ANCIENNETÉ DE L'ASTRONOMIE
ques de TÉgypte, que nous devons chercher l'époque mystérieuse où rêva le vieil Atlas dit l'historien. Les fables et les contradictions, que présente d'abord l'ancienne chronologie égyptienne, nous voilent ces origines que Bailly a cherché à ressusciter.
La difficulté de remonter à ces origines, continua-t-il, provient surtout de la diversité des révolutions , par lesquelles les hommes, les mêmes peuples, ont, é différentes époques, mesuré le temps : employant tantôt la révolution apparente du Soleil en 24 heures, tantôt celle de la Lune en un mois, tantôt la durée de la saison ou l'intervalle d'un solstice à l'autre, et donnant, à ces différentes révolutions, le même nom d'année, parce que ce mot signifiait primitivement révolution *. Les historiens, ou mal instruits ou peu soigneux de nous instruire, adoptant différentes manières de compter sans les spéciûer, ont jeté la confusion dans la chronologie ; et les modernes ont accusé tous les anciens peuples de vanité et de mensonge.
Par des computations et des comparaisons faites précisément sur différentes sortes d'années, Bailly est arrivé à découvrir que les chronologies de tous les anciens peuples peuvent être accordées, et place l'origine de l'astronomie pratique « 1500 ans avant le déluge, de sorte qu'elle aurait aujourd'imi plus de 7000 ans d'existence. »
— Cette conclusion m'est d'autant plus suspecte, répliqua l'astronome, qu'elle est due à l'esprit systématique de l'auteur, qui tenait avant tout à établir l'existence de son peuple des Atlantes, et qui était fort heureux de trouver un prétexte à le rendre nécessaire à l'explication de l'origine commune apparente des sciences.
L'astronomie est plus ancienne que ces dates, dirai-je en renchérissant sur les conclusions de notre savant compatriote. Avant les observations assidues, il faut des connaissances astronomiques établies et cultivées. Il est nécessaire d'avoir réfléchi sur le spectacle du Ciel, longtemps suivi les phénomènes du mouvement diurne^ distingué les planètes et reconnu le mouvement qui leur est propre. Quoique ces remarques semblent se suivre assez naturellement dans
1. Annus signifie si évidemment cycle, révolution, cercle, f\\x^Annulut^ son diminutif, veut dire petit cercle. Ces deux mots ont le môme rapport entre eux que Circus et Circulus.
Tordre des idées, la nature des progrès de l'esprit humain sépare ces remarques par de longs intervalles. Les laboureurs, les bei^ers d'aujourd'hui sont eux-mêmes supérieurs aux premiers hommes ; que de temps ne faudrait-il pas pour qu*il se formât parmi eux un astronome qui tentât des observations, et des astronomes qui se succédassent? Mais combien n'a-tril pas fallu de siècles pour soupçonner seulement que le Soleil se mouvait d'occident en orient? Quand ce mouvement a été découvert, combien de siècles pour le mesurer? Que de difficultés, quand on pense que ces premiers hommes n'étaient aidés d'aucun instrument; que ces peuples étaient nomades, les familles isolées, qu'il y avait peu de commerce pour les besoins, et par conséquent pour les idées; que les dépôts, les registres étaient des pierres ^ livres assez durables sans doute, mais qu'on n'emporte pas sous son bras dans les courses d'une vie errante!
La profonde obscurité qui voile d'un brouillard impénétrable les origines de l'humanité sur la Terre, continua l'astronome sur un ton quelque peu mélancolique, nous interdit sans doute la décou verte de l'explication absolue des premiers systèmes astronomiques, des figures imaginées dans le Ciel, des commencements de la science. Vivant aujourd'hui d'une tout autre vie, nous ne saurions juger paf les mêmes raisons et sentir par les mêmes impressions. Savons-nous quelle était cette humanité primitive, essayant pour la première fois sur ce globe les forces de la pensée et les velléités de l'imagination?... Habitant la lisière des vastes forêts, dressant leurs tentes sur les rives des larges fleuves, subissant directement les influences de la nature, ignorant d'ailleurs et la forme de la Terre et l'état du Ciel, ils ne pouvaient que transporter à l'univers extérieur les impressions natives de leur âme, incorpwer en des mots Vexpression de leur pensée^ personnifier l'orage, le vent, la pluie, les météores, les astres, et, s'enveloppant à leur insu d'une vie qui répondit à la leur, commencer l'histoire de l'astronomie par la représentation extérieure de leurs propres impressions. '
C'est là, en effet, le premier système du monde^ si l'on peut décorer de ce titre la première œuvre de l'imagination naissante. Nous le trouvons dans le plus ancien livre que la vieille antiquité nous ait lègue, dons le Rig-Véda, dont les premiers hymnes remontent
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à un âge devant lequel s'évanouit la petite histoire de notre civilisation hébraîco-chrétienne et gréco romaine. Le Rig-Védal antique épopée de la vieille humanité, écrit dans la langue aryenne, sur les bords de l'Ozus, d'où descendirent les Gaulois nos ancêtres.
Sjst'me primitif àii monde, cliez les Arjas, tes Gr^cs e
L'Iiumanité enfant a fait ce que nous faisions nous-mêmes étant enfants : elle s'est représenté le Ciel comme une voûte posée sur une plaine indéfinie.
Nos grands-oncles les Aryas de l'Inde et nos grands-pères les
Aryas de TEurope ont trtCc^ dans leur « Livre des Hymnes > la pre mière esquisse de la nature extérieure contemplée par l'homme. Ils vivaient avec celte nature dans une intimité dont nos mœurs modernes nous ont entièrement éloignés^ et que nous ne savons plus comprendre. Quelle simplicité ! quelle enfantine naïveté dans la première traduction de leur pensée observatrice 1 Sous quel aspect Tunivers extérieur nous apparaît-il tout d'abord? La Terre, surface plane indéfinie, être passif formant la base du monde; le Ciel, voûte lumineuse et variable sous laquelle la lumière rayonne et féconde. Aussi, voyez; ils appellent P'RTHOVI « la vaste étendue^^ la surface de la Terre; ils nomment VARUNA « la voûte, » le Ciel étoile ou azuré; ils j3lacent, sous cette voûte, la région des nuages» où trône la lumière DYAUS, c'est-à-dire Vair lumineux.
Rien au monde n'est si simple que ce système primitif, ajouta l'astronome; le voici tout entier en trois traits, fit-il en traçant sur un cahier une ligne horizontale représentant la Terre plane indéfinie, et une voûte figurant le Ciel.
C'est là, continua-t-il, la première idée que tous les peuples, se sont l
formée de tunivers. Chez les Grecs, nous voyons le nom du Ciel exprimant la même supposition d'une voûte : c'est xoiXo;, creux, concave. La Terre est rn» c'est-à-dire la mère, la génératrice. Chez les Latins, le nom du Ciel, Cœlum, a la même signification que chez les (Jrecs. La Terre, Terra, vient du participe passé Tersa (l'élément sec), par opposition -à mare, l'élément humide. Ainsi se révèlent dans les significations des mots l'idée, Vimpression qui les a formés.
— Ah I dit l'historien, je reconnais là le grand système étymologique de mon ami Chavée. Mais je n'y crois pas fort. Vous serez peut-être bien étonnée, madame la marquise, si Ton vous assure que l'origine du nom de Jupiter et du nom de Dieu est déjà dans cette figure élémentaire.
— Comment cela? fit la marquise.
— Mais, en efTet, répliqua l'astronome, ne voyez -vous pas : Que de : Dyaus (l'air lumineux) on a fait : Zsuç, c'est-à-dire : Zeus, et ensuite : Dios,.., — ©loç.... — Deus.... — Dieu et, en ajoutant Père : Dios-pater, — Zcm-paler, — Jupiter,