PERSPECTIVES CÉLESTES
législatif et l'obélisque : celui-ci se projette sur la Madeleine — premier signe du zodiaque. Nous marchons comme nous l'avons dit. En arrivant à l'avenue des Champs-Elysées, nous avons l'Arc de Triomphe derrière nous, puisqu'il est convenu que nous regardons toujours l'obélisque, et nous voyons celui-ci, qui a décrit un quart de cercle en sens inverse de notre mouvement, se placer maintenant devant la façade du pavillon des Tuileries (V. la fîg.)- Nous continuons toujours notre cercle, et nous arrivons bientôt entre l'obélisque et la Madeleine, c'est-à-dire à 180 degrés, ou juste à l'op-
posé du point par lequel nous avons commencé. Alors l'obélisque éclipse le milieu de la façade du Corps législatif. Continuons noire petit voyage. En arrivant du cité des Tuileries, sur la ligne menée de la grille du jardin à l'obélisque, nous voyons celui-ci se dresser au beau milieu de l'Arc de l'Étoile. Entin si nous achevons notre cercle en le continuant jusqu'à notre point de départ, nous arriverons à voir de nouveau l'obélisque s'avancer en apparence jusqu'au fronton de la Madeleine.
Eh bien ! c'est exactement là le voyage que fait la Terre en circulant en QD an autour du Soleil. Les édifices du Ciel sont les constellations, et le Soleil passe devant elles suivant les positions prises par la Terre.
— On peut même, interrompit avec finesse le député de lagauche, montrer de suite la correspondance entre nos quatre édifices et les constellations du zodiaque. Nous nous voyons forcés de convenir que la Madeleine représente dans votre description le premier signe, ou l'animal irrévérencieux qui s'appelle le Bélier; que les Tuileries se trouvent par un hasard inexplicable correspondre à YÉcrevisse; que le Corps législatif est désigné avec justice et légalité par la Balance; et que VArc de Triomphe est un monument élevé au titre du Capricorne^ chèvre sauvage originaire de certaines iles arides et dont l'ambition est de monter toujours. Eh! qu'en dites-vous?
— Si nonvere, e bene trovato! s'écria le professeur....
— Ce que c'est que le hasard! fit doucement la marquise.... Enfin! nous connaissons déjà quatre signes du zodiaque.
— La circonférence du Ciel, reprit l'astronome, sur laquelle le Soleil
paraît successivement se projeter en vertu du mouvement annuel de la Terre autour de cet astre, a été partagée en douze parties, dont chacune est traversée en un mois. On voit que ce mouvement du Soleil à travers les signes du zodiaque n'est qu'un effet de perspeclive. Ceux qui, par exception, comme mademoiselle, n'auraient pas encore vu Paris et la place de la Concorde, se formeront de notre perspective céleste une idée aussi exacte, s'ils se figurent tourner autour d'un peuplier dans une prairie. La comparaison est champêtre, mais puisqu'il s'agit d'un mouvement céleste dont peu de personnes se font une idée parfaite, j'espère qu'on me la pardonnera. Eh bien! tandis qu'une personne fera le tour de l'arbre, à quelques mètres de distance, elle verra successivement le peuplier paraître tourner aussi, mais en sens contraire , et cacher successivement les bouquets d'arbres, les buissons, les monticules, ou les fermes disséminées dans la campagne. C'est le mouvement apparent du Soleil le long du cercle zodiacal.
Le passage mensuel du Soleil dans chaque signe du zodiaque désignant la succession des mois et des saisons, fixant le calendrier et les époques importantes de l'année au point de vue de l'agriculture et des fêtes publiques, on comprend qu'il ait été remarqué et ait joué le plus grand rôle dans les origines de l'histoire de l'astronomie.