‹ Histoire du cielChapitre 52 sur 151 · ANTIQUITÉ DU ZODIAQUE · texte numérisé non relu

ANTIQUITÉ DU ZODIAQUE

sorte qu'il répondait primitivement au premier degré des Gémeaux ou du moins était placé dans les dernières étoiles remarquables du Taureau, telles que celles qui sont aux extrémités des cornes. » Cette supposition est appuyée par un vers de Yirgile qui semble le dire expressément :

Candidus auratis aperit cum cornibus annum Taurus.

L'équinoxe n'a pu répondre au dernier degré du Taureau que vers 4500 ans avant Jésus-Christ, c'est-à-dire il y a 6370 ans environ.

— Mais c'est remonter bien haut ! interrompit la marquise.

— Je suis au contraire bien modeste, répondit l'astronome, et je serais presque autorisé à l'être moins. Laplace n'hésite pas, lui, à donner au zodiaque une antiquité près de quatre fois plus grande. < Les noms des constellations du zodiaque ne leur ont point été donnés au hasard, dit- il, ils ont exprimé des rapports qui ont été l'objet d'un grand nombre de recherches et de systèmes. Quelques-uns de ces noms paraissent être relatifs au mouvement du Soleil : 1'^crevisse^ par exemple, et le Capricorne indiquent la rétrogradation de cet astre aux solstices; et la Balance désigne l'égalité des jours et des nuits à l'équinoxe : les autres noms semblent se rapporter à l'agriculture et au climat du peuple chez lequel le zodiaque a pris naissance. Le Capricorne parait mieux placé au point le plus élevé de la course du Soleil qu'à son point le plus bas. Dans cettjje position, qui remonte à quinze mille ans, la Balance était à l'équinoxe du printemps; et les constellations du zodiaque avaient des rapports frappants avec le climat de TJÎgypte et son agriculture. »

Dupuis, dans son mémoire sur l'origine des constellations, a rassemblé un grand nombre de motifs très-plausibles de croire que jadis la Balance était à l'équinoxe du printemps, et le Bélier à celui d'automne; c'est-à-dire, que depuis l'origine du système astronomique actuel la précession des équinoxes aurait interverti de sept signes l'ordre primitif du zodiaque. Il en résulterait que le premier degré de la Balance devrait être fixé à l'équinoxe du printemps il y a environ 15000 ans. L'équinoxe du printemps coïncida avec le premier degré du Bélier, 2300 ans avant Jésus-Christ, et avec le dernier du Taureau, 4500 ans avant Jésus ^Christ. Or, il est remarquable

que le culte du Taureau joue le rôle principal dans la théologie des Ëgyptiens, des Perses, des Japonais, etc. ; ce qui indique à cette époque un mouvement commun chez ces divers peuples.

— Pourquoi n'admettez-vous pas ces 15 000 ans? fit le député.

— Je suis bien loin de les nier, répondit l'astronome, mais ils ne me semblent pas suffisamment démontrés, puisqu'on peut parfaitement supposer que les mois n'ont pas correspondu au passage du Soleil par les signes, mais bien plutôt au passage de ces signes même au méridien, à minuit; ce qui réduit immédiatement les dates de moitié.

— Mais, à propos, ne nous parlez-vous point du fameux zodiaque de Dendérah ? reprit le député.

— Votre interruption n'est pas précisément indiscrète, répliqua l'historien ; mais à vrai dire, si nous voulions entamer la question si controversée de son antiquité, nous n'en sortirions pas ce soir.

— Eh bien! ajouta le capitaine, j'aime assez les indiscrétions de notre Breton. M. l'astronome ne nous refusera ps^s de dire ce qu'il pense de ce zodiaque.

— D'autant plus, fit la marquise, que cette carte jaunie que vous voyez là attachée au plafond est précisément une reproduction du plafond de Dendérah, transporté d'Ëgjrpte à Paris.

— On peut résumer en quelques mots toutes les études faites sur ce zodiaque, répondit l'astronome. Examinez cette figure assez compliquée. Au-dessus du centre, nous remarquons d'abord le Lian^ les pdttes sur une espèce de barque formée par une Hydre. Au-dessous du Lion, voilà la vache Isis portant Sirius sur le front. Maintenant, en prenant le Lion pour premier signe, et en allant vers la gauche, nous voyons derrière lui la Vierge tenant un large épi, puis la Balance, le Scorpion, etc., et, en contournant le centre, nous revenons au Lion par le Taureau, les Gémeaux et le Cancer, situé au-dessus de la tête du Lion. Comme le commencement du zodiaque égyptien est placé au lever héliaque de Sirius, il faut voir à quelle époque le solstice d'été était entre le Cancer et le Lion. C'est à peu près huit siècles avant notre ère. D'après les discussions exposées par Francœur dans son Uranographie, c'est la date la plus probable de la sculpture du plafond du temple de Dendérah.

LE ZODIAQUE DE DKNDÉRAH. 15b

— Mais n'a-t-on pas objecté que ce temple a pu être construit sous la domination romaine, par la raison qu'on y a trouvé sculpté le mot autocrator^ qui ne peut se rapporter qu'à Néron, et mâme les surnoms d'Auguste, Tibère, Claude et Domitien?

— Objection réfutée d'avance, répondit l'astronome. N'arrive-t-il pas tous les jours qu'on inscrit des noms nouveaux sur de vieux édifices?^ Voyez le Louvre de Napoléon III. Le coq ne s'est-il pas métamoi^hosé eDaigle?N'avez-vouspasvu lesAbeillessucer lesLis?...

Le lod'.aque de Dendêrih.

Et puis, Strabon parle de ce monument ; et d'autre part, l'écriture hiéroglyphique n'était plus en usage du temps des Romains, qui d'ailleurs se seraient vantés d'avoir édiûé un pareil temple.

Esné, dans la haute li)gypte, antérieure à Dendérah, avait aussi son zodiaque, qui date de trente siècles avant notre ère.

Un tableau astronomique découvert par Champollion dans le Rhamesseum de Thèbes, remonte à 3285 ans avant notre ère (Biot). L'é-

qoîDOf e de printemps pasaxt aiors dans les Hrades, sur le front du Taareao. et i'^IipÛTue se tnmrût peTfHndknlaîre à llionzoB de Thébes ao moment où l'tqainoTe du printemps se roochaiL

Le même tabl^n a été tronré dans le t03:b*?an de 3lenephta I" et dans le temple d'Hermonthis.

— Noos revenons ainsi à la coriense question posée tout à rbeare. dit Thistorien. à celle de Tantiquilé da zo-diaqne.

— Oui, reprit l'astronome. £h bien ! nul ne peut douter maintenant que le Taureau n'ait été le premier sizne. Je fourrais encore ajouter d'autres t«:moigna^es. Jomard a montré que le plafond d'une chambre sépulcrale de Tli^. l»es indique le Taureau en t^te et date d'un culte de 3000 ans avant notre ère. Le zodiaqne de la pagode dTlephanta Salsette^ a plus de 5000 ans; il date du Taureau et du culte de Mithra. Les signes de ce zodiaqne conmiencent au Taureau et sont : Carttca Taureau , Margasircha Gémeaux , et ainsi de suite : Paucha, Magha, Phalgouna. Tchaitra, Vissack, Djyaîchta. Acliara, Sravana, Bhadra et Asouina.

Les signes par lesquels nous représentons encore aujourd'hui les figures du zodiaque sont des hiéroglyphes qui ont été traduits par les Grecs sous les noms qne nous connaissons.

Le symbole de la constellation des Gémeaux tf paraît n'être que l'imitation de la figure des huit étoiles des genoux et des pieds, réunies par deux lignes parallèles et par deux autres lignes perpendiculaires aux deux premières. Cet hiéroglyphe a pu être traduit en grec par le nom de Gémeaux. Or , Plutarque nous apprend qu'à Sparte on honorait les Gémeaux sous cette même figure. < Les Spartiates, dit-il, appelaient Dokana^ c'est-à-dire Poutres^ les anciens simulacres des Dioscures : c'étaient deux pièces de bois parallèles, jointes par deux autres mises en travers. > Au Japon et à la Chine, la constellation )( Tsing^ une des vingt-huit, qui a le sens de poutres m croix^ répond à ces huit étoiles et dessine exactement tT notre signe vulgaire. Enfin, on voit ces huit mêmes étoiles :::: audessus des Gémeaux, dans les zodiaques rapportés d'Egypte, mais elles n'y sont jointes par aucune ligne.

Les symboles qui désignent le Bélier, le Taureau, la Balance, le Sagittaire, le Verseau et les Poissons, ont une telle analogie avec les

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