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LE CALENDRIER MODERNE

Jusqu'à ces derniers temps, chez les Italiens, on comptait tout d'un trait, vingt-quatre heures entre deux couchers du soleil.

On a cru justifier, dit Arago, cette méthode si défectueuse de régler les montres en disant que, dans un instant quelconque, elle apprenait aux voyageurs de quel nombre d'heures et de minutes de jour ils pouvaient disposer avant que la nuit les atteignit. Le soleil devant toujours se coucher à 24 heures d'une montre italique, si cette montre marque 21 heures, 20 heures, 19 heures, etc., c'est qu'il y a encore 3 heures, 4 heures, 5 heures, etc. de jour proprement dit à courir. Mais de quel poids peut être un pareil avantage, quand on songe à l'inconvénient d'être obligé de toucher sans cesse le temps [toccare il tempo)^ comme on dit de l'autre côté des Alpes? quand on réfléchit que les horloges italiques se concilient difficilement avec une vie méthodique; car les heures des repas, des travaux, du repos, les heures où commencent et finissent les fonctions publiques ne sauraient être fixes dans un pareil système, et changent notablement, suivant les saisons.

Les Babyloniens, les Syriens, les Perses, les Grecs modernes, les habitants des iles Baléares, etc., ont pris pour commencement du jour le lever du soleil. Cependant, parmi les phénomènes astronomiques, il n'en est pas dont Tobservation soit sujette à plus d'incertitude, à plus d'erreurs que celle du lever ou du coucher des astres.

Chez les anciens Arabes, suivis en cela par l'auteur de VAlmagesle, par Ptolémée, le jour commençait à midi. Les astronomes modernes ont adopté cet usage. Le moment de changer de date se trouve alors marqué sans équivoque par un phénomène facile à observer. Les astronomes modernes, ainsi que Ptolémée, comptent 24 heures consécutives entre deux midis.

Enfin, comme pour prouver que toutes les variétés possibles se rencontrent dans les choix abandonnés au libre arbitre des hommes, les Égyptiens, et parmi eux Hipparque, les anciens Romains, les Français, les Anglais, les Espagnols, ont invariablement fixé à minuit le commencement du jour civil. Copernic, parmi les astronomes modernes, suivait cet usage. Remarquons que le commencement du jour astronomique, quand il est réglé sur le midi, est postérieur de 12 heures au commencement du jour civil.

— Sait-on d'où viennent les jours de la semaine el quelle est l'ori^rine de lears noms ? demanda le naviiTateur.

— Parmi les divers aiUears qui ont discuté Torigioe de la semaine, répondit l'astronome, les uns ont prétendu qu'une période de sept jours fut en usage chez tous les peuples de l'antiquité. D'autres ont soutenu que les Juifs seuls employèrent la semaine dans ces temps reculés.

La haute antiquité que l'on attribuait à la science indienne venait en aide à l'opinion fort répandue parmi les savants du dix-huitième siècle, que la semaine serait une institution commune à tous les peuples du monde et dont l'origine se perdrait dans la nuit des temps. ISailly, s'appuyant sur le rapport d'Hérodote i livre II), déclare que l'ordre général et si ancien des jours de la semaine est la preuve la plus singulière de son astronomie antédiluvienne. Laplace lui-mémei acceptant de confiance ces conjectures, en étendait encore les conséquences ; et, dans V Exposition du système du mande^ il présente la semaine, dans sa relation avec les sept planètes, comme le monummt jicut-ètre le plus ancien et le plus incontestable des connaissances humaines.

L'emploi de la semaine, coaune période chrondlogique, a été, sans aucun doute, très-anciennement établi chez les Hébreux, puisqu'on la trouve mentionnée dans les premières pages de la Bible. Mais, contrairement aux assertions de Bailly, l'archéologie et l'érudition moderne n'en ont découvert aucune trace chez les autres peuples anciens de TOrient et de l'Occident dont les documents originaux ont pu être étudiés.

Les Égyptiens des temps pharaoniques divisaient leurs mois en périodes de dix jours; les Chinois pareillement. La supposition contraire n'a été qu'une induction trop éloignée, que Ton tirait des idées superstitieuses qui se sont attachées là, comme presque partout, au nombre vu. Elles n'entraînent nullement l'usage chronologique d'une période hebdomadaire.

On sait aussi que la semaine n'était pas employée dans les anciens calendriers des Romains, où elle ne s'est introduite que par l'intermédiaire des traditions bibliques, et où elle est devenue d'un usage légal sous les premiers empereurs chrétiens. De là elle s'est propagée avec le calendrier julien chez les populations assujetties à la

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puissance romaine. Nous trouvons la période des sept jours employée dans des traités astronomiques hindous, mais postérieurs au cinquième siècle. Cette période ne leur appartient donc pas. Max MûUer a montré qu'elle ne se trouve dans aucun des écrits de la littérature ancienne ou védique de l'Inde. Là on partage le mois en deux moitiés : la moitié claire, de la nouvelle à la pleine lune, et la moitié obscure^ de la pleine lune à la nouvelle.*

Dion Gassius, au troisième siècle, présente la semaine comme universellement répandue de son temps, et toutefois d'une invention assez récente, qu'il attribue aux Égyptiens ; par quoi il veut sans doute désigner les astrologues de Técole d'Alexandrie, alors trèsoccupés à répandre les spéculations abstraites de Platon et de Pythagore. Car, pour les Égyptienst véritables, nous connaissons aujourd'hui parfaitement les noms ainsi que les attributs qu'ils donnaient aux planètes, et Ton ne trouve rien qui les rallie à la succession des jours, dont chacun avait sa divinité particulière attachée au rang qu'il occupait dans le mois. On pourrait, à la vérité, faire remonter l'invention jusqu'aux Chaldéens. On rencontre dans TlbuUe (livre I, élégie 3""] l'indication du samedi comme jour néfaste, étant le jour de Saturne.

Il est incontestable que les noms français de la semaine dérivent des noms des sept planètes. Dans la semaine anglaise, le dimanche est encore désigné sous le nom du Soleil [Sunday), le second jour porte le nom de la Lune (Monday). Dans la désignation des quatre jours qui suivent, les noms des divinités septentrionales ont pris la place de ceux des divinités grecques; quant au septième jour, samedi {Saturday)^ jour de Saturne, on est revenu à la mythologie des peuples méridionaux. Les autres langues modernes nous feront faire tout à l'heure les mêmes remarques.

Ces dénominations peuvent tirer leur origine d'une pratique mythologique : celle de consacrer dans un certain ordre les diverses planètes aux vingt-quatre heures de la journée, et d'appeler chaque jour du nom de la planète qui présidait à la première heure.

Nous avons vu que, dans Tancien système, les planètes, à partir de la circonférence du c'el, se succédaient dans l'ordre suivant jusqu'à

Terre centrale:

Saturne. — Jupiter. — Mars. — SoleiL — Vénus. — Mercure. — Lune.

Si nous supposons les vingt-quatre heures du jour consacrées chacune à une planète, et que, par exemple, la première heure de samedi soit consacrée à Saturne, la deuxième le sera à Jupiter, la troisième à Mars, etc., la l\uitième de nouveau à Saturne, ainsi que la quinzième et la vingt-deuxième. La vingt-troisième sera consacrée à Jupiter, la vingt-quatrième à Mars et la vingt-cinquième au Soleil: c'est la première du jour suivant, qui s'appellera jour du Soleil.

Partons maintenant du jour du Soleil, et nous trouverons que la 8% la 15« et la 22» heure lui reviennent. La 23* sera à Vénus, la 24* à Mercure, et la 2b®, ou la première heure du jour suivant, à la Lune.

En faisant la même opération sur toutes les autres planètes, on arriverait déûnitivement à l'ordre actuel des jours de la semaine :

Samedi, Dimanche, Lundi, Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi.

Dion Cassius déclare que les dénominations données aux jours de la semaine avaient pour but d'exgrimer, sous une forme philosophique, les rapports occultes des parties du temps avec Tordre des astres qui en règlent la succession; et encore de rattacher, dans une même conception mathématique, les harmonies des mouvements célestes aux intervalles harmoniques des sons musicaux, deux grands sujets des spéculations imaginaires auxquelles se livraient les néopythagoriciens d'Alexandrie. Ce double mystère nous reporte à une seconde origine des noms de la semaine, à Torigine astrologique, qui se révèle par l'inspection de la figure ci-joirite, empruntée à Scaliger {de Emendatione temporum).

Divisons le contour d'une circonférence en sept arcs égaux, représentant les parties de l'heptacorde. Aux points de division, plaçons les signes du soleil, de la lune et des planètes dans leur ordre apparent. Puis, joignons ces points de quatre en quatre, par une suite continue de cordes qui les sépareronf par des intervalles de quarte. Alors, attribuant le premier jour à la lune, sui-

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