TOV. I
inènie tribu, avait un magnifique étalon, appelé D'iiou'lokkat. Un jour que les jeunes filles de Hant conduisaient ce cheval au pâturage, la cavale Djaiwa vint à passer ; D*hou*lokkat s'échappa des mains des jeunes filles et cmmit auprès dt la belle cavale, qui, à quelque temps de là, mit bas un charmant poulain, que Kirwascii nomma Dahis. Dahis devint avec le temps le plus beau cheval et le meilleur de la contrée. H faisait tout l'orgueil de son maître, lorsque Kais, chef des Absides, vint faire une irruption dans le camp desfienou-^arhon et enleva les deux filles de Kirwasch, ainsi qu'une centaine de chameaux. Les guerriers étaient absens; mais il restait encore au camp deux jeunes garçons chargés de la garde de Dahis, aux jÂeds duquel étaient des entraves de fer. Surpris par Fattaque imprévue du chef des Absides, ces deux enfans n'avaient eu que le temps de sa u 1er sur le dos du cheval, sans lui ôter les entraves, et Dahis, malgré cet obstacle, tournait autour du camp avec une rapidité telle que les cavaliers envoyés à sa poursuite, ne pouvaient l'atteindre. Cependant, les jeunes captives rappelèrent aux enfans que la clef des entraves se trouvait dans sa mangeoue. Alors, poussant Dahis de ce côté, ils le. délivrérent de ses chaînes, avant d'aN oir été atteints par Tennemi. C'est alors que, certains d'échapper à toute poursuite, ils ne craignirent pas de se rapprocher de Kais, qui, émerveillé delà vitesse de ce généreux coursier, consentit à laisser les jeunes lilies et les chameaux pour avoir le seul Dahis, avec lequel il retourna dans sa tribu.
Mais si Kaîs fit avec joie cet échange, on dit qu'il n'en fut pas de inùnie de Kirwascii, (jui, à son retour, eut beaucoup de peine à consentir à un arangemeut qui lui
rendait ses filles et sa fortune et le privait de son bon
chevaL Voici maintenant le récit de la guerre dont ce cheval devint l'objet et la cause.
Ka& possédait depuis quelque temps Dahis, lorsqu'il lut engagé, à son insu, dans un défi contre Hod-llaïfah, chef des Benou-Dliobyan, Il s'agissait d'une course entre les chevaux de Kaïs et ceux de Hod-Uiû[fah» pour une distance de cinquante portées de flèche. Le prix de cette course consistait en quatre chameaux, kaïs regretta que cet engagement eût été pris en son nom : — « Les défis ont rarement une heureuse issue* » disait le sage Arabe. — 11 proposa même d'annuler le pari; mais son lival ne voulut pas y consentir. — Eh bien ! dit-il, que les conditions d'une telle gageure soient dignes de nous : la dis* tsmce sera doublée, et ce seront vingt chameaux qui seront le prix du vainqueur. La proposition acceptée, on marqua la distance entre Waridat et Dhat-el-lssad, ou territoire des Benou-Dhobyan. Le parcourt était coupé parim ravin, à l'extrémité duquel on avait creusé un bassin, où le cheval aixivé le premier devait bone ci par là être déclaré vainqueur. Chaque chef devait choisir deux chevaux pour cette lutte. Dahis fut celui qui fut désigné tout d'abord par son maître pour soutenir, dans le double duel équestre, l'honneur des Absides. Le second de ce redoutable champion fut la jument nommée Ghabra. On convint d'un délai de quarante jours pour entraîner les couisiers; car cest aux Arabes que l'Angleterre a emprunté un usage sans lequel il n'est pas possible d'accoutumer un cheval à de rudes travaux. Le quarantième jour anivé, on se rendU sur le terrain et le signal fut donné. Au départ, les chevaux de Uod-Haïfali
avaient les devaiis. Déjà, il criait à Kaïs : <• Eh bien !
n Kaïs, tu es vaincu : ce no sont pas des chevaux de n course que les tiens. — Patience, répondit celui-ci» la » vitesse des chevaux dans la force de l'âge va toujours » croissant ; et du sol ferme, ils vont passer sur un sol )) mouvant. » Ces paroles, qui sont devenues proverbiales chez les Arabes, furent à l'instant justifiées : les chevaux quittèrent un terrain solide pour entrer dans une plaine de sable. Alors la vigueur des cousiers de Kaïs l'emporte sur la fougue de ceux de Hod-Haïfali, qui étaient plus jeunes et qui ne tardèrent pas à être dépassés. Mais une odieuse trahison avait été préparée par les Benou-Dhobyaii : des hommes cachés dans le ravin s'élancèrent sur DahiSf lui barrèrent le passage et ne le lâchèrent que lorsqu'il eut été dépassé par ses rivaux. Cependant, tel était la vitesse de ce généreux coursier, qu'il ne tarda pas à regagner la distance qu'il avait perdue. Déjà, il dépassait de nouveau ses concurrens ; déjà, il atteignait le bord du bassin, quand d'autres Arabes, qui s'y trouvaient aussi postés, le retinrent pour ne lui rendre la liberté qu'après que le premier cheval d'Hod-Uaïfah eut bu à la coupe désignée du vainqueur.
A cette infâme supercherie, Kaïs et les siens furent transportés d'indignation : ils se plaignirent amèrement; mais toute réparation leur fut refusée. Que fsdre cependant? ils étaient en petit nombre, et la course avait eu lieu sur le territoire de leurs rivaux. Ils furent forcés de dévorer leur outrage et s'en retournèrent la rage au cœur. Bientôt la vengeance suivit Kaïs surprit Aouf, frère de Hod-Haîfah , le tua et s'etnpara de ses chameaux. Alors s ouvrit une série de représailles, d'assassinats, de nieur*
tresy de pillages, qui menacèrent d'entraîner U ruine des deux tribus. En vain« de courtes trêves vinrent de temps en temps leur donner quelque repos. Pendant quarante
ans, la guerre la plus cruelle les divisa. Enfin, ce qu'un cheval avait commencé, une jeune fille le termina. Les légendes racontent d'une façon charmante comment la belle llanîça, la plus jeune des filles du chef Hus, fils d'Haretha, des Benou-Tay, mit fin à la guerre, en exigeant du vaillant Harith, son époux, la paix des deux trir bus, pour prix de son amour.
Nous ne citerons ])as, bien entendu, toutes les légendes dans lesquelles il est question du cheval, chez un peuple ami du merveilleux, doué des plus poétiques instincts : à ses yeux, tout prenait la couleur et la forme des plus brillantes images. Mais, si nous n'osons nous permettre de parcourir ces délicieux poèmes qui précédèrent l'Hégire, et qui nous peignent, dans de si gracieuses descriptions, les palmiers, les gazelles, les chameaux et surtout les chevaux, nous ne pouvons résister au plaisir de rappeler ici le passage suivant d'un livre d'Amaou'l-Kaïs, qui vivait près d'un siècle avant l'islamisme, et qui comprenait le cheval comme il est compris dans Job et dans Virgile :
« Avant même que les oiseaux sortent de leurs nids, » je saute sur un haut et agile coursier, dont le poil est » court et luisant, qui devance les animaux les plus lé- » gers et les arrête dans leur fuite. Plein de vigueur et 1» de force, il se détourne. Il fuit, il avance, il recule, en » un instant, avec la rapidité du caillou que le torrent » détache et précipite du haut d'un rocher; son poil est » rougeâtre etluisant, sesSancs mincesetallongés, il brûle
» d'une noble impatience, et dans l'ardeur qui Tanioie, » sa voix entrecoupée imite le bruit de l'eau qui bout » dans un vase d* airain. Tandis que les coursiers les plus » généreux, réduits aux abois, impriment profondément n dans la poussière les traces de leurs pas, celui-ci pré- » cipite encore sa marche rapide. Le cavalier, jeune et >» léger, est infailliblement renversé par la violence de sa » course, et il fait voltiger, au gré de ses mouvemens ini- » pétueux, les vétemens du vieillard que Fâge a rendu » plus pesant. Ses reins sont ceux d'une gazelle, ses jam> n bes celles d'une autruche. Il trotte comme le loup et » galope comme un jeune renard. Ses hanches sont » larges et robustes. Lorsqu'on le regarde par derrière, » sa queue toufïïie et qui traîne jusqu'à terre, remplit » tout l'espace qui est entre ses jambes, sans incliner » plus d'un côté que de l'autre. Quand il est debout près » de ma tente, le poli éclatant de son dos est semblable » à celui du marbre sur lequel on broie des parfums pour » une jeune épouse, au jour de ses noces. »
Dé ce passage d'Amaou'l-Kafô, il est indispensable de rapprocher ce fragment du poète Lébie :
« Je guide mon cheval vers la plaine : il marche
n la tète levée, semblable à un pahnier dont les branches » portées sur une haute tige dérobent leurs fruits & l'avi- »» dité de celui qui voudrait les cueillir. Je hâte sa course » et bientôt elle dépasse celle de l'autruche. La selle s'a- » gite sur ses reins, Teau coule sur son poitrail, les san- )> gles sont baignées de la sueur écumante dont il est » couvert. C'est la rapidité de la colombe, qui, dévorée ') par la soif, fend Tair et précipite son vol vers le ruis- 9 seau où elle va se désaltérer. »
Cependant une ère nouvelle va s'ouvrir pour lë courber du désert. Mahomet paraît ; la missiou qu'il s est donnée est toute guerrière ; il commence par monter sur la cavale de l'envoyé de Dieu, en lui promettant qu'elle
aura part à sou paradis, au jour du grand réveil.
« Une certaine nuit, je m'étais endormi entre les deux collines de Safa et de Marva* Cette nuit était très obscure, mais si tranquille qu'on n'ontendait ni les chiens aboyer ni les coqs chanter. Tout à coup, Tange Gabriel se présente devant moL U conduisait EL-Borak^ jument d'un gris argenté, dont la démarche est si vive qu'à chaque pas qu'elle fait, elle s'alloiiLre autant que la meilleure vue peut s' étendre. Ses yeux brillaient comme des étoiles ; elle déploya ses deux grandes ailes d*a%l8 ; mais quand je passai la main sur cette jument, pour la monter, elle se mit à ruei' et à regimber. Gabriel lui cria : « Tiens- » toi en repos; holà, d Borakl n'as^-tu pas de respect » pour Mahomet? jamais personne plus honorée de » Dieu iic l a mouLce. » — «Quoi donc, Gabriel, » lui dit Borak (car Dieu lui accorda le dou de la parole) , « Ibra- » him, Tami de Dieu, ne m'art-il pas montée, lorsqu'il » alla rendre visite à son fils Ismaél ? » — ~ Gabriel lui répondit : «Tiens-toi en repos, ô Borak! c'est ici Mahomet, A le iils d'Abdalab ; sa religion est l'ortodoxe; il est le » prince des enfans d'Adam, le premier entre tous les )) prophètes et les apôtres. » Borak, entendant cela, parla ainsi : « 0 Gabriel î je t'en conjure, par l'alliance » qui est entre toi et lui, car je n'ose pas m'adresser à » Mahomet lui-même, demande-lui donc pour moi que » je puisse avoir part à son intercession. » Aussitôt que ' je lui eus entendu faire cette humble prière, je pris nK)i<
même la parole, sans attendre que Gabriel m'en fit la demande, et je lui (lis : ; Eh bien donc, tiens-toi en repos, ô » Borak I tu am as part à mon intercession, et tu seras avec » moi dans le paradis. » Lorsque je lui eus fait cette promesse, elle s'approcha de moi pour me laisser monter, et dès que j'eus sauté sur sou dos, elle m'enleva en l'air à perte de vue.
Sous les pas d'El-Borak, le sable se convertissait en
or et devenait propre à donner la vie. L'ange Gabriel avait aussi uu cheval, appelé Haïsoum.
Voici conunent Mahomet fait naître le cheval : « Dieu appela à lui le vent du sud, et lui dit : « Je veux tirer de » toi un nouvel être. Condense-toi, dépose ta fluidité et » revêts une forme visible l » Ayant été obéi, il prit quelque peu de cet élément devenu palpable, souffla dessus et le cheval fut produit. « Va, cours dans la plaine, dit i> alors le Créateur à l' animal, tu deviendras pour Thomme n une source de bonheurs et de richesses; la gloire de » te monter ajoutera à l'éclat des travaux qui lui sont » réservés. »
Les Arabes ont coutume de dire : « Le cheval est la » plus belle créature après Thomme ; la plus noble occu-
» pation est de l'élever ; le plus délicieux iuiiusement, de » le monter, et la meilleure action, de le soigner. » Us ajoutent d'après le prophète : « Autant de grains d*orge » donnés au cheval, autant d'indulgences gagnées. )>
L'estime que les Ai abcs portaient au cheval se mon- .trait dans tous leurs écrits, dans toutes leurs légendes, dans tous leurs préceptes religieux; le monstre apocalyptique du Coran nous en offre une preuve évidente, w Lorsque l'arrêt de leur perte sera prononcé, nous fe-
» rons sortir de la terre un monstre qui criera : Les iiuiii- » mes n'ont pas cru rislamisme ; le monstre aura ceut » coudées de long; il courra d'une vitesse extraordi- » naire : il aura des crins, des plumes et des ailes. U » aura la tète d'un taureau» les yeux d'un porc, les » oreilles d'un éléphant» les cornes d'un cerf» le cou » d'une autruche» la poitrine d'un lion, la couleur d'un » ours, le milieu du corps d'un cluu, la queue d'un bô- )) lier et le pied d'un chameau; il sortira de la grande » mosquée de la Mecque; il épouvantera la terre de sa » voix. »
Aucune partie du corps du cheval n'est employée, comme on le voit» à la formation du monstre : cet animal est regardé comme trop noble pour entrer dans un tel
assemblage.
Kederli, saint turc, est en grande vénération chez les croyans. C'était un admirable cavalier; son cheval est placé dans le paradis de Mahomet» avec l'âne de Ba-
laam , le chameau du prophète et le chien des sept Dormans.
Nous avons dit qu'^à l'époque de Mahomet» la race la
plus estimée était celle qui descendait des haras de Salomon. C'est de cette race que provenaient aussi les ju« mens favorites du prophète» qui» à leur tour» ont été re* gardées» chez les Arabes modernes, comme la souche de
leurs principales races. Voici l'histoire de ces jumens fameuses.
La première bataille que livra le prophète ne donne pas une grande idée de sa cavalerie : îl n'avait en tout
que trois cent treize soldats et soixante chameaux ; plus, trois chevaux seulement, dont l'histoire a conservé les
noiW3 et qui étaient : Baredjé, appartenant à Micdad, fils d'Amrou ; Yacoun, dont le niaitre fut Zobeir, fils d'Awwam, et Seïl, jument que montait Marthad, fils d*Aboa Marthad. Chn conduisait ces trois coursiers k la main, afin de résen'er leurs foi ces pour le moment du combat.
Mais bientôt on vit le prophè^ sortir des portes de Mé* dine» à la tète de vingt mille hommes d*infanterie et de dix mille chevaux. Il avait compris que c'était dans le cheval que résidait la force de l'empire d'Arabie, et senti le besoin de se former une cavalerie puissante. C'est ainsi qu'après chaque victoire, il donnait un lot à chaque honmie et deux lots à chaque cheval ; de sorte que chaque cavalier avait trois parts du butin : une pour lui et deux pour son cheval. Mais ce n'était pas tout : l'histoire de Mahomet nous fournit encore, dans le fait suivant, l'objet d'une plus importante remarque : Mahomet, chaque fois qu'il avait à partager les dépouilles de ses ennemis vain* cuSt ne manquait jamais de faire une très notable dis> tinction entre ceux de ses cavaliers qui étaient montés sur des chevaux de pur sang, c est-à-dire provenant des races dont la généalogie était suivie dans les familles du désert, depuis un temps inmiémorial, et ceux qui n'avaient pour montuie que des che\auA de race commune ou mélangée.
tt De vraies richesses, disait le prophète, sont une no*
» ble et courageuse race de chevaux. »
Après la journée de Monta, il eut à envoyer à la MeCf que porter la noaveUe du triomphe. 11 ût partir quatrevingt-quinze jumens; cinq seulement arrivèrent en four-
nisiiant la carrière saiis s ai rêter. Mahomet les attacha s|iéciaiement à son service, et leur lit rendre les plus
grands lionneurs. Cette circoiistauce est attestée par la tradition et par tous les historiens arabes. On ne varie que sur les noms de ces généreuses cavales : les uns les noiument : TaneïlTé, Manekeié, Koiieil, Saklaoïiiè et Djalfé; d'autres, Nab-D'ha, Noâma, Wadza, Isabhha et Ilhezma.
La renommée du cheval arabe se répandit rapidement dans tout l'univers. En racontant les guerres que les premiers Kalifes soutinrent contre les Romains, les auteurs célèbrent « leurs petits chevaux, si ardens, si prompts, » si légers et surtout si maniables. » Les Arabes, par un traité de paix conclu avec Constantin, s'obligent à payer à l'empereur un tribut annuel de 3,000 écus, huit esclaves et huit chevaux de leurs meilleures races. Ceci vient encore à l'appui de l'opinion, si accréditée d'ailleurs, que les Arabes avaient, dèsl'époqne à laquelle nous faisons allusion, des races particulières, dont ils soignaient attentivement la descendance. Du reste, i] est à propos de remarquer ici que l'appellation de cheval arabe ^ dans le sens qu'on lui adonné au moyen âge jusqu'à nos jours, ne s'applique pas bxol chevaux d'une contrée particulière, mais bien à une race spéciale répandue dans tout l'Orient, et dont on suivait avec soin la généalogie. Au moyen âge, l'islamisme répandit le cheval arabe dans toutes les contrées du monde. Les peuples arabes, les Maures, les Numides, devinrent bientôt sectateui's de Mahomet; la religion du prophète résumait leurs mœurs, flattait leurs instincts et leurs passions. Quatre-vingts ans après la mort du Messie conquérant, son empii e s'étendait depuis l'Egypte jusqu'aux Indes, depuis Lisbonne jusqu'à Samai'kand. Sans cette émigration d'Occident
qui, à la voix de Pierre THermite, iuouda rOrient; sans les croisades des chevaliers français et normands, là terré entière subissait le joug du Croissant. Valeureux, savans, humains, briilans, pleius de grâce et de poésie, montés sur des chevaux aux yeux de feu et au cœur de bronze, les nouveaux croyans parcoururent en vainqueurs l'Asie, r Afrique et une partie de l'Europe. Les monumens qu'ils ont laissés, les ruines qu'ils ont faites, attestent leurs grandeurs passées. Ce fut non seulement par eux-mêmes, mais encore par les peuples qui les combattirent, que la race de leurs ciievaux s'iuimortalisa. Les Romains d'abord, les Francs ensuite, apprirent bientôt à connaître et à utiliser le sang précieux de ces coursiers, que l'on apprécia surtout comme régénérateurs des races d'Occident; car, par lui-même, le cheval oriental, ainsi que la science Ta démontré de nos jours, a moins de résistance et de durée que le cheval d'Occident. L'historien Zonare nous en donne la preuve dans un passage remarquable : « Si l'armée des llomains, dit-il, les eût chassés encore » plus loin (les Arabes) , elle eût remporté une victoire » grande et mémorable ; car les chevaux des Arabes sont *i merveilleusement vifs et légers au départ; mais ils se » fatiguent facilement et n'ont pas la durée des che- » vaux du Nord. » Zonare était un historien du douzième siècle; il écrivail à Constantinople ; il voyait lui-mônie, chaque jour, les races les plus belles et les plus précieuses de l'Orient, et son opinion mérite toute considération* Les Croisés ramenèrent d'Orient une immense quantité de chevaux. Les haras d'Angleterre, d'Allemagne, de France, d'Italie, se peuplèrent de ces types précieux auxquels on reporte, peut-être d'ailleurs un peu trop gé-
nérsJement, l'origine de nos bonnes races occidentales.
Les coursiers d'Orient apportèrent, sans doute, dans nos conti'ées hippiques, de grands changemens et de notables améliorations; mais le climat, la nourriture, les soins, eurent ici leur bonne part d'influence utile. Les Croisés qui amenèrent des chevaux orientaux dans les marais de la Flandre, améliorèrent sans doute leurs baras; mais les produits de leurs «roisemens n'en restèrent pas moins lourds et lymphatiques ; ceux qui introduisirent l'espèce aral)e dans les champs pierreux du Limousin ne firent qu'ajouter à l'énergie, à la grâce et à la vigueur que le cheval indigène tenait déjà naturellement du sol et (lu climat.
11 pai'ait que les premiers Arabes montaient leurs chevaux nus , à la manière des Numides. Ils n'adoptèrent l'usage de la selle que par suite de leurs rapports avec les ilomains et les Francs. Au milieu de ces ornemens superflus qui forment aujourd'hui l'équipement du cheval arabe, on reconnaît, effectivement à la première vue, la forme générale du harnais des anciens chevaliers.
Nous venons de voir que les coursiers arabes avaient pour eux la vitesse et l'énergie, mais non la vigueur et le fonds des destriers francs, dont la race croisée avec des chevaux oiientaux, et soignée avec vigilance et sollicitude, réunissait toutes les quaUtés possibles. Les récits des auteurs byzantins ne laissent aucun doute à cet égard. On a cherché dans la ballade suivante à faire apprécier les divers caractères du cheval arabe du moyen âge et du coursier franck de la même époque.