés a courir ensemble diflëreiU d'ùge et de lailki, que leur pgit suit court et lisse comme uu velourë ou loog comme cehii d'une ebàvre; il s'embarresse eocore meimdc savoir quelle distance ils parcourent dans un temps donné ; ce qu il lui taut, c est que, entraîné» de la plai^ du Peuple aa palais de Veoise par une ardeor eonvuteive» ils arrivent si promptement qu'ils ne puissent davantage.

a Ci i^i beaucoup que i admitiistraiion ait exigé que tous les cbevaox aoient italiens et âgés de trois ans an moins. 11 y a du reste entre les courses de Rome et les courses de New-Mai kel ou de Paris louLe la différence qui existe entre le caractère d'une nation frivole e( inspucianle qui ne aeoge^ Il semer qu'au moment de recueillir, et cet esprit de conslauce qui sait préparer les résultais et les poursuivre a travers les géoéraUaus. Ici, point de race améliorée et pré-< parée de longue main li la course; si, dans les pkinea

d'Aibano ou de Poli, il se rencontre un cheval d'un i('n)[)érament de feu, qui souifre impatiemment rapproche de ^l)omm^t dont i'mil intrépide atteste- ^n'il aimerait mieux laisser sa vie dans la course que de s'arrêter avant le but; qn'o^ Torrete, et dans huit jours il preudi'a rang parmi les €our«rurs« Tel était FuocheUOt dont j'ai vu &ire la toileAte le saoaedi 16 ttvrier. FuoeheUô a einq ans; il est b tons crius> sa taille est annlessous de la moyenne du pa)s. 11 est fier comme un ancien Romain, vif et turtmlent comme on Romain d'aujourd'hui; pour rien son œil s'enflamme, sts naseaui se gonflent, sa petite tête carrée, et ses jambes surtout, prennent une attitude menaçante* Du reste, dans ses moments de calme, rien n'annoncerait en lui mu prétendant.' k la noble palme dé4;ernée par le séual et le peuple l umain;.

son flanc retroussé et un peu ému atteste que depuis quelques jours uoe nourriture échauffante a augmenté son ardeur naturelle, et Tunique soin qu'on ait pris de son extérieur, c'est de raser le poil qui Holtait à ses jambes, moins encore pour leur donner de la gnice que pour rendre plus efficaces les frictions de liquides spiritueux. Tel est Fuochelto lorsqu'il est amené dans la cour des écuries voisines de la place du Peuple^ point de départ des coureur»; c'est là qu'on le ferre k neuf. Âh! Fuochetto, que tu te prépares de mauvaise grâce k la gloire qui l'attend! N ( tau nt ces quatre iiommes qui te contiennent, je ne sais si tu serais prêt k temps pour la course, et pourtant l'on te ferre kfroidi J'ai entendu reprocher k je ne sais quel artiste de n'avoir mis que six clous k chacun des fers de son cheval de bronze, c'est que l'artiste habillait ses héros k la romaine; les fers des die?anx romains n'ont que six clous, mais ceux des coureurs ont bien d'autres accessoires : ceux de devant sont crénelés en pincé ée huit ou dix coups de lime: ceux de derrière ont chacun^ sept k huit crampons trèslongs et très-forts, deux h Texlréniité des branches, le reste en pince, car la longue rue qui sert d'hippodrome, // Corso, est payée, et malgré les précautions il arrive que descon^ reurs tombent en partant. Ainsi ferré, on fait entrer Fuochetto dans Tune des petites écuries destinées aux chevaux de course. Lk se voient un râtelier très*ordinaire, une mangeoire en pierre établie dans un coin ; et, ce qu'il y a de mieux, c'est une aire bien faite qui incline vers une large pierre percée de plusieurs trous, placée près de la porte sur un conduit souterrain. Arrivé lk, voici ce qui est réservé k ce cheval qui souflVe k peine une main caressante : des plaques de cuir de diilërentes grandeurs ayant des anneaux

à l 'une de leur surface, endaites de poix sur l^autre» ont été préparées à TavaDoe ; on les chauffe et on les applique sur les hanches, sur la croupe, sur les flancs, sur. les reins ; en tout dix-sept, si j'ai bonne mémoire; la plupart sont destinées k recevoir une ou deux balles de plomb armées drculairement de plusieurs pointes de fer aiguisées; quelques-unes doivent supporter d'autres engins dont je vais parler tout a 1 heure; d*autres servent seulement à fixer l'extrémité des cordons qui réunissent et consolident tonl ce harnais. Mais la maître pièce, c'est cette balle armée aussi d'une auréole d'aiguillons, et qui, iixéeau hautd*une spirale élastique en fil de fer, doit voltiger ^ et là tout autour de la pièce de cuir où elle est attachée, eUe se place sur le sommet de la croupe au pomt où elle commence à s^indiner et k se confondre avec le rein. U y a certainement beaucoup d'art dans la disposition de ces diverses pièces; on voit le groom romain mesurer une ou deux palmes entre chacune d'elles, puis s'assurer avec le doigt s'il a bien rencontré le muscle auquel elle doit correspondre. Alors s'aUacheul les In illaiils orpelii qui doivent, comme les ailes des oiseaux, mais en agissant tout ditléremment, liàler le vol des coursiers; ce sont des feuilles très-minces d'oripeaux qui, roulées au commencement de la course, se déploient bientôt et redoublent par leur sifflement la lureur et les craintes des pauvres, animaux. Deux sont fixées à des tresses formées des crins les plus voisins du garrot, une autre sur le dos k la place de la selle. Une bande rouge entoure et presse les vertèbres de la queue. On attache des étuis de fer-blanc ouverts au milieu pour laisser passer les mèches d'amadou qu'ils renferment. La bride a deux mors, tous deux en demi-cercle; Tua est brisé» l'autre entier i ils

sont attachés au même montant. La têtière est ornée d'un (Mmadie tle piumes de diverses couleurs. Outre les rênes ca cmir« ttqe treaae de rubans également bigarrée offire une noofeUe garaniie contre rindocilité do coureur. Il n'est pas encore temps de le brider: le premier coup de cauou n'a pM encore averti la foale jojeate i|ai remplit le eoun de Aire plaœ )i ee apectaole ai envté et pourtant si oobHé depuis deux lieures, car, à voir /I Corso k quatre heures de t'aprèsHOiidi, oo ne ae douterait pas qm bientôt huit cb^ vaux furledx vont le parcourir d*an bout à l'autre lans jrêiivoiëtu (juciquos milliers de personnes. A cette heure, deux, Ulea de voitures, l'une descendante l'autre ascendante, oceupenl toute eaite rue longue de deux kilomètres. L'intervalle qu'elles laissent entre elles et les hauts irolloirsest couvert de gens à pied, les fenêtres sont encombrées de tagardenta appuyée sur des draperies, le luxe de la maison.

« Cependant» le troisième coup de eanon a invité les vei» lure^ ii 3e retirer; les tentes préparées pour les privilégiés près des modernes eaf*eêre$ se remplissent déjà, ainsi que ka esiradea élevées pour l'aristocratie à deuxpaoli, près de Tobéliaque de la pince du Peuple, et près palnis de Venise* Au delà de ee palais, au point où tinit le cours, on tend, d'un o6té de la rue k l'autre, une large toile plus faits pour avertir les chevaux que leur course osl finie que capable de les arrêter, et aux ordres d un oUicier supérieur, qgi, comme autrefoia Ënée en semblable oceaaioD :

Omnem longo 4ecQdere ci?co Inrusum populum el c«mpos jubet esse patentes.

« Un bataillon de soldats romains se forme en croix et refckde sur les trottoirs le peuple qui encombre l'bippo-

drome. Un piquet de cavalerie le soit* et ees gei»*ft tnoiK tenl si bien h cheval qne sans les deux elefk en santerir

qui décorent leur casque, on ne devinerait jamais a quelle milice ils appartiennent. Il revient bientôt sar la place da Pe(i|)]e annoncer que tout est disposé; alors la trom-

pelte appelle les chevaux, ils paraissent Heureusement

qu'il n'j a pas loin de leur écurie au point de départ, laoïa*dou les chauffe déjà , et sept ou huit palefreniers les tenant» qui par la tèlo, (pii par la queue, suffîsenl k peine à les mailriser. Ils sont arrivés près de la ligne lineOf et c'est alors que leur rage redouble, car on enlève les aiguillettes qui jusquc-la niainlenaioul les éperons dans rinaclion. et il ne faut rien moins que l'énorme câble placé devant eux pour les empêcher de s'élancer avamt le siguah Phisteiirs déjà se sont débarrassés de ces strands coquins \t bonnet rouge qui les retiennent ; ils allaient Iranciiir le cable, au moment où îl tombe ; ils s'élancent alors au milieu des applandissements et des acclamations, et disparaissent bientôt entre les deux tiles de spectateurs qui descendent des trottoirs et se pressent derrière eux. Ils sont partis huit, ils n^arrîvent que sept, trois devant, les autres bien loitt ; les jup^es sont placés sur un haul l)alron près du bnl de la course. AUons voir délivrer maintenant aux vainqueurs le

pallio de satin bleu et les éeos promis »

La Sicile fut longlemps un caravansérail ouvert k toutes les nations ; les Phéniciens, les Grecs, les Carthaginois, les Romains, les Sarrasins, les Normands, les Espagnols vi»» rent tour I tour se réchauffer aux f&m de l'Etna, et Ép«porler à ce pays leurs lois et leurs coutumes. iSous avons vu que la Sicile antique était un paya renommé pour sea races de ebevaux et que les rois éê lE^raeuse s'étaient Mt-

remarquer par les pompes de leurs équipages ei leurs victoires olympiques. L'apogée de la prospérité nationale de la Sicile fut aussi celle de ses races chevalines ; les monoments de Palerme, d'Agrigenle, de Syracuse, étaient contemporains des rapides coursiers de Denis.

On raconte que ce roi, qui fut depuis maître d'école à Coriniho, promenait un jour Platon dans un char qu'il conduisait lui-même, aux applaudissements du peuple de %ra* cose, qui rappelait ces vers d'Homère :

L'essieu plie et frémit portant l'énorme poids De la science du sage et du pouvoir des rois.

Uieron avait un haras dans Tile d'Ûrtygie où s'élevaient les chevaui destinés à ses chars.

La supériorité des cbeTâux sidliens subsista jusqu'à la fin de l'empire romain, qui amena dans sa chute la ruine de la Sicile. Vers le neuvième siècle, les Arabes s'établirent en Sicile ; ils eurent pendant trois siècles des émirs k PaMiUI; et les jeux chevaleresques des Maures remplacèrent les courses de cbars et les exercices de la jeunesse romaine.

Le onzième «ècle apporta de nouveaux maîtres k la Sicile. C'était le temps où les pèlerins du bocage normand allaient conquérant des royaumes, et, comme le héros de la Manche, donnaient des iles k leurs écuyers ; car rhomme n'invente rien, et, quelque fantasti4|ue que soit le drame, il est toujours au-dessous de 1 instoire. Les iils du châtelain d'Hauteville-le-Guichard fondèrent l'empire de Sicile après mille fortunes diverses, mais il n'est pas présnmable que la race chevaline ait reçu a cette époque quelque niodilicalion par soit^de son croisement avec celles du Nord ; les ehe-

vaux amenés par Jes Normands lurent peu nombreux, et la plupart même, étant priDcîpalement des ehevaui de routé et non des chevaux de firiierre, étaient de petite taille. On lit dai0 la chronique d Aimé que, quand Richard Tancrède arriva en Sicile, ee»toi par industrie chevauchait un petit dieval «t que petit s*en fallait que H pié ne seraient à terre. Du reste, comme tous les homiiies qui possèdent le génie de la conquête, s'ils n'avaienl pas amené de chevaux^ il leur suffisait de savoir où ils en pourraient prendre? A la bataille de Castro Giovanni, les Normands étaient au nombre de 7U0 cavaliers, et autant de fantassins ; ils avaient k combattre 15»0Û0 Arabes; ils furent vainqueurs et chaque cavalier eut dix chevaux pour sa part de butin.

Un fait assez curieuxc est que le tanieux lloger,ie plusglorleux de celte race de géants, s'étani brouillé avec ses frères» et réduit à la misère, se fit voleur de chevaux pour vivre.

Les Normands apportèrent à la Sicile les mœurs féodales et les coutumes du Nord. La plus grande punition que pou* vait subir ua chevalier était la perte de ses armes et de ses chevaux.

Le duc euUva à h clievalier de Pierre le cheval et armes quil trova dedans sa terre.

Depuis l'époque normande, la Sicile a vu sa gloire déchoir à chaque siècle ; commerce, agriculture, beaux-arts, tout a disparu ; le mulet et Tène ont remplacé le noble coursier dans les habitudes de la vie sicilienne, et cepeiK dant les vertes vallées de Catannes, de Villa-I^ova et de Syracuse pourraient encore nourrir de rapides cavales et de belliqueux coursiers. On dit que le haras fondé par le [»rince de Butera ulirc des chances de succès ; il est composé de chevaux aoghiis. Nous aimerions à voir essafer

dans le pays les grandes races orientales qui nous semblent oii* ux a[)propriée8 au climal el k ia nalare du sol.

La Sîirdaigne est eueoro «d de ces temples poétiques que la nature a créés pour le repos de toutes les gloires; toirl tour grecque, romaine, arabe, normande et toujoui s ita- Ileooe, elle tsst célèbre par la douceor de md dimai, T^ftlité de m température, la beauté de ses femmes, la vigueur et réiégance de ses coursiers, choses qui vont toujours eosembie, sous toutes les latitudes et dans tous les climats. Le cheval sarde étoit estimé k Rome pour la guerre et le (irage des chars, et maintenant encore, si l'on s*occupait de régénérer sa race par des croisements orkntaux, on y renouvellerait les merveilles des vieux âges* Mais Undoleiice des habitants leur a fait préférer k l'usage * du ebeval celui plus paisible dei'àne et dumulel. lUen n'est curieux comme de voir les princes et les geas riches vojar* géant an petit trot de leur âne; ils ressemblent assez dans cet équipage a récolier en vacance des allées de Montmorency. Aussi le rm de Sardaigoe fail-ii acbeler«es chevaux en Angleterre, tandis qu'il possède Tlle fameuse qui jadis en iomiiissail aux maîtres du monde.

La Corse entretenait autrefois une très-petite race de chevaux» fameuse par sa rusticité et son énergis. Cette race avait beaucoup d'analogie avec celle de certaines lies et de certains littoraux des mers ou même de certaines vastes chaînes de montagne» qui sans doute se trouvaient soumises aux mêmes inftuences. On trouve spécialement en France des espèces analogues dans les Pyrénées, et les lies d'Ouessant et de Noirmoutier.

L'habitant de la Corse aime le cheval et en fait un usage iiaiiiiuel ; c'est avec lui qu'il parcuuii leâ iM}mbres maquù»>

les foréls centenaires et les humides vallées qui donnent un eaohet si particulier à cette )le célèbre. Des courses de chevaux sont établies depuis un temps immémorial dans la Corso : elles onl lieu priiici(jaleiueut aux é[Joques des foires de Bastia et d'AJaecio, le jour de la Saint-Pancrasse. Jadis elles avaient lien II Saint-Pancrasse même dans la plaine de Marana.

Du reste, ces chevaux, qui atteignent à peine la taille de on mètre quarante centimètres, ressentent les effets de l'incurie avec laquelle on les traite et de l'étal si reculé de 1 agriculture.

Fier et vindicatif, le Corse n'a pas encore perdu les ca* iietères de sa nationalité. Il eroirait déroger k soii honneur s'il cultivait lui-même son champ, et il regarde comme des esclaves les pajsans de la côte d'Italie, qui à chaque printemps viennent lui prêter le secours de leurs bras.

Aussi insouciants envers leurs chevaux, ils les laissent errer dans les maquis où ils trouvent pour toute nourriture pendant l'hiver deséeorces et des feuilles d'arbrisseaux. Quand ils veulent s'en servir, ils leur distribucnl avant de partir quelques poignées d'orge^ mais Jamais d'avoine, inconnue en Corse , et, pendant le voyage, rarement on leur iail prendre quelque nourriture.

Les chevaux de l lie de Corse se composent maintenant des restes de l'ancienne race, qui sont devenus fort rares , des chevaux mélangés provenant des divers croisements qui ont eu lieu dans les racés du pays et dans les races importées, et des cbevanx étrangers qu'y exportent les oontrées voisines et principalement la Sardaigne.

Divers essais d'amélioration ont été tentés avec succès dans ce pays> et» bien qu'on ne doive jamais en attendre un

grand résultat pour Timportation et l'amélioration générale des races, on peut espérer d'y propager uoe ei»pèce utile aux besoins du pays et d'arriver k se passer, pour le service inférieur, de l'importation des chevaux étrangers. Un dépôt d'étalons doit y être prochainement créé dans ce but.

Nous a vous vu» dans uu autre chapitre, quelle lut dans l'ancien monde la haute réputation des chevaux des Geliibères ; cette réputation ne fit que s'accroître encore par suite de Tinvasion des Arabes daus la Péninsule; nous ne pouvons mieux faire que de citer textuellement à cet égard les judicieuses et savantes observations de M. de

Morris :

a Lorsque les Maures tirent la conquête de 1 Espagne, en «c 711 ,ils y trouvèrent d'une part la fameuse raceibérienne,qiii «( depuis des siècles avait les honneurs des courses de Rome a et de la Grèce, et de l'autre cette cavalerie qui avait éprouvé « tant de ibis la valeur des Romains. Celle desGoths quiré- « gnaientenEspagne depuis deux cent quarante-quatre ans, « les races espagnoles apportées d'Arabie, selon quelques « historiens phéniciens les premiers vainqueurs du monde» « on venues d'Afrique à la suite de nombreuses migrations « coiiiiiie le prétendent d'autres auteurs, avaii;ut subi dea puis l'arrivée des Goths de grandes modihcations. Il se « trouvait donc alors eu Espagne, d'abord les chevaux du « pays, ceux du Xord, et enfin les produits du croisemmit « de ces deux espèces. Les Maures occupci * m l'Espagne « sept cents ans ; pendant cette longue suite de siècles passés « en guerre active contre les chrétiens ou en traité de paix ' « ou de commerce avec eux, il s'opère encore des cnrise*

« roeots nécessités par la manière de combattre des uns et a des autres. Les Maures durent fairedes efforts pour donc Der à leurs chevaux la force de résistance dont ils avaient c besoin poor soutenir le choc des puissants destriers des « cbevaliers chrétiens; ces derniers durent s altacher à acc quérir pour les leurs la grande vélocité qui distinguait « oeox de leurs ennemis. Ces croisements, suivis avec le « goût éclairé des princes de te ienips du lùcds ou maures, € dont le plus grand luxe consistait dans la beauté de leurs ff coursiers, furent lessouches de la race andalouse, dont la « répuiaUoii et le mérite sont incontestables, et aussi de c quelques-unes de nos meilleures races. »

Un phénomène politique et religieux fort curieux est la hauie civilisation qui se développa chez les peuples arabes, peu de siècles après la promulgalion de rb^ire* soit que cette loi, copie matérialisée de l'Évangile, reflétât encore assez de ravons divins pour fondre les dernières glaces paienues, et que d un autre côté la puissauce du glaive lui prêtât un appui qui manquait à TÉglise, soit que Tbabitude de monter d'impétueux et magnifiques coursiers ait donné a ces hardis missionnaires la soif de toutes les gnuideui*s. Toujours est-il que les Arabes de Syrie et d'Afrique, principalement ceux qui s'établirent en Espagne, furent pendant quatre cents ans à lalète de la civilisation du monde entier; le souvenir des Maures de Grenade elde Cordoue, de leurs brillants tournois, de leurs splendides carrousels, est resté vivant dans la mémoire des peuples. Ce fut du mélange de ces féies guerrières et des jeux plus barbares, mais nou moins valeureux, des hommes du Nord que se formèrent les eoatumes de la chevalerie dont l'histoire et les romans ont conservé jusqu à nous les poétiques tiadiiioui». Ou oe sau-

rsiit croire k quel point lu passion du cheval élait portée daos ceue brillante période où ce noble aDÎmal préuit toutes ses facoUés 2i la gloire, anx plaisirs, aux aoiom; aussi l'histoire a-l-elle conservé une l'oule de trails ijai prouvent toute rimportauce que les Maures attaiibaîeol à leur noble compagnon. L'un d'eux vendit la ville de A^aman monasicio de Lorvaiipour une jurnent ]ile'ine,Lesc-à\ïk\es plus renommés daos h s légeodes pour le mérite de leurs cbevaui furent AbderamUi et Àlmansor; ils entretenaient de su» perbes haras et faisaient venir de Barbarieetde Syrie les plus beaux types de chevaux orientaux. Oo cite euire autres le présent de quinze chevaux arabes que lit dans le dixième siècle le grand vizir Abd-el-Maleck-ben-Scbeid au ealîf Abd-el-Rabniaii III. Depuis la bataille de Gnadalèti , qui comriK ?iça la domination des Maures en Espagne, il s'écoula sept siècles jusqu'au jour où Boabdil, dernier roi de Gre* nade, se prit k verser des larmes en voyant, du sommet du moutPadul, cet empire détruit que sa race perdait sans retour* Pendant ce long espace de temps, rois, émirs, califs, sultans, perfectionnèrent ^ l'envi le cheval et établirent en divers lieux des haras dont les traces sont l eslées imprimées dans le sang des coursiers, dans les nueors populaires, les monuments du sol et les récits de l'histoire.

Nous avons dit ailleurs que pendant tout le moyen âge le plus beau présent qui pût se faire entre rois et héros était un ou plusieurs chevaux espagnols ; il est aussi prouvé que c'est par eux que le sang oriental commença a j)énétrerdans l'Occident, ou du moins y entra en plu^ grande abondanc^. La France et l'Angleterre principalement opérèrent leiirs premiers croisements avec des chevaux espagnols. Honorius e( Théodore signaitmi parmi les déli^ de la cité Coosiaur

line d'Arles Tavantage d'y rencontrer ces nobles animaux que l'Ëspâgnc élevait avec (aat de soin. S'il faut en croira les historiens, jamais cheval ancien ni moderne n'a surpassé le cheval de bataille espagnol, le magnifique p^cnet andalous : taille élevée, encolure majestueuse et rouée, tête large et altière, membres forts et oerveui, allures trides et brillantes, fond inépuisable, il possédait tout k la fois la vitesse et le liant du chovai an Midi, et la force, la douceur et la patience du cheval du Nord. Ou peut dire que, sem* hiable à ces grandes renommées qui vivent de lenia soavenirs, le genêt espagnol a survécu 11 1iii*méme.

Bien que 1 Espague recoiiuaisse eile-méiue que ses races ofaevalines sont depuis longtempa dégénérées, nons avons encore vu de nos jours les chevaux de ce pays vantés comme les régénérateurs des uôlrcs.

Plusieurs causes ont contribué à faire déchoir la race espagnole; d*abord les rois ehrétiens qui succédèrent aux Zegris et aux Abencerages n'avaient pas au même degré le goût des fêtes et des jeux équestres; ceux-ci même furent profits comme entachés de mahométîsme, et le goât du ebeval se perdit peu k peu dans la naiiou ; puis l'agriculture, sans laquelle il n'y a point de chevaux, s'en allait dégéné^ nnt h mesure que les Arabes quittaient TEspagne où ils s'en occupaient spécialement, k mesure aussi que l'or du Nouveau-Monde venait encourager la paresse du peuple qui s'accoutumait k vivre sans rien faire* symplAme effrayant de la décadence des nations. On vit aussi, k la honte de la noble Espagne, les rois, et principalement Charles III, y introduire les chevaux étrangers; les haras forent encombrés de chevaui: napolitains qui, tout en donnant de la taille an cheval espagnol, lui iireut perdre son cachet primitii ; 1 habitude

de l'âne et du mulet, dont le service plus commode et plus patient est si favorable à la apuchalauce à laquelle iiniie uo climat trop doux ; eoÛD, et par-desaus tout» Tiiabitudle où enlrainait réquitation de manëge de rechercher nniquenieat dans les producteurs les allures cadencées et raccourcies et non plus la vigueur des muscles, la puissance des poumons, la longueur et la force des articulations. Le cheval est né pour l'action, c'est par l'action que nous devons le juger; les courses antiques, les tournois du moyen âge, les fantasia mauresques, les chasses et les courses modernes, vmlà le ' moyen d'apprécier le mérite d'un cheval. L'art du manège fera des chevaux agréables k monter, les exercices vioieut^ feront seuls d'énergiques chevaux. Ce fut pour remédier en partie à cet état de choses que le roi Alphonse défendit k toute la noblesse de monter des mulets ; mais ce sage règlement fut bientôt éludé.

Parmi les principaux haras d'Espagne on compte celui de la Chartreuse de Xérès. Ce couvent possédait un établissement magnifique où Ton élevait les chevaux les plus renommés de l'Andalousie. Longtemps sa réputalîm fut européenne, et maintenant on ne voit plus que des ruines là où s élevaient les immenses écuries* là où bondissaient les innombrables cavales qui portèrent si haut la renommé de la Gartouga. Les environs de Xérès possèdent encore des restes précieux de celte race célèbre.

Le haras d'Aranjuez, appartenant aux rois d'£spagne, et qui a pour succursale le haras de Gordone, s'est acquis une haute célébrité : ou y entretenait une race de chevaux connus sous la dénomination de Hacas de la Regm^ haquenées de kl reune, remarquables par leur souplesse, la délicatesse de lems membres, la beauté de leurs iormes, leur tête

roDde €ft la sfngularUé de leur robe qui n'avait pas varié depuis an ^and nombre de générations» c*éCait un isabelle

foncé 011 un bai doré excessivenieol clair.

Ce haras avail beaucoup souffert des dernières guerres qui ont déchiré l'Espagne » mais, depuis quelques années, il a repris sa splendeur première, et c'est oiaiiiteuanl le plus remarquable de TEspagae. 11 contient plusieurs centaines de belles juments et de nombreux étalons, dont quelquesuns sont de pur saug anglais. Ce haras, liabileuïent dirigé par M. le duc de San Carlos, peut être appelié un Jour à jouer un grand rôle dans la régénération des races espagnoles.

On ne. peut nier louielois que ia nation espagnole ne fosse beaucoup pour sa race équestre ; il ne manque pas de lois et de prescriptions pour encourager l'industrie chevaline, quelques-unes même sont par Uup iiiiuutieuses et par conséquent inexécutables ; mais on ne peut trop en louer le but et Tesprit. Ainsi plusieurs provinces sont consacrées spécialeuienl a rélevage des chevaux: ce senties royauiiies de Cordoue, de Jean, de Sévilie, de Grenade et de Murcie, et la province d'Ëstramadure; et en cela les Espagnols se montrent fort judicieux, car lauatui e a accordé a cerlaines localités les conditions nécessaires pour i'aire prospérer la race équestre, et ces conditions ne se trouvent pas partout. C'est là une des grandes causes des déceptioûs qu'éprouvent les éleveurs français. Les Espagnole oui parlaitenienl compris cette loi de la nature, et les prescriptions qui favorisent dans les provinces que nous venons de citer l'élevage du cheval y défendent en même temps celui de lïuie et du mulet. D'un autre côté, de grands avantages et des honneurs sont léservés h ceux qui se livrent h cette noble oc*

cupatioQ ; le possesseur de douze jaments podinières elde trois étalons ne peut être arrêté pour dettes, il est exempt de logement , d'iiii{»ôU en nature» de réquisitions» de tateltes, de curatelles, enfin de tirage on de levées qnekonques pour le service des aruiécs; Celui qui possède six juments, n'a qu^nne partie de ces avantages» et ainsi de suite. Yoilk certes de magni6ques prérogatives» et une nation sî soigneuse de ses intérêts méritait vraiment de porter le sceptre équestre pendant une longue suite de siècles.

Les courses de vitesse ont été récemment organisées dans plusieurs localités, mais il leur nianque la sanction du temps» l acclimaUtion, la généralisation. Quand l'Espagne comprendra bien que c'était par les courses anciennes et les jeux équestres qu'elle était arrivée k Tapogée de sa gloire, et que c est k leur chute qu'elle Ta perdue, elle adoptera lescoursesde vitesse. L'Ë^KUgnen^aqu'à suivre» k cet égard» les idées de M. le duc de San Carlos. C'est k lui qu'est atiaclié le sort de la régénération de la race chevaline d'Ëspagoe : il sauvera Troie» si Troie peut être sauvée. Espérons que ce beau pays, se reposant enfin de ses luttes intestines, tournera sa l)i illante intelligence et l'activité de son bras vers les soins agricoles, et qu'un jour le cheval espagnol reparaltiaavec sa natitm au premier rang des grandeuis humaines.

Nous ne parlerons ici que pour mémoire des courses de taureaux» reste des anciens spectacles du cirque» qui ont résisté en Espagne à toutes les révolutions; là le cheval n'est pas le héros, c'est la victmie dévouée du sacritice; quand, orné de riches banderoles» il vient piaffer avec grâce et relever sa noble tête aux yeux de la foule, c'est l'ancien gladiateur disant k César: morituri te salutanL

Les Espagndhi obI eonsenré dans leurs hahitiides le goût ^du cheval qui se lie à toutes leurs traditions ; en Andalousie parliculièfement il existe des sociélés appelées MaesUanzay qm ont pour bat Tari da manège et l'éducation des chevaux. A certains jours, les membres de rassociation. vctus d'habits rouges brodés d or et montés sur des chevaux aux sabots dorés, exécutent des exercices équestres qui rappdient ^s jeux mauresques ; ils courent la bague, la quin laine et la léle de l'épée, puis, parés des couleurs de leur belle, ils essayent d'enlever un ruban dont Textrémité passe d'un travers de main l'orbe agité d'une roue.

Les sociétés hippiques d'Espagne ont adopté une noble devise, qui devrait être celle du sport de toutes kft nations :

Pro rcjjublica est, dnm luàere vOnnur.

(Nos jeux, à nous, sont le bien du paya.)

L'équitation espagnole a rivalisé longtemps avec celle des écoles italiennes et françaises, et Tamour du cheval est fortement empreint dans le cœur des enfants de la vieille Ibérie. Aussi, tandis que des Pyrénées aux coiouues d'Hercule le muletier répète son vieux reirain ;

Vhrtt, vita mî caballo Gaballo mio caretto,

les fils des vieux chrétiens savent encore manier leurs ardents coursiers comme au temps du Cid et d'Isabelle. Voici une anecdote qui résume à la fois le mérite du cheval et celui du cavalier :

« Parmi les belles ruines qai couvrent l'Espagne, on reiiiaKiiie un ancien aqueduc destiné ^ conduire II Tarragone des eaux provenant du pont d Armantcra. Cet acqueduc, composé d'un double rang d'arcades et un des mieux conservés (lue l'on connaisse, est d'un aspect trèspélégant à cause des bossages dont il est orné et des reliefs de ses ardiivoltes; il importait pour la solidité de ces constructions de leur donner peu d'épaisseur : dans le haut elles se terminent ordinairement par une simple rigole plus ou moio» profonde, selon le volume d'eau qu'elle avait à porter, mais toujours fort étroite. Sur un défi, un cavalier s'éuit engagé à parcourir celte rigole dans toute sa longueur sans avoir remarqué qu'elle est interrompue i)ar une large brèche, précisément k l'endroit où le vallon au-dessous est le plus profond ; arrivé a ce point, le cheval ne pouvait plus retourner, et il eût été fâcheux pour le cavalier de descendre et de revenir à pied* Il donna des éperons, le cheval s'élança, franchit l'espace, acheva le trajet, et gagna le pari. 9

CHAPIT|IE IV.

Le Gkeval africain. ~~ L'Égypte. L'Abyssinie. ^ La Barbarie. — L'AIgMe.

Les Gonnea. <— La Fantatia.

Autant TEgypte des Busirîs et des Pliai aon brilla par ses chevaux nombreux et rapides, autant la pauvre nation qui vînt courber tour & tour son front sous le joug des Perses, des Macédoniens, des Koiiiaiiis, ol plus tard des Arabes fut inhabile a produire le cheval, symbole de vaillance et de liberté. L'Egypte, décimée par les guerres, courbée sous les tyrans, épuisée par les exactions, abandonna les soins agricoles et les habitudes cavalières. Aussi, les auteurs qui ont écrit touchant les Ptolémées et leurs successeurs n'ont pomt fait mention des chevaux d'Égypte. Toutefois il ne faut pas croire qu'ils y dégénérèrent complètement ; mais ils lurent moins nombreux, moins soignés, moins appréciés. Déjà, sous les Romains, quoiqu'il s'en fit une assez forle exportation pom riialie, ils étaient moins estimés que ceux des autres contrées tributaires ; et cependant, parmi les gigan-

tesques monumeots doDt les ruines couvrent ce pays, se trouve partout le souvenir rlîi cheval. Sur les bas-reliefs, comme nous l*avons vu, il traiue les chars et porte les cavalim ; de magnifiques hippodromes se dessinent parmi les ruines de ses palais détruits, et de vastes écuries abandonnées sont quelquetois le seul indice qui fasse reconnaître aux voyageurs le passage de Thomme» effacé depuis mille ans par le vent du désert. C'est ainsi qu'au voisinage de rancienne Mediue, près de la bulle de Gorbel-Logar, on aperçoit une ancienne écurie voûtée en grosses briques; cette construction a plus de soixante mètres de long sur sept de large, elle représente un vaste corridor, où Ton pénètre du côté de Torient par quatre grandes portes; près de là est un cimetière couvert de débris ensevelis dans le sable. Sous les califes, rédiication du cheval revint en honneur ; ils se iaisaient gloire de posséder de vastes haras et d'entretenir pour leur service un grand nombre de chevaux. L'his^ toire nous apprend que, lors de la disette qui eut lieu en Egypte, sous le caille EI-Mostanser, les chevaux de ses écuries étaient au nombre de dix mille ; mais que trois chevaux seulement résistèrent au fléau qui ravagea ce pays.

Lorsque l'Egypte passa sous la domination des Mamelouks, cette milice célèbre, qui peut être comparée jusqu'à un certain point k la chevalerie d*Occident, dut comme elle toute sa puissance au cheval. C'étaient d'admirables cavatiers que ces Mamelouks» terribles au combat, redoutables k leurs maîtres, dont ils se délivraient d'un coup de yatagan quand ils les gênaient, tyrans du pauvre fellah, qu'ils dépouillaient chaque jour de l'or qu'il demandait à la fange du Nil ; ils n'avaient qu'un seul amour au monde» leur die-

val! Ils le soignaient de leurs mains, le noorrissaient des fourrages les pins exquis, lai parlaient comme h leur ami le plus cher ; aussi le cheval du Mamelouk coonaissait-il sou maître à la voix ; au moindre appel il accourait près de lui, et recevait avec joie, de ses mains, la lourde selle et la bride cruelle des Turcs. Aussi, eu face de Fennemi, rien n'était terrible, rien n'était beau comme ces chevaux et ces cavaliers, couverts de fer et de soie, d'or et de cachemire, bondissant dans la plaine comme les béliers de rÉcriture. Lors de la campagne d'Égypte, nos pères eut pu juger euxmêmes ces braves cavaliers, dont Taudaee surprit les vainqueurs de Lodi.

On dît qu'au premier choc de ces tiers ctrcoacit Les YÎMx répnblicaiiis pftlirâiit indécis 1 Jamds dans flUlie, inz glori«ii86trives> Ni les Genoains coût erts de cuîiuses masiiTes, Ni des légers Hongrois les pondrenx tourbillons N'avaient d'un pareil choc heorté nos bataillons.

Les dragons d'Aboukir, » connaisseurs en fait de gloire,

ne pouvaient se lasser de raconter les hauts faits de ces fils du désert, qui, aiïrontanl la muraille el le fer, ne se lais^ saîent étonner que par la mort. On en cite qui, ne pouvant pénétrer dans les carrés hérissés de baïonnettes, y faisaient entrer leurs clievaux k reculons. Le poêle que nous avons dté n'a pas oubhé ce brillant fait d*armes.

k ces mots, entraînant un escadron d'élite, Vers le front de Desaix Sélim se précipite, £i le premier de tous» «ur le rcm{>art d'acier,

Digitizecfby CoH^Ie

Fuit voicr i)ai'cljns son nipiilc coursier. Tel un obus vomi par le bronze qui tonne Labotirc Hnns ses lionds l'immense polygone. Tous arrivent de front, devant les fantassins ; Ils iixent brusquement leurs coucsiers abyssins; Lé mors impérieux qiiî leiT pousse^guirrière Les force à se cabrer sur la triple liofri&rey 'v?Et dans le bataillon ébranlé soa's leur pm^'^^j^^- Les qovaqto idbefuz retombent i la fois . ^â^i^ ^ ' T '

On sait qiie cette milice disparut comme corps constitué, lorsque, au €ummencemei)Ulece siècle, i homuie éiii'igiqi|^ qui restaura le trdoe de l'Ëgypte entreprit la régéKkéi^^ sociale de ce beau pays.

Muliénu;! ilali ri a j)as oublié d'associer la destinée du cheval à l'ère nouvelle de TÉgypte; upe école vétérinaire, placée d'abofd près de Técole de médecine d*Âbouzabel, a été définitivement établie près du haras de Choubrah. Ce haras eustait d'abord à Nayé, village de la Basse-Égypte ; plus tard» il le fit transférer k peu de distance du Caire, près de sa maison de campagne de Choubrah. Il se compose de vastes bâtiments et de domaines étendus Uvrés à ragricnlture, et contient environ mille chevaux, dont près de cinq cents juments, le reste étalons et poulains ; quatre cents hoinmcs sont employés au travail des écuries el aux soins agricoles.

Quelques voyageurs pensent que le climat de la Basse* Égypte est peu favorable au cheval, en raison de l'humidité qu'y apportent les débordenicnis du Nil, et que celui de la Haute-Ëgypte, du côté de TAbyssinie, leur convient mieux* Quoi qu'il en $oit> Thistoire et b tradition sont là pour

prouver qu'on peut faire en Égypte de bons et magnifiques clievaux. Avec tics inslilulious solides, uû avenir assuré, une civilisation vraie et adaptée au milieu politique et religieux de ce pays, le cheval égyptien, digne frère de Tarabe, peutcûcore briller pai mi les plus parfaits du monde.

Le luxe des voilures n'a pas encore pénétré en Kgypte ; le pacha, quelques grands» et les étrangers, en font seuls usage. Les cheiks et les hommes riches ne sortent qu'à cheval ; comme dans tout rOrient, le cheval esi un signe d'honneur et de distinction* On se sert pour les voyages^ les courses dans les campagnes et dans les villes, du mulet, de Fane et du chameau. Une coutume, fort curieuse et fort rationnelle d'ailleurs, a lieu dans la Turquie, en Syrie, et particulièrement en Egypte, c'est de mettre pendant quarante jours, chaque année, les chevaux au vert; ce temps écoulé, ceux qui appartiennent aux habitants des bords de la mer reçoivent un bain complet d'eau salée, après lequel on les lave soigneusement k Teau de savon. Pendant ce ca* réme végétal, les chevaux sont dans le repos le plus absolu, et ce n'est qu'après le bain qui le termine qu'ils reprennent, avec la nourriture sèche et tonique, le travail du jour et les entraves de la nuit.

Les chevaux d'Abyssinie ont une haute réputation parmi les Orientaux ; quelques auteurs même avaient été jusqu'à penser que le berceau primitif du cheval était TAbyssinie, et que c'était de ce pays que 1 espèce s'était répandue dans l'univers. Cette prétention n'a pas besoin, ce nous semble, d'être réfutée ; mais elle sert k prqfiver l'ancienne renonmiée du cheval d'Abyssinie.

Les chevaux abyssins sont d'une taille relativement éle-

vée, gris pour h plupart, et presque entièremenl blancs de très-boime heure ; ils ont beaucoup de rapport avec ceux du rojfaume de Dongola et des eontrées voisines qui s'étendent entre TÉgypte et TAbyssIttie. Le voyagenr Bosenal fait de ceux-ci le plus séduisant portrait : « Les chevaux de Donc gobt dit-il, sont les plus parfaits du monde entier; ils € sont beaux h l'œil, symétriques dans leurs formes, ner* flt veux et souples dans leurs mouvements, dociles et atta- « chés k leurs maîtres ; l'un d'eux toi vendu an Caire, en c 1816, pour une somme équivalant !i S5,000 fr. » Ce pON trait est fort embelli ; la plupart des auteurs s'accordent îi dire que les chevaux de Dongola ont la tête busquée, Tencolure longue, la croupe avalée, et qnlls sont généralement enlevés comme la plupart des orientaux. Les habitants de cette partie de l'Afrique racontent aussi que leurs chevaux descendent d'une des juments favorites du prophète. Il faut que celte question du sang et de la race soit enracinée bien profondément dans le cœur de tous les hommes qui ont fiiit usage d'un coursier généreux et rapide, pour qu'ils recherchent si avidement les titres de noblesse qui peuvent rehausser leur gloire. Du reste, Tusage de l'âne et du mulet a remplacé chez les Abyssiniens en général celui du che^ val , surtout dans les contrées les plus montagneuses et les plus escarj)oes. Les contrées chevalines sont principalement celles de Godjcan , de Damol et de Schoa ; cette dernière surtout produit d'excellents chevaux, mais qui malheureusement sont mal élevés et mal soignés. L'état politique du pays s'oppose à toute améUoraiîon sensible de la race équestre.

Bruce nous apprend que si les Arabes montent de préfé-

rence les juments, les Africains, an contraire, ne montent

jamais que des chevaux. La raison en es( claire, dit-il, les Arabes étant constamment en guerre avec leurs voisins, tâchent de prendre leurs ennemis par surprise, dans le crépuscule du soir ou l'aurore du matin. Les juraenls sont plus sages, moins bruyantes, et hennissent moins fréquemmenti c'est ce qui fait qu'ils leur donnent la préférence. L'Africain, an contraire, attaque à force ouverte, il s'avance sans crainte dans la plaine sans horizon; les surprises et les Stratagèmes lui sont inutiles.

Nous ne nous étendrons pas dayantagc sur les races chevalines et les habitudes équestres de celte ]>ariie de l'Afrique; les nations de ces contrées sont trop peu connues, et leurs usages sont d'ailleurs enveloppés de tant de barbarie, qu'il est difficile d'en faire ressortir quelque lait utile et intéressant pour la science ou Tagrément.

D'après le récit des voyageurs, plusieurs contrées du ceiiiie de l Afrique, et principalement le royaume de Bornou, possèdent d'excellentes races de chevaux. M. Tully, dans son Eistoire de Tripoli^ dit que ceux de cette dernière contrée sont supérieurs k ceux de la Barbarie et même de l'Arabie; ils possèdent, selon lui, les qualités de ces deux races : ils sont vigoureux comme l'arabe et beaux comme l'africain ; mais il faut, en général, se méfier des voyageurs, qui souvent n'ont pas de grandes connaissances en chevaux, et qui se laissent séduire facilement par quelques qualités spéciales, sans pour cela que l'ensemble réponde aux bril* lants récits dont leur imagination a fait les frais.

Dans tes contrées méridionales et occidentales de l'Afrique, et particulièrement dans le voisinage des côtes de

Guinée, les chevaux sont médiocres, périls, faibles, ramingues et méchants ; mais, outre qu'un climat trop chaud et des sables arides sont des conditions peu favorables an développemeiU de la perfection chevaline, quel secours peuton attendre des soins de Thomme, dans un pays où Tabrulissement et la dégradation humaine sont poussés à leurs derniers degrés? là où Thomme est vendu comme un vil troupeau, le cheval, qui participe des instincts et des sentimwts de Thomme, ne pouvait être qu'un être dégradé et sans valeur.

Dans l'histoire du ch('v;il alï icain, ijoiis avons gardé pour le dernier le plus remarquable et le plus illustre de tous, le cheval barbe. I^a Barbarie, proprement dite, comprend les régences de Tunis, les royaumes de Maroc et de Fez, et cette terre d'Alger, si fameuse dans les histoires anciennes et modernes, et qui méritait par sa gloire et ses malheurs de devenir une terre française. Bornée au nord par la Méditerranée, au midi par une chaîne de moiilagnes, qui la sépare du grand désert, cette contrée jouit d'une température douce et régulière, d'un del d'azur et d'un sol d'une fécondité si merveilleuse, que Rome eii avait tait le grenier de l'univers. Des cours d'eau nombreux entretiennent dans ses vallons une étemelle fraîcheur; une herbe substantielle et appétissante croit dans ses prairies, et les vents balancent dans ses plaines la vague dorée de ses céréales. Le cheval barbe est le descendant du numide, le rival de Tarabe, le pèi*e du cheval espagnol, et la source la plus féconde de ce sang fameux que les Anglais ont amené a une perfection idéale. Toutes les causes qui peuvent contribuer k Tamélioration, au perfectionnement d'une race, se sont réunies

pour faire du cheval barbe un modèle de vigueur et d'âégaiice : magnificence du climat^ fécondité du sol, fréquenee de communications avec l'Arabie par les pèlerinages et les

caravanes, goût prononcé de tous les peuples qui oui habité ce pays, Arabes, Carthaginois, Romains, Turcs, Maures, pour le cheval et les habitudes cavalières, haute civilisation

el mœurs clégaiiles des hahilanls <le ces coiUrées, |iendanl plus de dix siècles ; tout a conspiré, Thomme et la nature, pour faire du cheval barbe un magnifique monument, dont

malheureusement maiiuenaal il ne reste plus que les débris.

JNous avons vu les Numides sans frein de Jogurtha combattre tour à tour les armées romaines ou participer à

leurs victoires. Nous voyous plus tard les Arabes et les Tures créer dans ce pays une race particulière aussi gracieuse que la race arabe, et plus appi opriée aux mœm^ et aux habitudes des habilanls. Tant que la fièvre de coMqiiéle, qui poussait il y a mille ans le Midi sur le Nord, lit au besoin aux Maures d'Afrique et d'Ëspagne de bons et énergiques coursiers, les races de clievan\ s'améliorèrent rapidemait. Le cheval barbe devint le premier cheval du monde, plus grand que l'arabe, plus gracieux que Tégyptien, plus énergique que tous les chevaux du Nord, eu y comprenant même Tïtalie et la Sardaignc, le cheval barbe est ordiiiaijrement le plus beau modèle que Ton puisse donner; il est calme au combat, sobre sous la tente, et terrible & Tennemi. Mais riieure du déclin s'entendit a la bouche du Muezzin, sur les hauts minarets. L'e.sciavage abrutit bientôt les iits des Abencerrages et des Zégris; la noble guerre, qui est hi* mère du noble coursier, ne l'ut plus qu'un pillage organisé

et une suite de brigandages. Bien plus, le gracieux cavalier de Grenade abaudoima le cheval, et s>e lit pùate de la mer. Alors, adieu les beaux coursiers, adieu les souvenirs des haras du prophète* De ce moment, date la dégénâratlmi etïrayauie dans laquelle nous avons uouvc la race barbe lors de la conquête d'Algérie.

Le cheval barbe a plus de taille que le cheval arabe; il a la lélc un peu plus longue et légèrement busquée, sa poitiûne est magoiûque» ses membres forts et nerveux. Son arrière*mam laisse quelquefois à désirer, mais son ensemble est merveilleux de grâce et d'élégance ; il a le pied sûr, la course rapide, et se plie néanmoins lacilement aux travaux les plus compliqués du wmégd ; sa doeililé est extrême, et la plupart du temps son msdtre le conduit sans bride, par la VOIX seulement et la fameuse baguette traditionnelle des peuples nuniides: NumùU infreni.

Les chevaux barbes ont été renommés dans tout le moyen âge à cause de leur douceur, de leur mérite et de Tàge avancé auquel ils parviennent, et qui a donné lieu b ce proverbe : Les barbes meuretU^ mais Us ne vietUiisent pas. l.es mœurs de cette partie de l'Afrique pendant plusieurs siècles ont eu beaucoup de rapports avec celles de PEspagne; les rapports fréquents des Maures entre eux, les invasions et le contact des chrétiens, les rapports du sol, de la température, des usages, tout concourait a opérer cette fusion; aussi, jusqu'au siède dernier, la race barbe, comme nous Tavons dk, fut'^le estimée au moins à régal de la race arabe.

L'intérêt qui s'attache au cheval algérien depuis la conquête nous permet d'entrer ici dans quelques détails cir-

coDStanciés que nous prendrous dans i lotéressaat ouvrage publié sur l'Algérie par M* MolL « Les cKyergeDces entore fort récentes d'opinion k Té*-

i^ard des chevaux de l'Algérie ne rend j ont peut-être pas mutiles quelques développements sur cette importante question.

«On est lellemeiit habitué h juger les chevaux sur Textérieor» qu'il n'y a rien d étonnant a ce qu'on ait pris une mauvaise opinion de la raee barbe, telle qu'elle existe aujourd'hui dans noire colonie. En effet, pour les gens non counaisseur^s ou iiabilués aux formes développées du Nord, respect de ces animaux justifie cette assertion que les chevaux actuels de TAfrique valent tout au plus nos rosses de fiacre. On ne voit pas chez eux celte couloniiaiioa que le vulgaire confond avec la beautéf parce qu'elle plaît aux regards» et on leur attribue des défectuosités, parce que sons certains rapports ils sont disgracieux. D ailleurs, l'exiguïté de leur taille» plus apparente encore par suite de la taille ordinairement grande des cavaliers qui les montent» suffirait pour les déprécier aux yeux d'une foule de personnes.

« C'est a l'œuvre qu'il faut les voir pour les bien juger, et e'est chez eux qu'on peut apprécier l'influence de ce mystérieux principe d'action, qu'en physiologie on appdle Ttnflux nerveux, et que le viiltraire reconnaît et désigne, chez certains animaux» en disant qu'ils ont de l'âme. Sobres» dociles» patients, ils sont cependant» en gteéral» plans de courage et de ioiids, et d'une sûreté de jambes k toute épreuve. On voit ces soi-disant rossea galoper dans des terrains où un cheval du Nord passerait difficilement au pas, contourner ou franchir les obbUcleb avec uiie mer-

veilleuse agililé, et, sous un soleil brûlant, montés par (l<^ lourds cavaliers, souvent mal uuurris, n'ayant pas Loujours de Tean a discrétion, traités coaiiite le cavalier français traite en général son cheval , c'est-k-dire sans soins, sans amour, iuire malgré cela, pendant une série (l6 quinze, vingt et même trente jours» des marches jovroalières de trente k quarante kilomètres, dans un pays aeeideuté et privé de roules, au travers des torrents et des * broussailles, sur des pentes rocheuses et ravinées, marche;» qui se compliquent encore souvent de courses rapides nécessitées par les al(M*tes ou la poursuit des ennemis. Et cependant, loin d'avoir ce qu'il y a de mieux dans le pays, c'est k peine si, jusqu'à présent, nous avons eu le choix dans le rebut.

« Le cheval airicain, tel qu'il existe aujourd'hui dans la colonie, et malgré les causes nombreuses qui ont contribué & fiia dégénération , est encore, k mon a vis, le cheval de gtierre par excellence. On puni l ait désirer un peu plus de taille, mais peut-être n'y arriveraii-oa qu'au déU'iment de cette légèreté, de cette force, de cette constitution robuste, de celte âme, de ce qui fait, en un mot, le mérite de ces chevaux. Dans tous les cas, rien ne sera plus facile à obtenir que cette augmentation de taille, lorsque la production des chevaux ne sera plus uniquement enlre les mains des Arabes.

« Jen'entrerai que dans peu de détails sur rextérieuret la conformation de ces animaux, sujet qui a déjà dù être traité avec étendue par des houjuies spéciaux. Je dirai seuleuieiil que la taille vaiie entre un mètre quarante-cinq centûnètres ' e|r un mètre cinquante-cinq centimètres ; que les formes sont

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sèches, anguleuses» et, généralement, flattent peu i'œil.; q«e» néanmoins, lorsqu'on examine ces animaux de prèst

on trouve que tout est combiné de manière à réunir les condiiions de loi ce, de vigueur et de légèreté. Aini>i, capacité tlioraclque trèsHléveloppée; épaules mosculeuses, fortement inclinées; avanUbras longs et recouverts de forles saillies musculaires; genoux larges, canons courts, tendons forts et détachés ; sabots dui^ et bien contournés ; reins droits et courts; jarrets étirés, larges et plais.

« J'ai vu, en outre, dans la province de Constantine et à Orài), plusieurs chevaux a^aut des formes plus arrondies, plus déveloiqpées, et se rapportant tout à fait à celles sous lesquelles on représente habituellement les chevaux turcs, et même quelqueiois, quoiqu'à tort, les chevaux arabes. Le poitrail et la téte sont plus larges, Tencolure plus épaisse et rouée, le corps plus cy]indn(|ue et la croupe plus chargée. J'ai iiicme \u, chez plusieurs d'entre eux, des cous de • cochon. .

aCeschevaux, m'a l-on dit, proviennent de chevaux turcs

ti tnrcomans importés, k diverses époques, de la régence.

«Danslaprovincede Constantine, il existe égalemeiitune race plus grande, plus développée, plus haute sur jambes, mais moins bien faile que la race ordinaire, cique Ton connait sous le nom de Trass-Berdee (jument de bât). Celte race, peu estimée, et qu'on dit provenir de Tunis, sert, en efifet, principalement h porter des fardeaux. On l'emploie également, et de préférence, à la production des nmlets.

«Dans la province de Constantine, et surtout dans celle d'Oran, les chevaux sont plus nombreux et meilleurs que dans les provinces d'Alger et de Titterie. Peut-être notre II. 8

oceupatton a-t«elie coDtfilmé à cette différenee, mais il pth raltrait qu'elle existait avant notre arrivée. Â part les ei^

constances lihysiques, plus iavorables dans les deux premières provinees» par suite du grand nomiure de plaines et de riches vallées qui s'y rencontrent, on expliqnerait trèsbien celte difterenci^ par \v fait seul de raclion plus iinmédi iie (le Tniicieu guuverncmcut sur les proviiices d'Alger el de Tiiterie. Les Turcs avaient, en effet, le triste privilège de tarir tontes les sources de richesse dont ils s'occupaient» et c'esl iiotauimcrit dans la production des chevaux que leur influence nuisible se £atisait sentir. Les beaux chevaux étaient Tobjet de la convoitise des officiers turcs qui, méprisant les formes légales, liahilués d'ailleurs a traiter les Arabes en peuple conquis» s'en emparaient purement el simplement toutes les fois qu'ils le pouvaient. Bien des razzias ont été exécutées dans le seul but d'acquérir un beau cheval. Renchérissant sur leurs chefs, les soldats tores, dans beaucoup de garnisons» ne se gênaient pas pour arrêter aux portes les Arabes qui arrivaient montés sur de bons chevaux, pour les en faire desceudre à coups de bâton et s'en emparer. Aussi las Arabes avaient-ils fini par ne plus venir dans ces villes que montés sur des ftnes, des mulets ou ce qu'ils avaient de plus mauvais en chevaux. Des Arabes des environs de Bone m'avouaient qu'une des causes qui leur faisait accepter la domination française avec plaisir, c'était de n'avoir pins h cacher leurs moulures de choix. De la vient que les grandes et fortes tribus possèdent seules de bons chevaux, et que la province d'Oran, où ces tribus sont plus multipliées qu'ailleurs, eu a le plus grand noiubre. Ainsi, les Ouled-Sidi-ei-Aribi, riche tribu des marabouts de

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la plaine du Chéliif, les Oulassas, les Ilachemsrûharabas, les Oaled-Sidi-BeleïmaD, ies OuledrGiaf&r, mïm 61 paur santés tribus, s'adonnaient el s'adonnem encore, avee sue* cès, à l'élève des chevaux, et en ont un grand nombre de fort beaux dans leurs vastes plaines.

« lien eside même, dans la province deCionstantine» ciiet les puissantes et populeuses tribus des Abd-el-Nour, de Hauenchas, des Haractas, de Ouled-Soltani, des Ouled- Ammer-Ben-Seba, de Ouled-Righaa, ete.

« Les tribus do d^ert, malgré les obitaeles que le»» op» posait la nature de leur pays> élevaient et élèvent encore un grand nombre de bops chevaux» grftce k la liberté dom elles Jouissaient, tandis qu'aux environs des villes, et partout oè le pouvoir turc était fort, les tribus, même les mieux pla»cées, à l'exception de celles du Makbzen, s'adonnaient peu k l'élève des chevaux, et beaucoup plus k celui des malots et des ânes.

<i Les tribus kabyles sont dans le même cas, non pas k cause des Turcs, mais k cause de la nature montagneuse des contrées qu'elles habitent.

«c Disons cependant que les chevaux des plaines basses et fertiles qui avoisinent la cdte passent, panm les Arabes, pour inférieurs à ceux des montagnes et des {^ines arides du Midi, quoiqu ils aient plus de taille et d'étoffe.

« On sait qu'en général les Arabes estimait plus les juments que les chevaux, ils ne s'en défont que difficilement, et comptent la généalogie de leurs chevaux plutôt d'après ies mères que d'après les pères.

d Autrefois, ils vendaient leurs plus beaux chevaux aux Turcs, qui les préféraieul aux juments. Ils en vendaient éga-

— ne —

lement daas le Maroc, et les tribus des oonfias du désert ne conservaient même généralement qne quelques cfaevaax d'élite pour la reproduction.

« Les diverses tribus eu iclalion avec nous lioiis ont vendu un assez grand nombre de chevaux à diverses époques; mais il a toujours été très-difficile d'en obtenir des juments. D'ailleurs, la plupart de ces tribus, étant précisément autrefois exposées aux spoliations des Turcs, se trouvent daus le cas déjà signalé, c'est-à-dire ont peu de chevaux* De là, en partie, la difficulté que nous avons eue pour la remonte de notre cavalerie. Du moment où nous clommerous au loin» nos besoins eu chevaux, seront, je pense, facilement satisfaits ; car tout ce que j'ai entendu dire des graqdes tribus du Midi me porto à croire, même en faisant la part de l'exagération habiluelle des Arabes, que, malgré Téiat de guerre, état qui, du reste, comme on le sait, n'est point anormal chez les Arabes, il s\y trouve encore d'importantes ressources en chevaux.

ce On serait porté à croire que l'Ai'abe, peuple pasteur et guerrier, tenant avant tout à ses chevaux, qu'il estime bien au-dessus de ses femmes, devrait avoir acquis «ne expérience consommée dans la connaissance du cheval, de meilleurs modes d'élève, d'entretien et d'emploi de cet animal. Il n'en esl rien cependant ; et, comme si ces hommes, passés maîtres en ruses et en commerce, étaient frappés d'incapacité en présence des laits naturels, on retrouve chez eux la stupidité du sauvage, même en ce qui concerne leur animal de prédilection. On en jugera par ce qui va suivre. Mais disons tout de suite que ce qu'on a conté de l'amour de l'Arabe pour son cheval, et des soins qu'il loi

prodigue, est digne d'être rangé à côté de rénnmératioDdes autres vertus qu'oïl lui a si étrangemeot prodiguées. L'Arabe aime sou cheval plus que sa femme, mais cela ne proave nollemeat qu'il l'aime beaucoup. Il passe souvent de longues heures à le contempler, et refuse pailois de le vendre k des prix très-^levés ; mais il n'y a la rien de ce sentiment qui porterait, par exemple, beaucoup de personnes h conserver leurs chiens, même au prix de grvids sacrilices, et (pioiqu'ils ne leur soient d'aucune utilité. C'est tout simplemeol l'avare qui se complaît dans la vue d'un objet d'une haute valeur à ses yeux. C'est le guerrier qui tient à ses armes, parce qu'elles lui sont utiles, ou rhomme vaniteux qui contemple avec orgueil les riclieâses qu'il possède.

<!c L'Arabe abuse de son cheval comme il abuse de tout.

« Mettez un cheval, dit M. Baude, entre les mains <1 un enfant qui ne le craigne pas, Tenfant abusera de tous les moyens de l'animal ; ainsi font les vieux Arabes. Élevés dè& renfance à manier des chevaux, les Ai abes sont inconlestabiement des cavaliers plus exercés que nous, mais leur équitatiott ne vaut pas la nôtre. L'art patient de beaucoup obtenir de Fanimal en le fatiguant peu leur est inconnu : ils l'attaquent du mors et de l'éperon par brusques saccades, et e'est malgré la manière dont il est conduit que le cheval barbe conserve tant de grâce, de vigueur et de solidité. »

« On sèvre les poulains à sept ou huit mois ; a un an on lui coupe les crins, et, à partir de ce moment, il devient le compagnon des jeux des enfants, qui commencent son éducaiion en le montant, les plus jeunes d'abord, les plus âgés ensuite, à mesure que les forces de ranimai augmentent.

 ràge de trente mois, on lui met la selle et la bride» et on le lient entravé euprès de la tente, pendant un tempg gra* doellemeot pins long, afin de ThaMtoef li la sotmoiflaion* Alors les hommes le montent ; mais, au lieu d'user de ménagements k son égard, ils le soumetteni presque immé« dlatèment anx plua rudes ëpreuves^lui font faii^ des fiinla^

sias, le lancent à fond de train et Tarrétent court, lui font parcourir rapidement des terrains accidentés, lui appren* fient k s'enléYei* par-dessus les obstacles ou & les contourfler, l'habltuêtit k la détonation des armes h fen, et enfin s'attachent à lui donner un bon pas, qui, avec le galop, est la seule allure que les Arabes laissent prendre à leurs éhevaux.

« AquaUeaiis, Tanimal, lorsqu'il a supporte ces épreuves, ce qui n'arrive pas toujours, è&i regardé comme dressé ; Mais souvent il est déjli presque tulué. A partir de ee moment, et pour le refaire, on le soumet a nu traitement plus dont, et on lui donne une bonne nourriture. A cinq ans, on lui coupe de nouveau les crins, et les Arabes, qui ignorent le moyen de reconnaître F Age du cheval par l'usure des dents, l'estiment approximâtivement par la longueur de la erinière.

a A sept ans, rantttiat est censé avoir acquis toutes ses facultés, ou être complètement ruiné. Aussi les Arabes dlséfltlls : « Sept ans pour mon père, sept ans pour moi^ sept aus pour mou eunéint. » Ce proverbe constitue, avec le suivaul, la base du système et des connaissances hippiques des Arabes : « Fais manger le poulain d'un an pour le conduire k bien ; monte-le k trois ans, jusqu'à ce qu^il en plie ; soignelé pariliiteAient de quatre a cinq ans, et alors, s*il ne te convient pas, vends-le. >^

Les jent équestm des peuples ont ordiiudieniMt m

rapport direct avec leur manière de combattre. Les fantasias algérieuoes sont un composé des ancifios carrousels des Maures el des évolutioas nilitaires eo usage dans leurs combats ; mais, au lieu des exercices savants, des méthodes gracieuses des anciens Maures, on ne trouve ici que la fdu« gue, rûnpétvosilé Si le désordre du sanvage i lancer son Aeffti à tome tiride* l'arrêter conit, le mener tantôt ^ droite, tantôt k gauche, sans but déterminé, tirer son coup de fiisil el diarger en oouranl» tel .esl le fond des iemlasîas^ spectacles si cher aux peuplades de Tancienne barbarie* Quoi qu'il en soit de la bizarrerie, il y a quelque chose qui émeut fortement Tàme k voir s'élancer ces nombreux cavaliers, partant tous à la folllpoussant des cris, agitant leurs armes, faisant feu de toutes parts; à voir les chevaux s'animer k l'iuiilalion de leurs maîtres, bondir et se cabrer, suer le sang et l'eau» franchir les ravins, descendre les collines, voler comme des flèches, et s'arrêter court tandis que leurs naseaux fument et que le feu semble sortir de leurs ardentes prunelles. C'est vraiment un thème militaire, et il ne faudrait que le régulariser pour y donner peut-être un but d'utilité pratique, utile dans les évolutions de la cavalerie légère.

Depuis la conquête, des courses de chevaux ont été établies h Alger, kOran, k^one, par nos braves officiers; c'est une institution à encourager, et qui portera un jour ses fruits. Des tentatives ont été aussi faites par Tadministration de la guerre pour ramélioration des races chevahues ; mais les types du pays ne sont pas assez purs pour servir de fondement à une régénération complète de Tespëce.

C'est è nous qui possédons maônleiitntle sol fécond qui

vit naître les chevaux de Jugurllia et d'Abderame, et auquel ]e monde est redevable de Godolphin-Arabian et des Barb' MarCf qui formèrent la race pure ; c'est k nous qn'il aiHttrtient de fsiîre renaître la race barbe, atec son énergie, si grâce et ses facultés régénératrices. Il ne faut, pour cela, qn'aller chereber sur les bords de r£uphrate quelqaes-nns de ces types que rOri«it conserve encore, et les semer avec intelligence et patience sur cette terre promise qui attend de nous son réveil à la civilisation et au partage de nos gloires.

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