L’ASTROLOGIE EN ÉGYPTE ET EN GRÈCE
soucie fort peu de nous échauffer; pourquoi ne recevrions-nous aucune émanation des étoiles? L’astrologie, il est vrai, ne peut rendre bon ce qui est mauvais; elle ne change rien au cours des événements, mais elle rend service à ceux qui la cultivent en leur annonçant le bonheur à venir; elle leur procure une joie anticipée en même temps qu'elle les rend plus forts contre le mal. L'infortune, en effet, ne les surprendra pas; la prévision la rend plus facile et plus légère. Telle est ma façon de penser sur l’astrologie. »
Lorsque Octave vint au monde, un sénateur versé dans l’astrologie, Nigidius Figulus, prédit la glorieuse destinée du futur empereur. Livie étant enceinte de Tibère, interrogea un autre astrologue, Scribius, sur le sort réservé à son enfant; sa réponse fut, dit-on, aussi perspicace.
— Ce fut surtout auprès des femmes que les Chaldéens trouvèrent crédit, lit le .député. Le beau sexe était alors fort curieux. Voici ce qu'en disait Juvénal : « Tout ce que leur prédit un astrologue leur semble émaner du temple de Jupiter. Évite la rencontre de celle qui feuillette sans cesse des éphémérides ; qui est si forte en astrologie qu’elle ne consulte plus et que déjà elle est consultée; de celle qui sur l’inspection des astres refuse d’accompagner son époux à l’armée ou dans sa terre natale. Veut-elle seule • ment se faire porter à un mille, l’heure du départ est prise dans son livre d’astrologie. L’œil lui démange-t-il pour se l'ètre frotté, point de remède avant d’avoir parcouru son grimoire; malade au lit, elle ne prendra de nourriture qu’aux heures fixées dans son Pctosiris. Les femmes de condition médiocre, continue Juvénal, font le tour du cirque avant de consulter la destinée; après quoi elles livrent au devin leurs mains et leur visage. »
— Le satirique latin, ajouta le professeur, nous dit encore que « les plus opulentes faisaient venir à grands frais de 1 Inde et de la Phrygie des augures versés dans la connaissance des influences sidérales. »
La demeure de Poppée, l’épouse de Néron, était toujours pleine d’astrologues. Ce fut l’un des devins attachés à sa maison, Ptolémée, qui prédit à Othon 'son élévation à l’empire, lors de l’expédition d'Espagne, où il l’avait accompagné.
<il2 QUATORZIÈME SOIRÉE. — L’ASTROLOOIE.
— Rien n’est plus curieux, dit l’historien, que de revoir l’histoire de l'astrologie dans l’empire romain. J’en ai relevé les principaux faits, et les plus édifiants dans le savant ouvrage de M. Maury.
Octave, en compagnie d’Agrippa, consulta un jour l'astrologue Théagène. Le futur époux de Julie, plus crédule ou plus curieux que le neveu de César, lit tirer le premier son horoscope. Théagène lui annonça détonnantes prospérités. Octave, jaloux d’un si heureux destin, craignit que la réponse ne fût pour lui moins favorable, et au lieu de suivre l’exemple de son compagnon, il refusa d’abord de dire le jour de sa naissance. Mais, la curiosité l’emportant, il se décida à répondre. 11 n'eut pas plutôt révélé la date demandée, que l’astrologue se précipita à ses pieds et l'adora comme le futur maître de l’empire. Octave fut transporté de joie; à partir de ce moment il crut fermement à l’astrologie. Pour rappeler l’heureuse influence du signe zodiacal sous lequel il était né, il voulut que des médailles frappées sous son règne en représentassent l’image.
Les maîtres de l'empire croyaient à la divination astrologique, mais ils voulaient s’en réserver à eux seuls les avantages; ils tenaient à connaître l’avenir, mais ils entendaient que leurs sujets l’ignorassent. Néron ne permettait à personne d'étudier la philosophie, disant que cette étude paraissait une chose vaine et frivole, dont on prenait prétexte pour deviner les choses futures. Il craignait qu'on ne poussât la curiosité jusqu’à vouloir découvrir quand et comment mourrait l’empereur, indiscrètes questions auxquelles les réponses étaient des conspirations et des attentats. C’est ce que redoutaient surtout les chefs de l’État.
Tibère avait été à Rhodes, près d'un devin en renom, s’instruire des règles de l’astrologie. Il avait attaché à sa personne le célèbre astrologue Thrasylle, dont il éprouva la science fatidique par une de ces plaisanteries qui ne viennent qu’à l’esprit d’un tyran.
Quand Tibère consultait un astrologue, il se plaçait dans la partie élevée de son palais, et prenait pour unique confident un affranchi, ignorant et vigoureux, qui amenait par des sentiers difficiles et bordés de précipices celui dont Sa Majesté devait éprouver la science. Au retour, si l’astrologue était soupçonné d’indiscrétion ou de supercherie, l’affranchi le précipitait dans la mer pour ensevelir le secret.