KEPLER
&ge. Les pythagoriciens et les néo-platoniciens furent toujours représentés. Un exemple qui a été peu cité, et qui mérite cependant d'être hautement proclamé, c'est que, près de cent ans avant Copernic^ un cardinal allemand, Nicolas de Cusa, eût assez d*indépen^ dance et de courage pour proclamer de nouveau le double mouvement de notre planète, et même la Pluralité des Mondes habités. Les hypothèses grecques, comme l'expose J. B. Biot, étaient la conséquence logique de deux propositions qui furent universellement admises comme axiomes dans toute l'antiquité et le moyen âge : les mouvements révolutifs des corps célestes sont uniformes, et leurs orbites sont des cercles parfaits. Rien de plus naturel qu'une telle croyance, toute fausse qu*elle est. Aussi, lorsque Kepler, en 1609, reconnut, par des mesures géométriques incontestables, qoe Mars décrit autour du Soleil une orbite ovale, dans laquelle sa vitesse
de circulation varie périodiquement, il ne pouvait en croire l'observation ni le calcul, et il se torturait l'esprit pour deviner le principe occulte qui forçait ainsi la planète à s'approcher du Soleil et à s'en éloigner tour à tour. Heureusement pour lui, dans cet accès d'inquiétude fiévreuse il vint à se rappeler le traité de Gilbert, de Magneu, qui avait été publié à Londres neuf années auparavant. Dans ce remarquable ouvrage, Gilbert établit par l'expérience que la Terre agit sur les aiguilles aimantées et sur les barres de fer placées près de sa surface comme ferait un véritable aimant ayant ses pôles propres; et, par une extension conjecturale qui était un pressentiment vague de la vérité, il va jusqu'à prétendre qu'elle est retenue
autour du Soleil dans son orbite constante, ()ar l'affection magnétique qu'elle a pour cet astre! Cette idée fut pour Kepler un trait de lumière. Elle lui fit voir aussitôt la cause secrète des mouvements alternatifs qui l'avaient tant embarrassé; et dans la joie de cette découverte : « Si, dit-il, on trouve impossible d'attribuer cette libration à une faculté magnétique exercée par le Soleil {corpus magneticum) sur la planète à travers l'espace sans intermédiaire matériel, il faudra que la planète elle-même soit douée d'une sorte de perception intelligente qui lui donne à chaque instant la connaissance des angles et des distances pour régler ses mouvements. » L'alternative ainsi posée se résolvait d'elle-même. Les hypothèses anciennes ne
pouvaient plus se soutenir en présence du fait réel ; et Kepler put proclamer au monde ses trois Lois :
l"" Les planètes suivent des ellipses dont le Soleil occupe un des foyers ;
2"* Les espaces parcourus par le rayon idéal qui joint chaque planète au Soleil, sont proportionnels au temps employé à les parcourir. C'est à-dire que chaque planète vogue d'autant plus vite, qu'elle est plus proche du Soleil ;
3° Les carrés des temps des révolutions, c'est-à-dire des années, sont entre eux comme les cubes des grands axes.
Telles sont les lois trouvées par Kepler, et dont la synthèse, faite par Newton, pose comme unique principe des mouvements célestes Yattraction universelle.
Kepler I nom sympathique et vénéré; génie frère du grand et immortel Galilée. C'est au milieu des souffrances de sa rude carrière qu'il s'adonna à tous ses immenses travaux, soutenu par la passion de la vérité, et par l'amour tendre et dévoué de sa belle et jeune compagne; mais constamment persécuté pour ses croyances, et obligé de gagner péniblement son pain et celui de sa famille en faisant des almanachs I Né à Weil, dans le Wurtemberg, en 1571 (28 ans après la mort de Copernic) , il mourut à Ratisbonne en 1630. La meilleure partie de sa vie s'est passée à Prague, chez Tycho-Brahé.
Ce n'est pas sans peine et sans lenteur que le véritable système du monde parvint à être adopté.
Un troisième système, contemporain de cette rénovation scientifique, — car Tycho-Brahé naquit trois ans après la mort de Copernic et mourut en 1601, à Tâge de cinquante-cinq ans, — aurait pu retarder la marche de la vérité si la science l'avait adopté. Tycho, le plus grand et le plus laborieux observateur de son temps, et dont le nom n'est connu du peuple, par une fâcheuse singularité du sort, que par son système erroné, avait voulu concilier Ptolémée et Copernic en gardant l'immobilité de la Terre placée au centre du monde, et le mouvement du Soleil, autour duquel circulaient les planètes.
—11 est extrêmement curieux pour nous de remonter à tous ces essais de la pensée observatrice, fit l'historien. Avez-vous cherché les