ANCIENNES MONNAIES ASTRONOMIQUES
— Vous avez bien mérité de la patrie ! lit la marquise en lui tendant la main.
— Est-ce que vous êtes convaincue de ce roman? dit en souriant le député. Quant à moi, je ne le suis guère, et je ne me mets encore à genoux ni devant les druides, ni même aux pieds des druidesses.
— Pour ma part, je pense, dit de son côté le ministre anglais, qu'avant d’ajouter une foi absolue à l'ingénieuse interprétation qui vient de nous être développée, il serait bon de savoir si dans toute l’histoire de l’humanité il n’y a pas un seul autre peuple qui ait eu cette même idée de fabriquer des monnaies astronomiques.
— Certes ouil fit le professeur de philosophie, car enfin si les Gaulois sont seuls et uniques, on conviendra qu’une interprétation isolée a infiniment moins de valeur.
— Ne vous ai-je pas cité tout à l’heure les monnaies consulaires de la république romaine? répliqua l’historien.
— Par exemple I... la coïncidence est vraiment curieuse, s’écria le capitaine de frégate.
— Quelle coïncidence?
— Ah ! c’est vraiment incroyable, continua le capitaine sans s’occuper de notre question. Aurait-on jamais cru que vingt ans après....
— Mais de quoi s’agit-il donc? cria le professeur.
— .... Car enfin, il y a vingt ans jour pour jour.... c’est bien cela, septembre 1847, nous avons acheté ensemble, à Péking, l’histoire des anciennes monnaies chinoises, et j’ai rapporté moi-même d’anciennes pièces.
— Voyons, commandant, fit la marquise, est-ce que vous tenez à votre style apocalyptique?
— Moi? madame, mais en aucune façon. Je me faisais simplement la réflexion que les Gaulois ne sont pas le seul peuple dont les monnaies aient eu un caractère astronomique, car les anciennes monnaies chinoises sont dans le même cas.
— Il était dit, fit le député, que la Chine et la Gaule devaient se donner la main ce soir ici, car après le thé chinois voici maintenant les monnaies chinoises.
DEUXIÈME SOIRÉE
La révélation du capitaine de frégate avait produit un autre effet sur l’historien. 11 s’était approché, d’un seul trait, du voyageur et le questionnait à brûle-pourpoint.
— Vous avez bien connu, lui disait celui-ci, mon ancien compagnon de voyage, M. Marchai de Lunéville ?
— L’ancien président, celui qui a rapporté la fameuse coupe d’onyx sur laquelle la Grande-Ourse est gravée, laquelle coupe appartenait jadis au patrimoine des empereurs?
— Précisément. Eh bien, je lui dois mon exclamation de tout à l'heure. C’est lui qui m’a fait connaître les anciennes monnaies chinoises. Or j’ai trouvé sur ces monnaies, non-seulement la plupart des constellations de l’hémisphère nord, et fréquemment la Grande- Ourse dessinée avec toutes les déformations imaginables, mais encore, et c’est ce qu’il y a de plus curieux, tous Us signes du zodiaque.
— Je serai content de voir ces monnaies, s’écria l’astronome. Mais avez-vous pu exactement distinguer les ligures de ce zodiaque, et sont-ce les mômes que les nôtres ?
— Nullement. Ce sont — ne riez pas — ce sont : la Souris, le Taureau, le Tigre, le Lièvre, le Dragon, le Serpent, le Cheval, le Mouton (ou le Bélier), le Singe, le Coq, le Chien et le Porc.
— Dieu 1 quel zodiaque, fit la marquise.
— J’en ai pris une copie que je vous présenterai demain, ajouta le capitaine. Vous aurez là deux spécimens authentiques des anciennes monnaies astronomiques de la Chine. Sur l’une d’elles j’ai inscrit les signes correspondants du Japon.
— Et ces monnaies astronomiques ne sont pas les seules, reprit l'historien. J’ai vu et examiné au cabinet des médailles de la bibliothèque de Paris, ainsi que dans celui de Vienne, de très-riches collections de monnaies zodiacales.
— De sorte, lit le député, qu'il est entendu que les premiers livres d’astronomie furent de populaires pièces de monnaies. Je suis fort heureux d’avoir appris cela ce soir.
— Je pourrais, si le temps me le permettait, vous citer de plus longs exemples, continua l’historien. Le Mongol a possédé une série de monnaies zodiacales du règne du Jehanjir Shah (1014). Il fit frap-