‹ Histoire du cheval chez tous les peuples de la terreChapitre 13 sur 24 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

CheTain rosses et cotaqnes. Cli«niix aanvages. — Mue^Mi. * CbeTanz

poloutis.

Depuis la fondation de Tempire de Russie par le vieux chef Scandinave Ruric» joaqa'au règne de Pierre le Qrand« les peuples k demi sauvages de la Mescovie s'occupèrent fort peu de la science du cheval. Semblables aux.S^ctbeSy leurs pères, ila bavaient le lait de leurs juments, se nonr rissaient de la chair de leurs poulains, et pareouraîent les steppes en troupes vagabondes, comme le font encore les Tartares et les Cosaques des bords de la mer Caspienne. La Moscovie devait au voisinage de la Perse et de la Turquie une race excellente de chevaux. Passant sans transition de la patrie du soleil dans celle des frimas, le cheval russe était sobre comme tous les fils du désert, dur k

la fatigue, robuste et plein de feu. Il conservait, de son fllnstre origine, Fœil de la gazelle et la démarche altièie ; mais il avait pris la robe fournée du Nord, la longue crinière et Taspect misérable du riche déshérité.

Longtemps la civilisation sommeilla comme engourdie sur cette terre glacée; un jour enfin, un coursier de TUkraine conduisit k Sardam le civilisateur du Nord ; sa main apprit à construire des navires , son grand cœur en savait la marcbe. Plus tard, le même coursier le porta dans Paris, où trônait alors le roi du monde. Pierre vit et comprit toutes les grandeurs de la terre, et les légua a son peuple, en le conviant à son tour au mystérieux banquet du progrès.

C'est au cheval que la Russie dut Thonneur de sortir de sa longue léthargie ; c'est k lui qu'elle dut la formation de ce vaste empire qui s'étend sur deux mondes, et qui du pôle glacé des bords du Kamtchatka touche aux contrées heureuses de Tantique Éden.

Parmi les miUe transformations que les climato divers, les habitudes variées de ces peuplades, l'inégalité des con»» ditions et des fortunes, viennent a[)porter k la race chevaline en Hussie, on distingue cependant deux grandaiypes spéciaux : le cheval du Cosaque et le cheval desthié m tirage des traincaux. Qu'impoilc qm h race arabe presque pure s'élève dans les riches haras par les soins d'intelligents boyards? Qu'importe que des familles de par sang anglais, transportées à grands frais et s'alHant toujours entre elles, maintiennent, sous un climat analogue, la pureté aristocratique de leur nom et adoucissent les chagrins de Vexil, en retrouvant sur les bords de la Neva et du Dneiper

les jeux du turf et les souvenirs de la pairie? Qu'importe, eofîo» qae de judicieux croiseménts, des soins fionstanlâ éC éclairés, un amour instinctif dé la science hippique, améliorent et modifient chaque jour les espèces chevalines en Russie? Pour l'étranger» pour le poète» il n'y en a que deux:

Le cheval du Cosaque,

Le cheval du traîneau.

Qui ne connaît le cheval du Cosaque, qtif n'a vu sa longue crinière, cette téte osseuse et énergique, cette maigreur apocalyptique et cet air d'indépendance et de sauvagerie qui rappelle le souvenir des coursiers d'Attila 1 M. de Béranger Ta peint pour Téternité dans ses helles odes :

Viens» mon eonnkitt noble ami do CSoM^e, Voie au signal des trompeUes du Nord ; Prompt au pillage, Intrépide i Tattaquc, PHHé sousmd des attesà la morl.

L'or n'enrichit ni ton frein ni ta selle, Hais attend tout du prix do mes cxploils, Hennis d'orgueil, 6 mon coursier litlcic, Et foule aux pieds les p^ipies et les rois.

Nous reviendrons à ce type, d'ailleurs si connu, (juaiid nous parierons des chevaux à demi sauvages de la Russie d'Europe.

Le cheval russe, proprement dit, est de corpulence moyenne, peu distingué, mais vigoureux, sobre et iulaligable, plus propre pour le tirage que pour la selle. C'est Ik que Ton trouve la souche de ces chevaux qui font voler les

rapides traîneaux sur les routes glacées, a travers ies dé-

serls.\c traîneau remonte en Russie plus haute antiquité, c'est la voilure de l'hiver sous les pôles arctiques; Tété, on le remplace par le léger droskij, qui n'est, à vrai dire, qu'un traîneau porté sur quatre roues. On attelle ordinairement trois ou quatre chevaux de front; le postillon les dirige du siège . il les anime, les ralentit, les arrête au son de sa voix ; les côtes les plus rapides sont descendues et montées du même train, et la vitesse avec laquelle disparait la dislance semble réaliser les poétiques fictions de l'Orient, ou les miracles que notre siècle a vus naître a l'aide des chemins de fer et de la vapeur. Le fonds que possèdent ces . chevaux est inépuisable ; souvent, en arrivant au relais, le postillon demande au voyageur la permission de continuer, quoiqu'il ait déjà parcouru trente et quelques werstes, en-* viron trente-deux kilomètres et qu'une distance pareille» reste encore à parcourir. Les coiurriers vont ordinairement de St-Pétersbourg a Moscou en quarante-deux heures. On compte, de l'une à l'autre de ces deuxvilles, sept cent vingtneuf werstes, c'est donc environ dix-huit werstes ou dix-huit kilomètres à l'heure, vitesse prodigieuse, si Ton compte le temps de relayer et les repas des voyageurs. L'empereur Alexandre et son père Constantin voyageaient avec une rapidité qui tenait du prodige. L'empereur allait de Saint- Pétersbourg a Moscou en trente-six heures, cependant il ne mangeait pas dans sa voiture et prenait ses repas à l'aise. Le grand-duc Constantin franchissait la distance de Varsovie à Pétersbourg d'une manière encore plus rapide ; cette distance est de seize cenls kilomètres ; il menait quatre-vingts heures à la parcourir, c'est vingt kilomètres h l'heure. S. M. l'empereur Nicolas a encore reculé ces extrêmes limites ; le

graod empeieor, qui tient d^iine main si ferme le sceptre de

Pierre ï", veut tout voir par liii-même,et souvent, tandis qu'on le croit paisible au fond de son palais, il vient tomber Il rimproviste chez Ton de ses puissants sujets, pénètre sous la hutte du KaUaoulk, dans les tentes des soldats qui gardent les frontières de Tempire, ou se fait annoncer à la porte des rois ses voisins.

Un voyageur nous a transmis le récit de la vigueur et des misères du dievai russe employé aux travaux des grandes villes.

<i On est dans l'habitude, dit-ii, de plaindre les chevaux

de liacre, à Paris; les travaux, les peines, les privaiions, les mauvais traitements auxquels ces malheureux animaux sont soumis et exposés, ont donné lieu à un proverbe que tout le monde connaît: Paris est l'enfer des chevaux. Eh bienluntel enter peut cire considéré comme le paradis pour les chevaux de place à Pétersbourg, car leur sort est bien autrement rigoureux.

« Les paysans, qu un sol glacé enipeelie pendant l'hiver de se livrer aux travaux de l'agriculture, et qui n en doivent pas moins payer la redevance, sollicitent un permis de leur seigneur, et, l'auint obtenu, partent sur un traîneau façonné de leurs mains, attelé d un maigre cheval, pour Tune des principales villes de Tempire, dans l'espoir d'y gagner quelqu'argent au service public.

«Le paysan qui s'absente ainsi de son village n'a, jusqu au moment de son retour- dans sa chaumière, pour abri que le ciel, et pour lit que le banc de son frêle équipage ; il fait ses repas en plein air, et rien n'égaie sa fnig dite. Le désir d*amasscr un petit pcculc lui fait supporter avec courage

loutes les privations. N'accordant aucun relâcbe m puiqre animal sur Je travail duquel sont fondées toutes ses espérances, il le flatte par de douces paroles, rappelle soupère^ ^un unchy son petit pigeoUf et mille autres expressions semblables; i| lai promet mille félicités daps une autre vie, en récompense des peines qu'il éprouve dans celle-ci. Oa ne saurait dire si ces hommes incultes croient à la réalité de pareils dédommagements pour tous les êtres; mais» dans ce cas particulier, ce serait ea vérité un vœu bien U^ûm, car CCS malheureux chevaux passent quelquefois une partie de 1 hiver sans étr^ dételés et s^ pouvoir se coucher un seul instant. On ne conçoit pas comment ils peuvent lésiS" 1er k de pareilles fatigues, torsque le froid est vif, dans la cr«ît)te qu'ils ^e|)ej issent d'engourdissement, on les force ^ marciier sanilc^cT 4 le jour et la nuit. J)aDS toutes les nies sont disposées de^^ maogeoires pour leur donner Tsvoine; ils ne s'arrêleiit que là, par iaterv^Ue^ quand ils sont exténués. Du reste, ferrés à trois ta^pom et naturelliuneot ayant le pied très-sûr, ils galopent sur b| glace, sans que presque jamais il leur arrive d'accidents.

a On pourrait croire qu'il y a exagération dans le ré^t des souffrances et du service des chevaux russes, dans k& grandes villes, pendant l'hiver; eh hien ! ce n'est que Tex^cle vérité. Un grand nombre de chevaux passent ^ mois d'hiver dans les rues de Pétersbourg, faisupt un exercice continuel, trahiant la nuit leur maître endormi, qui se réveille aussitôt qu'ils s'arrêtent pour leur crier: « Eu ava^t ! » et leur appliquer un vigoureux coup de knoui.

<x Un cheval de fiacre est vieux, à Paris, quand il compte douze à quinze années ; en Russie, il est souvent encore

plein de force et de légèreté à vingt-cinq ans, malgré la * négligence ou les mauvais traitements qu'il supporte, ce qui prouve l'excellence de sa constitution. Les maladies sont rares chez lui, surtout celles qui attaquent les membres et la vue. Il est sobre, patient, et très-sensible aux caresses; il a, pour la reconnaissance, des facultés presque aussi développées que le chien; entin, dans les chevaux russes les plus commus, on trouve une intelligence et des moyens physiques approchanl beaucoup de ce qui dislingue les chevaux arabes. » ■ jt^

La Russie est maintenant une des contrées du monde où Ton 8*occupe le plus de Famélioration du cheval ; le nombre des haras est considérable. Les chevaux élevés chez les ^ seigneurs et les riches boyards se distinguent du cheval indigène par les croisements orientaux et anglais qui ont modifié leur conformation, par les soins qui leur sont donnés et la nourriture plus substantielle et plus succulente qu'ils reçoivent. Leur taille est généralenjent élevée, leur port élégant, leur peau line et leur œil ardent. Parmi les chevaux russes on cite particulièrement les rissah ou trotteurs, de la race d'Orlow. Ces chevaux ont, dit-on, pour origine un cheval arabe donné en 1780 au comte d'Orlow par le Grand Turc. Ce cheval fut placé dans le haras du comte, situé près d'Aroul; il se com[X)sait principalement de juments danoises. Quoi qu'il en soit de cette origine, c'est actuellement encore de ce haras, entretenu avec le plus grand soin par la comtesse Orlow-Tschemansky, que sortent les ^ meilleurs trotteurs. Ce sont eux qui traînent les voilures légères qui sillonnent les rues de Saint-Pétersbourg et ces traîneaux qui glissent sur les Ilots glacés de la Neva. Lçs

rissuh soDt, avec les trotteurs américaios, les hardraveset les padouans, les premiers trotteurs da monde ; leor coaformation n'est pas tonjoors régnlière, mais ils ont la forée, la vitesse, l'énergie : c'est là tout le cheval. On rapporte que les i^vaus attelés au droskj» et donués par le czar à uolre grand peintre Horace Vernet, sont issus de cette espèce fomeuse. Les trotteurs rossesCrottentI la vitesse d'environ sept minutes pour quatre kilomètres, ce qui est la plus grande vitesse connue. Les petits trotteurs d'Estonie, eaajk Vîatka et de Kolywan, égalent presque en vitesse œuf W haras d'Orlow, mais ils ont moins d'élégance et de taille.

La cavalerie r^lière de Tarmée russe, en y comp»pmt les soipante-donze escadrons de la gâffde, s'élève enfîroii ï 90,000 hommes. La cavalerie irrégulière est innombrable; elle se compose des Cosaques du Don , de TOural el;^;^;^ Noire, ddi !pi;^â|ss, Tartares, Baskirs, e^gffg^^fjlifi tributaires. Leur cflectif militaire habituel est d'enviroD i50»()p0 hontes. Voilà, à proprement parler, la vérilable cavalerie russe ; car, autant le Cosaque» iils des Scy tlies, esl^ cavalier de sa nature, autant le paysan moscovite Fest péa; auisi, la cavalerie de ligne, recrutée particulièrement dans les provinces impériales, est*eUe d'une notable infériorité sur toute la cavalerie de l'Europe. Mats, m levancàe, ilitfi# magnifique, rien d'imposant, comme l'aspect de la garde impériale : les soldats de la garde sont choisis dans l'élite de l'armée ; ils sont tous de la même taiHe, de la même loiicc nure, du même aspect, et semblent, comme on l'a éW; taillés sur le même patron par un ukase; malheureusement, par une coutume singulière, adoptée généra||||||gpir4oiis les peuples, ces cavaliers sont d'une taille disproportionnée

avec ieuis chevaux; il en résulte que cei> corps soal peu aptes k supporter de grandes fatigues et qu'ils semblent plutôt organisés pour la parade que pour le combat. Rien n'est beau comme le défilé de la fjarde a la &uite d'une revue : après les innombrables balailions de i'intanterie, on voit s'avancer les cavaliers des gardes avec leur uniforme Manc couvert de broderies d'or, et leurs cuirasses noires et polies ; les cuirassiers do Gatchiua, avec leurs casques et leurs cuirasses luisantes ; la pesante cavalerie des dragons de la garde ; les lanciers et les hussards aux rouges uniformes; les cosaques rouges et bleus dont les longues lances s'élèvent comme une forêt mouvante. Chaque régiment a ses chevaux d'une même couleur, les uns noirs, les autres bais, gris ou alezans; la maiclie esl fermée par un régiment mahométan, avec ses quatre escadrons composés de Circassiens, de Kurdes» de Turcomans, et d'autres tribus du Gau* case. Cliaquo escadnui a sou uuiloi me particulier: ici, le bonnet pointu des Persans en agneau noir ; là, le haut turban des provinces du Caucase. Le plus singulier de tous, c'est celui que composent les jeunes nobles du Caucase. Ils portent le costume uatiuiial , un casque surmonté d'une pointe d'acier, une brillante cotte de mailles sur un justaucorps écarlate, une riche et coûteuse armoi'e; c'est le faste militaire de rOrieut dans ce qu'il a de plus éclatant, de plus pittoresque et de plus splendide. Us montent de petits chevaux à l'œil de feu et au pied de fer ; ardents, vifs et légers, ils ont toute la vigueur et le brillant du cheval arabe, s'ils n'en ont pas la gcàce et la perfection ; ces chevaux sont gris pour la plupart et le bout de leur queue blanche est teint en rouge par le henné.

Nous l'avons déjà dit, iedeiaut de la garde rus^e est de

chercher des homiMS de trop grande taille, il faat» par suite, recourir aox fortes espèces cheTaUnes t aussi, uëgli-

peant la race indigène des chevaux cosaques et des autres provinces niéridionales où ils trouveraient les éléments d^une formidable cavalerie, le gourememeut fait tout aa contraire pour obtenir celle espèce de chevaux épais, lourds et charnus, qui plaisent tant aux cavaliers de Técole allemande : aussi sont-ils peu capables de résister à de grandes fatigues. La tenue des cavaliers à cheval est celle adoptée depuis quelques années en Prusse et en Hollande ; elle consiste k porter la jambe en arrière de manière à rompre la ligne perpendiculaire à laquelle s'attache, au contraire, récole allemande.

Les régiments cosaques, hommes et chevaux, difièrent essentiellement de la cavalerie moscovite; il y a, chez le Cosaque, une liberté d'allures, un nir (Undépendanee que n'ont pu détruire ni la servitude ni la discipline. Les Cosaques de la garde sont l'élite d'une belle race ; leur bonnet sans visière, leur regard libre et décidé, leur pantalon a plis et leur justaucorps sur lequel vient flotter une large veste sans boutons, leur donnent un aspect particulier. Ils suspendent un pistolet h leur ceinture ; un sabre et une longue lance complètent leur équipement. Les Cosaques portent Tétrier court, et leurs chevaux n'ont point de mors ; aussi, dans le premier moment de la charge, le désonire semble régner dans leurs rangs ; mais peu à peu les lignes se rétablissent et bientôt elles égalent, si elles ne la surpassent pas, la merveilleuse rëgularitédes troupes d'élite.

Chaque conirée founiit son genre de cheval; la Livonie etTEslonie ont leurs doubles bidets robustes et corsés; le pays d'Archangel, les petits chevaux appelés messenshî, ii

la paissante encolure, et les anesehkif aux erinières pendantes et aux yeux effrontés. Les environs de Vkftka

s'enorgueillissent de leur famille de trotteurs. Dans la Sibérie, Tespèce est chétive en général, et cependant les Tartares d'i4/tot ont smélîoré une race particulièie dont ils foiil grand conamerce. Les loiujoimes et les Tartares* Bratzky nourrissent de jolis chevaux, mais d'une taille peu élevée et pea aptes à aucun service. La plupart de ces dievaux ont la robe tigrée de bai et d'alezan, leurs crinières et leurs queues sont épaisses et légèrement frisées. Enfin, en continuant vers le nord» les JukulUs et les KamUckadoUê n*ont presque pins de chevaux, et se servent plus habituellement du renne et du chien, qu'ils attellent k leurs traîneaux.

En remontant vers le sud, on trouve les Kirgbises, dont

le cheval est en général petit et disgracieux ; cependant, quoique peu apprécié hors de son pays, il est vigoureux et hardi. Les Kirghises aiment le cheval, et en font l'inséparable compagnon de leur vie. Les femmes même, plus libres qu'elles ne le sont habitueilcment chez les peuples de ces contrées, montent à cheval comme les hommes ; elles prennent part aux courses et aux chasses. L'Amour même se lail ecu^er, l'amant délie à la course la jeune beauté qui Ta séduit; s'il atteint le coursier de i'hippodamiehyperboréenne, elle n'a, pour s'avouer vaincue, qu'à se laisser loucher de la main ; dans le cas contraire, c*est à coups de knout qu'elle éconduit ie poursuivant.

Les Kalmonks nourrissent, dans les excellents pAturages de leurs iiiimenses steppes, un grand nombre de chevaux renommés ; on sait que ces peuples sont comptés parmi les plus belliqueux de la Tartane et qu'ils forment

une partie notable des troupes îiréguHères de l'empire.

Mais les chevaux les plus fameux de la famille cosaque sonl ceux de l'Ukraine, des Cosaques du Don et des Cosaques zaporoges. Le cheval de l'Ukraine est spécialement (h^stiné h la cavalerie légère; il est vigoureux, léger, plein de souplesse et d'élégauce : c'est le coursier des l^eodes Scandinaves à la crinière lumineuse.

Le cheval do Don ressemble au cheval circassien ; comme lui, il porte encore le reflet pâli de la race d'Orient: il est sobre» dur à la fatigue» plein de grâce et d'énergie; malhea« rensement la chétivité de la nourriture et un travail excès* sif lui oient son aspect brillant et ses formes majeslueuses, fruits des climats plus doux et de soins mieux entendus.

Les Cosaques zaporoges élèvent, sur les bords du Dneiper et du Bui^, les meilleui'es races de chevaux, non-seulenit'ul de la Russie, mais encore pcui-ctre du monde entier, pour les besoins de la cavalerie. G'esl le cheval orienta^ grandi par le climat et la nourriture; sa téte est légère et intelligente, son encolure souple et gracieuse ; ses muscles se dessinent fièrement sous une peau line et rosée» et ses membres, robustes et d'un aplomb parfait» ont Tair de défier le travail et la fatigue.

Comme les habitudes équestres des Tartares sont presque partout les mêmes» nous allons décrire ce qui se passe ordinairement dans la tabune ou troupeau de chevaux d*an grand propriétaire cosaque :

Chaque tabune est sous le commandement d'un chef nommé Attaman» qui a sous ses ordres un certain nombre de gardiens nommés Tabuuzecks.

Durant les beaux jours» si rares en ce pays, la tabune erre en liberlé jour et nuit k travers les stepi)cs ; pendant

les six autres mois de l'année elle passe la nrit à coaveit»

le jour venu, on la laisse sortir dans la plaine, et la les pauvres chevaux écartent avec leur sabot la coucbe de neige répandue sur le soU afin d'y chercher un peu d'herbe. Quant k Tabri de la nuit, ( \ si jnu de chose; c'est un enclos lermé par un mur en iioioa dessèche el sur lequel on a construit du cdté du nord une espèce de toiture grossière, afin de le garantir de la bise. Les étalons s'emparent d'abord des meilleures places de ce hangar, les jeunes poulains forment des groupes le long du mur et se serrent les uns contre les autres pour entretenir parmi eux «n reste de chaleur. Ce n'est pas du froid qu'ils ont le plus a suallrir; le tabunzeck leur délivre une certaine provision de fourrage, mais celte provision est rarement suffisante. A mesure que l'hiver avance, le foin de\ietil de plus en plus rare, et Ton est forcé d'y substituer de la paille et des roseaux desséchés. Si l'hiver ^ prolonge au delà du terme ordinaire, *ies malheureux chevaux sont réduits h manger la terre dont le mur de ra|H)enli8 est formé; qnehiuefois même ils s'arrachent les uns aux autres les crins de la queue, ei ils les dévorent; tandis que dans ce pays fertile un seul été pioduitplus d'herlH' (iifil n on faudrait pour approvisionner toutes les tabunes pendant cent hivers.

Aussi la saison d'hiver enlève-t-elle un nombre considérable de chevaux. Près de la moitié des produits périssent ainsi chaque année de faim et de misère, et ceux qui survivent sont tellement amaigris, tellement épuisés, que sis mois suffisent k peine pour les rétablir.

Dans une tabune de mille chevaux, il y a généralement quinze à vingt étalons et quatre ou cinq cents cavales. Les étalons, surtout les vieux, se considèrent comme les sei-

gnenrs et matcres de h commtinauté ; Ils exercent lenr antorilé avec fort peu de mo l» ralion, et se livrent entre eux des comliats désespérés. Il eiiste toujours dans chaque tabune en étalon qui, plus méchant on plos fort que ses camarades, s*esl acquis une sorte de suprématie. Les tactions, les cabales» les intrigues s'agitent parmi cette foule ; souTent une coalition générale se forme contre un seul individu : on se jette sur lui, on l'accable de ruades et de morsures, on le contraint de vivre k l'écart.

C'est lorsque deux tabunes se rencontrent que des combats terribles s'engagent, riidinairement les labunzecks ont soin de laisser, entre leurs troupeaux respectifs, une distance convenable ; mais cette rencontre peut avoir lieu par suite de quelque négligence des gardiens. Souvent aussi ils la provoquent quand, par exempl», il s'agit d occuper ua pftturage contesté. Dans ces occasions, les cavales et les jeunes poulains ne pi'ennent point part & l'action. Des deux côtés, les étalons s élancent avec une furie et une impëiuosité dont ne peuvent se faire une idée ceux qui n'ont vu le cheval que dans l'état domestique. La rage éclate dans leurs yeux, ils hérissent leur crinière comme des lions ; ils se déchirent avec leurs dents ; le bruit de leurs sabots qui s'entre-choquent retentit au loin, et pendant cette lutte acharnée, dont le tumulte et l'agitation ne sauraient se décrire, ils rugissent, ils beuglent, ils poussent des cris si perçants et si étranges, que le souvenir ne s'en perd plujs quand on l'a entendu une fois. La troupe victorieuse emmène toujours en triomphe un certain nombre de cavales prisonnières.

Les tabunzecks s'occupent alors de l'échange dés captives. Il est bien raie qu'à propos de cet échange ils n'eu

vicanent pas aux mains, eux aussi, si toutefois ils ont pu rester neutres josque-là.

Le iMrinlemps raia, les diemx s'indemniseiit des priiations de l'hiver. Les loups, de leur côté, ne sont pas moins pressés de réparer les jeûnes qu'ils ont endurés. C'est l'époque où la chair des poilaios est la {ftlas délicate, et les loups laprëlèrentà tonte autre. Nuit et jour ils errent dans ItToisinâge des lalmnes, comme le lion de rÉcriture» cherchant qaelqoe chose h dévorer. Commt^ ils soat les pl«s fiâiles, ils ont lecoars h la rose : ils n'oseraient s'exposer à allaquer une tabuue en pleiu jour; et, quelque pressés qu'ils soient par la faim» ils ne se hasardent Janais h oommettie im pareil acte de témérité. Cest pendant la miit» lorsque le troupeau est dispersé dans la plaine, et qu'ils se tronveat assez nombreux, qu'ils attaquent leur proie. Alors un admirable esprit d'ensemble et d'union se déploie panni les ciievaux; les étalons et les cavales se jiai teiif rapidement vers le point menacé, et londent sur les assaillants avec une impétuosité qui met souvent eenx-cî en déroute. Les loups reviennent ^ la charge ; ils s'emparent de quelque pauvre poulain qui s est écarté de quelques pas du gros de la troupe, et s'apprêtent k Taitiaîner ; sa mère se précipite pour le délivrer, au risque de partager son sort. C'est ici que le combat s eugage véniablemeot ; les cavales s'avancent sur le« ennemis en phalange serrée; e|les les pour* suivent des pieds et des dents, tandis que les étalons se tiennenl en dehors de la ligne ; les crins hérissés et les naseaux ouverts par la colère» ils galopent sur les flancs de leur armée et remplissent li la fois les fonctions de génteux, de tronipetles el de porte-élendard. Si un loup ose les effronter, ils s'élancent sur lui, et souvent ils l'assomment

(l'un seul coup de leur puissant sabot. Alors, ils traînent le cadavre^avec leurs deuts jusqu'au milieu des cavales, qui le broient sous leurs pieds. Si» au contraire, l'étaion échoue dans son premier élan, c'en est fait de lui ; huit ou dix loups aflanics lui sautent li la gorge, et ne lâchent point jii ise qu'il ne tombe mort sur le soi* Crime inutile, liélas ! its^ fiteront point de leur victoire: les compagn jMfiiiii -vioh^mprécipitent sur les assaillants et le \engent avec usure. L# loups liuisseiit toujours par être complétipent délait&;Jls fuient en désordre, laissent iur le corps des vain^i^uîi liii

d'une marque sanglante, plus d'une Bntaiil^ profonde qui

atteste racharnement de la luUe.

Ces grandes batailles^ sont rares en général, le loup les évite. Sa tactiquè consiste en surprises : il se glisse sournoisement k travers les herbes de la steppe, il s'approche de la tabune en prenant le vent, et reste en embuscade pendant des heures entières, jusqu'à ce qu'une cavale vienne k s'écarter avec son [îoulain du reste du troupeau. Même alors il tente rarement une attaque à force ouverte ; il s'approche encore davantage en rampant, il imite le chien par les mouvements de sa queue. Si la cavale, trompée par ces démonstrations amicales, le laisse s'approche d'assez près, il lui saute à la gorge, et en un moment il la saigne et la tue ; puis, s'emparant du poulain, il rentraine,il l'emporte, et il disparait avec. son butin avant que. le tabunzeck ait soupçonné sa présence. Ses tentatives de maraude n'obtiennent pas toujours un succès aussi complet; souvent la cavale évente sa ruse et donne l'alarme ; le tabunzeck accourt, cl le déuoûment dei'ail'aire est qu'il augmente son bagage d'une belle fourrure. La seule ehance qui reste au loup pour s'échapper, c'est de rouler la téte la première au fond

de quelque ravin, exercice gymnaslique que le cavalier s'abstient prademment d'imiter.

Voici Tenir Tété; les loups ne sont plus a craindre, mais les malheureux ciievaux veut avoir à soulTnr de la soif plus qu'ils n'ont souffert de ia faim pendant l'hiver. La chaleur est extrême : de l'ombre nulle part , si ce n'est celle que les animaux produisent en forniaiu de petits groupes. Ils se rasflemblent donc çk et là, chacun d'eux cherchant k placer le corps de son voisin entre lui et les tayons du soleil brûlant. Souvent le tabunzeck cherche un abri au centre d'un de ces groupes; il s eiciul la terre, tandis que le chevaux se tiennent immobiles» la téte baissée et leur prunelle ardente liiée sur le sol.

L'automne ramène les plaisirs et la joie* La plaine se couvre d'une herbe verdoyante; les sources fournissent de reaii en abondance. Les chevaux prennent des forces» afin de se préparer aux piivaùons de l'hiver.

Le cheval sauvage obéit au chef du troupeau ; il semble que cet animal soit né pour la soumission. Âu hennissement du aiaiiie comme au son de la trompette, il se répand dans la plaine, s'arrête, tourne, se masse en escadrons, s'allonge en file, ou s'avance on corps sur l'ennemi ; soit qu'il conserve dans la vie sauvage le souvenir de son ancienne domesticatiou, soit que riustijiel que Dieu lui a doiinc le porte à celte noble (^issance qui le rapproche de l'homme, dont la destinée est d'obéir.

Lorsqu'on veut s'emparer d'un ou deux chevaux de la tabune, voici ordinairement comme ou s'y prend ; l'attaman monte un cheval dressé pour cet usage et s'avance vers le gros de la troupe, suivi de plusieurs tabunzecks m clieval. Les captifs sont désigués d*avauce ; ou les pousse, à Ibrce

de cris, vers quelque préau moelleusementgazonoé, elTâttaman s'avance, armé de son arkao« L'arkan est une eorde de chanvre on de crin, longue d'enTÎfon vingt mèljres, mu-

nie, à Tune des exii émiiés, d'un auueau de fer, formant un iKBild eoidant, que Tattaman tient de la main droita» nmiée antonr du poignet ; c'est le lasao des ganchos, arme redontable dans la main habile des peuples pasteurs. Quelquefois i'attaman n'atteint pas son but du premier coup, nuis le cheval, frappé par Tarkan, s'écarte du troupeau et fîiit à toute vitesse, suivi de près par le cheval dompté qui, ménageant mieux ses forces el son courage, finit bientôt par re^ joindre le fuyard. L/arkan esi lancé de nouveau, et cette fois l'animal est pris ; il so débat en vain, plus il résiste et plus il accr(4t sa souffrance ; le nœud coulant presse son cou, et la secousse est telle, qu'il en est souvent renversé; mais bientôt il se relevé, il bondit de nouveau, le sang sort de sa bouche écumante, mais i'attaniau l'attire vers lui à Taide de farkan qu'il raccourcit peu à peu. Alors arrivent les tabunsecks, ils s'emparent de la victime, -la saisissent par les oreilles, et lui bouclienl la vue. Dès qu'un instant de calme se fait apercevoir, on lui met aux jambes une entiave à triple branche, on place dans sa boudie un simple bridon, et on lui retire l'arkan. Une fois en cet état, le pauvre animal se croit libre, il veut se lever, ou fuir s'il est debout; mais il reçoit k Finslant une grêle de coups de kanUch». Les soulïraiices qu'd éiirouve, les efforts qu'il vient de faire, la course longue et rapide qui a précédé sa défaite, ont épuisé ses forces ; une écume rougeâtre suinte de tout son corps« et un tremblement nerveux fint palpiter toutes les libres de son être. G'esit alors qu'un tabunzeck reçoit Tordre de le monter; on lui place uneselle sur le dos ; s'ilrésiste, on a re»

cours au kantschn jusqu'à ce qu'il ne Aissc plus aucune résistance. La selle est garnie d un poiUail, d'une croupière et de deux sangles ; le tout est eaeore assujetti au mtnjfm

d'une corde qui paiise plusieurs fois autour de sou corj>s. Bientôt Tintrépide tatmnzeck s'asseoit sur le dos du coursier sauvage^ qui part vaatre k tme, en dieretuoit surtout k

se débarrasser de son bridon.

La déiénse priDcipaie de ces chevaux cousisie dans Le saut de mouton $ ils se eabre&trtiement, et cherdient en général h se dérober k la gêne qui leur est imposée par une fuite précipitée ; bientôt, cependant, succombant à tant de tortures» le cheval, déjà h demi dompté^ finit par se ralentir;* son souffle ardent se précipite, son flanc bat eoi^vul* sivement, il respire k peine, il va s'arrêter ; c'est alors que le cavalier le presse k son tour ; il l'excite de la voix, s'empare vigoureusement des rênes, et lui fidt accomplir, autour de la tabune, des cercles de plus en plus rétrécis. Enfin, il jette k ses compagnons le bout de la longe du bridon ; ceuxci s^approchent de ranimai, le saisissent par les oreilles, et lui attachent la bride snr le sommet de la tête. Le cavalier descend, et le cheval est abandonné tout sellé et bridé jusqu'au lendemain.

Pendant trois jours on renouvelle ces tortures sans le laisser ni manger ni boire ; ce n'est que le quatrième jour qa'on lui permet de prendre quelque nourriture, mais aussi la transformation s'est opérée ; le sauvage est apprivoisé, le cheval indompté des steppes est propre k rendre presque immédiatement tous les services qu'on voudra lui imposer.^ Tel est le sort du cheval k demi sauvage dans l'ancien et le nouveau monde ; nous retrouverons les mêmes usages quand nous parlerons des chevaux des pampas d'Amérique. Rien,

du reste, n'est plus a déplorer que ces barbares usages; le cheval doit être élevé, dès sa plus tendre entauce, ëous rœil etsouskmaio de l'hoinme; les victoires obteoues plus tard sur un instinct ineivilisé ne s'acquièrent jamais qu'aux dé|>ens de sa force et de son tempérament.

On rapporte que les chevaux sauvages prennent Thabitude, pendant l'hiver, de eourir contre le vent, ce qui cause quelquefois de grandes pertes dans les tabunes. Ainsi, quand la neige vole en tourbillons, on a vu des troupeaux entiers se jeter dans la mer d'Âzof ; les chevaux courent d'abord sur les glaces qui garnissent les rives, mais, ébranlée bientôt par la masse de chevaux qui s'y précipitent, la surface de ces glaces ne tarde pas k se rompre^ et ils périssent engloutis dans les flots.

Les Tarlares Shehit ont dans leur village une place qu'ils nomment Taulga ; c'est un carré oii-sont quatre poteaox; c'est h qu'ils célèbrent tous les ans, une ou plusieurs fois, la cérémonie suivante:

Ils tuent un cheval, lui ôtent la peau, et mangent sa cbair près du Taulga. Us empaillent ensuite la peau et mettent le cbeval empaillé sur des bâtons qui liaversent les qnatre poteaux. A côté du Taulga sont d'autres pièces où sont attachés des peaux de lièvre et d'hermine. Le Tau^a est pour eux un lieu sacré, et les peaux qu'ils y exposent sont une oITrande qu'ils font à leurs dieux.

La marque distinctive des chevaux tartares est une lonr gue raie, faiteh Taide d'un fer chaud, et qui descend en biais le long de la cuisse. Quelquefois on les marque à Tépaule; les Kalmouks leur font une entaille a l'extrémité sopérieure des oreilles, etsouvent leur fendent les naseaux» «ous prétexte de leur donner plus de facilité h respirer.

Dans les haras des bords du Dniéper et dans ceux de TUkraine on marque les chevaux par une lettre, maïs souvent il se commet des fraudes k cet égard ; c'est ce qui explique le grand nombre de chevaux marqués d'un sabre que Ton * rencontre dans les foires de ces contrées. Cette marque est celle d'un riche boyard, nommé Tomanow» grand éleveur tai lare, célèbre par ses connaissance^ et la supériarité de ses chevaux.

Terminons l'histoire du cheval des steppes par la peinture qu'en fait lord Byron dans Tépisode de Mazeppa. Je me sers ici de la traduction de M. Bonnefin ;

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