LES CHAMPS-ELYSÉES. - LE TARTARE
sente sous deux formes diverses : ainsi, d'après ïlliade^ c'est un vaste souterrain; d'après Y Odyssée, c'est une contrée éloignée et mystérieuse, placée aux extrémités de la terre, au delà de l'océan, dans le pays des Cimmériens.
La description que donne Homère de l'enfer prouve qu'a son époque les Grecs concevaient ce lieu comme une copie du monde terrestre, mais une copie qui prit^ dès l'origine des civilisations, un caractère spécial. Selon les philosophes, l'enfer était également éloigné de tous les lieux de la terre. Cicéron, pour marquer qu'il importe peu de mourir en un lieu plutôt qu'en un autre, dit : < En quelque lieu que l'on meure, on a autant de chemin à faire pour aller en enfer. >
Les poètes fixèrent des lieux comme étant l'entrée du sombre empire, tels que le fleuve Léthé du côté des Scythes ; en Ëpire la caverne Achérusia; la Bouche de Pluton, près de Laodicée; la caverne du Ténare auprès de Lacédémone.
— Parmi les nombreuses cartes dont la description a iait le sujet principal de cette causerie, dit l'historien, je remarque dans la mappemonde du Polychronicon de Ranulphus Uygden, du Musée britannique, l'indication singulière que voici : « L'île de Sicile fut autrefois une partie de l'Italie. Là est le mont Etna, contenant l'enfer et le purgatoire; et elle a Scylla et Gharybde, deux gouffres. »
— Ulysse , pour descendre aux enfers, alla par l'océan aux pays Cimmériens, reprit le professeur. Énée y pénétra par l'antre du lac Aveme. Xénophon dit qu'Hercule y arriva par la péninsule Aréchusiade. A Hermione, il y avait un chemin fort court pour s'y rendre, et c'est pour cela que les habitants du pays ne mettaient pas dans la bouche du mort la pièce du passage pour Garon.
— Les récits des voyageurs, dit le capitaine, ont dû fort influencer sur les descriptions de ces régions mystérieuses. Ainsi, les Phéniciens qui, passant les colonnes d'Hercule, allaient chercher l'étain de Thulé et l'ambre de la Baltique, racontaient qu'à l'extrémité du monde étaient des lies Fortunées, séjour d'un printemps éternel, et plus loin des régions hyperboréennes où régnait une étemelle nuit. Sur ces récits mal compris et sans doute confusément faits, l'imagination du peuple composa les Champs-Elysées, lieux de délices,
placés dans un monde infériear, ayant leur ciel, leur soleil, leurs astres; et le Tartare, lieux de ténèbres et de désolation.
~~ D'autre part, dit Tastronome, ces fictions ont pu naître aussi, en Egypte, de diverses interprétations astronomiques, telles que celles du passage du Soleil sous l'horizon, des signes du Zodiaque, de la Voie lactée, du renouvellement des saisons, etc.
Et du reste, il n'est pas nécessaire de chercher aussi loin l'explication de Garon et de la barque, du Styx et du passage, puisque les Égyptiens avaient coutume d'envoyer leurs morts dans une ile, sous la conduite d'un pilote.
— Quoi qu'il en soit, reprit le professeur, je voulais simplement rappeler que les païens comme les chrétiens placèrent l'Enfer au sein du globe terrestre ; et que les poètes, même les philosophes grecs et romains, tracèrent une carte très-détaillée des régions souterraines, carte circonstanciée. En énumérant les fleuves, ils indiquent la situation des lacs, des bois, des montagnes où les Furies fouettent éternellement les méchants condamnés aux supplices sans fin. On trouve dans leurs poèmes l'histoire de quelques célèbres damnés et les particularités de leurs souffrances : Sisyphe roule éternellement son rocher ; Tantale ne peut se désaltérer au milieu du fleuve où il est plongé ; Ixion n'a pas un instant de repos sur sa roue ; les Danaîdes ne peuvent parvenir à remplir leurs tonneaux.
Et pourtant, d'après les mêmes poètes et philosophes, ceux qui enduraient ces tourments n'avaient pas de corps, ils n'étaient que des ombres impalpables, mais animées. Le Dante partage sur ce
point l'idée déjà exprimée par Vii^ile, et Scarron, comme on sait, s'en amuse sous Louis XIV :
Là, je visPombre d'un coche Qui de l'ombre d'une brosse FroUait Tombre d'un carrosse....
J'ajouterai encore qu'au surplus le mot d'Enfer signifie simplement lieux inférieurs. On pourrait même tracer les rapports qui relient les croyances chrétiennes aux antérieures en se souvenant de Josèphe. D'après cet historien (De Bellojudaico, livre II, chap. xu). les Essénims (secte dont Jésus faisait partie) pensaient que « les