‹ Histoire du cielChapitre 136 sur 151 · LE TEMPS ET L'ÉTERNITÉ · texte numérisé non relu

LE TEMPS ET L'ÉTERNITÉ

Du reste, voyez au microscope , sur une feuille, dans une goutte d'eau, tels êtres infiniment petits ne vivant là que cinq minutes. Du rant cette période ils ont le temps de naître et de grandir. Enfants, ils deviennent adolescents, arrivent à Tàge des passions, se marient, ont une famille parfois très - nombreuse , qu'ils élèvent et lancent dans le monde. Puis, après Tâge mûr, ils arrivent à la vieillesse, et Unissent par mourir. Tout cela en cinq minutes ! Leurs impressions, si rapides et si fugaces, sont aussi profondes pour eux que vos plus grandes méditations politiques Tont été pour vous, mon cher député.

Tout n*est que relatif. En Valeur absolue, une vie complète de cent ans n'est pas plus longue qu'une vie complète de cinq minutes. Il en est de même de l'espace. La terre a 3000 lieues de diamètre, et nous avons de 5 à 6 pieds de taille. Or si, par un procédé quelconque, la terre se rapetissait jusqu'à devenir aussi petite qu*une bille, et si les divers éléments du monde subissaient une diminution corrélative, nos montagnes seraient alors comme nos grains de cendre actuels ; cet océan ne serait qu'une goutte, et nous, nous serions plus petits que les animalcules microscopiques dont je parlais tout à rheure. Cependant il v!y aurait rien de changé pour nous! Nous aurions toujours nos 5 ou 6 pieds, le mètre serait toujours la dix millionième partie du quart du méridien terrestre, et la France n'aurait pas perdu un pouce de son territoire.

Eh bien 1 une valeur que l'on peut ainsi renfler et rapetisser à volonté sans changer sa nature n'est pas une valeur mathématique. Donc, en réalit*^, le temps ni l'espace n'existent pas.

Prenons un autre exemple plus direct. La révolution de la terre autour du soleil nous crée nos années. La rotation autour de l'axe nous crée nos jours. Voilà la base de notre calendrier. Or, au lieu de rester sur le globe , supposons - nous placés dans l'espace pur, n'importe où, dans l'espace absolu. Quel temps est-il là? — Nul temps. Nous pouvons rester là dix ans, vingt ans, cent ans, mille ans, nous n'arriverons jamais à l'année prochaine.

— Ainsi, dit Thistorien, le temps, selon vous, est créé par le double mouvement de la terre. Sans ces mouvements, il n'existerait pas. £t dans l'espace absolu il n'y a pas de temps?

— Cette vérité me paraît tout à fait évidente, répondit l'astronome.-

Notre planète nous fabrique notre temps, à nous, simultanément ; Jupiter fabrique à ses habitants des années de douze ans et des jours de moins de dix heures; Saturne, des années de trente ans et des jours de dix heures un quart; Neptune des années de cent soixantecinq ans; Mercure des années de quatre-vingt-huit jours. Sur d'autres systèmes r il y a plusieurs soleils ensemble, de sorte qu'il est difficile de deviner quelle espèce de temps ils doivent avoir. Toute cette infinie diversité de mesures se fait au sein de Féternité, seule réelle. L'histoire entière de la terre et de ses générations passe actuellement à travers Téternité. Mais avant l'existence de la terre et de notre système solaire, il y avait un autre temps, mesuré par d'autres mouvements et pour d'autresêtres. Quand la terre n'existera plus, ily aura peut-être dans la région de l'espace où nous sommes actuellement, un autre temps pour d'autres êtres. Mais ce ne sont pas là des réalités, des fragments deTéternité. Non. Cent millions de milliards de siècles ou une seconde,c'est de la même longueur réelle dans l'éternité. Au milieu de l'espace, nous n*en pourrions pas faire la différence.

— Nous devions parler du calendrier ce soir, dit la marquise. Mais comment parler d'une chose qui n'existe pas ?

— Chaque planète a son espèce de temps particulière , répliqua l'astronome, et le temps de la terre n'est pas celui des autres mondes ni celui de l'univers, puisqu'en fait l'univers n'a pas de temps. Voilà la distinction qu'il importait d'établir. Maintenant, nous pouvons nous occuper de l'espèce de temps que notre planète nous fabrique pour notre usage personnel ici -bas.

Elle tourne autour du soleil. Un tour entier forme une période qui peut nous servir de mesure relative pour nos affaires terrestres. On l'appelle annêe^ c'est-à-dire l'anneau, le cercle.

Un second mouvement, plus court, fait tourner la terre sur ellemême, de sorte que dans ce mouvement , chaque méridien avance vers le soleil, passe directement sous ses rayons, s'en va, approche de l'ombre qui marque Topposite du soleil, traverse cette ombre, et revient de nouveau vers le soleil. Cette période, nous l'appelons le jour, du mot giorno^ que les Italiens ont pris du latin diurnurn^ dies, lequel vient lui-même du sanscrit dyaus, que nous avons vu dans notre troisième soirée^

Page 1