‹ Histoire du ciel (volume 2)Chapitre 39 sur 179 · L'ASTRONOMIE, LA PLUS ANCIENNE DES SCIENCES · texte numérisé non relu

L'ASTRONOMIE, LA PLUS ANCIENNE DES SCIENCES

— La période de 600 ans? fit la marquise d’un air interrogateur.

—C’est Josèphe (Antiquités judaïques) qui nous l'a conservée, répondit le pasteur, et voici son texte : « Dieu prolongeait la vie des patriarches qui ont précédé le déluge, tant à cause de leurs vertus que pour leur donner le moyen de perfectionner les sciences de la géométrie et de l’astronomie qu’ils avaient trouvées; ce qu’ils n’auraient pu faire s’ils avaient vécu moins de 600 ans, parce que ce n’est qu’après la révolution de six siècles que s’accomplit la grande année. »

— Le premier directeur de l'Observatoire de Paris, fit remarquer l'astronome, J. D. Cassini, a discuté astronomiquement cette période. Elle est pour lui le témoignage de la haute antiquité de l’astronomie. • Cette période, dit- il, est l’une des plus belles que l’on ait inventées; car, supposant le mois lunaire de 29i 12‘ 44“ 3', on trouve que 219 146 jours et demi font 7421 mois lunaires; et ce même nombre de jours donne 600 années solaires de 365i 5b 51“ 36‘. Si cette année est celle qui était en usage avant le déluge, comme il y a beaucoup d’apparence, il faut avouer que les anciens patriarches connaissaient déjà, avec beaucoup de précision, le mouvement des astres, car ce mois lunaire s’accorde à une seconde près avec celui qui a été déterminé par les astronomes modernes. »

— Ainsi, dit la marquise, nous avons des témoignages qu’il y avait déjà des astronomes avant le déluge asiatique. Votre ambition doit être satisfaite, ajouta-t-elle en s'inclinant devant l’astronome. Votre caste peut revendiquer une noblesse autrement ancienne que nous autres, pauvres marquis des croisades. Mais voyons I ne nous entendrons-nous pas sur la détermination d’un peuple antérieur à tout autre dans l’Histoire du Ciel?

— Je croirais volontiers pour ma part, dit le capitaine de frégate, que l’astronomie a été cultivée dans la haute antiquité par des méthodes inconnues. J’ai eu l’occasion d’être frappé parfois par des rapports singuliers. Ainsi, les livres des Indiens nous apprennent qu’ils voyaient au Ciel deux étoiles diamétralement opposées, qui parcourent le zodiaque en 144 ans. Ces étoiles opposées paraissent être celles que l’on nomme l’Œil du Taureau et le Cœur du Scorpion, et montrent quelque analogie entre cette tradition et celle des Per-

ses, de quatre étoiles placées primitivement aux quatre points cardinaux. A cette révolution bizarre de 144 ans, s'en ajoute une autre non moins problématique de 180. Mais le point curieux est que 144 fois 180 ans font 25 920 ans, ce qui esta peu près la durée de la précession des équinoxes.

— Voilà une coïncidence intéressante, répondit l’astronome.

— Au surplus, les Indiens, ajouta le commandant, ont bien des droits à notre respect. C’est de l'Inde que nous vient l’ingénieuse méthode d’exprimer tous les nombres avec dix caractères, en leur donnant à la fois une valeur absolue et une valeur de position; l'extrême facilité qui en résulte pour tous les calculs, placent notre système d’arithmétique au premier rang des inventions utiles; el l’on appréciera la difficulté d'y parvenir, si l’on considère qu’il a échappé au génie d’Archimède et d’Apollonius, deux des plus grands hommes dont l'antiquité s’honore. Pour ma part donc mon opinion est que l’astronomie est très-ancienne chez les Indiens.

— Et moi, répliqua l'historien, je dirai maintenant que les Chinois me paraissent beaucoup plus anciens encore dans la culture des sciences. Un grand nombre des méthodes de l’Inde sont visiblement empruntées à la Chine. Ici, l’astronomie forme la base de la nation et du gouvernement. Les annales chinoises sont au surplus nos plus anciens témoignages d'observations astronomiques. Sous le règne d’Hoang-ti, il y a 4564 ans, Yu-chi remarqua l’étoile polaire et les constellations qui l'environnent. Le pôle de la Terre, dans sa révolution , rencontre successivement différentes étoiles. Celle qu’aujourd’hui nous nommons polaire, était alors fort loin du pôle. Ce fait de l’histoire chinoise est pleinement confirmé par l’astronomie. L'an 2850 avant J. C., il y avait précisément au pôle une étoile de seconde grandeur, très-propre à se faire remarquer : c’est celle qui est désignée dans nos catalogues sous le nom de « du Dragon. En 2697 elle n’était éloignée du pôle que de 2 degrés; on devait donc la regarder comme immobile.

Sous le règne de Chou-kang, 2169 ans avant J. C., arriva une éclipse fameuse, parce qu’elle est la plus ancienne dont les hommes aient conservé le souvenir, et qu’elle sert à prouver l'authenticité de la chronologie chinoise. Cette éclipse, qui n’avait pas été annoncée,

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