‹ Histoire du ciel (volume 2)Chapitre 114 sur 179 · NOMBREUX SYSTÈMES IMAGINÉS · texte numérisé non relu

NOMBREUX SYSTÈMES IMAGINÉS

à peu près dans une même orbite autour du soleil. Dans une étude intitulée : « Quod Tellus non sit ccntrum omnibus planetis, » il explique que quand Mercure est de ce côté-ci de l’orbite, il est plus près de nous que Vénus, et qu’il est plus loin de nous que cette dernière planète quand il est de l’autre côté. Cette hypothèse fut également adoptée par le moyen âge. Le lirmament aurait décrit en 7000 ans une révolution d’occident en orient, le ciel supérieur au firmament en aurait décrit une plus lente en 49 000, et le ciel extrême, ou premier mobile, qui donnait le mouvement diurne à toute

Système Je Martianus Capella.

la machine de l’univers, aurait lui-même fait sa révolution en vingtquatre heures.

Le systèmes des Égyptiens, dont celui-ci n’est qu’une variante, a été enseigné après Copernic et Galilée môme, au dix-septième siècle, par plusieurs universités d’Europe. On l'appelait le tystime commun, parce qu’on supposait qu’en gardant de Ptolémée l’immobilité de la Terre et les orbites des planètes supérieures, et de Copernic le mou-

vement do Mercure et Vénus autour du Soleil, comme les satellites de Jupiter et de Saturne, ce système succéderait définitivement aux deux autres.

On imaginait alors toutes les raisons possibles contre le mouvement de la Terre. Le P. Riccioli, dans son Almagestum novum, a eu cette véritable patience de bénédictin de rassembler soixante-dixsept arguments contre ce mouvement!

Nous venons de tirer de l’oubli bien des systèmes différents. Cependant on pourrait encore en créer beaucoup d'autres, répondant tous à la simple observation des mouvements planétaires. 11 suffit, en effet, de supposer immobile un corps quelconque de la famille planétaire, et tous les autres en mouvement. Il est possible, par exemple, que les habitants de Saturne croient leur monde immobile et central, d'autant plus qu'ils ont dans leur ciel d’immenses anneaux matériels disposés comme des arceaux pour soutenir les voûtes célestes et commencer les cercles. Comme leur mouvement de rotation est de 10 h. 15 m. et leur mouvement de translation de 29 ans et demi, ils peuvent faire tourner, d’une part, toute la voûte céleste et les astres ensemble en 10 h. 1 5 m., ou un jour saturnien, et, d’autre part, le Soleil en 29 ans et demi, et les différentes planètes en différents temps. Ainsi chaque monde a son système planétaire apparent. La raison éclairée par la science peut seule reconnaître l’insuffisance de la vue et donner au Soleil la place unique qui lui appartient.

— 11 serait curieux de savoir comment les habitants des planètes jugent la Terre, üt la marquise.

— Ce dont nous pouvons être assurés, c’est qu’ils ne lui donnent point la position privilégiée dont nous nous sommes si longtemps et si puérilement vantés, répliqua l’astronome. Les habitants de Mercure, Vénus et Mars voient la Terre comme une étoile errante; ceux de Jupiter la voient comme un petit satellite du Soleil ; ceux de Saturne comme une tache insignifiante sur cet astre. Les autres ne doivent point nous voir du tout.

— Ah ! s’écria le professeur, vous avez oublié un système et un philosophe qui ne mérite point l’oubli.

— Quel système, et quel philosophe 1

LES TOURBILLONS DE DESCARTES

— Descartes.

— Je ne l’oubliais pas, et précisément j'allais vous présenter l’œuvre de sa création. Si je ne me trompe, plusieurs d’entre vous vont être bien étonnés.

— Comment cela? fit le professeur de philosophie. Supposez-vous que nous ne connaissions pas Descartes?

— Eh bien.... peut-être!

— Oh! mon cher astronome, vous nous jugez mal, dit le député. Qui ne connaît l’auteur du fameux Cogilo : ergo sum?

— Savoir ces trois mots par cœur ce n’est pas connaître le système des tourbillons, reprit l’astronome. Et la preuve, c’est que je demanderai à notre brillant professeur si Descartes a adopté le système de Copernic.

— Qui pourrait l’ignorer? répliqua le professeur. Le système des tourbillons, ou du plein des espaces célestes, n’est qu’un complément physique de l’arrangement mathématique de Copernic. C’est exactement la même disposition et le mémo ensemble de mouvements.

— Dites-moi, je vous prie, si Descartes croyait au mouvement de la Terre, demanda l’astronome au professeur.

— Evidemment! puisqu’il enseigne le véritable système du monde.

— Je vous disais bien que vous n’avez pas lu Descartes.

— C’est un peu fort!... Je n’ai peut-être pas spécialement remarqué ses descriptions astronomiques, mais tout le monde sait comme moi qu’on ne peut pas adopter le système de Copernic sans admettre le mouvement de la Terre.

— Eh! voilà précisément ce qui vous trompe. Au temps où Descartes écrivait, une singulière hypocrisie régnait dans le corps enseignant. Or, le raisonnement de ces universitaires du dix-septième siècle s’amusa à concilier Josué et Galilée. C'est là peut-être le plus curieux du système de Descartes. Ce grand philosophe déclare que la Terre tourne sur elle-même et autour du Soleil, mais qu'elle ne bouge pas.

—Quelle plaisanterie!... s’écria l’historien, et quelle imagination vous avez !

—Il faudrait pouvoir démontrer ce que vous avancez làl Otle pasteur.

— Malheureusement, j’ai laissé Descartes dans ma bibliothèque, répondit l’astronome. —

— Oh I s’il ne faut que cela pour constater le corps du délit, dit la marquise, tenez ! sur le premier rayon là-haut, à côté des Voyages de Tavernier, je crois bien que ce sont des volumes de Descartes.

— Il me semble que c’est plutôt Robinson Crusoé, dit la jeune fille, car l’autre jour....-

— Les Principes de la Philosophie, par René Descartes, Rouen 1706 : voilà notre affaire, s’écria le professeur, qui déjà avait mis la main sur le livre.

Monsieur l'astronome, veuillez nous convaincre.

— Voyons!... reprit celui-ci en feuilletant le livre. Troisième partie : Dumonde visible. C’est bien cela :n° 16... Ptolémée... Copernic... Tycho-Brahé... Système du monde.... N° 24 : « Que les cieux sont

liquides 26 : « Que la Terre se repose en son cielrmais qu’elle

ne laisse pas d’étre transportée par lui, et qu’il en est de même de toutes les planètes.... • Messieurs, si vous permettez, je vais vous lire les principaux passages.

Écoutons Descartes :

« ...Je me rangea l’hypothèse de Copernic, parce qu’elle me semble plus simpleetplus claire.... Le vide n’existe pas dans l'espace.... Les cieux sont pleins d'une substance universelle liquide. C’est une opinion qui est maintenant communément reçue des astronomes, car ils voient qu’il est presque impossible sans cela de bien expliquer les phénomènes. La substance des cieux a cela de commun, avec toutes les liqueurs, que ses plus petites parties peuvent aisément être déterminées à se mouvoir de tous côtés, et lorsqu’il arrive qu’elles sont déterminées à se mouvoir toutes ensemble dans un même sens, elles doivent nécessairement emporter avec elles tousles corps qu’elles embrassent et environnent, et qui ne sont point empêchés de les suivre par une cause extérieure.... La matière du ciel où sont les planètes tourne sans cesse en rond, ainsi qu'un tourbillon qui aurait le Soleil à son centre. Les parties qui sont plus proches du Soleil se meuvent plus vite que celles qui en sont éloignées, et toutes les planètes, y compris la Terre, demeurent toujours suspendues entre les mêmes parties de cette matière du ciel. D’autant que comme

LES TOURBILLONS DE DESCARTES

dans les détours des rivières, où l’eau se replie sur elle-même et tournoie encercles, si quelque fétu ou autre corps léger flotte dans cette eau, on peut voir qu’elle les emporte et les fait mouvoir avec soi ; et même parmi ces fétus, on peut voir qu’il y en a qui tournent

La Terre soutenue par l'air et la matière céleste. Système des Tourbillons (fin du dix-seplü.mo siècle).

sur leur propre centre, et que ceux qui sont plus proches du centre du tourbillon achèvent leur tour plus tôt que ceui qui sont plus éloignés. Ainsi on peut aisément imaginer que toutes les mêmes choses arrivent aux planètes, et il ne faut que cela seul pour expliquer les phénomènes.... La matière qui est autour de Saturne emploie quasi

trente années à lui faire parcourir son cercle; celle qui environne Jupiter le porte en douze ans avec ses satellites ; Mai» achève son cours en deux ans; la Terre avec la Lune en un an; Vénus en huit mois et Mercure en trois.... Les satellites sont emportés par de plus petits tourbillons. »

Voilà, messieurs, le système des tourbillons de Descartes, exposé par lui-même. J’ai lu les phrases principales de tout ce chapitre. Maintenant, écoutez encore une -minute :

* La Terre n’est point soutenue par des colonnes, ni suspendue en l’air par des cibles; mais elle est environnée de tous côtés par un ciel très-liquide. Elle est en repos, et n’a aucune propension au mouvement, vu que nous n’en remarquons point en elle. Cela n’empêche pas qu’elle soit emportée par le cours du ciel et qu'elle ne suive son mouvement, sans pourtant se mouvoir, de même qu’un vaisseau qui n’est point emporté par le vent ni par des rames, et qui n’est point aussi retenu par des ancres, demeure en repos au milieu de la mer, quoique le flux de cette grande masse d’eau l’emporte insensiblement avec soi.... Semblables à la Terre, les autres planètes demeurent comme elle en repos en la région du ciel où chacune se trouve.... Copernic n’avait pas fait difficulté d’accorder que la Terre était mue;Tycho,à qui cette opinion semblait absurde et indigne du sens commun, a voulu la corriger; mais la Terre avait beaucoup plus de mouvement dans son hypothèse que dans celle de Copernic. »

Eli bien I qu’en dites-vous?

— Et qu’en dit notre professeur de philosophie? s’écria la marquise.

— J'avoue que je n’avais pas remarqué cette ingénieuse manière d’arranger les choses, répondit le professeur.

— Ce mode de raisonnement a été adopté par l’Université de France jusqu’au jour où le véritable système devint trop éblouissant pour être ainsi laissé dans l'ombre.

Voyez, par exemple, ce que dit, en 1672, Rohauit, l’un des premiers membres de l'Académie des sciences : « Ce qu'il y a de commode ou d’avantageux dans cette opinion , c’est qu'on peut contenter par là les personnes raisonnables et celles qui sont scrupuleuses; celles-là, en leur donnant la liberté de penser

LES TOURBILLONS DE DESCARTES

comme il leur plaira, et de donner tels noms qu’ils voudront au transport qui se tut de la terre ; et celles-ci qui appréhenderaient de faillir si elles attribuaient du mouvement à la Terre, en leur faisant prendre garde qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer pour cela contre cette hypothèse ; puisqu'on effet ce ne peut être que fort improprement qu’on lui peut attribuer du mouvement; car si l’on comprend bien que le mouvement n'est autre chose que le déplacement d'un corps, par rapport à ceux qui l’avoisinent immédiatement, l’on

Système général des Tourbillons.

Dessin de la fia du dix-septième siècle.

connaîtra que ce qu’on nomme le mouvement diurne de la terre, appartient plutôt à la masse composée de la terre, des mers et de l’air, qu'à la terre en particulier, laquelle doit être respectée dans un parfait repos, tandis qu’elle se laisse emporter par le torrent de la matière où elle nage ; de même qu’on dit qu’un homme est en repos qui dort dans un navire pendant que le navire se meut

véritablement. Et de même l’on connaîtra que ce mouvement qu’on a coutume d’appeler le mouvement annuel de la terre, ne lui appartient aucunement, non pas même à la masse composée de la terre, des eaux et de l'air, mais bien à la matière céleste qui emporte cette masse autour du Soleil. »

— Voilà, j’espère, s’écria le député, un raisonnement alambiqué, pour calmer les consciences scrupuleuses.

— Cela me rappelle, dit le capitaine de frégate, le fameux traité

Variante du système des Tourbillons (dix-huitième siècle). Le Soleil tournant avec Mercure autour du centre.

du P. Boscowitz sur les comètes et la manière. de calculer leur retour. Ce calcul serait impossible dans l’hypothèse de l’immobilité de la Terre. Cependant le savant jésuite commence son traité par une préface au pape, dans laquelle il proclame que « pénétré de respects pour les saintes Écritures, il ne croit pas au mouvement de la Terre Seulement, à la fin de la préface, il met un tout petit

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