‹ Histoire du ciel (volume 2)Chapitre 121 sur 179 · DIVERSES FORMES SUPPOSÉES A LA TERRE · texte numérisé non relu

DIVERSES FORMES SUPPOSÉES A LA TERRE

pui solide et indéfini une fois admis, les idées des épicuriens, comme le remarque Arago, étaient de vérité nécessaire ; les astres devaient inévitablement s’éteindre tous les jours à l’occident, puisqu’on ne les voyait pas revenir au point de leur lever; ils devaient quelques heures après se rallumer à l’orient. Du temps d’Auguste, Clëomède se voyait encore obligé de combattre les idées des épicuriens sur les couchers et les levers des étoiles ou du Soleil. « Ces immenses sottises, s’écriait le philosophe, ont pour seul fondement un conte de vieille femme, suivant lequel les Ibères entendent tous les soirs le sifflement que le Soleil incandescent produit en s’éteignant comme un fer rouge dans les eaux de l’Océan. >

Les voyages modernes nous montrent que la même illusion régnait chez les autres peuples. Ainsi, dans l’opinion des Groënlandais, qui s’est transmise de l’antiquité à nos jours, le monde est soutenu pnr des piliers tellement rongés par le temps qu’ils craquent souvent, et s’ils n’étaient supportés par les incantations des magiciens, ils seraient depuis longtemps écroulés.

TU'pn's nlation symbolique do le Terre et du Citl, par les Egyptiens.

— A ces formes supposées au monde, dit le navigateur, j’ajouterai une curieuse représentation égyptienne dessinée sur papyrus et qui

se trouve à la Bibliothèque de Paris. La Terre y est figurée couchée et vivante. Elle est couverte de feuilles. Le ciel est personnifié par une déesse qui forme une voûte avec son corps parsemé d’étoiles, et allongé d’une singulière façon. Deux barques portant l’une le soleil levant, l’autre le soleil couchant, parcourent le ciel en suivant les contours du corps de la déesse. Au milieu du tableau est le dieu Maou, intelligence divine, qui préside à l’équilibre de l’univers.

— Quels sont donc, demanda le député, les vestiges qui nous restent des monuments des premières idées géographiques et cosmographiques? Reste-t-il, par exemple, des cartes géographiques de l’époque d’Homère, ou seulement du temps de Jules César?

— Ces monuments sont rares, répondit l’astronome. Moïse et Homère, dirai-je avec Malte-Brun, nous présentent d’abord les mappemondes de deux peuples antiques. Bientôt, à la clarté des étoiles, le navigateur phénicien traverse la Méditerranée et découvre l’Océan. Hérodote raconte aux Grecs ce qu’il a vu et entendu dire. Le vaste système colonial de Carthage et les courses aventureuses de Pythéas de Marseille, font connaître l’Occident et font deviner le Nord. La gloire d’Alexandre répand une vive lumière sur les contrées de l’Orient. Les Romains héritent de la plupart des découvertes qu’avaient faites les nations policées de l’antiquité. Les Èratosthène, les Strabon, les Pline, les Ptolémée, cherchent à coordonner ces matériaux encore imparfaits et incomplets. Mais la grande migration des peuples vient renverser tout l’édifice de l’ancienne géographie : c’est en périssant que les Grecs et les Romains apprennent combien le monde était plus étendu que leurs systèmes ne le faisaient paraître. Peu à peu ce chaos se débrouille, et, avec une nouvelle Europe, naissent les éléments d’une géographie nouvelle L’esprit des voyages se réveille; déjà il avait inutilement conduit les Arabes et les Scandinaves, ceux-là aux Moluques, ceuxci en Amérique ; la science n’était point là pour recueillir le fruit de ces courses audacieuses. Plus instruits et non moins courageux les Italiens et les Portugais, à l’aide de l’aiguille aimantée, parcourent avec sûreté la haute mer. De toutes parts tombent les barrières qu’avaient élevées les préjugés et qui rétrécissaient l’horizon

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