MAZEPPA
c Lecbml, crta*t-0,leclieTa)t...» Onrimène*
C'était un vni coursier des steppes de l'Ukraine, Prompt comme la pensée, aux vigoureux j trret<5, Mais sauvage, iadompté comme un daim des orits, n n'avait été prw, je crois, que de k veille. Epouvanté da bruU qti frappait aon oreitler On conduit devant moi cet enfant dtt dé<erl, La crinière hérissée et d'écnmc couvert. Résistant fièrement ; ar d^s bonds recoul bles. Soudaiu, i triples nœuds des vjIcIs misérables M'altacbent sur le dos du fougueux animal^ Excitent dn fouet et lâclient le clieval. En avant 1 en avant I... Comme un torrent rapide Il s'élaoce à ces cris et l'effroi seul le gutdx».
Vers nous avec fierté galopent les coursiers ; Toili mille e^evaix..* où sont les cavaltera?
QaeUe main dirigea cette course tapide?
Ifon regard inpiiei cbercbe en nia ^ ki galde^
Iienr ^ncne liAiite et Ugère ondoie au gré du f eut*
Lee criiu, qui nur leur col <e dressent fièrement,
D^aucune main jamais n'éprouvèrent l'atteinte;
Jamais l'acier du mors de sa cruelle empreinte
N'ensanglanta lear bouche. Â lears pieds, pomt de (en.
L'éperon, le fouet, tons ces tonnncntd difersj
N ' excitèren t jamais leur ardeur généreuse,
El leurs larges nasantx, d« la bride edieufe,
Même pour la sentir, n'approchèrent jamais ;
C'est de libres coursiers un escadron cpais,
Fier, sauvage, et semblable aux vagues vagabondes
Que roule l'Océan sur ses plaines profondes.
JU terre sous leurs pas a retenti soudain
Gomme le sourd écho d'un tonnerre lointain.
Ils arrivent I nous: leurappfoche bruyante
Ranime du.cheTaï laflwn{he chaneelaiite;
n semble relrourer sa vigueur un moment ;
Prêt à bondir de joie, hennit, mais faibleroont,
Puis... tombe tout à coup. — Quelque temps il palpite^
Sous ses membre^ fnmnts vainement je m'agite :
Son eerps sana mouvement no sent plus mon iflbrt \
Son œil teme et glecé reste Ûx^^,, Il eal moitl
Cependant, près de lui, sur les sombres bruyères, ÎS'élend à flots pressés la foule de ses frères; Pour ton denûer moment ils semblent arriver : )lais sur leur compagnon étonnés de trouver
Un homine ^u'^ retientune corde sanglante, Ils s'trrétent d'abord, reculent d'épouvante, Rcs| ire t inquiet-;, tounieut rapidcuiei.t, Hennissent.,., puis autour galopent vaguement.
Iteiiià coup, un coornernir scipai lei tntnîne; Cest le roi dn troopem... Sombre comme l'ébène,' Sa robe sans mélange a tout l'éclat du jais. De ses larges naseaux en tourbillons épais Il jellG au loin Técume et vers le bois s'élaoce; Au seul aspect de llieimDe une rnéoe démence Saisit ses eompagiioiityet, prampta cméhm le fent, Tous ÊÊt leur firèr» mort m'abudoniMat auMVipt 1...
Les peuples vahieas n'om pas d'bisitire, mais leurs «hevaax ne disparaissent pas eommeeax de la scène dn monde;
ils ne se laissent pas aller à ces foi les illusions, a ces accès de Êinalismey d'orgueil on de râ)elUon qui sont l'écoeil d€i nations. Slls ne progressent pas, si la main de Fhomme manque au développement de leur organisation, la nature ne les abandonne pas ; ils retrouvent toujoum» dans leurs antiques berceaux, l'berbe des mêmes prairies et les eanx des mêmes foulai nés. Vieille terre de Pologne, vous avez ployé un genou sanglant sous le joug de votre superbe voisine, mtts vous avez conservé le noble coursier de iSdfriesil^, et les chevaux des lanciers de la grande armée n'avaientrieu k envier k ceux des tiers palatins vain(|aenrs de Vienne.
Le cbeval polonais appartient k ia famille équestre des coursiers d*Odin ; i) joint k ta taille développée des cbevaux dn Nord le feu et 1 énergie du chevai du Midi.
La nation polonaise fut célèbre, au moyen âge, par ses races chevalines, et la première page de son histoire, comme celle de la Perse, est une chronique équestre.
Nous lisons dans Fouvrage de M. de Marmier :
ff Parmi les traditions des âges merveilleux de la Pologne, on II Olive le lecil d'une course de chevaux qui devait donner au vainqueur la couronne de son pays. Le roi For*
geroQ Prez6ini3las venait de mourir ; on convint d'assigner une course de chevaux, et Ton déclara que celui qui arriverait le preuiier au but proposé aurait la couronne.
« Un des concurreotSy nommé Leszek, pour mieux assurer ses succès, eut recours à l'artifice. Il s'agissait d'une couronne, et tous les moyens loi étaient bous pour l'obtenir. La lice était marquée dans une vasteplainesurJi s [loids du Prondnik» qui se jette dans la Yistule» à l'est de lirakovie : il la sema de tors pointus qu'il «ouvrit de sable, et se traça lui-même une route où il pouvait courir saub danger. Il ferra même son cheval contre Tvsage ordinaire, et y employa des fers entiers et épais, en cas que, par mégarde, il donnât lui-même dans les pièges qu'il avait tendus. Deux Jeunes gens inconnus les aperçurent : cherchant à s'amuser, ili s'exercèrent k pied dans la carrière, en attendant que le peuple fût assemblé.
a Surpris de ce qu'ils voyaient, et fouillant plus avaiit» ils reconnurent le sentier que s'élait réservé l'auteur de ce stratagème et les marques mêmes qui l'indiquaient. La ^crainte empêcha i un de découvrir ce mystère; l'autre conçut .d'ahord le dessein d'en profiter.
«( Les candidats arrivent. Toute la nation, dans le silence, attend Je moment qui va lui donner un souverain. Lesztk court avec force; personne ne peut le devancer. Le jeuoe homme, courant à pied, cherche à lutter avec lui. On rit de ses cflbrls. 11 poursuit sa route, jusqu'à ce qu'ainvé à la borne, et voyant le cavalier prêt à recevoir la couronne, il découvre sa trahison. Ceux qui étaient restés en chemin fa* vaient déjà reconnue. Ils s'élevèrent eux-mêmes conire Lcszek cl demandèrent sa mort. Le peuple indigné le mil en pièces; et, par un caprice qt i se rcsseiU de la simpiiciic
de ces vieux temps, mais qui marquait aussi tm grand fonds de droiture et de bonne foi, il déféra le trdne an jeune homme
qui l'avait gagné en effet, admirant sa noble audace ; les palatins eux-mêmes approuvèrent ce choix, et il monta sur le trône sous le nom de Leszek VI. »
Lorsque Henri de France s'assît sur le trône des Jagellons, les nobles polonais vinrent au-devant de lui, montés sur de magnifiques chevaux qui firent Tadmiralion des seigoeurs Irarirais de l'escorte du jeuiie roi.
Le cheval polonais a été chanté par les poètes, il vit dans les légendes et partage la gloire des vieux guerriers vainqueurs des Turcs, dans les souvenirs traditionnel]» de la nation.
Voici une de ces ballades :
hk MORT nu CtUEBUEB,
a Le brouillard est tombé sur la mer bleue et la douleur sur le cœur ardent ; le brouillard ne se dispersera pas sur la mer, la douleur ne s'éloignera pas du cœur.
« Ce n'ef^ pas un astre qui brille sur la plaine lointaine,
c'est un petit bûcher qui fume. Auprès du bûcher est uu tapis de soie, et sur ce tapis de soie est couché le jeune homme audacieux.
« Il presse son mouchoir sur sa blessure mortelle et tente d'arrêter son sang brûlant et impétueux. Au[ircs de lui est on fier coursier qui frappe du pied le sol humide comme s'il •voulait parler a son maître.
« Lève-toi, dit-il, beau jeune honune, mets-toi sur ma croupe, et je t'emporterai sur la terre natale, vers ton père.
vers ta mère* vers tes pareAts et tes petits enûtnts, et vers ta jenne épouse.
a Le jeune homme audacieux sou[)m'; sa loile poitrine palpite; ses blaucbes mains retojouJDent iiatiguées ; sa blessure mortelle s'est rouverte, son sang coule eomme une rivière» et il dit h son cheval :
«i Âh ! mou bou coursier, mon coursier fidèle, mon iidèle camarade de bataille au service du tsar, dis k ma jeune épouse que je suis marié avec une autre femme, que j'ai pris pour dot la plaine déserte, que Tépée aiguë nous a fiancés, et que la flèche acérée nous a réunis sur la couche nuptiale. »
A certaines fêles de l'année, les jeunes tilles se font donner un cheval et un chariot, et s'en vont dans le village en chantant :
« Dans les prairies, dans les prairies vertes, sur une herbe tendre, le bon paysan faisait paître ses torts chevaux. Leurs pieds sont liés avec de la soie, leurs crinières sont ornées de perlcii liiics. Poui'(|uoi ne boiveut-ils pas l'eau delà source? Pourquoi ne mangeni ils pas Therbe tendre? Pourquoi restenl41s immobiles 1 Us ont pressenti quelques malheurs ; ils ont prévu qu'ils allaient faire un long voyage. »
Les coui'ses de chevaux sont £ort anciennes en Pologne; elles font encore ramnsement favori des jeunes Polonais. Les plus fameuses se célèbrent ordinairement dans les allées d'Uiardow, magnifiques avenues bordées d'arbres et de verdure.
La Pologne, réunie k la Lithuanie, M un jour la natico la plus puissante du monde; mais la division se mit parmi les grands, et chacun vendit sa' part de royauté pour satisflure sa rancune ou son dédain. Depuis deux cents aos, dix
partages ont eu lieu, et celui qui lui fut le plus funeste eut lieu taodisqae sa sœur, la pauvre France, ne p<Nivait la oMrir* 8d>is8aiit alors le joug honteux qne d'odieux tyrans
lui imposaienl sous couleur de liberté.
On conçoit que la race équestre eut peu à gagner parmi tous ces désastres, aussi n'avon^-notts rien k dire du chevtf polonais moderne ; mais ce beau pays n'est pas voué h une éteiueile misère; un jour il réparera ses ruines, il respirera, tranquille et fier, à Tombre d'institutions fortes et fécondes ; un jour on terra le cheval polonais le disputer aux plus digues coursiers de T avenir. Les destins réaliseronl pour lui la prédiction du poète :
« Les champs que Ton traverse ne sont plus soumis à la verge du despotisme ; un pou[)le libre et fort les féconde par son travail} les défend par son courage ; les châteaux élevés sur les collines ne sont plus déserts et silencieux ; sur les remparts j'entends sonner le cor du gardien qui annonce l'arrivée d^une troupe d'hommes d'armes; sur le pont-levis» les chevaliers passent fièrement avec leur armure de fer, leur casque empanaché et leur glaive étincelant. Dans les villes, les cloches résonnent, les églises sont parées comme pour un jour de fête, les fifres et les cymbales retentissent avec les chants nationaux; une foule joyeuse, bruyante, exaltée, inonde les rues et les places et se précipite vers les portes couvertes de guirlandes de fleurs, et les arcs de triom« phe ornés de signes symboliques. Sur le chemin, on voit de loin llotter un nuage de poussière, et k travers ce nuage on distingue les hetmami avec leurs chevaux fougueux et leurs larges cimeterres revêtus de pierres précieuses, les palatins avec leur ceinture d'or et leur aigrette de diaiiiaiits, et des cohortes de grands seigneurs, plus riches que des
rois, et des légions de gentiifiboiiim^s lapporiaut eo triomphe les dépouilles de leurs enaernis» tralnanlf captifs spiès eux les chefe des tribus tartares. Salai \l 'vous, jours heureux de la Pologne, jours de magnificence et de batailles, de triomphe et de galanterie» où l'amour de la gloire psipitait dans tous les cœurs, où le sourire de la beauté se mêlait à toutes les victoires ! Salut a vous, nobles enfants de cette contrée, Sobieski» Koseiusko» vous ions qui avei Taillamment combattu pour l'honneur de voire patrie, vous qui l'avez soutenue .sur le penchant de sa ruine, et qui Tauriez sauvée, si elle eut pu être sauvée ! »