CHAPITRE VIIL
Le cfaertl en Amérique et dans les colonies. — L'Amérique du 8od. — Les eberanx saamg». — Les GaiidiM. — L'Amérique dtlIord.mç litfllifiiiwiM •--Lespnirût.--Seintp>DoaiûigQeetCakMi. ■ ruO
Lorsque Christophe Colomb aborda aux rives incoDoaes qui devaient devenir la jeune Amérique, ii trouva un peuple sauvage, mais chez lequel avait brillé une certaine civilisation. Gomment le premier homme avait-il pénétré dans cette immense péninsule? Quel peuple j avait apporté ces rudiments des arts que le voyageur, étonné, rencontra dans ses déserts et ses gigantesques forêts? Pdr qui furent bâtis ces palais détruils, ces obélisques renversés? et quels ossements renferment ces tombeaux muets, qui gardent le profond silence d'un passé mystérieux? Rien, jusqu'k présent, n'est ¥enu éclaircir ces questions; seulement, tout prouve que l'homme et les animaux domestiques n'y sont point abori-
gènes, et qoe dé^ la dvilisatioD da rieox monde avail fiût de grands progrès, brsqn'nn hasard, «n naufrage on quelque teotaiive iucouaue, peupla l'Âmérique pour la première fois.
Qnei qa'il en soit, le vaisseau qui porta le premier homme
sur cette terre féconde n^y porta pomi le cheval. C'est alors qu'il se passa un £iit auquel nous avons déjà fait allusion, et qui était marqué dans l'histoire de la eivilisation da monde, à savoir, la décadence de l'esprit humain, de Tinleiligence, de la pensée ei des arts, sur uoe terre neuve et fertile, et au milieu do plus bean et dn pins riche climat. Lliomme civilisé, Thomme capable de b&tir des palais, de polir la pierre, d'édi/ier des villes» redevint sauvage ; il oublia sa patrie, ses dieux, sa langue et son génie, et se contenta de vivre de la vie fiicile que lui offrit un pays neuf et d'une fertilité merveilleuse.
Ce fait, unique dans l'histoire, ne vient-il pas de l^absence dn noble animal, premier élément des rapports que l'homme est forcé d'établir avec ses semblables, pour entretenir le flambeau sacré des sciences el des arts? Nous avons vu le dieval présider h toutes les sociétés naissantes; nous le retrouvons au seuit de toutes les nationalités, près de la tente des premiers patriarches, autour des obélisques égyptiens, surgissant de terre, en Grèce, sous le trident de Neptune, accompagnant la fugitive Didon sur le sol où devait naître Cartilage : une organisation nationale, sans le secours d'un cheval ni d un vaisseau, est sans précédent dans les annales du monde. Quand les vieilles nationalités semblent périr, il y a seulement déplacement du foyer qni les vivifie, il y a usure des ressorts qui les font mouvoir; mais l'activité, le mouvement, la vie, qu'entretiennent les communicatlotis
f^çiltjç, pe $OQt point éteints; ilg se ralluraeut ailleurs,
aolu l'^idd d'in^iiUiùoQ;^ appropriées ^ l'épaqv^ m* lien qui leqr est pio^re. Aprte l'Égypla* la Grèoç; ^pr^
celle-ci, Rome; a[)rès Rome, l Europe moderne.
Si quelques parias déshérité ont œeué I4 viei içauYflge dims les de l'Aflique, ç'eal qni^ te chauvi ne geait point avec eux dans le$ déserts de sable où ils s'égsrè* reui, sQmi>Ut>lçs, eq çel^, premi^ir l^l)it|iot d'^érique, dopt nous povs OQOupooB an ca momant.
On peut dire que le cheval contribua puissaipnittiit % h conquête de TAmérique. Les cavaliers esp^^DQls, montés sur leurs belliqueux coursiers* parurent k cas paopiaa fants, qu'ils allaient soumettra, aqtant de f^ts h quatre jaaibes, de monstres étranges, mi pai iiu lioaime et cheval. Ils résistèrant à i*épée terrible d^ $yiU(|aUi d^ Uorl^ ; ils soutinrent avec intrépidité le feu du lnan^aat a^ Téolal du canon i mais les armes tomb^reni de l^qrs mains, à Tap* proche de ces nouveaux centaures ; ils sajai^rent à genoux,
ati adorirant cat étra extraordinatrat qai aan^Pdait tmt^
notions de lanr in^HîgaïQe.
{^ongtemps encore, après qu'ils furent désabusés sur ce
P9int ; longtemps après ^'its eurent reconnu qua la aM^^i n'était qn'oo animal distinct du caYalier, ils penaaiani qu'il
se nourrissait des ciKlavres des vaincus tués dans les batailles, et que, quand uo cheval henqiisiût, p'i^tait pQur (^t mandêr é$ to iMr \iwmm^ «Ceua iniprai«ion« dit m voyageur, ne s'est pas encore entièrement eOacée, car on ^ oil trèa-faremenl des Indiens de raaa tant k f^it pure se servir volpntaifanent du o^val 1 ils voiafaot généralamaat k pied, courant an petit trot, comme au temps de Montézuma. Une aversion pareille, et quelqueiois même un peu enfantine,
-Ml-
«e maniânl» more ehti au h h vue d*un grand c^bi^n 4^ race çui'opéenne; et, en retour, ceii^Ltci se montrent Hagulièrement hargneux ï la vue d'up ipctigàOô : U lembkirii^ que, de pari et d'avtre, et par no ioetioel reepeclîf el tfftr
(Jitionnel, ils ont conservé le souvenir de 1 époque épouvantable où l'Espagnol faisais écraser soua les pieds de sos eheval la mellieaffei» lodien^ et lançait contre lui dea abieiie furieux qui le déchiraient.»
. Bientôt, cependant, les chevaux devinrent familiers aux peuplas d'Amérique I non-seulement les vainqueur» las niiilr liplièrent dans leurs peaseaaioiii, nais encope ils établirait un grand nombre de haras deoi-sauvages, et laissèrent» dans las forets et les savanes» dea étalons et des oavalea* Fernand Cortez prie no soin partîenlier de propager la Aeval dans ce nouveau mande. On le voit se plaindre, près de rempareur» de ce qiL'im gouverneur» jaloux, et envieiat défendit VeYpoTt&don des juments ponliniires dea antres provinces de l'Amérique j^our le Mexique; «car, disait-il, le voyage de la mère pairie est trop long, et le transport trop difficile et trop eoftlaux. n Plus tard, on fit venir dirao* lemenl des chevaux harbes et orientaux, parliculièreiiient pour la ISouveUe-Gallicie, et ou retrouve encore des traças d'un sang plus pur et plus généreux.
Un siècle après la conquête, rAmérique possédait, relativement, autant de clievaux que i Europe; et, depuis çç^Uj époque» d'innombrables troupeaux de chevaux parcouru^ rent ces vastes déserts dee deux Amériques.
Nous II aileroiiâ d'abord de l'Amcrique méridionale. C'est principalement au sud du coulment aiïtéricain, sur les bord^ de la Plata, que les chevaux sauvages ont multiplié d'uoe manière remarquable. Il n'est pas rare d'eu rçocpntrer d^$
attroupes de plus de dix mille, habitant chacune un canton séparé. Ces chevaux ont beaucoup déchu de la race espagnole; iU soDt, ea général, de petite Uiiie; ils ont la téte forte» le jarret bas, les haneliessaiilaiiteB^et Teiieolure épaisse; leur poil est oïdinairement bai-brun. Le cheval sauvage obéit au chef du troupeau ; il semble, que cet animai suit né pour la soumission : au henoiasement du maître, comme au son de
la trompetle, il se répand dans ia plaine, s'anèle, tourne, se masse eu escadrons, s allonge en ûle, s avance. en corps snf l'ennemi, soit qu il conserve» dans la vie sauvage» le èouvenir de son ancienne domestication, soit que l'instinct qpe Dieu lui a donné ie porte à cette noble obéissance qui le rapprodie de rhomme, dont la destinée est d'obéir.
L'instinet qui porte ces chevaux li se réunir ainsi en im* menses troupeaux rend leur voisiuage très-daugereux pour les voyageurs, en exposant eeuxHsi à perdre leur propre monture. Dès qu'une de ces hordes aperçoit des chevaux apprivoisés, elle les appelle avec empressement, s'en approche autant que la prudence le permet, et, si Ton ne prend pas toutes les précautions nécessaires pour les empé* cher de s'échapper, ils auront bientôt rejoint la troupe iudépendanle, sans que neu puisse les engager à s'ai'rêter dans leur course vagabonde. Les Américains du Sud sont extrêmement adroits dans Vart de saisir et dompter les chevaux sauvages; ils emploient, pour cela, une longue corde* nommée UtssOf qu'ils jettent avee une étonnante pré* eision sur l'animal qu'ils veulent s'approprier. Dans chaque dislricl, il y a des hommes qui n'ont point d autre occupation que celle de veiller k la marche des troupes de chevaux qui les habitent. Ces hommes, montés sur des chevaux autrefois sauvages eux-mêmes, s'en serveut pour appeler ceux
q«i s'éloignent des Umîles du distnct. Ce sonl eux sussi qui sont chargés de saisir et d'apprivoiser les chevaux que f(m
veut soutiieUre au service domeslique. Pour arriver k ce butt ils attirent la troupe dans un lieu dont elle ne peut s'échapper, se mêlent parmi elle, choisissent l'animal qui leur convient, et lui jettent le lasso aiUour du cou. Le cheval, qui se seul retenu, cherche à se dégager, et ne lail, en se débattant, que rendre plus étroit le noeud dont il est entouré : la respiration lui manque, il tombe ; deux hommes se jetteul sur lui. et s'en rendeuL maîtres.
Chacune de ces familles sauvages a un chef» auquel appartiennent des privilèges particuliers. Il est le sultan de la troupe, et son hareui est très-nombreux. Si quelqu'un ose empiéter sur ses droits, sa colère ne connaît point de bornes; il attaque k Tinstant son malheureux rival, le force k fuir, et souvent même lui arrache la vie. Le harem, qui doit être le pi ix de la victoire» regarde le combat avec anxiété* Quelquefois le vainqueur, tel qu'un glorieux conquérant, daigne admettre le vaincu au spectacle de ses plaisirs, ce qu'il ne ferait pas. sans doute, s'il songeait à rincoostance du sort, et s'il calculait que l'esclave aujourd'hui, devenu maître k son tour, retirera une ample vengeance des affronts qu'il a reçus.
L'amour du cheval, le besoin d'une locomotion rapide que lui seul peut procurer, sont tellement innés dans le
cœur de l'homme, que les peuplades les plus arriérées apprirent promptemenl à user du cheval. Dès la ûn du sei* sîème siècle, les sauvages des environs de Buénos-Âyres avaient de nombreuîiL troupeaux de chevaux. En 1680, les Indiens des Missions levèrent six mille chevaux pour combattre les Portugais de la colonie du Saint-Sacrement. 11. 1i
Les plus célèbres cavaliers de TAmérique sont les 6an* cbos» peuplades vagabondes qui habitent les savanes, entre
Buénos-Ayres et la Patagonie : Espasjnols d'origine, leur vie, presque sauvage, se passe pour ainsi dire à cheval ; ils voyagent et chassent h cheval; ils dorment à cbeval ; ils prennent leurs repas h cheval. Ils se servent de ces hautes selles du temps de la chevalerie, qu'ont adoptées les peuples d'Orient^ et dont le modèle est connu, dans nos manèges, sous le nom ée selle à piquer» L'élrierse compose d'une petite pièce de bois ou lie corne tnanguiaire, étroite et creusée comme un saboL Le mors est pesant et semblable à ceux dont on se servait dans les anciennes écoles. Les bottes des Gauchos sont iaiies avec la peau d'un poulain naissant, qu'on tue à cet eflet. Ce tissu est ras et moelleux: la peau de la jambe forme le haut de la botte; celle du jarret, le cou-de-picd ; et celle du paturon est disposée de façon \k ce que le gros orteil puisse s'y emboîter. C'est, en effet, la seule partie du pied que les Gauchos posent sur Tétrier, usage qui leur est commun avec la plupart des tribus nomades de l'Asie, lis portent des eperous longs et pointus. Les Gauchos passent pour être les plus hardis cavaliers du monde ; ils montent, à la première vue, les chevaux sau> . vages qu'ils prennent au lasso, quand ceux qu'ils montent sont fatigués. Le lasso, semblable à l'arcau des Tailares, est, dans leurs mains, une arme redoutable; ils s'en servent pour prendre les chevaux et les bœufs sauvages, dont les peaux sout pour eux l'objet d'un commerce considérable. Us chassent aussi le chevreuil et le léopard, et même la perdrix, qu'ils forcent facilement k la course, et qu'ils prenueni au moyen d'un nœud coulant placé au bout d'une baguette.
De toutes les contrées de FÂmérique du Nord, la plus célèbre, pour sa race chevaline et ses babiiudes équestres» est le Mexique. C'est Ih que les coutumes espagnoles ont imprimé» sous ce rapport, un sceau puissant et ineffaçable qui même a survécu ii celles de la mère patrie. Un voya^eoir a fait une comparaison très-in génieuse des Arabes de TÂtgérie et des Mexicains qui doit trouver place ici.
a Cavalier comme l'Arabe, le Èan^ro met son bonheur, sa vie tout entière dans son cheval ; c'est son premier bien et sa diviiio ressource, il ne s'en sépare qu'avec la vie.
ce Comme i'Àrabe au cercle du foyer domestique, la conversation qu'il affectionne est celle qui roule sur le cômpagnon de ses fatigues, sur le mobile de ses joies, sur son cheval; il s'anime en parlant de lui, ses yeux brillent, ses dieveux se dressent, 0 tressaille d'enthousiasme en éhumérant les tmllantes qualités de son alezan^ ou les grâces iiiiinics de son Tordillo aux crins noirs. '
« Sa femme peut être malade à la maison/ses enfants courir tous nus h l'ardeur dà soleil, pourvu que son chevâ ait au râtelier une bonne provende de flèclies de maïs et une mesure pleine de grain ; quand vient le soir» il dort sans souci l'intrépide centaure, tout lui sourit dans ses songes.
a Les jours de fête, lorsque la criarde cornemuse déchire au loin les échos des montagnes pour annoncer la
fête du village ou les enivrantes émotions de la place des taureaux, T Arabe d'Amérique prend sa plus riche selle» il suspend an pommeau le sac de cuir brodé de soie» d'or on d^argent qui rappelle le djébira des Arabes d'Afrique ; il met k son cheval sa belle bride enrichie d'étoiies et de crois- • sants d'argent» chausse son éperon k large molette» el' part
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au grand galop, en soolevaiit d'épais nuages de poussière. De même que TArabe, il oe marche jamais gans armes, mais son anne, k lui, c'est l'épée ; la carabine se ^brique trop loin et coûte trop cher, la pondre est rare ; aussi n'estce pas de la carabine que se sert le paysan du Mexique pour exécuter sa fantasiat mais de lance et de sabre.
a Du pins loin qu'il aperçoit un ami, il porte la main k la poignée de sa laite de fer qui ne raban donne jamais, lire cette lame quehjue peu rouiiiée, la brandit iièremeot au devant de lui, la fait tourner en cercle autour de sa téte; puis, poussant tout k coup ce cri de Saint-Jacques, auquel son cheval obéit comme le coursier de TArabe obéit au cri de guerre» il se lance au galop, les jambes tendues» le corps penché, Tépée flamboyante dans la main droite. Le voyageur qui vient au-devant de lui en fait tout autant, les deux chevaux s'entrechoquent en s'arrétant court sur leurs jambes de derrière et labourent le sol de leurs sabots, les épées se croisent, les cris se mêlent. Après le simulacre de combat qui rappelle la rencontre de deux cheicks de l'Algérie, les deux cavaliers calment leurs dociles montures et, laissant pendre Tépée h la dragonne de cuu, échangent une cordiale poignée de main.
« Les compliments d'usage sont aussi longs, aussi ex^ gérés, aussi emphatiques que ceux que se font en pareil cas les Arabes, etc.
a Dans les fêtes locales, -pendant rintervalle qu'on laisse entre les différents combats de taureaux, les paysans mexlcnins se plaisent a nnîsuiei laniôt leurs forces, tantôt leur adresse de cavaliers, tantôt la rapidité de leurs chevaux.
« Un grand cercle se forme dans un champ ou sur la i)lace d'un village ; chevaux et cavaliers, serrés côte à côte.
laissent au milieu ud grand espace libre, où les jeuoea gens, le htfut du corps na, la ceintnre serrée par une étroite bande de soie» vont se livrer k la lutte.
« Les cavaliers qui arrivenl trop tard au rendez-vous, plutôt que de former une seconde ligne derrière la première, lancent leurs chevauic sur le cercle et s'ouvrent de fbree une place entre deux compagnons, comme le lion s'ouvre un passage à travers les lils du chêne le plus compacte.
« La lutte commence, un silence profond règne dans l'assemblée. Tant que la force des champions se balance, tant que leurs efforts, détruits par des efforts égaux, restent sans résultats, chacun retient son baleine, chacun attend; mais, lorsque l'un des dent athlètes, fatigué, semble laisser l'avantage a son rival, mille cris divers partent des coins opposés, encouragent le vainqueur, réveillent Ténergie de celui qui fléchit, modèrent l'un autant que l'antre, etc.
c( Au printemps de chaque année, les Arabes d'Afrique se livrent aussi à de semblables exercices. Que de fois n'avons^nous pas vu, dans les plaines qui s'étendent auprès des grandes villes du littoral, cinq à six cents cavaliers réunis en cercle assister, sous la présidence d'un vieux cheuk, à des jeux athlétiques, où la jeunesse du pays déploie son adresse et exerce ses forces!
« Les courses des deux pays offrent les mêmes rapports : deux cavaliers partent au galop sur un terrain uni, prenant la bride de leurs chevaux entre leurs dents, ou la laissant flotter suivant le degré de confiance qu'ils ont dans les jambes de leurs montures; puis ils se saisissent l'un l'autre et cherdient k s'enlever mutuellement de k selle. Us sont presque entièrement jetés hors de ligne verticale* leurs corps ne tiennent plus au cheval que par ia pression éiier-
gique ddi» geiM>ux ; cet(e prÊftsion âutlil à la fois pour acti- -wr la course des deux quadrupèdes» le» tenir presqoe coUéft l'un k Tautre, et donner aux ri^raux on point d'appui solide» quoique mouvant.
c( h&è deux hommeai les deux cbevaux, ne forment qu'un eorps porté sur huit jambes, dont les mouvements échappent à l'œil Uiu ils soal violents et rapides; les bras se nouent autour des corps» les têtes se redressent et s'inclinent, ebaeun s'efforçant de dominer la téte rivale et l'obligeant k se eourber sous la pression du menton. Les muscles sont tendus comme des cordes, ils dessinent leurs arêtes vigoureuass sous la chair ruisselante des bras ; les chevaux se méleht et jettent à chaque instant une rosée de sueur sur les brunes épaules des athlètes.
a Tout à coup» Tun des deux aventuriers roidit les jambes,.écarte violemment son cheval en apport Téperon pour le porter en avant; en même temps il imprime au corps de son adversaire une terrible secousse» Tébranle» l'ttdèf e> la soutient un instant dans l'air en témoignage de sa victoire, et le dépose mollement sur le sol en arrêtant sa monture. 9
Le cheval mexicain ast» €» général* de taille peu élevée,
il est bien proportionné, plein de feu et d*ardeur ; ses membres sont admirablemeiu dessinés et musculeux dans les régions supérieures ; ses canons sent courts et tendineux; ai queue est iMote. et gracieuaaMent portée; en ne la eoupe jamais, mais, suivaiula mode bizarre du pays, on l'abaisse aatant que possible an moyen de caparaçons d'un cuir lourd etépais, Hamis de tenges et de moieeaux de métal» qui couvrent jusqu'au tronçon. Ces caparaçons, reste de l'ancien harnais de bataille, se nomment encore : haucUers à k
Cortès. Les ciievaux ne sont presque jamais ferrés au Mexiqae» excepté, seuiement, peodant les courses, les chasses ou les voyages dans les pays niuiuagiieux. Les robes les plus communes aux chevaux de ce pays sont le soupe de lait et toutes les variétés de gris.
L*a11are la plus habituelle, ou du moins celte qu'on peut donner aisément aux chevaux mexicains, est l'amble : sohre- ^ paso. Cette allure» si douce et si commode pour les voyages» est connue» comme nous l'avons vu, dans le monde entier; usitée surtout an moyen âi^e, elle dispaiult b mesure que l^usage des voitures se répand de plus en plus dans les nations civilisées.
Au Mexique, tous les chevaux naissent et sont élevés dans de vastes forêts ou pâturages, où ils viveut dans l'état sauvage jusqu'à Tâge de quatre à cinq ans. On les prend au lasso comme dans TÂmérique du Sud. La plupart des chevaux s^habitueut promptement à leur maître; leur naturel est doux mais ardent; leur défaut est d'étrè souvent om- ]l^rageux.
Un dtabîissement avait été formé par le coTîite de Régla, d'après les principes de l'£urope : il était composé d'étalons et de juments de pur sang anglais; mais on dit (ju^ii n'a pas eu de succès.
£n général, le Mexicain ne se sert de ses ciievaux que pour les monter, et n'emploie, k ce service, que les chevaux entiers et hongres. Quant atix juments, elles sont exclusivement destinées h la reproducLiuu. On n'attelle que les mulets et les bœufs. Cet ancien usage a cependant éprouvé quelques exceptions, depuis que des étrangers et des entrepreneurs de diligence des Etals-Unis ont adopté
l'emploi des chevaux pour rattelage, exemple qui sera promptomeat suivi.
Les chevaux sont durement traités au Mexique, ils n'ont pas de litière, et ue mangeot que pendant la nuit; on les lait sortir de Técurie à la pointe du jour, on les panse, on les baigne, et, lorsque la toilette est terminée, on les attache à des piijuels placés sous les portiques qui entourent lès eoars ; souvent on les selle dès le matin, comme chez les Arabes. Âu coucher du soleil, on les ramène h l'écurie, où ils trouvent le râtelier et la mangeoire garnis, après avoir subi un jeûne absolu de douze heures. Leur nourriture consiste, dans les plaiues élevées, en oi^^e pur, et, dans les vallées, en maïs; point de foin; quelquefois, seulement, on les laisse brouter les extrémités des ièuilles de maïs. Au printemps, on leur donne, pendant quelque temps, des her* bes firaiches on on les envoie au pâturage. En voyage, tant que dure la marche journalière, on ne leur doiine pas la moindre chose k manger; à peine si on les laisse boire, quand, vers midi, on trouve de Fean dans le voisinage. Arrivé à la couchée, on les promène au pas jusqu'à ce qu'ils soient rehroidis; on leur ôte alors la selle et on les lâche dans la eour ouverte de l'auberge oik, pendant la nuit, ils ' vont alternativement manger dans des crèches fixées sous des hangars ou se rouler par terre.
Aucun cheval européen n'égaie en qualité, pour le voyage, le cheval mexicain, dont les allures agréables, le fonds, la sobriété, l'adresse et la sûreté sur les routes les plus dangereuses et au passage des torrents ou des précipices, ne peuvent être assez admirés.
Les courses de chevaux au Mexique sont, quant aux formes actuelles, exclusivement d'origine anglaise. Les An-
glais établis dans ce pays ont, comme partout aîlleurs, introduit les usages, les modes et les distractions de leur patrie. Le mérite des chevaux mexicains, rhabileté des cavaliers, la passion des habitants pour les jeux de hasard, ont favorisé Tinslilulion naissante. Les courses les plus brillantes sont dirigées par des Anglais. Cependant il s'est formé déjà des sociétés d'indigènes dans le même but, qui, chaque jour, leiident h s'accroître.
Nous doDDous ici le récii d'une course, due à la plume d'un témoin oculaire, qui olfre d'intéressants détails :
« Je commencerai par parler d'une fort belle course k laquelle j assistai et qui eut lieu dans une plaine aux environs de Mexico. Neuf Anglais, quatre Mexicains et un Colombien, avaient amené sur l'hippodrome vingt-cinq chevaux, tous de races indigènes, et dont chacun avait un nom espagnol. Ces animaux étaient vigoureux, agiles, et la plupart d'une grande beauté. La longueur de l'arène variait, suivant le genre des courses, entre deux cents a qinnte cents mètres, et je n'en vis jamais au delà de cinq cents. Cette distance paraîtra sans doute bien minime, comparativement k celles qui sont adoptées et parcourues en Europe. Mais bien peu de chevaux soutiendraient, par suite de la raréfaction de Tair sur le plateau si élevé du Mexique, une course plus longue en développant toute leur vitesse, tandis que les chevaux les plus ordinaires de ce pays parcourent, sans beaucoup d'efforts, une distance de cent à cent vingt kilomètres par jour, soit au trot, soit an petit galop.
« Les courses avaient lieu sur un hippodrome, préparé avec soin et entouré de barrières. Quelques chevaux étaient montes par les propriétaires, d'autres par des jockeys. Ceuxci avaieut d'élégants vêtements à la mode anglaise.
«c Les poids étaient réglés comme dans les eoimes d'Ëu*
rope; le plus léger était de 65 kilos 1/2, le plus fort de 73 kilos i/2. Des tribunes couvertes étaieot préparées pour les dames et les spectateurs privil^iés; un grand nombre restaient k cheval on dans leurs voitures.
a Uiie foule coQsidérable, tant a pied qu'à cheval, se pressait aux kmrrières; parmi les cinq cents cavaliers, tous en costume national, qui entouraient la lice, plusieurs montaient des chevaux magnifiques et de la pins noble origine. L'un des vainqueurs était un beau cheval gris» appelé Cavû' boht appartenant à un jeune Colombien. »
Le même auteur assiste encuie a une léuuion plus importante qui avait attiré un immense concours de spéculateurs* « Plus de deux cents équipages, dit-il, remplis <!e dames ; au delà de mille cavaliers et des milliers de piétons ^'étaient donné rendez-vous autour de Tiiippodrome; des paTillons, des tentes élégantes, des tribunes réservées et ornées avec luxe et élégance, entouraient l'arène.
« Vingt-deux chevaux concoururent poui* différents prix, dont la valeur s'élevait à 800 piastres chacun. La distance à parcourir avait été augmentée jus(|u'k cinq cents mètres.»
L'Amérique du Sud et TAmérique centrale ne sont pas les seules .portions du nouveau coulinent où Ton trouve des dievaux sauvages. Transportés au Mexique par les Ëspa* gndls, les chevaux se sont eux-mêmes répandus dans les contrées qui sont au nord.
Les immenses prairies situées à Touest du Mississîpi renferment encore quelques-unes des nombreuses troupes de chevaux sauvages qui couvraient jadis le territon e des ' Indiens Koutonnis» à l'ouest des montagnes rocheuses, près des sources de la Colombie ; mais elles deviennent