MASCULIN. FÉMININ. TOTAL
De 10 ans et au dessous. .
20 à 30 ans
30 à 40 ans
40 à 50 ans
50 à 60 ans
60 à 70 ans
70 à 80 ans
80 et au dessus
Totaux
DU CHOLÈRA-MORBUS. 387
Comme à Toulon , à Marseille et à Aix , le cho- !l-éra a suivi à Arles sa marche ordinaire au milieu des changemens de la température et des variat lions météorologiques.
Quelques cas de choléra ayant éclaté dans Ha commune d’Eyguières , des bruits absurdes lagitèrent aussitôt la partie ignorante de la popullation. Des paysans qui s’approchaient de la fon- Itaine publique pour s’y désaltérer, furent accusés d’avoir voulu y jeter du poison , et se virent '3xposés aux menaces d’une populace aveuglée. -Le maire publia une proclamation pour calmer >:ette effervescence; le vicaire de la paroisse joignit îon influence à celle de ce magistrat, et le calme ifut rétabli.
Après Marseille, Aix et Arles, les communes du departement des Bouches-du-Rhône qui ont le i)lus souffert, proportionnellement à leur populaiion , sont : Saint-Chamas , qui a enregistré ro5 iécès, comme nous l’avons déjà dit; les Martigues, i[ui en ont eu 70 ; et Aubagne, qui en a constaté 39.
Vingt-cinq communes ont été atteintes dans le département des Basses-Alpes. Il y a eu 4g décès IholériquesàCastellane, SqàGréoux, 35 à Monugnac, 28 a Digne, et 22 à Entrevaux.
La maladie n’envahit que six communes du departement des Hautes-Alpes. On constata 28 décès à Gap , et 20 à Rosans.
Celui de Vaucluse eut 29 cemmunes frappées du mal d’Asie. Après la ville d’Avignon, les localités le plus rudement atteintes furent Cadenet, Mondragon et Caderousse. Cette dernière eut 29 décès, Mondragon en enregistra 35, et Cadenet 33. Le choèéra, dit-on, se manifesta à Cadenet un jour de fête (i). Un grand nombre d’étrangers s’y étaient rendus , et la foule était considérable. Plusieurs personnes , réunies dans une auberge, eurent des coliques et des vomissemens, et l’on attribua d’abord cet accident à la malpropreté des ustensiles de cuisine qui avaient servi à l’apprêt de quelques ragoûts; mais le lendemain la maladie ayant frappé de nouvelles victimes, tant à Cadenet que dans les communes voisines qù les personnes qui avaient assisté à la fête étaient retournées, on n’hésita plus à reconnaître la présence du redoutable fléau.
Le Gard eut 4? localités atteintes. Dès le 19 juillet, quelques morts, précédées de symptômes s uspects, vinren t effrayer la population de Beaucaire et diviser d’opinion les hommes de l’art. L’accroissement de la mortalité ordinaire fut très peu sensible; mais bientôt tous les doutes s’évanouirent. Le a3 l’autorité, qui jusqu’à ce jour-là n’avait pas voulu se prononcer, publia le premier bulletin,
(1) Ce qu’on appelle en Provence hn roumavagi.
DU GHOLÉRA-MORBUS.
annonçant 26 décès depuis le 19 du même mois. Le choléra ne disparut de Beaucaire qu’après y avoir enlevé 1 28 personnes. Dès le début de la maladie, la terreur désorganisa la foire et dispersa tous les étrangers qui y étaient accourus; ce fut un malheur immense pour ce pays et les contrées environnantes.
Nîmes eut 199 décès; on en constata 102 à Sauve, 71a Durfort, 47 à Saint-Gilles , [\‘i à Saint-Giniezde-Magloire, 35 à Vallabrègues, et 34 à Allais.
La Drôme n’eût que quatorze localités envahies; les plus maltraitées furent Nyons, où l’on enregistra 48 décès, et Valence , qui en eut 29.
Le département de l’Ardèche, dont les limites louchent au sud le département du Gard, et à l’ouest celui de la Drôme, n’a ressenti que très faiblement les atteintes du choléra. Quelques communes riveraines du Rhône présentèrent un petit nombre de décès précédés de symptômes cholériques, et le préfet envoya sur les lieux le docteur Joyeux, médecin des épidémies, lequel, après avoir fait toutes les observations nécessaires, déclara que les malades avaient été atteints plutôt par des affections sporadiques ou accidentelles que par le véritable choléra.
Trente-huit communes ont été infectées dans le département de l’Hérault. Un homme venant de Beziers, où régnait le choléra, éprouva le 26juillet,
3i)0 ITISTOIRE
en arrivant à Montpellier, une attaque de celte maladie, laquelle parut céder aux remèdes de l’art. Cet homme, logé dans la rue de la Valfère, succomba dans la nuit a une nouvelle crise. Les médecins qui l’avaient soigné persistèrent à soutenir que cette affection mortelle ne présentait pas cependant les symptômes caractéristiques du choléra-morbus indien ; mais d’autres cas qui ne permettaient plus le doute donnèrent un démenti à la faculté. Les communes où la mortalité a été la plus forte sont Agde,qui a constaté 179 décès; Beziers qui en a eu 99, Montpellier 94, Cette 92, Saint-Thibery 64, Frontignan 49, Serignan 45, et Lunel 43-
Le departement de l’Aude, limitrophe de celui de l’Hérault, eut quatorze localités atteintes. La première le fut le 27 juillet; c’est la commune de Gruissan, située dans l’arrondissement de Psarbonne, sur une presqu’île, baignée de tous côtés par la Mediterranée et qui a 2,198 habitans. Dès l’apparition du fléau , une grande partie de la population prit la fuite. Celte émigration instantanée contribua essentiellement à arrêter les progrès du mal. L’épouvante qui s’empara des habitans de celte commune était d’autant plus excusable que tous les premiers malades furent emportés par la maladie dans moins de Iroisheures; 92 personnes y succombèrent dans l’espace de 28 jours ( du 27
juillet îvu i8 août ); i^'] furent aussi frappées de mort à Castelnaudary. Carcassonne, chef-lieu du département, n’eut à enregistrer que 20 décès. Le chiffre total des morts dans ce département ne s’éleva qu’à 3o3. Le sexe féminin fut généralement frappé dans des proportions plus fortes que le sexe masculin. Les enfans ne fournirent qu’un très petit nombre de victimes ; il n’y eut que 769 malades.
La Haute-Garonne et l’Isère eurent aussi quelques décès cholériques , mais ils furent tous isoles , et la maladie ne s’y manifesta pas avec cette gravité qui caractérise ordinairement sa marche.
Ainsi donc le choléra, danJ^.#â seconde invasion en France en i835, a frappé neuf départemens : le Var, les Bouches-du-Rhône, le Gard, Vaucluse, les Basses-Alpes , les Hautes-Alpes, la Drôme, l’Hérault et l’Aude.
Ces départemens sont limitrophes les uns des autres, et la violence du mal y a diminué en raison de l’éloignement du foyer primitif.
Us présentent une population de 2,478,541 habitans. Il y a eu 22,886 cas déclarés et 1 3,683 décès constatés officiellement; ce qui donne 9,28 malades et 5,52 morts sur mille habitans.
I^s cas et les décès ont présenté dans chaque département les proportions suivantes :
TABLEAU NUMÉRIQUE
UFS CAS ET DES DÉCÈS ClIOr.ÈniQUES CONSTATÉS DANS LES DÉPARTEMENS DE LA FRANCE
(lu novembre 1834 au 31 décembre 1835.
DU GHOLÉUA-iMOUDüS.
INVASION GIÎNÉRALE DE LA FRANCli;^'
Pendant les deux époques qui ont affligé la France , cinquante - huit départemens ont été atteints par le choléra; ceux des Bouches-du- Rhône, du Gard et de la Drôme figurent dans les deux invasions (i).
La population de ces cinquante-huit départeniens s’élève à 23,589,i3i habitans. 255,26a ont été frappés par la maladie, et 1 11,722 (2) ont succombé. Les décès ont été aux malades conîme I : 2,28,
Vingt-huit départemens n’ont reçu aucune atteinte; ils ont une population de 9,122,878 habitans : vingt-un se trouvent situés au sud delà capitale, cinq à l’est, un à l’ouest, et le dernier est ■ celui de la Corse.
Une remarque digne d’attention, c’est que tous les départemens envahis sont liés les uns aux autres; il en est de meme pour ceux qui n’ont pas été frappés, à l’exception de la Sarthe, lequel s’est trouvé seul préservé au milieu des autres déparitemens de l’Ouest qui tous ont été atteints.
(!) Dans l’invasion de 1832 le département de la Drôme n’eut (qu’un seul décès, celui du Gard en eut 10, et celui des Bou- ( ches-du-Rhône n’eut qu’une seule commune (celle d’Arles).
(2) Dans ces nombres sont compris les cas (1,500, chiffre (approximatif) et les décès (794 officiels) qui ont été constatés (dans le département de la Seine, du 31 octobre 1832 au Rr -avril 1834.