TYCHO-BRAHÉ
paroles et les écrits mêmes de Tycho-Brahé sur ce point, comme vous l'avez fait pour Copernic ?
— Oui, je m'y suis astreint, répondit l'astronome, j'ai l'habitude d*étudier nos prédécesseurs dans leurs ouvrages originaux, et non pas sur la foi de traducteurs et de commentateurs de troisième ou quatrième main. A propos de la comète de 1577, Tycho-Brahé a écrit un petit traité qui a pour titre : « Tychonis-Brahe Dani De mundi œtherei recentioribiis phœnomenis. » Il y parle fort longuement de son système, dissertation dont les réflexions suivantes doivent surtout vous frapper : « J'avais remarqué, dit- il, que l'ancien système de Ptolémée n'était point naturel et trop compliqué. Mais aussi je n'ap-
Système de Tycho-Brahé.
prouvais pas cette nouveauté introduite par le grand Copernic, à l'exemple d'Âristarque de Samos, dont parle Archimède dans son livre De Àrenx numéro^ adressé à Gédion, roi de Sicile. Cette lourde masse de la Terre, si peu propre au mouvement, ne saurait ainsi être déplacée et agitée d'une triple manière, comme le seraient des corps célestes, sans choquer les principes de la physique. D'ailleurs, l'autorité des saintes Écritures s'y oppose....
« Je pense donc, ajoute-t-il, qu'il faut décidément et sans aucun doute placer la Terre immobile au centre du monde, en suivant le sentiment des anciens et le témoignage de l'Écriture. A mon avis, les mouvements célestes sont disposés de manière que le Soleil, la
Lune et la sphère des étoiles fixes^ qui renferme tout, ont la Terre pour centre. Les cincj planètes tournent autour du Soleil comme autour de leur chef et de leur roi, et le Soleil est sans cesse au milieu de leurs orbes, qui l'accompagnent dans son mouvement annuel autour de la Terre. » Ainsi parle Tycho-Brahé.
— Si j'ai bien compris, fit le professeur, dans ce système, la Terre est immobile. La première orbite céleste est celle de la Lune tournant autour de nous, puis celle du Soleil, circulant également autour de nous. Mais le Soleil serait le centre des orbites planétaires et entraînerait tout son système en faisant sa révolution autour de la Terre centrale. Quant aux étoiles fixes, elles seraient beaucoup plus loin et auraient, comme le Soleil et la Lune, le globe terrestre pour centre de leur mouvement diurne.
— C'est exactement cela, répondit l'astronome. Voici, du reste, la figure que l'astronome danois a publiée lui-même, à la fin du seizième siècle, dans l'ouvrage dont j'ai parlé plus haut:
Ce système rend parfaitement compte des mouvements apparents des planètes vus de I4 Terre ; mais en forçant notre petit globe à être le centre du mouvement diurne et annuel du Soleil et des étoiles, il perpétuait l'extrême difficulté du système de Ptolémée. Le volume et le poids du Soleil d'une part, la distance des étoiles de l'autre, ne permettent point en mécanique une telle singularité dont la vanité humaine seule pouvait garder l'illusion. Le simple mouvement de rotation de la Terre sur son axe retranchait de la physique des centaines de mouvements à chaque jour. Cette multitude de pièces détachées, étoiles, planètes, comètes, n'auraient pu tourner autour de notre atome terrestre que par un renversement des lois de la mécanique.
— Est-ce que ce n'est pas Cyrano de Bergerac, fit le député, qui disait que faire tourner la masse du Soleil autour du globule terrestre équivaut à supposer que, pour faire rôtir une alouette on tournerait autour d'elle la cheminée, la maison et tout le pays, au lieu de donner simplement un petit tour de broche ?
— Oui, et cette plaisanterie n'est pas exagérée, quand on sait que le Soleil est 1 ^00 000 fois plus gros que la Terre.
^ Si la Terre ne tournait pas en 24 heures sur son axe, ajouta