‹ Histoire du cielChapitre 50 sur 151 · ANTIQUITÉ DU ZODIAQUE. U · texte numérisé non relu

ANTIQUITÉ DU ZODIAQUE. U

Or, il y a 5000 ans, les étoiles étant moins avancées de 60*, Aidé- . baran était précisément dans Téquinoxe du printemps. Antarès ou le Cœur du Scorpion se trouvait aussi précisément dans Téquinoxe d'automne: voilà le gardien de l'ouest. Régulus n'était qu'à 10* du solstice d'été et Fomalhaut à 6"* du solstice d'hiver. Ces quatre étoiles de la première grandeur, toutes très-brillantes et très-remarquables, forment une division du Ciel en quatre parties presque égales, qui a trop de rapport avec celle des Perses pour n'y pas reconnaître une identité parfaite, et pour ne pas déterminer à 5000 ans la date de cette division du Zodiaque au moins en quatre parties. En outre, comme il est'question dans le même ouvrage de la division du Zodiaque en 12 et en 28 parties, il y a tout lieu de croire qu'elles sont de la même antiquité. Remarquons que les Chinois ont aussi quatre anges, ou esprits, qui président aux quatre quarts de l'année, c'est-à-dire aux quatre quarts du Zodiaque. Taschter est si bien l'étoile Aldébaran, qu'il est chez les Perses le génie qui préside à la pluie. Nous avons vu que chez les Grecs Aldébaran ou les Hyades étaient des astres pluvieux. Les Perses le représentent avec un corps de taureau et des cornes d'or, comme a fait Virgile.

— Messieurs ! s'écria la marquise, je demande à faire une observation. Voilà plusieurs fois que vous parlez du déplacement des étoiles de siècle en siècle en vertu de la précession des équinoxes.

Mais vous ne nous avez pas expliqué en quoi consiste ce mouvement?

— Dans notre première soirée, répondit l'astronome, nous avons vu que la Terre tourne sur elle-même et autour du Soleil. A ce mouvement diurne et à ce mouvement annuel, nous devons ajouter une espèce de seconde rotation du globe sur lui-même, rétrograde et excessivement lente, qui ne demande pas moins de 25 870 ans pour s'accomplir. Outre ses mouvements apparents diurne et annuel, le ciel offre donc une translation séculaire d'ouest en est. En un an ce déplacement n'a pour ainsi dire que l'épaisseur d'un cheveu ; en 72 ans il mesure un degré, c'est-à-dire la 360* partie de la circonférence entière. En 6000 ans le ciel entier a tourné d'un quart environ, en 12 935 ans de la moitié, et en 25 870 ans les étoiles se retrouvent au point qu'elles occupaient 25 870 ans auparavant. Nous avons

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VU d'ailleurs, dès notre première soirée, que le Soleil décrit en un an les signes du Zodia(|ue. Au bout d'un an juste il n'arrive pas absolument au point où il était un an auparavant, et l'équinoxe du printemps, par exemple, ne coïncide pas avec la même étoile. Le retour du Soleil à la même étoile (année sidérale) surpasse le retour au même équinoxe (année tropique). Chaque année il y a 50 secondes d'arc de moins pour celle-ci. La rétrogradation d'un signe entier du Zodiaque, ou 30^ exige 2156 ans.

Nous avons vu dans notre première soirée (voyez p. Ik) que le 21 mars le Soleil se projette actuellement sur la constellation des Poissons. Il est curieux de voir de siècle en siècle l'équinoxe marcher le long des signes. Voici une figure qui montre comment le

Déplacement séculaire de Téquinoxe de printemps et révolution entière

du ciel étoile en 25 870 ans.

printemps arrive successivement dans chaque constellation pendant la grande révolution de 25 870 ans.

Dans le même temps le pôle se déplace parmi les étoiles; l'étoile

PRÉGESSION DES ÉQUINOXES. 145

polaire est remplacée de siècle en siècle. Dans 12 000 ans nous aurons Yéga qui frise maintenant l'horizon. Nous avons déjà vu que X du Dragon était l'étoile polaire 1326 ans avant notre ère, et a 2850 ans. Voici du reste la marche séculaire du pôle. C'est le pendant de la rétrogradation du Zodiaque.

iy À,

DéplacemeDt séculaire du pôle, étoiles qui ont été et deviendront polaires

pendant le cours de 25 870 ans.

Ce déplacement séculaire des étoiles en vertu de celte lente rotation du globe (causée par lattraction du Soleil sur le renflement équatorial de la Terre) présente l'un des éléments fondamentaux de YHistoire du Ciel.

— Nous pouvons maintenant entamer la .question de l'anliquilé du Zodiaque. Le mQuvement du ciel lui-même nous fournira nos dates. Quel fut le premier signe du Zodiaque! ou en d'autres ter-

mes, à quelle époque a-t-il été adopté? Du temps d'Hipparque, Téquinoxe du printemps commençait au !•' degré du Bélier, et en-

core aujourd'hui l'Annuaire du bureau des longitudes, la Connaissance des temps, et tous les almanachs d'Europe annoncent que le Soleil entre le 21 mars dans le Bélier, tandis que la première étoile du Bélier, l'étoile p, est à 1 h. 47 m. de la ligne de l'équinoxe, ou origine des ascensions droites, de sorte que le Soleil n'y arrive plus que le 18 avril. L'équinoxe rétrograde d'un signe en 2156 ans ou de 50" par an. Hipparque vivait 128 ans avant J. C, c'est-à-dire il y a 1995 ans : mettons 2000. L'équinoxe était donc de son temps de 27* 47' plus à l'est, c'est-à-dire précisément vers p du Bélier. 2100 ans auparavant, il passait par les Pléiades.

Continuons cette rétrogradation curieuse. 2000 ans encore avant cette dernière date, c'est-à-dire il y a environ 6000 ans, l'équinoxe du printemps passait aux dernières étoiles du Taureau, non loin de la Voie lactée et au-dessus d'Orion. Or, je crois pouvoir afflrmer que le Zodiaque existait déjà à cette époque, et que le Taureau fut considéré à cette époque (de l'an —4000 à Tan —2000), par un grand nombre de peuples, comme la première constellation du Zodiaque.

— J'ai comme vous sur ce point des témoignages historiques fort respectables, dit l'historien.

— Et moi, répliqua le pasteur, si vous le permettez, je vous offrirai l'un des plus extraordinaires sans contredit.

— Lequel ? fit vivement l'astronome.

— La Cabale, ou science secrète primitive des Hébreux.

— Ohl fit le capitaine, n'allez-vous pas trahir le serment?

— Je ne l'ai point prêté, répondit le pasteur.

— Et au surplus, répliqua le député de l'opposition, on a déjà vu certains serments augustement trahis.

— Mais comment connaissez-vous la Cabale si vous n'avez pas prêté le serment? reprit l'astronome.

— En m'initiant moi-même. Eh bien ! dans la Cabale, notre génération adamique a commencé au si^ne di> Taureau, auquel correspond (en face) le Scorpion — en hébreu : pique-talon — instrument de perdition.

— Comment établissez-vous cette correspondance? dit avec gravité l'historien, pendant que les rangs se resserraient pour écouter plus attentivement.

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— Par l'ordre môme des signes du Zodiaque, répondit le pasteur. Ainsi, en nous reportant au cercle des signes du Zodiaque tracé tout à Theure par notre astronome, nous voyons que le Taureau occupé par le Soleil il y a 6000 ans, a en face de lui, à Topposé, le Scorpion. Cette première ligne est le symbolisme d'Adam dans le paradis: Le mot Taureau veut dire à la fois I, ou Aleph, et Dieu. Étymologiquement, c'est l'ère primitive de Dieu, qui a été détruite par le tentateur.

La doctrine secrète des anciens Hébreux place toujours le Taureau au commencement. Je vois par exemple sur leur Zodiaque, d'abord l'œil du Taureau (Aldébaran) dirigé vers Jéhovah. L'addition de ces deux mots : 7]^^^'i y\^ (de Jéhovah le Taureau) donne le nombre 532, grand nombre astronomique. Vous savez que les lettres de l'alphabet hébraïque ont une valeur numérique, dont l'interprétation cache souvent le vrai sens des phrases.

Après le Taureau on voit dans le même Zodiaque la porte à deux battants ]( qui signiûe les Gémeaux, et ainsi de suite.

Hais suivons la marche séculaire du Zodiaque en vertu de la précession des équinoxes.

• D'après la même science antique, au Taureau a succédé le Bélier, agneau pascal^ auquel correspond, en face, la Balance, établissement de la justice.

Depuis le commencement de notre ère, nous sommes dans l'âge des Poissons : or le mot Poisson en grec est IXBTS, dont vous connaissez les significations initiales : I7)<touç Xpi<rtoç Bsou Tio< 2oi>tY)p, Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur, auquel correspond la Vierge.

— Oh! ceci est bien remarquable^ s'écria la femme du capitaine.

— Mais, dit la marquise, à propos de Poissons, je vous dirai que le petit plateau de vermeil sur lequel sont portées les burettes à ma chapelle porte en relief deux poissons rattachés par un ruban.

~ Les Poissons du Zodiaque! répondit l'historien, qui sont aussi ceux du symbolisme théologique et sont sculptés sur les anciennes pierres des catacombes.

— Yoili des âges passés qui nous intéressent, dit le député, mais pour les âges à venir?

— Nous sorlîroDs des Poissons l'an 2000, reprit le pasteur, pour entrer dans le Verseau, auquel correspond le Lion (de la tribu de Juda); c'est un &ge de force calme et de perfection.

— Et après î

-*- Après, nous entrerons dans le Capricorne, mauvais signe entre tousl auquel correspond le Cancer plus terrible encore. Hélas! d'après la Cabale, ce serait la fin de notre monde, de notre humanité, notre race ne pouvant traverser de pareils signes.

— Dans combien de temps? demanda l'une des jeunes filles.

— Pas avant deux mille cinq cents ans....

— Oh ! fit-elle, nous avons encore le temps de respirer.

— Tout cela n'empêche pas, ajouta l'historien, que cette correspondance cabalistique ne soit vraiment fort curieuse et bien extraordinaire puisque très- certainement le Ciel ne se mêle pas des affaires de la Terre, et que l'orbite apparente du Soleil dans les signes du Zodiaque comme les rétrogradations des points équinoxiaux est le résultat tout à fait fortuit des mouvements de la Terre.

— Nous ne savons pas, répliqua le pasteur, si des lois suprêmes ne relient pas les événements du monde spirituel aux mouvements du monde matériel I

^- Quant à moi, ajouta l'astronome, ce que je conclus simplement de cet exposé du système astrologique de la Cabale, c'est qu'elle s'accorde avec mes recherches astronomiques pour placer le signe du Taureau sur la première ligne.

— J'y adjoindrai un nouveau témoignage, issu de la Perse, dit l'historien.

La première division du Zodiaque, exécutée lorsque Téquinoxe répondait au dernier degré du Taureau ou au premier des Gémeaux, me paraît hors de doute, ainsi que l'époque qui en résulte. Les Persans désignent successivement les signes du Zodiaque par les lettres de l'alphabet. La première, c'est-à-dire la lettre A, désigne le signe du Taureau, la lettre B, le signe des Gémeaux, etc.

Le Taureau était donc alors le premier des signes. On trouve encore quelque chose d'analogue à la Chine. Le P. Gaubil a constaté que les Chinois ont, dès l'antiquité, rapporté le commencement du mouvement apparent du Soleil aux èioilcs du Taureau.

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Les Chinois divisaient le Zodiaque ou, pour mieux dire, Téqua* teur en 28 sections ayant chacune une étoile à leur tête.

La division qui contient l'équinoxe du printemps en 2357 avant notre ère, c'est-à-dire il y a 4224 ans, est Tétoile ti des Pléiades, de troisième grandeur, qui a maintenant 54 degrés d'ascension droite.

— fies Chinois m'intéressent, continua l'historien. Quel peuple, ancien! C'est vers le trentième siècle avant notre ère qu'une colonie d'étrangers venant du nord-est arriva en Chine, alors sans histoire et peuplée d'indigènes chasseurs. Jusqu'au vingt-deuxième siècle, où un calendrier luni-solaire était déjà officiellement établi, la Chine resta une sorte de république. A cette époque le président Yao organisa les rites astronomiques qui durent encore. Ensuite régna la famille des Hia, et l'agriculture fut organisée dans tout l'empire comme devant contituer sa force virtuelle. Cinq siècles après, cette famille fut détrônée par celle des Chang^ à laquelle succéda, au douzième avant notre ère, celle des Tcheou, dont le chef était l'empereur Wou-wang^ qui éleva le fameux observatoire de « la Tour des Esprits. » A cette époque, c'est-à-dire 1100 ans avant notre ère, on observa que le solstice d'hiver arrivait près de € Verseau, ce qui correspond pour l'équinoxe du printemps à l'étoile e du Bélier.

— Si, d'une part, on a observé en Chine l'équinoxe aux Pléiades il y a 4224 ans, reprit l'astronome, nous avons aussi chez les Grecs et les Latins des vestiges qui prouvent que le lever des Pléiades le. matin, avant le lever du soleil, annonçait le retour du printemps. D'abord leur nom latin vergiliœ , qui certainement fait allusion au printemps. D'ailleurs Censorin nous apprend qu'il y avait des peuples qui commençaient leur année au lever des Pléiades, comme les Égyptiens au lever de la Canicule.

— On trouve aussi cette tradition dans le livre de Job, dit le pasteur. Goguet établit avec vraisemblance que dans ce livre le mot Rimah signifie les Pléiades. Dieu dit à Job : < Pourrez-vous lier les délices ou les voluptés de Rimah, et ouvrir les liens de Refil? Étes-vous capable de faire paraître les Mazaroths chacun dans leur temps? » Refil est le Scorpion, Rimah est une constellation opposée : Rimah annonçait le renouvellement de la nature, et Refil son engourdissement. La racine du mot Mazaroth signifie ceindrey environner. Aucune

dénomination, dit Goguet, ne convient mieux aux signes du Zodiaque. C'est même le nom par lequel on a désigné originairement ce cercle de la sphère. Ce passage prouve donc que les Pléiades et les signes du Zodiaque étaient connus du temps de Job ; il signifie : < Pourrez-vous, lorsque Rimah parait, lier, arrêter la fécondité de la .Terre, empêcher qu'elle ne produise alors des fleurs et des fruits? • Du temps de Job, Rimah ou les Pléiades annonçaient donc le retour du printemps, il fallait par conséquent qu'elles précédassent Téquinoxe de qu.elques degrés.

— Dans l'ancienne langue des Perses, répliqua le professeur, les Pléiades étaient appelées Perviz, qui signifie poisson. La forme longue de cette constellation peut avoir en efiet quelque ressemblance avec la figure d'un poisson. Or, les Indiens dans leur Zodiaque trèsancien n'ont qu'un poisson au lieu des deux que nous y plaçons ; ne pourrait-on pas croire que les Pléiades répondaient à ce signe lorsqu'il reçut son nom?

— Je crois, mes chers amis, répondit l'astronome, que dès i présent nous pouvons conclure que les signes du Zodiaque étaient établis dans le temps où les Pléiades annonçaient le retour du printemps, ce qui leur donne une antiquité de 5000 ans.

— Mais je ne vous ai pas tout dit sur les Juifs, reprit le pasteur. Leur vieille science nous témoigne aussi bien qu'aucune autre de la

. théologie astronomique primitive.

Le livre des Rois^ dans la Bible, met l'adoration des douze signes sur la même ligne que celle du Soleil et de la Lune.

C'était, en effet, une croyance reçue dans tout l'Orient, que la doctrine des Sabéens et des Mages (à laquelle le zodiaque se rattache évidemment) remontait aux premiers patriarches.

Ou nous nous abusons beaucoup, dit Creuzer, ou il ne sera pas très-difficile de démontrer que la plupart des théogonies et leur intime connexion avec le calendrier religieux supposent sinon le zodiaque, tel que nous le connaissons, du moins quelque chose de très-analogue, et qu'il préexistait en quelque sorte au sein de toutes les mythologies, sous des formes diverses, lorsqu'un concours de circonstances vint le coordonner dans cet ensemble astronomique plus complet et plus déterminé que nous possédons.

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