‹ Histoire du cielChapitre 59 sur 151 · LES GIBUX SOLIDES DES ANCIENS · texte numérisé non relu

LES GIBUX SOLIDES DES ANCIENS

tes, il importe de continuer notre étude rétrospective au point de vue de la charpente de cet univers.

Commençons par Fancien et curieux système qui représente la voûte céleste comme matérielle et solide, et esquissons Thistoire de ce système depuis l'antiquité.

La théorie des Cieux solides avait rççu les suffrages des plus anciens philosophes, continua l'astronome. Dans son commentaire de l'ouvrage d'Aristote sur le Ciel, Simplicius nous révèle la répugnance des anciens observateurs à admettre qu'un astre pût rester suspendu dans l'espace; qu'il pût se mouvoir librement de lui-même. Il lui fallait un support, et on imagina les prétendus cieux solides. Cette conception, toute singulière qu'elle doive paraître aujourd'hui, a formé pendant un grand nombre de siècles la base des théories astronomiques. Quels sont les philosophes qui l'ont adoptée? nous demanderons-nous ici avec Arago. L'un des plus anciens paraît être Anaximène (au sixième siècle avant notre ère), qui prétendait déjà que < le Ciel extérieur est solide, cristallin, » et que les étoiles sont « attachées à sa surface sphérique comme des clous. > Plutarque ne dit pas sur quelles conjectures se fondait Anaximène ; mais Anaximandre dont ce philosophe était le disciple, n'ayant pas cru pouvoir imprimer de mouvement aux astres sans les placer sur des appuis solides, il est présumable que les mêmes considérations donnèrent naissance à l'hypothèse d' Anaximène.

Divers auteurs prétendent que Pythagore (car Pythagore n'a rien écrit) considérait aussi le firmament comme une voûte sphérique el solide à laquelle les étoiles étaient attachées. Avaient-ils emprunté cette idée aux Perses? On pourrait le supposer, car chez ce peuple les plus anciens astronomes croyaient, dit le Zend-Âvesta, à des cieux solides emboîtés.

Pythagore vivait au sixième siècle avant notre ère. Eudoxe, qui vivait au cinquième, admettait également la solidité des cieux. Aratus, le reproducteur en vers des opinions de l'astronome de Cnide, le déclare sans aucune équivoque ; seulement il ne nous apprend rien concernant les observations qui, dans l'opinion d'Ëudoxe, rendaient cette supposition nécessaire.

Aristote (quatrième siècle) a été pendant longtemps considéré

comme l'inventeur du système des deux solides, mais il lui donna seulement Tappui de sa haute et entière adhésion. La sphère des étoiles était pour lui le huitième ciel. Les cieux solides moins élevés, dont il admettait également l'existence, servaient à expliquer, tant bien que mal, les mouvements propres du Soleil, de la Lune et des planètes.

Le philosophe de Stagire enseignait que le mouvement de son huitième ciel solide le plus élevé était uniforme ; que jamais aucune perturbation ne le troublait. « Dans l'intérieur du monde, dit-il, il y a un centre stable et immobile que le sort a donné à la terre.... Au dehors du monde il y a une surface qui le termine de toutes parts et en tout sens. La région la plus élevée du monde est appelée le Ciel.... Elle est remplie de corps divins que les hommes connaissent sous le nom d'astres ; et elle se meut d'un mouvement éternel, emportant dans la même révolution ces corps immortels qui suivent tous la même marche en cadence, sans interruption et sans fin. >

Euclide le géomètre considérait lui-même les étoiles comme enchassées dans une sphère solide ayant l'œil de l'observateur à son centre. Ici la conception était présentée comme la déduction d'observations exactes et fondamentales. La révolution se fait tout d'une pièce ; elle n'altère à aucune époque de la journée ni la forme ni les dimensions des constellations. Ces opinions remontent à environ 275 ans avant notre ère.

Cicéron, à une époque comprise entre l'an 106 et Tan 43 avant notre ère, se déclarait le partisan de la solidité des cieux. Suivant lui, l'éther étant trop peu dense pour imprimer le mouvement aux étoiles, il fallait qu'elles fussent placées sur une sphère particulière et indépendante de l'éther.

Du temps de Sénèque, l'existence des cieux solides avait dû soulever déjà des difficultés, car le philosophe n'en fait mention que sous la forme de question et avec l'expression du doute. Voici ses propres paroles : « Le Ciel est-il solide et d'une substance ferme et compacte? » {Qicestions naturelles^ livre II.)

Au cinquième siècle, Simplicius, commentateur d'Aristote, parlait aussi de la sphère des fixes. Cette sphère ne s'offrait pas seulement

lui comme un artifice propre à caractériser avec précision les phé-

Page 1