LE CIEL DU DANTE
Les purs esprits composent les neuf chœurs de la hiérarchie céleste. Comme autant de cercles concentriques, ils sont rangés autour du Point immobile, de l'Être un, dans un ordre que détermine leur perfection relative : les séraphins d'abord, puis les chérubins, et les autres jusqu'aux simples anges. Ceux du premier cercle reçoivent immédiatement, du Point immobile, et la lumière et la vertu qu'ils communiquent à ceux du second; et ainsi de cercle en cercle, comme des miroirs se renvoient Tun à l'autre les rayons affaiblis par chaque réflexion, d'un point lumineux. Les neuf chœurs, emportés par l'Amour^ tournent sans cesse autour de leur centre en des cercles de plus en plus larges , à mesure qu'ils s'en éloignent davantage , et c'est par eux que le mouvement et l'influx divin sont transmis à la création matérielle.
Celle-ci a au-dessus d'elle TEmpyrée, le ciel de lapure lumière. Audessous est le Premier mobile, le plus grand corps du ciel, comme l'appelle Dante, parce qu'il enveloppe tous les autres cercles et termine le monde matériel. Puis vient le ciel des étoiles fixes , puis en continuant de descendre : les cieux de Saturne, de Jupiter, de Mars, du Soleil, de Vénus, de Mercure, de la Lune, et enfin, au point le plus bas, la Terre, dont le noyau compacte et solide est entouré des sphères de l'eau, de l'air et du feu.
Comme les chœurs angéliques tournent autour du Point iounobile, les neuf cercles matériels tournent autour d'un point fixe, mus par des purs esprits.
Descendons maintenant dans la géographie intérieure de la Terre.
Au dedans de la Terre s'ouvre un vaste cône dont les afireuses spirales, demeures des réprouvés, viennent aboutir au centre où la divine Justice retient, enfoncé jusqu'à la poitrine dans la glace, le chef des anges rebelles, V Empereur du Royaume douloureux. Tel est Tenfer que Dante décrit suivant une donnée généralement admise au moyen âge.
La forme de l'enfer ressemble assez à celle d'un entonnou* ou d'un cône renversé. Tous les cercles en sont concentriques et vont touours en diminuant; ils sont au nombre de neuf principaux. Virgile aussi admet neuf divisions : trois fois trois, nombre sacré par excellence. Le septième, le huitième et le neuvième cercle se subdivisent
3(i0 XM SOIRÉE. — LE MONDE DES PREMIERS CHRÉTIENS.
en plusieurs régions, et l'espace qui se trouve depuis la porte de l'enfer jusqu'au fleuve Achéron, endroit où commence réellement le séjour des damnés, se partage en deux parties. Dante, guidé par Virgile, traverse tous ces cercles.
C'est en 1300 que le poète, « au milieu du chemin de la vie, > âgé de trente-cinq ans, parcourut en esprit les trois royaumes des morts. Perdu dans une forêt obscure, sauvage et âpre, il arrive au pied d'une colline qu'il s'efforce de gravir. Mais trois animaux, une panthère, un lion, une louve maigre et affamée, lui ferment le passage; et déjà il redescendait /à où le Soleil se tait, dans les ténèbres du fond de la vallée, lorsqu'à lui se présente une ombre. Cette forme humaine, de qui un long silence avait éteint la voix, c'est Virgile, qu'envoie pour le secourir et pour le guider une dame céleste, Béatrix, objet de son amour, à la fois être réel et idéalité mystique
Virgile et Dante arrivent à la porte de l'enfer ; ils lisent l'inscription terrible placée sur cette porte ; ils entrent et trouvent d'abord les âmes malheureuses qui vécurent sans vertus et sans vices. Us parviennent aux bords de l'Achéron et voient Caron qui, dans sa barque, passe les âmes à l'autre rive ; le Dante est surpris par un profond sommeil. Il se réveille au delà du fleuve, et il descend dans les Limbes qui sont le premier cercle de l'enfer; il y trouve les âmes de ceux qui sont morts sans avoir reçu le baptême et celles des indifférents.
On descend ensuite dans le second cercle, où trône Hinos, juge des enfers ; c'est là que sont punis les luxurieux. Le poète y rencontre Françoise de Rimini et Paul, son ami. 11 recouvre l'usage complet de ses sens, et parcourt le troisième cercle où sont punis les gourmands. Dans le quatrième, il trouve Plutus, qui en est le gardien; c'est là que sont tourmentés les prodigues et les avares. Dans le cinquième sont punis ceux qui se sont livrés à la colère. Le Dante et Virgile voient venir une barque conduite par Phlégîas ; ils y montent, traversent un fleuve, et arrivent ainsi au pied des murailles en fer rouge brûlant de la ville infernale de Dite; les démons qui en gardent les portes leur en refusent l'entrée, mais un ange fait ouvrir, et les deux voyageurs aperçoivent les hérétiques qui sont renf )rraés dans des tombes entourées de flammes.
L'ENPER. 3M
Les voyageurs iofemaux visitent ensnite tes cercles de la violence, de la fraude et de l'usure, où ils rencontrent une rivière de sang gardée par une troupe de centaures; tout à coup ils voient
venir à eux Géryon qui figure la Fraude; et cette bêle les prend en croupe pour les porter i travers l'espace infernal.
Le huitième cercle se subdivise en dix vallées, comprenant : les flatteurs; les simoniat|ues; les astrologues ; les sorciers ; les faux juges; les hypocrites, qui marchent revêtus de lourdes chappes de
plomb; les voleurs, éternellement piqués par des serpents venimeux; les hérésiarques; les charlatans et les faussaires.
Enfm les poètes descendent dans le neuvième cercle, partagé en quatre enceintes, où sont punies quatre sortes de traîtrises; ici on trouve l'admirable épisode du comte Ugolin. Dans la dernière enceinte, dite Enceinte de Judas , Lucifer est enchaîné. C'est là le centre de la Terre, au delà duquel le Dante, entendant le bruit d'un petit ruisseau, remonte dans l'autre hémisphère, à la surface duquel se trouve, ceinte par l'Océan austral, la montagne du Purgatoire.
— Voilà donc le fameux enfer du moyen âge ! Gt le député. Il y a eu, si je ne me trompe, plusieurs voyages extatiques en cette mystérieuse région.
— Entre autres celui de sainte Thérèse, répliqua le pasteur.
On en a donné non-seulement la géographie, mais encore l'étendue.
Ce n'était pas difficile du moment où on le supposait contenu dans l'intérieur de la Terre. Il ne pouvait excéder trois mille lieues de large au maximum.
Dexelius a calculé que le nombre des damnés sera décent millions, et que l'enfer ne mesure qu'un mille germanique en carré de chaque côté.
Et Cyrano de Bergerac disait même en forme burlesque que c'étaient les damnés qui faisaient tourner la Terre, en s'accrochant à leur plafond comme des écureuils et en voulant s'enfuir.
— Voici, fit le comte, un livre que j'ai remarqué ces jours derniers, imprimé à Amsterdam en 1757. Il est du pasteur anglais Swinden, docteur en théologie, et a pour titre : Recherche sur la nature du feu de l'enfer et du lieu où il est situ>é.
— Je connais ce Traité, répliqua le pasteur. Il place l'Enfer dans le Soleil. Selon lui, les chrétiens des premiers siècles ne l'avaient placé sous la Terre que par une fausse interprétation de la descente de Jésus aux enfers le soir du crucifiement et par une fausse idée cosmographique. Il essaye de démontrer : 1« que le globe terrestre est trop petit même pour contenir tous les anges qui sont tombés du ciel à la bataille des anges ; 2* que le feu de l'enfer est réel, et que le globe fermé ne pourrait pas l'alimenter longtemps; 3« que le So-
k LÉOBNDK d'OWEN. — UNE 1>ESCIMTE AU PURGATOIBB.