‹ Histoire du cheval chez tous les peuples de la terreChapitre 7 sur 24 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Bif-Boplife. Les peuples d'Orient. ~ Habomet. — Les Anbes. — le ebeviil normaDd et le cheval arabe.

A Tépoque de remperear Constantiiiy les jeux éqne»^

1res et les habitudes cavalières des Romains étaient à leur apogée. Tous les chevaux de la terre étaient Tenus s'atteler à leurs chars, ou fouler le.saUe de leurs cirques , sous la main des plus halnles cavaliers. Les écuyers de tous les pays du monde, depuis le Numide jttstpi'au Germain, depuis le Grec jusqu'à T Arabe, avaient paradé dans leurs cérémonies, dans leurs fêtes et dans leurs triomphes. Aussi, les premiers moiuiioens que Tart romain consacra dans le nouvel empire d'Orient furent-ils des orques et des hippodromes. Le CireuM maximuê ou l'Hippodnmie, commracé par Sévère, fut achevé pai* Constantm. U tenait tout à la fois du cirque

ronuûn, par les proportions, et du stade d'Olynipie, par les omemens et les monumens qui le décoraient. Sa magnificence était extrême, ainsi qu'an peut en juger par les débris qui en restent encore aujourd'hui.

Remplacement a cinq cents mèU es de long sur cent vingt de large ; on y voit cinq colonnes, au milieu desquelles est l'obélisque de Thëbes. Les Turcs lui ont conservé son nom historique; ils. l'appellent : at--mManf lieu de la course des chevaux.

Jamais nation ancienne ou moderne n'eut autant de goût pour les courses de chevaux et les spectacles équestres ; mais ce qu'on y cherchait, c'était, avant tout, la pompe, le bruit, le mouvement, non le glorieux et 1 utile. Au lieu d'élever euz-mèaies des eamkm^ d'aonéiloror les races équestres de leur pays^ ils se conlentident d'acheter chèrement aux autres peuples les plus beaux produits des races étrangères. C'est un signe constant de la décrépitude d'un peuple que cet appel à l'étranger* pour se procurer à prix d'or le noble eftttesief qtf une nation ne doit jamais complètement utiliser qu'à la condition de leMrenaitre et de l'élever ^le-mème. •

De»eiiv0fés de l'eniperenr pareeurîiieiit sans eeaser

ks meilleurs pays de production hippique, pour y chercher et y recueillir lea chevaux les plus distingués par leoar origitie» leuifs qoAilftéa et leur cooformatioii. hett ôootrées eù âs treuvieâeiit à rèrnp^ le plus heureuëeitieat' leur mission étaient, en général, la Gapadoce, la PhtY" gie et l'Espagne. Deux races ou variétés particulières éà eonraers^ étalent surtou^-eff sî gittnée estime, du! temps* de Constantin, qu'eUes étaient monopolisées par la cour impéris^t et qu'on ne pouvait les obtenir du great domi^

nicus^ Quiiaïas du prince, que [yai une permission toute spéciale. C'étaient les races paimaeiennes et hcvmo^é^ fiimyiet* La première était ainsi appelée du nom de Palrmatina, eélèbre éleiraur de Cappadoce, dcMitlee talens bip* piques ont immoi Lalisé la Diéaioire. Les meilleurs coureurs proveuaieuty dit^n, du croisement de ce» chevaux avec ka^^amens phrygiennes.

Déjà, les jeux du cirque, à Rome, avaiaat donné l'éveil aux seutimeus d une jalouse rivalité. Les couleurs portées per les conducteurs de chars patronnés par des drtoyens, des grands, des empereors^ étaient devenues au* tant de drapeaux sous lesquels s'enrôlait une jeunesse voluptueuse et dissipée. Quatre couleurs étaient spécialement adoptées par les coekers du cirque : le blanc* le rouge, le bleu et le vert, embltoes des saisons. Le blanc représentait l'hiver avec ses neiges ; le rouge, les fleurs éclatantes du printemps; le bleu, les fruits* de l'été; le vert, ifis pampres de rautoome* Chaque Hvrée avait ses cJievauv, ses écuries, ses intérêts, ses partisans; ce qui ki lit donner le nom de faction. Dans les courses, quatre dm, appartenant ehacua à une faction ditéraite, cou* raient ensemble et disputaient le prix ; chaque parti se passionnait pour sa couleur ; les empereurs même se mèlai«ità.ees cabales, qu'ils souillamt trop souv^ par és lèdifts et sani^teB cruautés. Cafignfo prenait fréquemment ses repas dans l'écurie de la faction verte, et Vitellius fit mourir des citoyens pour avoir mal parlé delà fadâon blme. Mais ce lut svto«t 4 €oii8taatinoj[de fae les ndUes rivalités de Tbippodrome se <â»]igèrent en (pierelles, en séditions, en massacres. Les victoires ducirque cessèrent d'être le but des plus nobles eiSorta,

pour devonir le prétexte des plus déplorables excès.

Quand un peuple est en train de dégénérer, tout, jusqu'à ses plus glorieux instincts, se ressent de sa corruption. Les factions» d'abord au nombre de quatre, comme nous venons de le dire, se réunir^t en deux partis, celui des bleus, veneti, et celui des verts, pkrasinL Cette diminution du nombre des factions accrut Tactitité et la force de leur rivalité. 11 n'y eut bientôt plus de jalousies . privées et de haines politiques, qui ne se couvrissent, pour se satisfaire, des deux couieuis opposées des comr battana de Tbippodrome.

L'an hhhft les factions se Hvrërent, dans le cirque mênie, à des luttes acharnées et cruelles, dans lesquelles il périt un grand nombre de spectateurs et d'acteursi KUes allèrent jusqu'à prendre les proportions d'une sér dition qui faillit coûter à Ju$$miei% la couronne et la vie. La ville fut inondée de sang ; l'incendie mêla ses ravages à ceux du glaive ; la guerre civile, avec toutes ses horreurs, ses duels de frère à frère, de père à fils, ébranla jusqu'en ses fondemens le naissant empire d'Orient. On vit môme la paix des ménages troublée par intérêts frivoles mis en jeu ; car, si, d'après les coutumes grecques, les femmes n'avaient pas le droit de paraître dans les spectacles du cirque, elles n'en iavorisaient pas moins de leur influence les factions qui s^'y agitaient. L'empereur Justinien s'était {Nroncmcé piMu: la faction bleue; l'impératrice Théodora s'était déclarée pour la faction verte, il ne iaUut rien moins que l'épée.de £élisaire pour rompre la trame de ces conspirations our^Ues avec des rubans, et se compliquantde ineurtres et de brigandages de toute sorte. Les jeux du drque furent interdits pen-

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dant quinze années. Ils furent i-établis ensuite et continuèrent, pendant la durée de l'empire d'Orient, à influer puissamment sur ses destinées. Les auteurs bizantins, en racontant l'avènement d'un nouvel empereur, ont toujours soin de constater pour quelle faction du cirque il s'était déclaré. C'était souvent au cirque même que se proclamaient les règnes plus ou moins éphémères qui marquent les fastes de cet empire de Constantinople. Le peuple assistait aux courses de chevaux, quand Justinien sè présenta devant lui, la couronne au front, et, dans les troubles qui survinrent, ce fut encore au cirque que les factions portèrent, assis sur un bouclier, cet Anastase dont elles prétendaient faire un empereur. Après la fuite de Maurice, la faction bleue sortit de la ville pour aller saluer empereur le centenier Phocas. Lors de l'usurpation deLéonce,ce nouveau tyran fut proclamé au cirque, par les factions, qm delà se portèrent au palais où Justinien II fut déposé. On voit encore qu'après le massacre de Papias, son corps fut porté au cirque, et présenté à la foule assemblée. Ën un mot, fallait-il déposer ou élire un empereur, fêter un général victorieux, humilier des vaincus, combattre ou favoriser les hérésies, célébrer dès triomphes, tout cela se faisait au cirque, pendant les jeux du cirque, en proiitant de Toccasion des jeux du cirque.

Du reste, ceux qui remportaient les pm di^utés dans ces jeux, avaient l'insigne honneur de s'asseoir, comme , les sénateurs, à la table du souverain.

Tant une nation déshabituée de la gleire se rejetait avec ardeur vers le^lmulacre d'anciens triomphes 1 Jl lui semblait qu'elle pouvait encore remporter quelc^ues sérieuses et nobles victoires de Saiamines, si ses acclama-

tkm excitaient toujours d'ardens riyaux à dooMer um

borne olympique, avec de généreux coursiers.

Quant aux discussloos et aux luttes qui s'engageuent à Gonstantinople, sous les couleurs des factions* le goût du cirque et des spectacles équestres n'y était, bien entendu, pour rien. L'homme méchant ou insensé prend prétexte de tout pour assouvir de mauvaises ou de foUes passions. N'avons-nous pas vu aussi un coin de l'Europe en feu, parce que les roses blanches de Windsor et les roses rouges de Lancastre ne pouvaient pas être de la même couleur.

Après avoir admiré les honneurs dont on entourait les écuyers et les conducteurs de chars, on ne peut plus s ét<mner de les trouver ornés de la pourpre impériale et investis du pouvoir suprême. Basile, issu de bas lignage, au pays de Macédoine, beau de corps et de visage, adroit et brave, expert surtout en équitation, faisait ofidce de maître d'écurie à la cour du César Théophilizes. Or« Fempereur avait un dieval aussi beau que vigoureux, mais farouche et indomptable; nul cavaher ne pouvait monter oe coursier ternhie sans être aussitôt renversé. Ce que voyant, cet empereur disait et répétait avec tri»* tesse : « Je n'ai donc pas un bon écuyer dans mon empire! » Un joui*enfm, Théophiiizes s'avise d'appeler Ba- «ile et de lui proposer de dompter Tindomptable cheval. Basile accepte hardiment la proposition. H s'approche du sauvage coursier, le flatte de la main, le caresse, lui parle doucement; puis, s' enlevant peu à peu, il le monte. Une fois Men en selle, il lui lâche légèrement la bride, le fouette sans relâche, le laisse courir à volonté pour amortir sa fougue, et le ramène triomphalement devant

le monarque émerveillé. Basile devint bientôt grand

écûyer d* abord et ensuite empereur des Romains. On peut remarquer que ce fut peut-être le meilleur et le plus grand des souverains Inzantins.

Plusieurs auteurs rapportent que l'usage des tournois s'établit à Constantmople vers la Im du onzième siècle, à l'imitation de ceux de France. Cependant, il faut remarquer que, dès l'époque de Théophile, vers 860, les toornois faisaient partie des jeux du cirque. Voici une anecdote qui ne laisse aucun doute sur ce point. (Nous traiterons d'ailleurs plus amplement cette question à Tarticle de la chevalerie.)

On lit dans Zonaie : « L'empereur Théophile ayant 1» fait plusieurs prisonniers sur les Sarrasins, il s'en p trouva un renommé par son habileté dans les armes et

î) l'écpiitatioii ; il- combat (.aiulans la mêlée ai iiié de deux » lances. L'empereur le fit comparaître dans les jeux du » cirque et le combla d'honneurs et de présens. Gepen* » dant il fut vaincu par l'eunuque Crétéréj qui le ren- » versa de sa lance. »

L'empire bizantin sub»ata mille ans environ. Pendant cette longue période de temps, on ne voit pas que la race équestre ait joué d'autre rôle que celui de parader, sans fruit pour la patrie, dans des fêtes qui n'avaient d'autre but et d'autre résultat que la satisfaction d'une vaine curiosité. C'est à peine si ces solennités brillantes firent faire quelques progrès à la science de réquitation ou à l'art du harnachement des chevaux. £t pourtant, depuis le premier jusqu'au dernier Constantin, que de peuples divers ont foulé ce sol trop euvié, qui, comme l'ombrage de Mancenilier, semble destiné à endormir, dans une

mortelle indolence, quiconque prétend ratteindre e^ eu jouir. Le cheval n'aime que les peuples forts ; il est heureux et fier de Ténergie de son maître; il grandit avec

lui ; mais il s'énerve et s* étiole chez les peuples dégradés et paresseux.

Gonstantinopleeut à subir toutes les dévastations, tous les déchiremens, toutes les divisions, toutes les conquê*

tes. Les Goths, les Huns, les Perses, les Arabes, les Bulgares, les Turcs» vinrent tour à tour camper sous ses murailles. Les Francs eux-mêmes donnèrent des lois à cette ville qui sHntitulaitla capitale du monde, et qui souvent ne posséda en propre que le territoire compris dans l'enceinte de ses murs.

Enfin sonna le dernier jour de cette oi^eilleuse cité. Mahomet II y entra, en passant sur le corps de Constantin Draconès. Sainte-Sophie devint une mosquée, et Thippodrome fut remplacé par TAt-méidan. Mais notre sujet nous ramènera plus tard à l'histoire de la moderne Stamboul. Revenons, en attendant, au cheval arabe, que nous avons laissé paissant près des tentes de Job.

C'est au centre de l'Asie, dans la zone torride, trône du soleil, que s'épanouissent les fleurs les plus brillantes, que s' exhalent les parfums les plus odorans, que mûrissent les fruits les plus savoureux, que naissent les chevaux les plus parfaits. Concitoyen du musc de Koten, de la perle d'Omus, de Tor et des diamans de Golconde, des brillantes couleurs qui scintillent sur les soieries et les laines orîentales,des douces toisons des chèvres d'Angora, des aigrettes flottantes de l'autruche et de Téclatant plumage du paon de Java, le cheval arabe estau milieu de ces merveilles la plus précieuse et la pluscélèbre de toutes.

Le cheval était un besoin pour F Arabe. Né sur un sol ingrat, sous un soleil brûlant, il prit de bonne heure le goût des migrations et des conquêtes. Le cheval et le chameau devinrent ses compagnons, ses richesses et sa gloire. Avec l'un, il traversait le désert qui cuadalL de l'Inde à r£thiopie et rattache le golfe Persique à la Méditerranée ; avec Vautre, il subjugua les peuples répandus depuis les bords du Nil jusqu'aux vallées de l'Atlas, depuis les rives de TËuphrate jusqu'à celles de TËurotas. De là, il menaça le. monde entier*

Nous savons, peu de choses du cheval arabe, pendant les siècles qui s'écoidèrent depuis l'époque de fU>h jusqu'à Mahomet. Pendant ce long intervalle de siècles, l'histoire du noble animal ne consiste que dans ce que nous en avons dit en Tétudiantchez les peuples syriaques et les peuples orientaux. Quant aux Arabes, les uns conservaient, suivant d'antiques traditions, le souvenir des haras fameux de Sabmon, auxquels ils faisaient remonter roi igiric de leurs races de chevaux les plus illustres ; d'autres donnaient pour père commun à ces nobles races un superbe cheval appelé Mesroor^ fameux dans les légendes nationales et appartenant à un ancien chef de tribus.

On ne s'étonnera pas de voir, dans la patrie du cheval, les légendes consacrer ainsi les hauts faits et l'importance du coursier. L'histoire du cheval Dahis est des plus curieuses. Ce poétique héros, plus fameux encore que la helle Hélène, fut, pendant quarante ans, la cause de guerres que se livrèrent les trU)us d' Abs et de Dhobyan. Kinvasch, Arabe de la tribu d'Iarbou, avait une belle cavale, nommée Djalwa* De son côté, Hant, Arabe de la

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