‹ Histoire du ciel (volume 2)Chapitre 149 sur 179 · LES ÉCLIPSES DANS L’HISTOIRE · texte numérisé non relu

LES ÉCLIPSES DANS L’HISTOIRE

— A propos de sauvages, répliqua le député, j’ai vu gravement rapporté dans les œuvres du P. Del Rio et de Johnston ce beau trait de stupidité : Quelques paysans anglais {textuel et authentique) ont été pris ouvrant le ventre d’un âne pour en retirer la Lune, parce que cet astre, dont ils avaient vu l'image dans une source d’eau bien claire, avait disparu à leurs yeux, ayant été caché par quelque nuage au moment où l’âne avait été y boire!

— Quoiqu’on soit fort instruit depuis longtemps de la cause des éclipses, j’ajouterai encore d’après Bayle (Pensées sur la comète), reprit l’astronome, que l’éclipse de Soleil qui arriva le 21 août 1564 répandit une si grande consternation dans quelques endroits de la • campagne, où l’on avait tenu à ce sujetdes disco.urs effrayants, qu'un curé, ne pouvant suffire à confesser tous ses paroissiens, prit le parti de leur dire au prône qu’ils ne se pressassent pas tant et que l’éclipse était remise à huitaine I

— Ah ! pour le coup, s’écria la marquise, voilà le bouquet, et nous pouvons tirer le rideau

— Ce sont là, messieurs, ajouta l'astronome, les principales éclipses plus ou moins intéressantes au point de vue historique- Je ne puis, à ce propos, m’empècher de vous communiquer une trouvaille que j'ai faite à la bibliothèque du Château. C'est un vieux traité d'astronomie de l’an 1581, de P. Apian et Gemma Frison, dans lequel j'ai remarqué la figure que voici :

— Dieu ! quelle naïveté I s’écria le professeur, en prenant le volume. Regardez donc cette figure du Soleil ! et ces bonshommes qui se tiennent en équilibre sur la Terre! Admirez aussi les (rois autres dessins qui accompagnent celui-ci. Ils servent à expli-

quer les raisonnements suivants, pour démontrer quê la Terre est ronde :

« Si la Terre était carrée, son ombre sur la lune serait carrée aussi.

« Si la Terre était triangulaire, son ombre, pendant l’éclipse de lune, serait aussi en triangle.

« Si la Terre avait six côtés, son ombre aurait la même figure.

« Puis donc que l'ombre de la Terre est ronde, c’est une preuve que la Terre est ronde aussi. »

Il y aurait bien quelque chose à objecter à ce raisonnement; mais enfin il a sa valeur, et c'était une des preuves principales que les anciens astronomes donnaient de la sphéricité de la Terre.

— Si les Éclipses ont joué un grand rôle dans l'histoire des superstitions humaines, reprit l’astronome, nous allons constater maintenant que les Comètes y sont entrées pour une part plus importante et plus curieuse encore.

Les anciens partageaient les comètes en difi'érentes classes. La figure, la longueur, l’éclat de la queue étaient ordinairement l'unique

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LES COMÈTES

fondement de ces distinctions. Pline distinguait douze espèces de comètes dont il donne ainsi la description : « Les unes effrayent par leurcrinière couleur de sang; leur chevelure hérissée se lève, vers le ciel. Les barbues laissent descendre en bas leur chevelure en forme d’une barbe majestueuse. Le javelot semble se lancer comme un trait, aussi l’effet le plus prompt suit de près son apparition; si la queue est plus courte et se termine en pointe, on l'appelle épée ; c’est la plus pâle de toutes les comètes : elle a comme l’éclat d'une épée sans aucun rayon. Le plat ou le disque porte un nom conforme à sa figure; sa couleur est celle de l’ambre; il naît quelques rayons de sqg bords, mais en petite quantité. Le tonneau a réellement la figure d’un tonneau que l’on concevrait enfoncé dans une fumée pénétrée de lumière. La cornue imite la figure d’uné corne et la lampe celle d'un flambeau ardent. La chevaline représente la crinière d’un cheval qu’on agiterait violemment par un mouvement circulaire ou plutôt cylindrique. Telle comète parait aussi d’une singulière blancheur avec une chevelure de couleur argentine ; elle est tellement éclatante qu'on peut à peine la regarder. Il y a des comètes hérissées; elles ressemblent à des peaux de bêtes garnies de leurs poils, et sont entourées d’une nébulosité. Enfin, l’on a vu la chevelure d’une comète prendre la forme d’une lance. » Voilà, j’espère, tout un choix de formes horribles, interrompit le député.

Pingré, ce grand historiographe des comètes, nous apprend qu’une des premières comètes historiques célèbres est celle qui apparut sur Rome l’an 43 avant Jésus-Christ, et dans laquelle le peuple romain salua l’âme de César divinisée. On signale ensuite celle qui vint jeter ses feux sur le siège de Jérusalem et demeura toute une année au-dessus de Jérusalem (Josèphe de Bdlo Judaico, I. VI). Elle était de cette espèce dont vient de parler Pline, « d’une blancheur tellement éclatante qu’on pouvait à peine la regarder ;

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