‹ Histoire du cielChapitre 33 sur 151 · ÉTYMOLOGIES. — CIEL. — TERRE. — SOLEIL. — LUNE · texte numérisé non relu

ÉTYMOLOGIES. — CIEL. — TERRE. — SOLEIL. — LUNE

der. De Surya, Sauil (gothique) est frère en étymologie. Descendent également de là le lithuanien Saule, et le kymrique Haul, et le grec Helios, et le latin Sol, et le français Soleil.

A l'opposé, la nuit signifia la destructive : Nakt, d'où sont venus nux, nacht, night, etc.

— Et la Lune? demanda la marquise.

— Elle tire son étymologie, répondit l'astronome, du verbe sanscrit 6Uu, qui veut dire briller. Glucina est le participe de Gluc; sont venus ensuite Lucina — Lucna — Luna — Lune. Séléné vient de Swel ^ qui n'est que le féminin de Soleil.

Dans la poésie védique, le Soleil devient l'œil de Yarouna personnifié. Les étoiles sont les sbires clairvoyants du même dieu, qui inspecte éternellement les actions des hommes.

Ces premiers penseurs ne se demandèrent pas d'abord comment ce monde se tenait suspendu dans l'espace. La Terre était censée plonger dans l'infini des fondations inébranlables ; le Ciel était une voûte posée sur elle.

Plus tard les philosophes, se croyant plus avancés, assurèrent que la terre était finie , limitée de toutes parts, et qu'elle était soutenue sur douze colonnes.

— Mais les colonnes?

— Les prêtres qui se formèrent en caste'enseignèrent que ces colonnes de la Terre étaient soutenues à leur tour sur.... sur les sacri-

fices. Le peuple devait donc offrir des sacrifices, des bœufs et des moutons, sans quoi toute la mécanique de l'univers se serait efibndrée !

Un second système du monde apparut à côté de cette cosmogonie primitive, qui la modifiait et la complétait. Accumulés en masses plus ou moins épaisses, les nuages furent considérés comme les ramifications touffues d'un arbre immense. Cet arbre du monde, tantôt figuier, tantôt frêne, on le retrouve depuis le Rig-Véda jusqu'au Zend Avesta, jusqu'aux chants Scandinaves, jusqu'à la mythologie grecque, où le frêne (Mélia) est pris pour une nymphe. Les dieux habitent dans les branches de cet arbre gigantesque. C'est là que perchent les deux oiseaux divins : Agni (d'où Ignis), dieu du feu, et Indra (d'où Udôr), dieu des eaux.

Une autre image de la même époque,, et qui peint bien les idées

de la vie pastorale, c'est celle qui représente les nuages comme des troupeaux, qui tantôt se précipitent tous ensemble vers Thorizon, tantôt se suivent lentement, et sont appelés moutons, vaches, chevaux. Dans les jours d'orage et de tempête, la nuée noire est caractérisée sous le nom détesté d'une louve dévorante accourant pour ravager le troupeau que le soleil fait paître dans les vastes plaines des cieux; le pasteur se fait loup lui-même pour séduire la terrible louve ; c'est alors que nait Téclair ou Agni lui-même. Issu du mariage du soleil et de la nuée, cet éclair produisit jadis le premier homme.

— Je vois que nos pères n'avaient pas l'imagination stérile, dit la marquise. Mais dans tout cela, un détail me préoccupe particulièrement : c'est de savoir si cette cosmogonie a été faite avant ou après le déluge....

— Toujours des dates? s'écria le comte.

— Quel déluge? dit en souriant le député.

— Le déluge de Moïse.

— Oh ! madame, reprit l'astronome, vous savez que le déluge de Moïse n'est pas bien ancien, puisque la Bible le place moins de quatre mille ans avant l'ère chrétienne. La géologie en constate un grand nombre incomparablement plus antiques. Paris a été quatre fois recouvert par les eaux depuis que les ptérodactyles venaient y pécher des étoiles de mer.... Flamanville touchait jadis les iles anglo-françaises, et l'évêque de Coulances allait en litière à Jersey, il y a tout au plus mille ans. La mer anglaise mange chaque jour un peu nos rivages, et le temps viendra où nous serons de nouveau dans l'Océan. Mais ces mouvements généraux ne s'accomplissent qu'avec une grande lenteur. Nous ne savons pas apprécier la durée desàges. Un siècle n'est rien. Quatre mille ans, c'est foit peu important, même dans l'histoire de l'humanité. Les systèmes cosmogoniques dont nous venons de parler doivent, si Ton en croit nos linguistes contemporains, avoir été construits entre Fan 19337 et Fan 13900 avant notre ère.

— Alors c'était bien avant le déluge asiatique, répliqua la marquise.

— Et avant la gande émigration de la Bactriane, fit l'astronome.

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