‹ Histoire du cheval chez tous les peuples de la terreChapitre 6 sur 24 · A AQLILON, LE NOIR MAL TEINT · texte numérisé non relu

A AQLILON, LE NOIR MAL TEINT

FILS d'aQUILO.N.

IL A VAINCU CENT TRENTE FOIS, A REMrORTi: LE SECOND PRIX QUATRE-VINGT-HUIT FOIS, ET LE TROISIÈME, TRENTE-SEPT FOIS.

A HIRPIN, NOIR, PETIT-FILS D' AQUILON. IL A VAINCtl CENT QUARANTE FOIS, A REMPORTÉ LE SECOND PRIX CiiSQLANTK-SIX FOIS, ET Lt TKUISIÈME, TRENTE-SIX FOIS.

. Quelquefois les épitaphes contenaient la généalogie du coursier; en voici un exemple :

AJÛX DIEUX UANE&Î fILLE DE LA GÉTULE HARKNA, FILLE DU GÉTVLE EQUINUS ; lUPIDE A LA COURSE COHUE LES TOm* AYANT TOUJOURS TtOS VIERGE, SPENDURA, TU HABITES LES RIVES DU LÉTHÉ.

Les chevaux des Komains, comme ceux des autres peuples anciens ou modernes, avaient des noms tirés généralement de leur couleur, de leturs qualités, de lempays natal. On les appelait Victor, Oorvus, Egyptus, Volucer, Niger, Superbus, Candidus, Advola, Rapax, Aquila, Sagitta, Romulus, Ajax, Melissa, Gœtulus, Paratus, Hilarus, Memnon, Balista, ÛËthër, Pégasus, Elatès, Androgenus, Cotynus, Passerinus, Tigris, etc.

Les Sibarites avaient poussé fort loin la science de Téquitation. C'est ce peuple, si connu par ses habitudes voluptueuses, qui inventa le premier l'art de faire danser les chevaux au son de la musique. Les Italiens ont encore des livres de musique destinés à la danse des chevaux, et Técole de Franconni a ressuscité, chez nous, ce gracieux spectacle.

Le harnachement des chevaux n'a guère varié dans les temps anciens. Jusqu'à l'époque du moyen âge, c'était toujours ce petit siège posé sur une couverture de

laine ou une peau d'animal, retenu sur le dos du cheval

par une croupière et un poitrail. Ce petit siège était appelé epkippium chez les Komalus. 11 était souvent d'une richesse extrême, garni d'or et d'argent, de perles et de joyaux. Ainsi que nous l'avons vu, il y manqumt les étriers, cet utile complément de la selle moderne, inconnu à toute 1 antiquité. On les suppléait de diUérentes façons. D'abord, pour monter à cheval, on employait la manière la plus simple, la plus naturelle, qui consiste à sauter sur son coursier en s' élevant sur les poignets ; les soldats s'aidaient généralement du bois de leur lance, ûnsi qu'on le voit dans certains bas-reliefs ; quelquefois on fûsait agenouiller les chevaux pour les enfourcher. Les personnages riches, soit pour monter à cheval, soit pour en descendre, se faisaient aider par leurs esclaves ou leoiB domestiques. On se servait aussi de billots , de marche-piedë et d'échelles. Enfin ^es bornes étaient placées de disuuice en distance, sur la voie publique, pour la commodité des voyageurs. La confection de ces bornes et le soin qu'il en fallait prendre, formaient une des at* tributions des fonctionnaires chargés de la grande voirie. Elles étaient soit en bois, soit en pierre, et très rapprochées les unes des autres.

On dte une inscription burlesque trouvée sur Fun de ces montoirs, consacré à la mémoire d'une mule : -

ms PEDIB. SAXUM CINGLE DORSIFER E ET CLUNIFFB E , UT IISSULTARE AC DESULTARE COMMODETLR , PUB. CRASSUS MULE SUE CRASSE RENE FER£NT1 , SUPP£DAN£UM HOC CUM RISU POS.

VIXIT AMNOS XI.

. Le mérite de cette épitaphe . qui consiste dans dés

jeux de mots, serait assez dilïicile à ia'wv sentir en français. On y trouve la formule usitée dis manibus^ aux dieux mânes, changée en dis pedibus, dieux des pieds. Saxuni y remplace sacrum, et bene firenti, bene merenti. Mais, dit très judicieusement John Lawrence, en substituant ouvertement cum rim é. res ludicra, dout le sens est plus caché, l'auteur va trop loin ; il diminue l'effet qu*il veut produire et fait mal augurer de json goûi.

L'usage des étriers remonte au temps de saint Jérôme, à l'an A20 environ. Cet auteur les nomme stupia, 6t»- ' tupia, êtrepa* Avec les étriers, les arçons forent ajoutés à Yepkippia, et la selle, depuis cette époque, subit toutes les modifications qui Font rendue telle que nous la voyons aujourd'hui.

La bride avait le mors brisé. Les omemens qu'on y ajouta varièrent à l'infini : quelquefois c'étaient de riches colliers garnis de clochettes, dont r£urope moderne a longtemps conservé le souvenir. Naguères encore, m Angletme, une clochette était le prix de certaine

courses que l'on appelait race fore tlie bcls. Maintenant encore, en France, eu Bretagne surtout, les habitans des caifipagpes ne crmraieot pas pouvoir présenter leurs cfaevant dans les occasions solennelles, telles que les assemblées de village , les distributions de primes ou nême les ioires , si ces chevaux n'étaient ornés de cloehettea pendues à leurs l»ides , nouées dans leur cri* nière ou suspendues au sommet de la tète.

Les Romains, comme les Grecs, avaient plusieurs manières d'arranger la crinière de leurs chevaux. Souvent

elle était taillée en brosse ^ souvent on la laissait flotter

naturellement ; qnelcfuefois on la coupait très court du côté gauche, pour la laisser tomber à droite, bien peignée et lissée. On laissait à la queue toute sa longueur et on la peignait avec soin.

Les llomains surveillaient avec le plus grand soin Tentretien de l'ordre et de la propreté dans les écuries, la qualité de la nourriture, et tous les détails de l'hygiène des chevaux, principalement de ceux qu'ils desti-* naient aux courses. Ils employaient, dans le pansement, un gant fait de la rude écorce du palmier. Ils avaient aussi l'habitude de se servir de couteaux de chaleur, pour enlever la sueur.

On donnait, d'ailleurs, toujours une attention particulière au toupet, à la crinière et à la queue, qu'on lavait et nettoyait très fréquenunent, qu'on huilait, que Ton parfumait pour en rendre les crins doux et luisans.

Après le travail, les chevaux étaient lavés à graDde eau. On prenait les soins les plus particuliers de leurs jambes et de leurs pieds, et, en général, la toilette du cheval était regardée comme chose si importante, que cet axiome était proverbial à l'époque de Columelle, à savoir : Qu'il était plus avantageux aux chevaux d'être pansés avec soin, que d'être amplement nourris. Nos modernes hippiatres n'ont pas un moment hésité à le re^ connaître.

Varon et Virgile donnent à leur type équestre des yeux vi& et brillans, des naseaux ouverts et larges, des oreilles

plantées l'une près de l'autre, une crinière longue et ondoyante, une poitrine large et profonde, des épaules plates et renversées en arriére, un corps arrondi, court

et pas trop gros ; des paturons courts et forts^ une queue

longue et touffue, des cat5«e« fortes, des jambes nettes, des genoux plats, des sabots dura et non cassans, des veines grosses et sadllantes. £n outre» les andens jugeaient qu'il était d'un heureux augure pour les jeunes poulains, courant dans les pâturages, de montrer de l'ardeur à dépasser leurs compagnons , à franciiir les pr^iers un ruisseau ou une rivière ; de plonger, en buvant, leurs naseaux très avant dans l'eau. Ces idées ont conservé du crédit jusqu'à nos jours; la dernière surtout parait très rationnelle : la faculté de retenir son baleine, faculté qui s'exerce nécessairement quand les narines sont plongées dans l'eau, est, en effet, une preuve de la force et de la santé des poumons.

Nous avons déjà pu remarquer que le goût du cheval s'alliait merveilleusement avec la poésie. Il est peu de poètes qui n'aient le sentiment du cheval , et peu d'hommes de cheval qui n'aient à un haut degré le sentiment de la poésie. Nous avons vu Job, un des premiers poètes connus, nous donner la plus belle description du cheval qui ait été faite ; Moïse, chanter le cheval et le cavalier ; Homère, consacrer ses chants aux héros et à leurs coursim. Virgile aussi enfin est tout à la fois uil des plus grands poètes et un des premiers hippologues dn mondo. Son magnifique poème de l'Enéide est rempli de peintures ayant le cheval pour objet et auxquelles on voit que se complaisait le poète. Quand il parle du cheval, toutes les expressions dont il se sert sont d'une justesse et d'une vérité rigoureuses. Rien ne saurait être ajouté à sa pensée, 4en n'en pourrait être retranché. Partout, dans chaque mot, on sent l'écuyer et Vhippolo-

gue. C'est dans le texte original de ses magnifiques poésies qu'il faut étudier et apprécier cette finesse d'observation t cette exactitude scientifique qu'il porte jusqu'au milieu des plus chaudes inspirations. Citons cependant

ici ce nouveau passage des traductions de DeliUe :

Tel un coursier caplif» mais fougueux et stunge. Las des molles langueurs d'un oisif esclavage, Tout à coup rompt la chaîne, et loin de la priSOD,

Possesseur libre enfin de rimraense horizon, Tantôt lier, l'œil en feu, les narines fumantes, Demande aux vents les lieux où paissent ses amaales. Tantôt par la chaleur et la soif enflammé, Court, bondit et plon^o ;m fleuve accoutumé ; Tantôt, le cou drt ^^r, du fit-il fraftfmnt Ips ondes, Pour reprendre a son choix ses courses vagaboodeSi Part, et dans un vallon propice sfs ébats, Battant l'air de la tôle et les chntn])^ de ses pas, Levant ses crins mouvansque le zéphyr déploie. Yole, frémit d'amour ei d'oi^eil ei de joie.

Mais le plu» bel ouvrage de Virgile, comme poète, comme penseur et comme savant iNratieien, c^est d'ailleurs le poème des Géorgiqnes. Il y fait preuve des connaissaaces hippiques les plus avancées, et jamais aucun auteur, ni dans les temps passés, ni dans les temps modernes, n'a surpassé les magnifiques préceptes qu'il y* donne et qui n'ont jamais été assez étudiés. On a interrogé les naturalistes pour savoir où en était, -la science équestre dans les beaux jours de Rome ; c'était aux poètes qu'il faÛait le demander.

Virgile nous enseigne le moyen d^avoir de bons chevaux. 11 veut d'abord qu'on choisisse de bonnes mères... cûrpora preeifiue matrum Itgat; c'est 14 le précepte éter-

nel et le vrai secret de l'élève du cheval : sans un bon

choix de poulinières, point d'amélioration, point de chevaux. £n vain vous entasserez des volumes, eu vain vous prodiguerez les trésors, en vain vous dépenserez sueur» et génie, sans bonnes mères, vous n'aurez jamais de

bons clitvaux... corpora précipite 7nati*um IcgaL C'est

pourtant ce qu aucun peuple moderne ne sait assez et ce que nous. Français, nous ne savons pas du tout.

Le second précepte virgilien est le choix des étalons. C'est dès l'enfance qu'il faut soigner le père du troupeau ; c'est pai mi les plus agiles, les plus courageux qu'il faut le choisir* La question de conformation né vient qu'après celle des qualités intrinsèques, quoique, sans doute, ellene doive pas être négligée. Choisissez un cheval bon et beau; qu'il égale ceux de Castor, de Mars, d'Achille, et celui sous laforme duquel Saturne remplissait le mont £lis de ses hennissemens. Mais ce n'est pas tout d'avoir un bel et bon étalon, il faut savoir encore à quel exercice il a été formé : s'il a été dressé pour la course, le tirage des chars, ou l'art du manège ; s'il sent le prix de la victoire olympique ; car les qualités acquises se transmettent, comme les qualités natives. Il faut connaître le saug qui l'a fait naître ( car, beauté» bonté sont inutiles, si le sang n'est pas là pour assttier à la descendanoe une durable perfection î prolem que parentum! Et il y a encore, après 2000 ans, des gens qui vous demandent ce que c'est que le sang t Mais lisez donc Virgile I

En outre, vous voulez élever des chevaux et vous ne commencez pas par choisir avec soin les localités qui leur sont propres ; vous pensez que partout on peut faire naître un brillant et rapide coursier, que l'air, le sol, les

eaux, Il y sont pour rien;, c'est que vous n'avez pas lu Virgile!

« Ne voit-on pas que le safran vient du Tmolus; que » rinde nous envoyé l'ivoire, et la nwHe Sabeîe, Tenn cens; que les Chalybes nous fournissent l'acier; le » Pont, le muBC odorant, et TEpire, les chevaux couverts » des palmes d'Elis. Depuis que Deucalion jeta sur la » terre dépeuplée les pierres d'où naquirent les hommes, » — dure espèce, — la nature attribua des propriétés » diverses à chaque pays, et ses lois n'ont pas changé* »

Si Ton savait Ihre Virgile, on ne dirait pas non plus que la flégénération est un vain mot; on saurait qu'il faut sans cesse renouveler tous les germes, tous les élémens de reproduction , jusqu'aux graines elles-mêmes , non seulement pour améliorer, mais encore pour ne pas reculer dans la voie du progrès.

f^idi h'Cta diu et multo spcrtata labore Deqenrrare tamcn, 'ni viff fnimnna (nwtannis Optir>ii^ quœqiie manu leijerci . sic omnia faits In pejus ruere ac rétro nublapsa reforri.

it J'ai VU les espèces, ohjet d'un choix longtemps attentif et de soins aussi efficaces que multipliés, finir encore \)îir dégénérer, si, chaque année, la main de l'homme ne revenait mettre en réserve les meilleures types. C'est ainsi que la destinée de toute chose est d'aller de mal en pire et de se kisser enteaîner sur la pente du néant »

Le poète ajoute :

JXon taUerquamqiÊi aâ»eno vix fiuMhiê lembiim Jimi§ii$ tubtgits H bnuMa fbrtB rmniiU M(iu$ ittum in priBevp» prono rapU alvaiM amitt .

« (l'est ainsi que celui qui rauie dans sa frêle l)arque contre le couraat« s'il laisse uu instant retomber ses bras fat^ués, est entraîné par la pente des eaux/ et recule. »

La civilisation est toute entière dans cette simple et magnifique comparaison, et la science du cheval est toute . entière dans dix vers de Virgile.

Le cheval fut en honneur sous la république romaine, comme le prouvent les documens que nous avons produits ; mais ce fut sous les empereurs qu'il acquit toute la considération dont il était digne, et préluda aux nobles destinées qui lui étaient réservées pendant le moyen âge. César, comme tous les grands hommes, aimait avec passion les exercices équestres, dans lesquels il excellait 11 avait, comme nous Favons vu, un cheval fameux, qui, dit-on, avait les pieds de devant d'un lioinnu'. dette fable a, sans doute, une origine pareille à celle de la téie de bamfàu cheval d'Alexandre; mais le cheval de César n'en joua pas moins un rôle dans l'histoire du monde. Il était né dans le palais du héros et ne fut jamais monté que par lui. D'après l'oracle, il présageait l'empire à sou maître. Aussi son maître lui donna-t-ii tous les soins possibles. César le montadt dans les occasions solennelles , lit avec lui la conquête des Gaules, franchit avec lui les rives fatales du Kubicon, au delà duquel il n'y avait plus que le sceptre du monde ou le poignard de Brutus. Enfin, il lui fit élever une statue devant le temple de Véims Genitrix.

Le cheval de Séjan est fameux dans l'histoire romaine et a donné lieu à un proverbe encore usité maintenant : il monte le clieval de SéJan. Gechesai eUiL Arzelly c'est*

àr-dire qu'il avait une balezaue au pied postérieur droit. Après la mort de son maître, favori de Tibère, il passa à Dolabella, à Caïus et à Gani^us, qui tous eurent une fin

tragique ; Marc Antoine le montait lorsqu'il fut vaincu par Octave; enfin, son dernier possesseur, Néjidus, fut par lui culbuté et noyé dans on fleuve.

Spartacus, avant la bataille où il devait être défait par Craâsus, avait été assez mai inspiré pour tourner son épée contre le cheval qui l'avait porté. « Si je remporte » la victoire, s'écrîart-il imprudemment, j'aurai asses )» des chevaux des ennemis, et si je suis défait, je n'en » aurai pas besoin. » César est aussi coupable d'avoir dit un jour, au moment de livrer une bataille, comme on lui amenait un cheval : « Je ne m'en servirai qu'après la » victoire, pour la, poursuite de l'ennemi. »

Cabgula aimait passionnément les chevaux. On sait qu'il voulut élever l'un des siens à la dignité de consul : personné n'a oublié l'illustre nom à^Ineitatus* L'empereur, son maître, lui fit construire une écurie de marbre, lui donna une auge d'ivoire, des couvertures de pourpre et un collier garni de perles d'Orient Incitatus avait un palais richement meublé; une foule d'officiers et d'esclaves formaient sa cour, et les convi\ es invités en son nom étaient reçus avec magnificence. La veille des courses du cirque, l'empereur envoyait des soldats pour faire observer le silence dans les environs de sa demeure, et empêcher que son sommt'ii iie lut troublé. Quelquefois il l'invitait à sa propre table, lui servait lui-môme l'orge dorée, lui présentait lui-même le vin d'une coupe d'or où il avait bu le premier. Il le nomma pontife, conjointement avec lui, et il l'eût éleyé à la dignité de consul, si la mort

lai en eût laissé le temps. Il en était, en effet, déjà venu

à faire porter devant iiicitatus les faisceaux du consulat. Ce curieux amour de Caligula pour un coursier favori ne peut être* à la vérité, regardé comme une preuve que la dignité impériale exclut toujours toute idée de folie chez ceux qui en sont revêtus. Cependant Voltaire fait id cette réserve, dans le quatram suivant :

Si dans Rome avilie un emperaur lirattil

Des faisceaux d'un consul hooofa son cheval,

Il fut cent fois moins fou que ceux dont TimimideDGe

En ^'iodisnes morieto a mis ta confiance.

Vénis se distingua aussi par son attachement pour les chevaux, et en particulier pour son cheval Volucris. Il le nourrissait de raisins secs et de pistaches. Il fit faire sa statuette en or et la portait partout avec lui. Il lui ût, sptèâ sa mort, élever un tombeau au Vatican*

Auguste avait aussi fait construire un monument en l'honneur de son cheval, que Germamcus axait chanté dans ses poésies.

Caracalla ne nourrissait ses coursiers qu'avec des raisins d'Apamène.

Nous avons déjà parlé de la passion de Néron pour les courses. elles jeux du cirque; nous ne reviendrons pas sur ce sujet

Adrien donna des sépultures monumentales à plusieurs chevaux, à son cheval Boryslène, entre autres, en mémoire duquel il composa, en outi^, lui-même, une épitapbe.

A Rome, la possession d'un cheval était un droit uniquement réservé aux sénateurs, aux chevaliers, aux

membres des corps municipaQx et aux- gouverneurs des

provinces. Ce droit cependant, par une exception bizarre» s étendait aussi à la corporatiun des niai'chauds de porcs» mais seulement dans le cerde de la banlieue de la ville.

Les Romains, à l'exemple des Perses, avaient établi des postes sur les routes ouvertes dans toutes les directions de l'empire. Il n'y en avait pas mc^s de cinq par journée, sur chaque route, dit Pi^peroe, et quelquefois il y en avait jusqu'à huit. 11 n'y en avait pas qui ne fût pourvue de quarante chevaux, avec autant de postillons et de palefreniers qu'il était nécessaire.

Au temps de la république, les médailles consulaires portaient toutes des images équestres au revers : tantôt c'étaient les Dioscures, en l'honneur desquels un temple s'élevait près du cirque Flaminius ; tantôt c'était un cavalier lancé au galop, de toute la vitesse de son cheval ; le plus souvent c'était un char attelé de deux chevaux et quelquefois un quadrige.

Sous les empereurs, le revers des médailles présenta les mêmes images, dans un cercle plus varié de sujets. Le char attelé de deux ou quatre chevaux y est ordinairement le signe du triomphe; le cheval qu'on tient par la bride y exprime une victoire remportée, soit dans les combats, soit dans les jeux du cirque.

Le cheval était, comme l'aigle, représenté sur les enseignes guerrières de Rome.

« On a fait une observation curieuse en parcouriant les catacombes. On a remarqué que les tombeaux des premiers chrétiens sont, en grand nombre, ornés de gravures et de dessins représentant des chevaux ou d'inscriptions

indiquant la profeasion du mort, quand cette profeâsîcnl

se rattache aux chevaux, de quelque côté que ce soit. On lit, par exemple, dans plusieurs épitaphes : CoLle^U jumentariorwn.»» ou $aoro êtabuio*.* ou eursm pubUco,,. ou même eireo.,, ou enfin agitarei. Les inscriptions d'une autre espèce, ainsi que les gravures et les dessins, ne sont d'ailleurs, d'ordinaire, que des allégories mystiques, faisant allusion soit à la brièveté de la vie symbolisée par la vitesse du cheval, soit à cette lutte, à cette course terrestres, dans lesquelles l'apôtre saint Paul excite le fidèle à déployer tout courage et toute persévérance, quand il dit : Bomm eeriamen eertavi, euTMum consummavL., Qui perseveravcrit tuque ad finem, hie coTonabitur,

Cependant le dernier jour de Rome approchait; le cheval n'était plus qu*un vain ornement de ces fêtes dont le

peuple était aussi avide que de pain {panem et eîrcenses) ; la forte cavale gauloise, à la vaste poitrine, le Roussin du Franck, balayant la terre de son épaisse crinière, le coursier sans frein du Numide n'étaient plus là pour garder les portes brisées de la ville superbe : l'empire s'affaissait comme ces vieux chênes minés par le temps, qui couvrent encore de leurs vastes branches le pâtre et ses brebis, mais qui, n'ayantplus de racines, vont désormais succomber au premier souffle de raquilon.

a Attila, cet homme qui du fond de sa ville de bois, dans les herbages de la Pannonie, ne savait lequel de ses deux bras il devait étendre pour saisir l'empire d Orient ou l'empire d'Occident, et s'il arracherait Kome ou Constantinople de la terre , » Âttila vint faire boire ses coursiers Kalmouks aux eaux de la Seine et du Tibre. Âr-

rèté devant Paiîs par la vierge de Naotme, devant Borne

par saint Léon, il ravage l'Italie, détruit Aquilée» en s'écriant : « Là où mon cheval a passé, T herbe ne repousse » pins* » Mais il se trompait dans son orgueil : Therbe a repoussé aou8 les pas du coursier du fléau de Dieu. L'orage qui porte dans ses lianes la grêle et le tonnerre fait aussi mûrir les moissons et ambrer les fruits de la vigne.

Pour elBuser des coursiers du barlMure Les pas empreints dans tes cbamps proGioéft, Jamais le ciel te fut-il moins avare?

^' noorimiixvois Imcbamp&GourooDéi.

GHAPIXAË YUl

Invasions dans les Gaules. — Les Francs. — Mérovée. — Clovis. — Les Bretons dtt ooniiiMatâl les Breiûii& insulairas. — Rolkm et les Nor-

Le vleiui; monde Unissait; la civilisation orientale, desoeodue jusqu'aux limites de Tocddent, était allée éveiller dans leurs forêts des peuples neufs et terribles, qui vinrent à leur tour maîtriser la terre et servir de guides aux nations. Jusqu'ici nous n'avons contemplé que le cheval du midi, aux allures légères et à l'œil de feu ; nous avons à peine entrevu le cheval du nord, couvert sous son harnais sauvage, à moitié caché sous son épaisse crinière, attelé aux lourds chariots de la Germanie ou aux chars annés de faulx des €eltes-Bretons. Bientôi ce coursier dégénéré va sortir de son barbare esclavage, se retremper au noble sang dont il est descendu et reconquérir ses titres de gloire* Joignant la vigueur et la

grâce de ses pères aux forines athlétiques qu*il a trouvées daus les humides pacages et sous le ciel brumeux du nord « le Destrier, cheval inconnu dans les temps antiques, va fonder les royaumes de r£urope modemet et lutter contre le cheval arabe lui-même, dans les champs de Thcssalonique et de la Massoure.

Les Francs étaient une confédération de peuples Germains parmi lesquels se trouvaient les Marées, delarace des Isterons, dont le nom, aîmi que celui des MareammanSf indique les habitudes équestres. C'étaient, comme nous l'avons vu, d'intrépides cavaliers que ces rudes Germains à TobU bleu, à la chevelure blonde, couverts de la peau de l'ours et du bison et armés de Tangon d'sr cier. Leurs enseignes portaient un chen al blanc aux fougueuses allures. Leurs bardes chantaient les Walkyries, chevauchant sur d'ardentes haquenées: « Les diéesses » qui président aux combats, ces belles Walkyries étaient » à cheval, couvertes de leur casque et de leur bouclier. n Allons, disent-elles, poussons nos chevaux au travers » de ces mondes tajMSsés de verdure qui sont la d^eure » des dieux. »

Voici conunent IL de Chàteaubriant a peint le cheval de Uodion :

« La cavalerie romaine s'ébranle pour enfoncer les » barbares ; Clodion se précipite à sa rencontre : le roi » chevelu pressait une cavale stérile, moitié blanche, » moitié noire, élevée parmi des troupeaux de rennes et » de chevreuils, dans les haras de Pharamond. Les bar- » bares prétendaient qu'elle était de la race de Rinfax, » cheval de la Nuit, à la crinière gelée, et de Skinfaœ, » cheval du Jour, à la crinière lumineuse. Lorsque pen-

» dant rMver, elle emportait son maître «or im char d^é- D coree» sans essieu et sans nmes, jamaia ses ^eds ne

» s'enfonçaient dans les frimas, et plus légère que la » feuille du bouleau roulée par le vent, elle effleurait à 9 p^ela câme des neiges nouvellemait tombées. »

Le Franck chantait dans ses diansons d'amonr : « Je » sais faire huit excrc ices ; je me tiens ferme à cheval ; je » nage, je glisse sur des patins, je lance le javelot, je manie « laknce^ cependant une fille de Russie me méprise. »

En prenant pied sur le sol gaulois, les Francs, en gardant leur propre expérience, s'approprièrent tout d'abord, comme par instinct, toutes les habitudes des Gaul<ns et des Romains^ ils puisèrent ainsi dans une triple source la science hippique, telle à peu près que nous la retrouvons de nos jours.

Le Sicambre, devenu citoyen, posa sur un monticule, près des eaux, la tour de ix>is qui formait le centre de son alen. Une épée et un cheval, voilà sa richesse ; et cette richesse le rendait l'égal des rois. Le don d'un cheval, chez les Germains, était la plus haute récompense du courage et de la valeur: « Us attendent, dit Tacite, » de la libéralité de leur chef, ce cheval de bataille et » cette framée sanglante et victorieuse. »

Les catégories sociales que nous avons vues établies dans les Gaules disparurent; la chevalerie romaine, la trimarchie gauloise, la cavalerie franque se fusionnèrent en une vaste conlrérie, la chevalerie, qui pendant huit siècles gouverna le monde et fonda tous les emphres modernes. Nous résérvons une place spéciale à sa magnifique histoire, dont le cheval est le héros de fait, comme il l'est par la gloire de son nom.

Dans la France naissante, les hifcitndes gmnaaiqfies

ne firent qu'ajouter encore à la sollicitude que les Romains et les Gaulois aralent portée aux chevaux et à ceux quilessoigaaient.

D* après les lois allemandes, le maréchal qui gouvernait habitueiieiuent douze chevaux, dans la maison du chef de famille, était aaees considéré pour que, s'il ve* Bait à être tué viéchamment , son meurtrier payât le

wehrgctd, ou prix du sang, de AO sous fsolidi).

Le cheval était aussi lui-même particuUèrement protégé par les lois ffaoqaes. Celui qui avait seulement monté un cheval ou une jument sans la permission de son maître, étaiL uns à Tamende de 15 sous d'or; et le vol du cheval de guerre d'un Franc» d'un cheval hongre, d'un cheval entier ou de ses cavales, était puni des plus fortes peines.

Voici un fait qui prouve le prix qu*on attachait à un bon cheval , eo ce temps de combats journaliers et de courses rapides : Glovis, ayant déûéi tes Yisigoths, va air tombeau de saint Martin remercier Dieu de la victoire. Il oflre en présent au monastère le cheval sur lequel il

tôt, tant un bon coursier est chose rare, devis regrette

son oflrande ; il redemande son cheval au prix de 50 marcs d'argent. Les moines lui répondirent que saint Martin tenait aussi beaucoup au présent qui lui avait été fait Clovis fut c^ligé de doubler la somme pour faire taire les scrupules du monastère. Ce fut alors que le rude Sicambre murmurât dit-on, dans sa barbe : « Saint Martm n sert bien ses amis; mûs il leur vend aes services im » peu cher. »

Le 60111 des chmiu était, Teraleseiiiquiàme et4Ûziènie

siècles, en France, roccupation spédale des prindpaux possesseurs du sol. Malheureusement les moines, seuls cbroniqueurs de ces temps ténébreux, n'étalât pas ordmaîremeiit des bommee de cheval et ne nous ont lûssé que peu de documens sur les habitudes équestres de cette époque. Cependant oaus retrouvons çà et là les preuves de grands établissemeD* hippiques, entret^i^ parles barons romains, gaulois et francs, qui habitaient alors la France naissante. INous voyons entr' autres, dans la vie de saint Sever, que, pendant sa jeunesse, il fut employé parmi les gardiens des cavales d*nn certainCQri)éoénus, puissant fendataire du pays du bocage Neustrien. On ne sait quelle était l'origine de Corbécénus; mais il faisait sa demeore dans un château placé sur le flaire d'upe montagne, près du cours de la 9euvronne, qui prend sa source dans la forêt actuelle de Saint-Sever et va se confondre avec la rivière de Vire, au-dessous de la ville de ce noBL Ce pays de Vire possède, en effe^, d'exceliens p&torages et des eanx limpides : Corbécénus pouvait y nourrir une grande quantité de cavales et de poulains.

Les Francs avaient pris d'un peuple de la Gaule, ap-pelé les Bastem, une sorte de chariot, qui fut appelé ^siernéf deknr nom. On y attelaût des bqsofs, étales femmes s'en servaient liabituellement pour les voyages et les promenades. Ciotilde avait quitté, dans une bas* terne, le palais de son oncle, pour venir épouser Qovis, quand, sur un avis qui lui vint, elle sort du chariot, s'élance sur un cheval et atteint la terre de délivrance, où elle devait avoir une mission si glorieuse à remplir. Le souvenir de ClotUde se lie aux premiers jours de la na-

tionalité française; c'est une de ces femmes qui, comme sainte Geneviève et Jeanne-d' Arc, donnent k Thistoire de France un cachet de grâce et de poésie qui manque à toutes les autres.

Nous voyons encore la basteme dans l'aventure de la fille do Deuthéric, précipitée au fond de la Meuse par un attelage de jeunes bœufs indomptés.

Si, du reste, Tambilion des premiers chefe de notre nation étût d'avoir un grand nombre de chevaux pour subvenir aux besoins sans cesse renaissans de la eruerre et de la dévastation, nous ne voyons pas qu'on prît pour cela, dans les années, grand soin de la nourriture, de la santé, de l'entretien et de l'hygiène du cheval. C'est que le barbare se faisait encore trop sentir dans le guerrier franc. L'ouvrage intitulé Gesta franeorum nous apprend que c'était l'usage des Francs, à la guerre, d'abandonner leurs chevaux à eux-mêmes, de les laisser paître au hasard. Ils se contentaient, en les mettant ainsi en liberté, de leur attacher au cou une clochette dont le bruit les guidait au moment où il s'agissait d'aller à la recherche de leurs montures. On raconte que Frédégonde profita de cette coutume pour tromper Tannée de Brunehault à la bataille de Groucy. Quelque peu de crédit que méritent les détails dont cette histoire est ornée, le fait en lui-même n'en demeure pas moins certain. On a, d'ailleurs, supposé que c'était cet usage, très ancien, U faut en convenir, et remontant même jusqu'aux peuples nomades, qui avait fait de la clochette, pendant tout le moyen âge et jusqu'à nos jours, romement obligé du cheval, et même quelquefois un titre d'honneur pour le courmer qui s'en trouvaitdécoré. Mais nous pensons tou-

jours qu*Q faut reporter aux Romaiiis, ainsi que nous IV

vons dit plus haut, l'idée de faire entrer la clochette dans h toilette du cheval.

Pourquoi faut-il qu*il y ait eu dans notre histoire un siècle assez féroce pour inventer ce supplice affreux, où le cheval a été forcé de jouer un si épouvantable rôle 1 Passons sans nous arrêter sur cet horrible récit oii figure la cavale indomptée qui dispersa les membres palpitans de la vieille reine Brunehault.

L'époque mérovingienne est empreinte au plus haut degré du sentiment hippique. Ces luttes de peuples bar» • bares, ces invasions, ces courses lointaines, les chocs terribles des Huns, des Germains» des Vandales, des Maures, au nord et au midi» en orient et en occident, tout cela était impossible» sans le dos vigoureux et la jambe nerveuse du cheval. Attila, Clovis, Mahomet, portés sur de rapides coursiers, comme la mort sur son cheval pâle» courbaient les peuples sous la loi de leur épée» loi suprême, et la seule ici bas que l'homme n'ose blasphémer.

Aussi l'homme qui n'était pas toujours à cheval n'était qu'un vaêioi. La dergie seule a pu se permettre de

négliger l'équitation, symbole de la puissance.

Savez-vous pourquoi la race de Clovis a fait place à cdle de Pépin? pourquoi les fils des rois chevelus ont subi la tonsure du moine ? pourquoi la France a perdu Ghildéric et gagné Charlemagne? Ëgûihard va vousTap; prendre : c Quœumque eundum erat earpento ibai, gmd ». bohui juneiis , bobus TUitieo more actU trakebatùr; 9 âio ad paiatium, sic ad publicum populi sut eonven- • lam» (jui annaiim ob regni itUiitaUm edebrabaniur, ' t.i. Il

» trp, in domum redire solcbat, » S'il lallail qu*il allât quelque pait, il voyageait monté sur un chariot traîné par dea bœufs, qu'un bouvier conduisait à la manière des ' paysans ; c'est ainsi qu*il avait coutume de se rendre au

palais et à l'assemblée générale de la nation qui se réunissait une fois chaque année pour les besoins de l'État.

Quatre bœufs aUelés, d*un pu.^ uanquillc et lent, Promenaient dans Paris le monarque inttol^t*

Oui, les rois faînéans avaient laissé dormir les cour*

slers de bataille de leurs pères; ils se faisaient traîner dans un char, earpento; avec des bœufs, bobusJuncUs ; comme des paysans, ru$tteo more. Ahl ils méritaient vraiment de perdre l'empire du monde! C'était sur un bon et vigoureux coursier que Charles Martel, dans les champs de Poitiers, conquit la couronne que son ûis Pépin l^ua à la brillante dynastie des Carlovingiens.

Le besoin d'être toujours à cheval fit modifier les an-* ciens usages. Vephtpptum des Romains se modifia peu à peu; la selle commença à paraître avec ses étriers, ses battes de bois et ses sangles, la croupière et le poitrail. €e fut vers Tan 340 que Thistoire fait pour la première lois mention de la selle équipée. Saint Jérôme est le plus anden auteur qui en ait parlé. Les étriers étaient appelés jii^ûi, Instupia ^ strepa. A l'époque de la con quête * de FAngleterre, les Normands se .sci \ aient de selles e d* étriers, comme le prouve le iiarnachemeutdes chevaux de la tapisserie de la reine Mathilde, monument contemporain. Cependant une curieuse remarque, c'est que quel>* ques unes des selles qui ligurent dans cette tapisserie n'on t

pas d'étrîera. Faadraitr-il en oondure, avec plusieurs auteurs, que l'usage n'en était pas général à cette époque^

C/est une opinion que v it ndrait confirmer le fait suivant, dont on pourrait même inférer que les étriers s'attachaient et se détadiaient à volonté de la selle.

D'après G. de Malmesbury, GaillaLime-le-Houx, ayaiu eu un cheval tué sous lui, au siège du Mont-Saint-Michel,, s'en fit amener un autre et sauta dessus sans attendre qu'on lui mit des étriers : non expeetato ascemorio

sonipcdem instUens,

C'est aussi à l'invasion des peuples du Nord que remonte une autre invention importante dans leé fastes hippiques, rinvention de la ferrure. Le cheval méridional, à la corne dure, au sabot cylindrique, marchant la plupart du temps sur un sol sec et sablonneux, n'avait pas exigé ce perfectionnement c[u'on a justement appelé un mal nécessaire; mais le cheval du Nord, à la corne spongieuse, au sabot aplati, foulant alternativement des terres humides qui amolissaient la corne de ses pieds, et des ter^ rains pierreux qui hi brisaient et la compriniaieut, devait être l'objet d'une précaution sans laquelle il fût bientôt devenu inutile. L'on attacha même dés lors une telle importance à la ferrure, que, chez tous les peuples modernes, le nom de l'artiste ou de l'ouvrier chargé de ferrer les chevaux devint non seulement un nom très répandu, mais encore un titre de noblesse, une marque de dignité. Ainsi les noms de Maréchal, dans la France ; de le Goff, en Bretagne; de Smith, en Angleterre; de Fer^ Hères, en Normandie, et de Ferrers^ en Angleterre, ont pour origine principale la ferrure des chevaux. Les de Ferrières portîuent de gueulles à l'écusson d'hermines

tt à Torle de huit fers à cheval. On retrouve dans beaucoup d'armoiries des fers à cheval en plus ou moins grand nombre* Il n'y a aucun doute que l'origine de» maisons qui les portent ne soit celle que nous indiquons. Enfin le Domesdaj Book contient plusieurs donations faites par Le Conquérant à des ouvriers lerrans : tant on attachait d^importance à leur art et aux progrès qu'on lui faisait faire !

L'invasion romaine avait été, pour les Gaules, comme une vaste inondation débordant av ec impétuosité sur le sol, le couvrant de toute part pendant un temps plus ou moins long» et se retirant ensuite peu à peu, non sans laisser des traces durables de son violent passage. L'invasion franque fut semblable à un de ces empiëtemens de la mer venant s'emparer d'un rivage, s'y creuser un nouveau lit pour le garder à jamais. Les eaux alors laissent ^quelquefois surnager à leur surface de petites îles, témoins irréfragables de leur irrésistible et étemelle conquête.

C'est ainsi que, sous la dénomination des Francs, quelques dâ>ris des Gaules, protégés par des bois épais, des marais inaccessibles, des montagnes escarpées, prétendirent conserver, au milieu de l'Europe, une nationalité particulière et réussirent au moins à garder jusqu'à nos jours le cachet de leur origine. La race bretonne surtout, issue des Gaulois, Celtes et Kymris, repoussée par les Francs dans TArmorique, par les Angles et les Saxons dans les montagnes galloises et calédoniennes, vécut encore pendant plus de dix sîèdes de sa première vie, inculte, active et batailleuse.

Comme tous les peuples doués d'une imagination vive

et poétique, le peuple Breton eut ses temps fabuleux ei son épopée mystérieuse. Ce fut lui qui créa cette mytho* logie du moyen âge, si habilement exploitée par les poètes modernes: l'Arioste, Le Tasse, Skake^peare, Cervantes, génies étrangers qui savaient mieuj^ profiter que nous des merveiUes écloses à notre soleil»

Souvenirs de la Table-Ronde, d' Arthur et de Tristan, de la blonde Iseult et d'Oriane; enchantemens de Brocé* liande» veillées du château de Joyeuse-Garde, récits de la Roche-Périon, patrie d'Amadîs, ce type merveilleux du héros chrétien, vous naquîtes au bi uit des vagues de la mer, sur le sein des fées de la Gaule, dans les antres mystérieux du pays d' Arvor.

Et le cheval vient se mêler à toute votre poésie. Il y est l'ami et le compagnon des héros ; il y porte les dames de leurs pensées; il y fournit le don le plus précieux que l'on puisse faire à l'amitié ou à l'amour ; les amusemens qu'il y procure sont les plus nobles, les plus a^^réables et les plus estimés de tous*

Il y avait trois choses qu'on ne pouvait saisir pour dettes chez un homme libre du pays de Galles : son ehûvai

bord, puis son épée et sa harpe.

Gradlon reçoit d'une fée un superbe comsier appelé Gadifer, qui le menait de victoire en victoire. Lors de la destruction de la ville d'Is, Gradlon se sauva à cheval, emportant en croupe sa fdle Dahut, ce démon aux yeux d'ange, qu*U précipita dans la mer par l'ordre de Dieu* Son cheval devint sauvage, dit le chant populaire.

{( Forestier, forestier, dis-moi, le cheval sauvage de » Gradlon, l'as-tu vu passer dans cette vallée ? Je n'ai

a pas VU passer dans cette vallée le cheval de Gradlon;

» je Tai seulement entendu la nuit : trip-trep, trip-trep, » trip-trep, rapide comme le feu. »

Le cheval, chez tous les peuples orientaux et chez tous les peuples du Nord, était, comme nous l'avons vu, considéré comme le symbole de la guerre. Dans tous les anciens chants bretons, les chefs belliqueux sont comparés à des chevaux marins et à des chevaux de guerre :

<c Je vois le cheval de mer venir à sa rencontre et faii^ » » trembler le rivage. ....

0 Tiens boni tiens bon ! cheval de mer! frappe-le à la » tète! frappe fort, frappe! »

Les femmes montaient à cheval comme les hommes : • Tréfînne, fuyant de chez Tinfâme Comore, pour re-

omdre son père, le comte de Vannes, fit équiper sa » haquenée et tira le grand galop vers Vannes* »

Les guerriers soignaient et pansaient eux-mêmes leurs chevaux, comme les héros d'Homère. Us avaient même soin de la ferrure.

On lit dans les chants populaires de Bretagne, recueillis par M. de la Villemarqué :

« Et toutes les maisons qu'il voyait étaient rem-

»> plies d'hommes d'armes et de chevaux, et chacun four- » bissait son caâ^ue, et frottait son épée, et lavait son i) armure, et ferrait son cheval, n

Nous avons vu, dans la Grèce, les femmes des héros et les filles des rois soigner et panser elles-mêmes les chevaux de leurs maris, de leurs pères et des étrangers qu'elles voulaient honorer. Nous retrouvons cet usage dans les habitudes bretonnes des quatrième et cuiquième siècles. L'ouvrage que nous venons de citer nous en four* nit encore la preuve dam liguer suivantes ;

(I La salle du château de Kénou était occupée p^r ,1» vingl-quatre jeunes fiUes qui brodaient du satin dans

» l'embrasure de la fenêtre et la moins gracieuse

» était plus giacieubf que Givennivar, l'épouse d'Arthur, » quand elle parait ornée de toutes ses grâces» à la n messe» le joiu* de Noêl ou de Pâques. Et elles se levé* » rent à mon approche, et six d'entr'elles prirent mon

» cheval et lue désarmèrent Or, les six jeunes liiles

n qui avaient pris mon cheval le déharnachërent aussii » lestement que si elles eussent été les meilleurs écuyers » de r lie (le Bretagne....,

» Dès le point du jour» tout le monde était deintut» » et Arthur appela les gardes qui veillaient à la porte de » sa chambre, et ils entrèrent tous quatre, et ils le sa- » luéreut» et ils rhabillèrent; or» le prmce s'étonuaitde » ce que Givemiivar ne se levait pas et ne quittait pa3 D son lit, et les gardes voulurent l'éveiller.

» Ne la réveillez pas, dit Arthur, elle aime mieux dor- » mir que venii* à la chasse.

» £t Arthur sortit» et il entendit deux cors sonner» » l'un du côté de la demeure du grand veneur, l'autre » du côté de celle du chel des écuyers; et toute la troupe » des chasseurs se réunit à lui , et ils partirent pour la » forêt.

» Et après leur départ, Givennivar s" éveilla, et elle ». appela ses fenunes, et elle s'habilla.

» Femmes, dit-elle» on m'a permis hier au soh* d'as-^ » pister à la chasse ; allez donc, une de vous, à l'écurie. )> et faites-y préparer un chevaP qu'une dame puisse )> monter.

n Et une d'elles s y rendit et n'y U'oiiva que deux che*

» vaux» et Givennivar et une de ses femmes les montèn rentt et elles passèrent la rmère d*Osk , et elles sui-

» virent la trace des chevaux des chasseurs.

n £t comme elles chevauchaient ainsi, elles entendin rent un grand bruit, et elles détournèrent la tête et n virent un chevalier monté sur un jeune coursier dè » chasse d'une }iaute taille, et c'était un jeune homme à » l'air noble, aux cheveux longs, aux jambes nues, pora tant au flanc une épée à garde d*or, vêtu d'une robe » et d^un manteau de satin, chaussé de fins souliers de M cuir et ceint d'une écharpe de pourpre bleue, aux deux » bouts de laquelle pendaient deux pommes d'or, et son » counner marchait d'un pas relevé, vif et fier.

)> La dame ût donc amener un beau coursier noir de » Gascogne, portant une selle de hêtre, et apporter une » armure complète d'homme et de cheval.

» In jour qu'Owenn était assis à table, à Kerléon- » sur-Osk, voici venir une demoiselle vêtue d'une robe » de satin jaune, et montée sur un cheval bai à crinière j) flottante et couvert d'écume , et la bride et la partie n découverte de la selle étaient d'or, et elle s'avança vers » Owenn, et elle lui arrachadu doigt son anneau nuptial* • •••• ••••••••••••

n 11 faudra que tu aies soin toi-même du cheval de » ce jeune homme, car nous n'avons pas de valets. J'au- M rai, répondit-elle, tout le soin de sa persomie et de » son cheval.

j) Et la jeune fille désarma le jeune homme, puis elle » porta au cheval du grain et de la paille» et revint dans » la salle et rentra dans la chambrot »-

Panni les curieux détsdls que nous offrent les anciennes

légendes, on ne lira pas sans étonnement la description suivante d'une course de chevaux au cinquième siècle; elle est extraite d'un chant populaire de Bretagne^ inti<tulé U Barde Merlin,

« Ma pauvre grand mère, écoutez-moi, j'ai envie d'al- » 1er à la fête, » A la fête et aux courses nouvelles qne donne le roî»

0 n a équipé son poulain rouge; il Ta ferré d'acier » poli ; il Ta bridé et lui a jeté sur le dos une housse lé- » gère, et lui a attaché un anneau au col, et un ruban à la » queue, et il l'a monté, et U est arrivé à la fête nouvelle* Gomme il arrivait au champ de fête, les cornes son- » naient; la foule était pressée et tous les che\ aux bon- » dissaîent : celui qui aura franchi la grande barrière du 0 champ de fête au galop,

I) En un bond vif, franc et parfait , aura pour épouse » la fille du roi.

» A ces mots, son ^eune poulain rouge hennit à tue^ » tète , bondit et s'emporta, et souilla du feu par les na- » seaux, et jeta des éclairs par les yeux, et frappa du » pied la terre ; et tous les autres étaient dépassés, et la A barrière franchie d'un bond.

0 Su*e, vous l'avez juré, votre fille Unor doit m*appar« » tenir. »

On voit que le sol trançais peut revendiquer à bon droit Torigme de ces courses, que miUe ans plus tard nous sommes aOés redemander à une nation plus soi*

gueuâe que uquî» de ses intéxétâ les plus cherSé '

— no —

J.e goût du cheval était iuné chez les^uples bretons, et l'histoire nous fournit une foule d'autres documeos qui

démontrent combien ces peuples attachaient d'impor-

taiice à la possession et à Tamélioration de ieui-s races de chevaux.

Les seigneurs et les abbayes possédaient des haras

(qu'ils entretenaient avec grand soin, et dans lesquels ils introduisaient, lorsqu'ils le pouvaient, des étalons orien* taux, reconnus, dans tous les temps et par tous les peuples , comme' la* base de toute amélioration hippique. . taimi les abbayes qui possédaient les chevaux les plus renommés, on cite celle de Quenipily, à laquelle Allain Fergant, partant pour la Terre-Sainte, concéda une terre, moyennaiil. nulle sons et un beau cheval.

Uabbaye de Kedon possédait aussi un beau haras. Son abbé vint, en 1108, (me une demande au même Allam Fergant, et lui offrit un cheval estimé SOO sous, somme énorme à cette époque. L n autre duc, vers 12(50, acheta la ville de Brest , moyennant une haquenée blanche et 100 livres dè rente.

Les croisés bretons, comme ceux de toutes les autres contrées, ramenèrent avec eux, dans leur pays, un grand nombre de chevaux arabes. On cite, parmi ces dignes enfans de l'ancienne Bretagne, les Goyon, sieurs de Matignon et Alain Fergant lui-même.

line charte de 1212 témoigne qu Olivier, vicomte de Roban, ramena de la croisade neuf chevaux arabes, qu'il abandonna dans la foret de Rénécan, où déjà se trouvait un cei tain nombre de couisiers à l'état deini-sauvage, 11 obtint du mélange de ces familles équesti'es une race nombreuse et fort estimée , dont il concéda la moitié â

l'abbaye de Bon-Rqws. Dans le dessein de propager cette race précieuse, il défendit l'expoitation des éUlons et prit de sévères mesures au sujet des jumens qui en provenaient. C'est, sans doute, à ce fait qu'il faut rapporter l'origine du droit exercé par les ducs de Rolian sur la foire à che\ aux qui se tenait, le (i juillet, à Noyai, près Pomivy. Celte foire réunissait chaque année plus de 3,000 coursiers. Les vendeurs étaient obligés de les fmre passer tous en revue devant le x icointe ou son écuyer, qui pouvait en choisir le nombre qu'il vour lait, eu les payant un prix fixé selon le cours du jour. Le cheval vendu en violation de cette règle était confisqué.

Dans les Chants populaires de Bretagne, Jes bardes 11 oublient jamais de faire mention de ce npble compagnon de rhonune dans les affaires de guerre, de plaisir ou d'amour; en voici quelques exemples :

Vépouse du croisé: « Peu de temps après, elle était » belle à voir la cour du manoir du Faouët, toute pleine

» de gentilshommes, chacun avec une croix rouge sur

«l'épaule, chacun sur un grand cheval, chacmi avec

»> une bannière, s'en allant chercher le seigneur pour

» aller à la guerre. »

Le$ temfdiers: « Trois moines, sur leurs grands ciie-

» vaux bardés de fer de la. tète aux pieds, au milieu du

» chemin ; trois moines rouges. » Asenar-^a-PâU : « C'est à cheval qu'était messire

» Iven, quand il aperçut la belle Azenor.

Elle était assise près de la fontaine, lorsque passa

» messire Iven; messire Iven sur son cheval blanc, tout

» à coup au grand galop, tout à coup au grand galop,

» qui la regaide du coin de l'œil. »

ÉUgUjdeM. de Nevèi: « Le jeudi matin, li« de Kamé » demandait, en revenant de la fête de la nuit. . •

» Eu revenant chez lui sur son cheval, vêtu d'un ha- » bit galonné.»

La meunière de Poniaro: a C'est là qu'on voit les

w jeunes gens sur de grands clic\ aiL\ cnlia-inaclics, avec u des plumes à leurs chapeaux, pour séduire les jeunes 9 filles. »

On regarde généralement les lois d*Hon61-d'Ha, prince de Galles, comme un recueil de préceptes gaulois, enrichis des trésors de la science et de la pratique des lois romaines. Le législateur des Bretons s'est beaucoup occupé du cheval. On trouve parmi ses prescriptions jusqu'à de curieuses particularités touchant la valeur et la vente des chevaux. Il avait, par exemple, fixé à 1& sols le prix d'un poulain de quatorze joui'S ; à A8 sols, celui d'un poulain d'un au et un jour. 11 estimait 60 sols le jeune cheval de 3 ans, neuf et non dressé ; à 120 sols le coursier du même âge accoutumé à la bride et dressé pour la parade ou le service. Les fraudes des maquignons ne lui étaient pas inconnues et n'échappèrent pas à sa juste sévérité. Il avait accordé à l'acheteur un certain temps poui- s'assmer si le cheval était exempt de vices rédhibitoures : trois jours pour découvrir le vertige, trois mois pour reconnaître les maladies de poitrûie, et une année pour constater la morve. Chaque tare découverte après la vente donnait lieu à la restitution du tiers du prix de vente, les défauts des oreilles ou de la queue exceptés.

On sait que les Anglais ont des lois pour réprimer les mauvais traitemens exercés sur les animaux ; mais on

ignore généralement que Forigine de ces lois remonta aux anciens Bretons. Le code du prince Houêl-d'Ha ren*

Icriiie cette disposition : « Lorsqu'un cheval de louage A aura été écorché sur le dos, il sera payé h sols ; si la » peau est tellement enlevée que la chair soit à nud, S » sols ; enfin, si la cbur est enlevée et que la blessure » aille jusqu'à Tes, lô sols. »

Lorsque les liommes du Nord, sous le nom de Saxons, de Danois et de Normands, vinrent rajeunir le sang de la vieOle Europe, ils n'amenèrent pas de chevaux avec eux. Montés sur leurs barques rapides, ils avaient pour iiabitude de marcher sur les rames en mouvement, de braver les vents et la tempête, la tempête qui mdait les bras de leurs rameurs , les vents qui les menaient où ils voulaient aller. L'équitation leur était inutile, et RoUon, surnommé dans les chroniques the waiker, le marcheur» aJlait presque toujours à pied. Cependant, comme ces hommes énergiques avaient T instinct de toutes les gloires, ils devinrent cavaliers sitôt qu'ils eurent vu briller l'œil d'un courder, sitôt qu'ils eurent entendu le pied d'un coursier sonner sur le granit du rivage : eê eodem lp$tf anno (866) pervenit magnus paganorum exercitus in Anglarum terram et kibema cœpenM in arimtalibut ûngliê, ibique etfuiteê fiwU Mcnf. Cette même année (866) , il arriva une grande armée de païens sur la terre d'Angleterre ; ils prirent leurs quartiers d'hiver sur la côte orientale, et là se firent cavaliers. On lit dans Robert Wace :

W\\ ne «^avaient clievaleliier ; Toi à pié poriaient lor armes.

. '^epeodaat^il ne-oerait j^Juste de din ^oitîtMM» ttonpwft'dti Nord ignorassent compléteinettèTéquitiiion

avant de coiiiuiciicer leuis t^xcursioiis guemères. Le Danemarck, la Norvège, la Suède^ étaient, au contràiie^ des pays où le cheval avait été très anciennement connn et utilisé: senlciiK ni. riiabilude du clieval ifétait pas è^Qpri^j^^litr.ée dans les mcaurs des habitans de ces con-r '^éçi$. . t)ai^i JEl(di^ Wace on trouve rexpresataBr u^. vaueker employée à propos des combats livrés par Rol-r Ion, dana 3oa pa^;s, avant son départ poiu: se» :<^at

< 1À' tériré «s deiix frèros uue Dpii cbevaucba

' » Hok^ék gént enaemttte Verr Itfd ch^valdièr^ni *

Parmi les liéios tcaiidinaves , devanciers de lloiloii ♦ i'histoiirQ cite les deux frères Heugist et Horsa. €es nomsi CMkne' celuii d^HippoIyte et une foule d'autres, pcfitefti avec eux la ])reuve que, chez les peuples où ils étaient m usage, ie cheval était en honneur. L'un {/io/'*a)est le BOm gënéiique du cheval dans plusieurs languéÉ" dtt Noi*d, et s*est conservé dans ridîome anglais (fetfrws]^; l'autre {liengùt) signilie un ciieval entier. Jicngist et k&rm déployèrent les premiers, sur les rivages d^ Albion et de Neustrie, la bannière des peuples du Nord; comme si le destin avaii voulu marquer d'avance le brillant avenir réservé, dans ces contrées, à la race équestre, dont le nom des deux héros était le vivant emblème. Cet emblème s'est aussi retrouvé^phis tard^dans Fécusson des

ducs de Brunswick et des électeurs de Hanovre, descen- ' dans de ces héros du Nord. Ou y voit le cheval blanc des Goniaiii» iaficé à toute vitesse, sans selle ni bride, vrec la defVise : Nte agpera terrent»

On dît que ces rois de la mer, pour consacrer les chevaux au dieu de la guerre, leur fendaient les naseaux, leur coupûent les oreilles et détruisaient en eux le sens de Touïe.

C'était sur le corps d'un cheval immolé au dieu du Nord, qu*ils fusaient abjurer la croix aux Gaulois réduits en esclavage et consentant à chanter avec eux la messe

des lances.

Quoi qu'il en soit, jamais éducation hippique ne fut plus prompte que celle de ces hardis pirates ; jamaiséeo^» liers n'apprirent si bien leur leçon : du navire, ils s'élancèrent d'un bond sur les chevaux bretons et neus-* trions, qu'ils arrachaient aux peuples vaincus. Après avmr raconté la première bataille qm eut lieu entre l'ar^n mée de Rollon et les Français, Wace ajoute :

« Chewis qnislieiu et anaes à la guise franchoise .» Qui lorflemblootè plus ricbeèidiascoailoiie.*

Les chevaux étaient ainsi regardés par ces soldats normands comme un des butins les plus précieux de la, victoire. Le même poète raconte que dans une batidlle

« MuU i ont lance fraile »' perchié maint escu » Maint clieval gaaingnir , e maint homme feru... * ... Citevalz ontgaaii\gne2 blancs et haocens (alezans) è sors (bai tirun). •

Les vieux auteurs revierniSBi soiivent^à eelte exprès-

doEc €kBvai9&m$ goain^ÊMi c'est toujouis b preiMm

qu'ils employent après avoir aimoncé une victoire.

RoUoD avait dans son armée des iautassiu3 et des cih valiers. U avait aussi des chevaux de sommet pour por« ter les bagages. Quand il domie ordre à aee barons de

se préparer pour la bataille, il leur dit :

< Notre gelde et nos boms féies avant baster • E la preic cachier et le sommiers mener » Gels ii sont à cheval^ fôtes avant monter. •

la perte d'un bon cheval était un malheur réel» surtout à cause du prix élevé des coursiers.

Gautier, le veneur, compagnon de chasse de Richard, ayant été renversé de son cheval, dans une escarmouche,

fut secouru très à propos par le duc de Normandie, qui se jeta, Tépée au poing, dans la mêlée, et parvint à sau* ver son fidèle compagnon: mais celui-ci perdit son cheval:

< S«a clwfil e peidl ki est de giiiit vilor^

• lleB tt donna lUdiaxd vn plua bel é neUlor. •

Nous avons vu que les chefs germains donnaient k leurs Uudes^ ou ûdèles, des armes et des chevaux ; nous retrouvons cette coutume au berceau de la nationalité normande. Wace nous fait part des dons faits par le duc

Richard à ses compagnons :

* I.i guens de NormaDdie fut mult proz è cortoiz. . , f Bieo maintint ses vilains, bien eut cbier ses boiyoiz

> A ses barons di ma terres, fiez è couroiz » As fît2 às vavassors duna droz e siamois

> Afflues et Palefrois é GbevAls efiponola. »

Le cheval espagnol, descendant du cheval barbe ou numide, était, à cette époque, le premier clieval de l'Europe; c'est lui qui commença cette série de croisemens orientaux au moyen desquels l'Angleterre et la Normandie uni du la gloire de compter parmi les contrées hippiques les plus renommées du monde.

C'était un cheval espagnol que montait Guillaume à la journée d'Hastings. Geofl^yPlantagenct parut aussi aux fêtes de Rouen sur un cheval espagnol. Richard-Cœurde-Lion fit son entrée à Chypre sur un cheval de cette espèce, et un chevalier donna au monastère du Mont- Saint-Michel son destrier d'Espagne,

Du reste, il n'est pas étonnant que le cheval espagnol de cette époque fût arrivé à un haut degré de perfection. L'Espagne était alors à Tapogée de sa gloh?e. Les Maures élégans de Grenade et de Cordoue y avaient répandu les sciences, l'industrie et la richesse* On célébrait ses chevaux, ses armes ; on imitait ses modes ; on achetait ses étoffes de laine, de soie et d'or.

Cil portait gooianon d'un drap verraeil d'Espagne.

On sait ce que fit pour la civilisation cette puissante dynastie des fils de Rollon. C'est à elle que l'on doit la formation de la langue française et les premiers poètes qui l'ont illustrée ; c'est à la cour de ses princes que fut polie cette langue d'Oil que le génie normand conduisit de Wace à Marot, de Malherbe à Corneille, de Saint- Pierre à Lavigne. Âu reste, ce qu'elle fit pour les arts* l'industrie , le commerce , la navigation , les arts de la paix et de la guerre, a été généralement apprécié ; mais

OU n*a pas assez dit tout ce qu'elle lit pour Vagriculture

en général et en particulier pour l'élève du chevaL

Nous n'entrerons pas ici dans le détail des ^éliorations agricoles, entreprises par les Normands; nous donnerons seulement un aperçu des progrès qu'Us firent faire à la race chevaline.

Voici d'abord les fondateurs de haras ou d' établissemens de chevaux : les ducs de Normandie avûent des haras dans leurs principales possessions, spécialement dans les environs de Rouen et deCaeu. Ces princes, conformément à l'ancienne coutume des peuples du Nord, avaient, dans leurs domaines, un mareV skall, pour présider au soin des chevaux. Cet ofTice de maréchal devint quelquefois héréditaire et souvent fournit un titre de noblesse à diverses familles, parmi lesquelles on pourrait citer, par exemple , celle de le maréchal de Fenotx» Au fief de Venoix, près Caen, était attaché l'emploi de surveiller les écuries du duc de Normandie, et, par suite, tout ce qui tenait à la récolte des foins que devaient fournir au suzerain les grandes prairies de Caen, de Venoix, de Louvigny, etc. En raison de cet office, le possesseur du fief était qualifié maréchal de Fenoix ou maréchal de la prairie»

Les Tesson, ces grands propriétaires normands, dont on avait coutume de dire que, sur trois pieds de terre, deux étaient à eux, avaient établi plusieurs haras dans leurs vastes possessions, situées principalement dans le Bessin, le Cotentin et le Cinglais. Ces haras étaient considérables, renommés en Normandie et en Angleterre. Les Tesson donnaient à l'abbaye deFontenay, doent ils étaient fondateurs, la dlmc de leur haras de Ccrny.

Les Marmion, si célèbres dans V histoire normande, ces fiers champions des rois d'Angleterre, devenus, par la conquête, bâtons de Gramworth et de Scrivelsbye, avan ni d'immenses haras dans les environs de Caen, de Fontenay, de Bayeux. C'étaient là que s'élevaient les coursiers de bataille qui décidaient le bon droit , dans les temps de chevalerie. Obligés, par leur charge, d'entretenir un grand nombre de combattans, ils donnèrent tous leurs soins à l'élève et au perfectionnement de la tace chevalme. Leur nom a droit d*ètre compté parmi ceux des premiers hippiatres du monde.

Roger de Belesme , comte de Shrewsbury, possédait de vastes haras dans ses domaines de Normandie et d'Angleterre. U passa pour être un des premiers qui introduisit en Angleterre le cheval espagnol, pour croiser les races du pays. Nous avons vu par un des passages de Wace ci-dessuâ cité, que, bien antérieurement, ces chevaux, et probablement l'habitude de leur croisement, étaient connus en Normandie.

Mais les ducs, les barons, n'étaient pas les seuls à posséder des haras. Les abbayes, quoique principalement occupées de travaux scientifiques et agricoles, avaient des établissemens hippiques bien organisés. Elles trafiquaient, même de coursiers de bataille. Il leur en était . donné soit par de vieux guerriers qui se faisaient moines,

soit par des hommes du monde , pour le salut de leur âme et de celte de leurs proches» Nous allons citer, à ce

sujet, quelques extraits de chartes fort curieux, où Ton verra, outre la preuve du fait que nous annonçons, dé quel prix était un bon coursier :

v^ Dans ce temps, Roger, fils ^né d'Ëngenald de T Ai-

» gle, fut tué. Engenald et sa femme Richvéride, vive-

') ment ailligés de cette mort, allèrent à Otiche, deman- » dèrent et obtinrent les prières et les bontés des moines, » pour leur propre salut, ainsi que pour celui de Roger, » leur fils, dont ils offraient leckôval,qui était dcu^nind » priait à Dieu et aux religieux , pour le salut de l'âme » de ce jeune homme. Comme le cheval était excellent. If Esnauld en fit la demande et remit, à Beaudric, ses » hoiiuues et sa terre de Bauquencey sous raiicicn pou- » voir du couvent. C'est ce qui fut accordé. Esnauld re- » çut de l'abbé Robert le cheval de son cousin Roger, et » remit au domaine de l'église Baudric et toute la terre 1) de Bauquencey dont il est (|uestion. »

Goisfroy, fils de Baudry de Monfort, consent à la donation que fait son père aux religieux de llaule, de divers donKiines et dîmes, etc., et reçoit d'eux, en échange, un cheval de 60 sols et une somme de 20 sols. A cette époque, une paire de souliers valait 6 deniers.

Ausoid de Maule, en mourant, fit don aux moines d'un excellent palefroi^ au lieu duquel Pierre, son fils, leur donna la terre de Marcenai et leur confirma les donations de ses pères.

Hugues, prieur de Saint-£vro.ut, donna à Goisley un cheval de k livres, pour la concession que fit ce seigneur des terres données à l'abbaye de Maule par Tesza, femme de Bernard-]' Aveugle.

I>e même donne à Guasron, pour une concesssion pareille, 25 sous et une cmipc de corne.

Guillaume, fils de Théobald du Moulin, donne et confirme toutes les donations faites par sou pèie à l'abbaye

de Barberie, et, pour le dédommager de ces concessions,

l'abbaye lui donne un cheval.

Voici i extrait d'une autre charte du quatorzième siècle, qui prouve Timportance attachée à cette époipxe à la possession d'un cheval :

Louis d'Orbec reconnaît que lui et ses hoirs sont tenus de payei* aux religieux de Friardel 10 sols de rente», et pour en assurer le paiement», il engagetous ses biens et tous ses meubles, excepté ia prinse de son ç&rp» en de son chevaL

L'abbaye du Mont-Saint-Blicliel, une des plus fameuses de la chrétienté, avait un magnifique hara», et ses reUr-

gieux donnaient un soin tout j[>a,rticulier à l'élève du cheval. Nous moûs vu qu*un chevalier leur avait donné sou destrier d^Espag^ne; une charte nous apprend que l'abbaye fit présent à Robert de Dully d'un superbe paiefroû

Palefredum tanto viro dignum.

A côté de ces établissemens équestres, les Normands avaient des institutions propres à développer et à faire

connaiLre le mérite des chevaux. La cliasse à cheval, image de la guerre, était un des grands plaisirs de ces temps bdliquem. Les Normands s'y adonnaient avec passion ; ils y conviai^t les princes et les seigneurs des contrées voisines. Dès le temps de Guillaume-Longue- Ëpée, les seigneurs français venaient en Normandie jouir des fêtes militaires et des chasses de la cour.

Guillaume de Poiders, Hugues-le-Grand, et Hébert de Yermandois y vinrent vers 935. On lit dans Wace ;

Hueert ilus de Paris, mult oui grant seignovie Httb«rt fu dâ Fiaace prince de clmvaleriei

MuU èrcnt gentiz lioms et de grand maïuiUe £t duc Guillaume viodreutau dui par cstouUe Por joie el por desduit et per veir cMUer.

Nous avons vn que les courses étaient d'origine celtique. Les Normauds les adoptèrent et les perfectionnèrent Dès avant la conquête, ils avaient des courses de bagues et \h exerçaient leurs chevaux à travers la campagne, comme le font encore les Anglais de nos jours, dans le» chasses au clocher*

Une charte de 1238 nous fournit un précieux rensei-* gnement sur ces anciennes institutions : c*est la concession d'une lande accordée par le seigneur aux habitans de la paroisse de la Mauife, près Saint-LÔ, pour y eootroer imrê chevaux et ûovrir la bafoue.

Depuis quelques années, un hippodrome est établi dans cette même lande, et les descendais de ceux qui s'y illustraient autrefois viennent encore y disputer de paisibles et honorables lauriers.

Voici un fragment du fabliau du jongleur d'Ety^ qui ttao&snù!^ plusieurs détails intéressans sur la conforma^tion, les allures et la nourriture du cheval au douzième siècle.

Le roi interroge le jongleur, qui loi r^ond par des* jeux de moto î

Encore plus tr^ demandroy ; Vcndras-tu ton roncmu iiioi? — Siic, plus volonlers que je ledorroy. — El pour combien le vondras-lu? — Pour tant comme il sera vendu. — El pour combien me le vendras?^ Pour taut corne tu me dorras. —

Et pour combien le mn(f ? ' Pour lanl comc je receTrtiy. — Est-il jeune,?— Oil assez, Il n'eut uncques la barbe rcei.-^ Voit-il bien? dis, par àmoUr. — Cil, mais pis de nuit que de jour. — Mange-t-il bien, ce savez dire? — Oil et froment: mon bel doux sire, Il mangerait plus en un jour d'à vaine Que vous ne frey pas tote la semaine. — Beit-ilbien? — Si Dieu vousgard Oîl. sire, par saint Léonard :

A une fois plus d^eau boira Que vous tant comc la semaine durra.— Court-il bien ei isnelement? — Ce demandez toi pour nient Je ne sais tant poindre en la r} we Que sa teste ne soit douant la cowew — Amy, dis-moi, set-il bien trere? — Ne vous mentirez, a quei fere ?

D arbalestre ne d'arc il ne set n'en Uncques ne le vil irere, puisqu'il lut mien* Passe-l-il bien le pas? — Oil il n'est rais gas Vous ne troverez sur la loute Buef ne vache qu'il redoute. — Einble-t-il bien ? dis ton avis.

Ja de larcin ne lut rupiis; Tant com ovec xnoi a esté, Ne fat mes de larcin prové.

Amys, si Dieu vous expleiti Je denttikle sll porte dreit — > Fet le jogler, si 1>leus me éyt.

Qui en son Utconcàé serelt, Bien pins sne iTenIt repos, Que s*il fint moulé snr son doS' — Teles paroles sont molt tstos.

Or me dites se il est sains. — Saints» il n*est pas, ce saelies Uen, Car s*il fost saints, ne itast pas mien,

Le& Qoirs moines l'auraient tolleiC Pour mettre en sacre, il en sereil Ainsi corne, autres saints corps Mint Pariot le universe mouul, Pour j;,'râce avoir, penance fere, A toie la gent de la terre.— Sainte Marie, ili le roy.

Cornent paroles tu k moy?

Je dis sains de gale etsorenz. — Répond le jogler al roy :

Il ne se plaint unques à moy De maux qu'il peut avoir en soy Ne a autre myr par ma foy. — 15 el ami, a-t-ll de bons pieds? — Uncques n'en mangay, ce sacliez.

Pur ce ne sais-je si bons suuL Ainsi le jongleur lui respount. — Entendez donc mieux, Dam ribaut, Sont-Us durs, si Dieu Trous saut? — Unis sont U Yeiroiment Cfline je quideà moft «denl: .

Il use plus de fefs un mois Que je n*en fisse mettre en trois. — Dites sll a la langue boneî Entre ceci et Lyon sur Rhltee lf*a nule meilleur corne je qi^t.

Car, nncques mensonge ne âàt, Nesbioo M||p desoniroisitt, Ne direit pour cent marcs d*or Un ; 811 Tv^yaftt apertement isié HauTesté de quelqne manière On de larcin par le ps&y On homicide qui Tslt pis, 0ire Roi» ctofare le devea, Par lui ne serez Respond lewtf : etc.

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