LES GIEUX SOLIDES DE CRISTAL
D'après lui, les zones extrêmes du Ciel ont en partage un froid éternel. Ces extremitates cœliy où saint Augustin a imaginé plus tard une région d'eau glacée voisine de Saturne, la planète la plus élevée et par conséquent la plus froide, étaient considérées comme faisant partie de l'atmosphère ; car c'est seulement en dehors de ces limites extrêmes que se trouvait Téther igné. Par une singularité dont on ne se rend pas compte, cet éther igné n'aurait pas empêché le froid de régner éternellement dans la région voisine.
— Que le ciel soit la continuation de l'atmosphère, répliqua la marquise, cela nous paraissait évident avant qife nous ayons appris que la Terre est un astre du ciel, et que le ciel n'est que l'espace. II semble, en effet, qu'en montant toujours, on finirait par atteindre le soleil où les étoiles.
— A un ballon qui monterait et continuerait de voyager en ligne droite vers le Soleil avec la vitesse d'un train express, répondit l'astronome, il faudrait 289 ans pour atteindre le soleil et 226 000 fois plus pour atteindre l'étoile la plus rapprochée de nous I ! 1 Mais les anciens, comme les enfants et comme le vulgaire, ne se doutaient pas de cette immensité.
Ce sont les Pères de l'Église qui ont transmis au moyen âge l'idée d'une voûte de cristal. Ils l'avaient prise au pied de la lettre, et, renchérissant encore sur l'idée primitive, ils imaginaient un ciel de verre formé de huit à dix couches superposées à peu près comme les peaux d'un oignon. Cette conception singulière se serait même perpétuée dans certains cloîtres de l'Europe méridionale, car un vénérable prince de l'Église disait en 181 5 à Humboldt au sujet du fameux aérolithe de l'Aigle : que cette prétendue pierre météorique, recouverte d'une croûte vitrifiée, devait être un simple fragment du ciel de cristal.
Les planètes étaient, comme nous le verrons un de ces soirs plus en détail, enchâssées dans des sphères solides et transparentes, s' enveloppant les unes les autres sans se toucher. Les esprits supérieurs, tels que Platon, Pythagore, Eudoxe, Aristote et Apollonius de Perge, ont-ils cru à la réalité de ces sphères emboîtées l'une dans l'autre et conduisant les planètes? ou cette conception n'était-elle pas plutôt pour eux une combinaison fictive, servant à simplifier les calculs
IT% SEPTIÈME SOIRÉE. - NATURE Du CIEL.
et à guider Tesprit à travers les (Lfliciles détails du problème des
planètes? c*est un point que Humboldt lui-méaie n'ose décider. Ce qu il constate seulement, c'est que. au milieu du seizième siècle, lorsque fut accueillie la théorie des 77 sphères homocentriqnes, proposée par le savant polygraphe Girolamo Fracastor, et quand plus tard les adversaires de Copernic mirent tout en œuvre pour défendre le système de Ptolémée, la croyance à l'eiistence des sphères, des cercles et des épicides solides, que les Pères de TËglise avaient particulièrement favorisée, était encore fort répandue. Tycbo- Brahé se vante expressément d avoir le.premier, par ses considérations sur les orbites des comètes, démontré l'impossibilité des sphères solides, et d avoir renversé cet échafaudage ingénieux. Il remplissait d'air les espaces du Ciel, et pensait que ce milieu, ébranlé par le mouvement des corps célestes, opposait une résistance d'où naissaient des sons harmonieux.
J'ajouterai, maintenant que les philosophes grecs, dont on connaît le peu de penchant pour l'observation, mais qui furent si ardents et si féconds en systèmes, lorsqu'il s'agissait d'expliquer les phénomènes qu'ils n'avaient fait qu'entrevoir, nous ont laissé, sur les étoiles filantes et les aérolithes, des aperçus très-voisins des idées que l'on accepte généralement aujourd'hui sur l'origine cosmique de ces météores. « Quelques philosophes pensent, dit Plutarque dans la Vie de Lysander^ que les étoiles filantes ne proviennent point de parties détachées de l'éther qui viendraient s'éteindre dans l'air, aus" sitôt après s'être enflanmiées ; elles ne naissent pas davantage de la combustion de l'air qui se dissout en grande quantité, dans les régions supérieures; ce sont plutôt de; corps célestes qui tombent^ c'est-à-dire qui, soustraits d'une certaine manière à force de rotation générale, sont précipités ensuite irrégulièrement, non-seulement sur les régions habitées de la Terre, ngiais aussi dans la grande mer, d'où il résulte qu'on ne peut pas les retrouver. » Diogène d'ApoUonie s'exprime en termes encore plus nets : « Parmi les étoiles visibles, se meuvent aussi des étoiles invisibles, auxquelles par conséquent on n'a pu donner de nom. Celles-ci tombent souvent sur la Terre et s'éteignent comme cette étoile de pierre, qui tomba toute en feu près d'^£gos- Potamos. > Sans doute, une doctrine plus ancienne avait inspiré
: LION DE n£m£e. (p. -175.)