DATE DU ZODIAQUE
par un rapport de ressemblance ce qui se passe alors dans la nature, on est raisonnablement porté à croire que les autres signes du Zodiaque ont reçu des noms également propres à caractériser, de mois en mois, ce qui arrive sur la terre dans les divers déplacements du soleil le long de Tannée. C'est du moins là le mode d'explication qui compte les plus nombreux et les plus anciens partisans.
— Pluche affirme, dit le pasteur, que le Zodiaque a été formé par les fils de Noé avant de se séparer pour peupler le monde.
— C'est une bonne manière de se tirer d'embarras, fit le député. Mais pourquoi ne pas dire, aussi bien, que c'est un aérolithe tombé de la Lune qui nous l'aurait apporté ?
— Ou Jéhovah sur le mont Sinaï, par la même occasion que les tables de la loi ! fit le capitaine.
* — Je termine mon exposition, reprit l'astronome.
Volney partage en partie l'opinion de Macrobe dans l'une des belles pages de ses Ruines. Lorsque le peuple agricole eut porté un regard observateur sur les astres, écrit-il, il sentit le besoin d'en distinguer les individus ou les groupes, et de les dénommer chacun proprement, afin de s'entendre dans leur désignation : or, une grande difficulté se présenta pour cet objet; car d'un côté les corps célestes, semblables en forme, n'offraient aucun caractère spécial pour être dénommés ; de l'autre , le langage nouveau et pauvre n'avait point d'expressions pour . tant d'idées neuves et métaphysiques. Le mobile ordinaire du génie, le besoin, sut tout surmonter. Ayant remarqué que dans la révolution annuelle, le renouvellement et l'apparition périodique des productions terrestres étaient constamment associés au lever ou au coucher de certaines étoiles, et à leur position relativement au Soleil, terme fondamental de toute comparaison, l'esprit, par un mécanisme naturel, lia dans sa pensée les objets terrestres et célestes, qui étaient liés dans le fait; et leur appliquant un même signe, il donna aux étoiles ou aux groupes qu'il en formait, les noms mêmes des objets terrestres qui leur répondaient.
Ainsi l'Éthiopien de Thèbes appela astres de l'inondation ou du verseeau, ceux sous lesquels le fleuve commençait son débordement; astres du Bœuf ou du Taureau, ceux sous lesquels il conve-
nait d'appliquer la charrue à la terre; astres du Lion, ceux où cet animaly chassé des déserts par la soif, se montrait sur les bords du fleuve ; astres de l'Épi ou de la Vierge moissonneuse, ceux où se recueillait la moisson; astre de TAgneau, astres des Chevreaux, ceux où naissaient ces animaux précieux : et ce premier moyen résolut une première partie des difficultés.
Ce langage, compris de tout le monde, subsista d'abord sans inconvénient; mais, par le laps des temps, lorsque le calendrier eut été réglé, le peuple qui n'eut plus besoin de l'observation du Ciel, perdit de vue le motif de ces expressions ; et leur allégorie, restée dans l'usage de la vie, y devint un écueil fatal à l'entendement et à la raison. Habitué à joindre aux symboles les idées de leurs modèles, l'esprit finit par les confondre. Alors ces mêmes animaux, que la pensée avait transportés aux cieux, en redescendirent sur la terre; mais, dans ce retour, vêtus des livrées des astres, ils s'en arrogèrent les attributs, et ils en imposèrent à leurs propres auteurs. Alors le peuple croyant voir près de lui ses dieux, leur adressa plus facilement sa prière ; il demanda au bélier de son troupeau les influences qu'il attendait du Bélier céleste; il pria le Scorpion de ne point répandre son venin sur la nature; il révéra le Crabe de la mer, le Scarabée du limon, le Poisson du fleuve; et, par une série d'analogies vicieuses, mais enchaînées, il se perdit dans un labyrinthe d'absurdités conséquentes.
Concluons de cette longue discussion que le Zodiaque et les constellations antiques, tant australes que boréales, sont, d'après tout ce que nous avons dit jusqu'ici, les monuments les plus anciens de la vieille science primitive de nos pères. Autant que nous pouvons en juger actuellement, le tracé de la sphère céleste fut commencé par les étoiles les plus brillantes et les groupes d'étoiles les plus remarquables, sans distinction de position. Sirius, Orion, Aldébaran, les Pléiades sont aussi anciens que la Grande-Ourse et Arcturus. Pour désigner ces astres, il fallut leur donner des noms. Le plus naturel est de penser que ces noms furent en correspondance, soit avec la forme de ces astérismes, soit avec l'époque de leur lever sur les saisons. Bientôt on reconnut que le sentier céleste suivi par l'astre solitaire des nuits est toujours le même. Ce fut le premier