LE SYSTÈME PLANÉTAIRE
LES PLANÈTES
de reliques rapportées de Rome par elle-même, je craindrais les pierres. Jean- Jacques Rousseau en a bien reçu dans son jardin (et sur la tête) pour s’ètre mis à chercher les constellations en installant dans sa charmille une carte, céleste éclairée par une lanterne.
Il faut pourtant que je vous retienne encore deux minutes. Nous ne pouvons nous séparer avant d'avoir fait aboutir toutes nos observations respectives de cette soirée à une conclusion claire et précise, sur la manière dont nous devons nous ligurer exactement le système du monde.
Grâce à Copernic, à Galilée, Képler, Newton, Huygens, Lalande, Lsplace, et à d’autres travailleurs, nous pouvons maintenant nous le représenter comme il suit : Au centre des orbites planétaires trône le globe immense du Soleil. — A des distances diverses, que nous avons données des notre première soirée (p. 15), gravitent, en des orbites successives, d'abord Mercure, Vénus, la Terre et Mars, dont les années sont d’autant plus longues qu’elles sont plus distantes du Soleil, mais dont les jours sont à peu près de 24 heures pour chacune de ces quatre médiocres planètes. — Après Mars on rencontre une vaste zone occupée par un nombre considérable de tout petits corps célestes. — Le monde splendide de Jupiter gravite à la distance de 200 millions de lieues du Soleil, en une révolution de 12 ans et avec des jours de 9 h. 55 m. seulement Quatre satellites l’accompagnent. — A 364 millions de lieues du Soleil roule ensuite Saturne, dont la translation demande 29 ans et demi pour s'accomplir, et dont le rapide mouvement de rotation n’est que de 10 h. 15 m. Il est 734 fois plus gros que le globe terrestre, et environné d’un colossal système d’anneaux, au delà desquels sont échelonnés huit satellites, dont le plus extérieur est à 922 000 lieues de la planète.— Le monde d’Uranus, composé d’une planète 82 fois plus grosse que la Terre et de huit satellites, gravite à la distance de 733 millions de lieues du Soleil, en une année de 84 ans. — EnGn, la dernière planète actuellement connue de notre système, Neptune, gravite à la distance de 1 milliard 147 millions de lieues, sur une orbite gigantesque qu’elle n’emploie pas moins de 164 ans à parcourir, et qui ne mesure pas moins de 7 milliards de lieues d’étendue.
Vous voyez que cette ampleur est déjà loin des dimensions du sys-
tème de Copernic, terminé à Saturne supposé encore plus proche qu’il ne l’est. Mais ce n’est pas tout. Pour compléter l’idée exacte que nous voulons nous former de notre situation dans l’espace, il nous faut aussi nous figurer voir sous les yeux de notre esprit ce système planétaire suspendu dans U i >id.e infini, et soutenu autour du Soleil comme par une main invisible. Cette main invisible, c’est le réseau de la gravitation universelle; c’est la combinaison de l’attraction puissante du corps solaire avec les mouvements des planètes, mouvements non pas exactement circulaires, mais elliptiques. Ainsi
soutenues à distance par le Soleil, les planètes sont, de plus, entraînées par lui dans l’étendue. Le Soleil tourne sur son axe en 25 jours environ, et vogue lui-même dans l’espace, emportant avec lui tout son système. Le point du ciel vers lequel il marche (ou, ce qui est la même chose, vers lequel il tombe en nous entraînant) est la constellation d’ilercule.
La distance qui sépare notre Soleil du soleil le plus voisin, et qui sépare entre eux chacun des soleils de l’espace, est si vaste, que toute la largeur du système planétaire n’est qu’un point dans ces intervalles, et que la translation de notre système, lors même qu’elle serait éternelle, n’a pas de rencontre à craindre.
Chaque étoile est un soleil analogue au nôtre, centre de systèmes inconnus, et vogue éga'ement dans l’espace. Pas une seule ne reste fixe. Et ainsi l’univers infini est peuplé de systèmes innombrables en circulation dans l’étendue, séparés les uns des autres par des distances incommensurables.
— Encore un mot, monsieur l’astronome, fit la marquise.
Il me semb'e que ce qu’il y a de plus merveilleux dans les conquêtes de l’astronomie, c’est l’invention de la lunette d’approche et la construction des télescopes d’observatoires. Vous ne nous en avez pas parlé.
— En effet, madame, sans les lunettes d’approche, nous ne serions guère plus avancés en astronomie physique que du temps de Copernic et môme de Ptolémée. Leur invention est du reste fort curieuse.
D’après les documents recueillis sur ce sujet par l’astronomo
DÉCOUVERTE DE LA LUNETTE D’APPROCHE PAR LES ENFANTS D’UN OPTICIEN DE MIDDELBOURG. (p. 273.)
LES PLANÈTES
Olbers, c’est en 1606 que, pour la première fois, on combina un verre concave et un verre convexe pour rapprociier les objets. Cetait à Jliddelbourg, en Zélande, où nous sommes allés l'hiver dernier, mon cher historien. Un fabricant de bésicles nommé Jean Lippershey reçut cette grande découverte du hasard. Ses enfants, jouant dans sa boutique, s’avisèrent de regarder au travers de deux lentilles, l’une convexe, l’autre concave, le coq du clocher, qui, à leur grand ébahissement, leur parut tout rapproché d’eux. La surprise des enfants ayant éveillé l’attention de Lippershey, celui-ci, pour rendre l’épreuve plus commode, établit d’abord les verres sur une planchette; ensuite il les fixa aux extrémités de deux tuyaux susceptibles de rentrer l’un dans l’autre. A partir de ce moment, la lunette était trouvée I Le 2 octobre 1606, il adressa une supplique aux états généraux de Hollande, demandant un brevet dç trente ans. Les échevins n’y trouvèrent qu’un inconvénient, c’est qu’on n’y voyait pas des deux yeux, ce qui les contrariait.
La connaissance du fait se répandit vite, et Lippershey ne jouit pas du privilège de son invention.
C’est Galilée qui le premier appliqua cette lunette primitive (qui porte son nom) aux observations astronomiques, et la sienne, il ne la fit pas venir de Hollande, mais la fabriqua par lui-méme. d’après ce qu’il avait entendu dire. C'est en 1609. Il porta successivement le grossissement à 4, 7 et 30 fois en diamètre, ce qu’il ne dépassa pas. Il découvrit les phases de Vénus, les taches du Soleil, les quatre satellites de Jupiter et la nature montagneuse de la Lune.
Képler imagina la première lunette astronomique à deux verres concaves en 1611.
Huygens porta les grossissements à 48, 50 et 92 fois, et reconnut l’anneau de Saturne et le quatrième satellite de cette planète.
Cassini, le premier directeur de l’Observatoire de Paris, les porta à 150, aidé par Auzout, Campani de Home et Rives de Londres. Il constata la rotation de Jupiter (1665), celles de Vénus et de Mars (1666), le cinquième et le troisième satellite de Saturne (1671), enfin les deux plus proches (1684). Les autres satellites de cette planète ont été découverts, le sixième et le septième par William llerschel en 1789, et le huitième en 1848 par Bond et Lassel.
J’ajouterai encore à ce propos que les satellites d’Uranus ont été découverts, six par Herschel de 17.0 à 1794, et deux par Lassel (septième et huitième) en 1851 ; et celui de Neptune en 1847 par ce dernier astronome.
La rotation de Saturne a été constatée par Herschel en 1789, et celle de Mercure par Schrœter en 1800.
Les premiers télescopes, ou lunettes astronomiques à réflexion, ont été faits par Grcgory en 1663 et Newton en 1672. Les plus grands instruments de notre siècle sont le télescope d’Herschel, qui grossissait 3000 fois en diamètre, celui de lord Rosse, bl Irlande, qui grossit 6000 fois et rapproche la Lune à 15 lieues; ce merveilleux instrument a 6 pieds d'ouverture et 60 pieds de longueur; son miroir seul pèse 3800 kilogr., c’est-à-dire 2000 francs de métal ; avec le tube, il pèse 10 400 kilogr.; je remarquerai en passant qu’il n’a pas coûté moins de 300 000 francs à son propriétaire. A ces télescopes, ajoutons celui de l’Observatoire de Marseille, construit par M. Foucault, dont le miroir en verre argenté supporte un grossissement qui peut être porté à 4000, et celui de Melbourne, en Australie, dont le grossissement peut aller jusqu’à 7000.
C’est grâce à tous ces progrès dans l’optique que nous sommes parvenus à compléter les données de l’astronomie mathématique par des constatations d'astronomie physique, qui nous font apprécier la disposition générale de l’univers, et nous montrent la vie organisée sur l’immense panorama des mondes I
DIXIÈME SOIRÉE
LE MONDE TERRESTRE DES ANCIENS LA COSMOGRAPHIE ET LA GÉOGRAPHIE DE L’IGNORANCE ANTIQUE
Opinions des anciens sur la forme de la Terre et ses rapports avec le reste de l'univers. — Examen critique du Traité du Ciel d'Aristote. — Suppositions imaginées pour expliquer la position centrale du globe. — Idées sur le mouvement cl la pesanteur. — Les commcncemcn s de la description méthodique du monde. — Différentes formes supposées à la Terre. — La Terre enracinée, fixe, cylindrique, cubique, flottante, ronde, isolée. — Images antiques. — Moïse et la Bible. — Homère. Le bouclier d'Achille. La terre plate. Le fleuve Océan. — Sphères et cartes primitives. — Hérodote, Êratosthènos, Strabon, Posidonius, Pomponius Mêla.
Progrès de la géographie.
— Depuis une dizaine de jours que nos entretiens scientifiques sont commencés, dit l’astronome, au moment où nous sortions du château pour notre promenade habituelle, nous avons pu revoir dans une vaste esquisse les opinions que les hommes se sont successivement formées sur le ciel, et constater comment l’esprit humain est parvenu à connaître la réalité. Ces curieuses études nous ont fait, pour ainsi dire, revivre réellement dans ce passé disparu. En établissant de la sorte une comparaison permanente entre les suppositions de l’ignorance primitive et les démonstrations de la science, nous apprécions mieux la valeur de la réalité. Nous arrivons maintenant à la question particulière de la cosmographie terrestre, déjà effleurée dans nos précédentes soirées. Et ce n’est certes pas la moins intéressante. Il n’y a peut-être rien au monde de plus
curieux que le spectacle des tentatives faites par l'habitant de la Terre pour se rendre compte de la forme, de la nature et de la situation de sa planète dans l’espace.
— Est-ce que l’étude cosmographique de la Terre fait partie de l’histoire du ciel? demanda la marquise.
— Bien entendu, répondit le capitaine. Il serait même difficile de l'en distraire, puisque d'une part la Terre est un astre du ciel, et que d’autre part notre observatoire terrestre est fatalement la base de nos études astronomiques. L’histoire de la cosmographie et de la géographie générale est nécessairement parallèle à l'histoire de l'astronomie. Elles sont solidaires l’une de l'autre. Sans Christophe Colomb il n’y aurait pas eu de Copernic.
— Nous allons donc savoir quelle série d’efforts on a faits do toutes parts avant d’arriver à constater l’état réel de notre globe, et à le tenir dans la main comme aujourd'hui ?
— C’est, je crois, ce que nous allons essayer dès ce soir, répliqua l’historien.
— Et par quelle scène commencerons-nous le spectacle ? reprit la marquise.
— Le vénérable Aristote va se présenter le premier en scène, répliqua l’astronome.
— Comment! l’obscur, l’indéchiffrable Aristote? s’écria le pasteur.
— Hélas ! oui, fit l’astronome, à lui la première place : et par droit de conquête et par droit de naissance. Ne croyez pas que pour lui donnercerang je dissimule ou lui pardonne ses obscurités. Non, non. Je veux, au contraire, le présenter tel qu’il est, et sans rien cacher de sa physionomie.
Et pour vous prouver mon impartialité, ajouta-t-il, je commencerai par vous rappeler Daniel lleinsius, philosophe et poète latin hollandais du dix-septième siècle, qui, étant un jour consulté sur son opinion personnelle relativement à l'authenticité du Traité sur le monde attribué à Aristote, donne aux érudits disputeurs la singulière raison que voici. Selon lui, comme d’après la majorité des commentateurs, cette lettre sur le monde, adressée à Alexandre, est apocryphe, et voici l’argument spécieux sur lequel il fonde sa conviction : « Le traité en question, dit-il, n'offre nulle part celte ma-